‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IIChapitre 152 sur 174 · HYPERTROPHIE DES AMYGDALES · texte numérisé non relu

HYPERTROPHIE DES AMYGDALES

rürgie, en 1759, un célèbre mémoire, où il discutait les méthoAes de destruction usitées avant lui, et prenait parti pour la ligature, tout en rapportant quelques cas heureux d’excisions.

Moscati eut ainsi le mérite de réveiller l’attention sur le sujet. Bordenave fit à ce propos une communication très importante, où il discutait avec compétence les différents procédés. Maurin blâma Moscati de diviser au préalable la glande en quatre tronçons, dont il ne se débarrassait que dans les séances suivantes. D’autres penchèrent pour l’emploi des ciseaux courbes, par exemple ceux de Levret. Ce fut le cas pour Bordenave, qui, dans un deuxième mémoire, déclare même que c’est là le procédé le plus commode et le plus sûr. Cependant, Muzeux, peu après la communication de Moscati, faisait connaître sa méthode, qui constituait un véritable perfectionnement. En effet, avec la pince à griffe, il immobilisait d’une façon assurée l’amygdale malade et, de plus, pour maintenir la cavité buccale béante, il avait inventé un mors latéral qui avait à peu près la forme de nos écarteurs actuels. Voici comment il opérait : la bouche étant maintenue ouverte et la langue abaissée, il saisissait la tonsille avec la double pince à érigne, de la main droite s’il agissait à droite et de la gauche dans le cas inverse. Puis, après avoir amené une tension convenable dans les parties saisies, il retranchait, dans un seul temps, la partie de l’organe qu’il désirait réséquer, à l’aide d’un bistouri assez long, mousse à son extrémité et garni d’une bandelette jusqu’au voisinage de la pointe comme pour une ponction d’abcès amygdalien (son collègue de 1 hôpital de Reims, Caqué, employait un couteau à lame inclinée de 160“). Cependant Louis, comme Bordenave,

TEMPS MODERNES

continuait à préférer les ciseaux courbes, ou même le bistouri; mais, comme il craignait le renversement de la glande sur la glotte, le fait ayant été signalé plusieurs fois notamment par Wiseman, il coupait de bas en haut avec le scalpel, retournant pour cela le tranchant de la lame.

C’est dans cette direction que sectionnait aussi le Jdotome de Desault. Ce dernier se composait d’une gaine en argent, présentant, près de son extrémité, une échancrure semi-lunaire sur le bord latéral. Une lame cachée, agissant de bas en haut, venait combler, quand on la poussait, l’échancrure, en se rapprochant de l’extrémité à la façon d’un couteau de guillotine. Voici le mode opératoire : le malade étant mis dans la position classique, les mâchoires tenues écartées par un corps solide interposé entre les dents et la langue abaissée fortement au moyen de la spatule, le chirurgien saisissait l’amygdale avec une érigne double, la tirait à lui, la tendait convenablement, et introduisait le pédicule de la glande dans l’échancrure latérale du kiotome. Maintenant celui-ci avec l’index et le médius placés dans l’anneau du manche, et poussant la lame avec le pouce, il faisait glisser celle-cî de bas en haut (la prise étant toujours verticale) et tranchait le pédicule, quelle que fût sa grosseur. Desault reconnaissait h son instrument le grand mérite de fixer la glande pendant la section et de l’empêcher de fuir ; ce qui arrive fatalement, dit-il, avec le bistouri et les ciseaux courbes. De plus, le malade, ne voyant pas la lame, n’était pas effrayé ; ce qui était précieux chez les enfants. Mais on constata bientôt que le kiotome n’était pas toujours capable, quand le pédicule, par exemple, était gros, de tout sectionner en une seule fois ; il fallait avoir l’ennui de recommencer. Aussi la méthode de Muzeux était-elle

hypertrophie des amygdales

généralement préférée à la fin du xviii® siècle ; c’est elle que préconisait le professeur Sabatier.

2® Cautérisation.

Presque aussi ancienne que l’opération sanglante, puisqu’elle est déjà recommandée par Paul d’Égine chez les malades pusillanimes, elle s’effectua d’abord avec les caustiques; puis, sous l’influence d’Albueasis, qui ne rejetait nullement du reste l’autre procédé, on eut recours aussi au fer rouge. Mais l’emploi de celui-ci était tombé en désuétude, à cause peut-être de l’effroi des malades et des brûlures possibles dès parties voisines, lorsque Marc- Aurèle Séverin le remit à la mode, en supprimant ce dernier inconvénient. A la suite de la grande épidémie de Naples, pour détruire les tonsilles infectées, il inventa une canule, dajis laquelle on introduisait le fer incandescent, qu’on démasquait seulement au niveau de l’organe malade. On garantissait le palais avec un carton découpé d’une façon convenable ; on abaissait la langue avec la grosse extrémité d’une cuillère, dont elle se trouvait coiffée pour ainsi dire. Le cautère en roseau (à extrémité renflée comme la plante appelée massete), bien rougi, était placé dans la canule, que le chirurgien tenait d’une main, tandis que l’autre dirigeait le cautère. On ne se servait du reste de cette méthode que pour les glandes de moyen volume et mal pédiculées.

Les substances caustiques, préconisées bien avant le fer rouge (par Paul d’Égine), étaient tantôt peu corrodantes (sels métalliques, tels que sulfate de cuivre, 4^ zinc, d’alumine), tantôt très actives (acide arsénieux, sublimé, huile de vitriol —acide sulfurique—, pierre infernale, acide chlorhydrique, soude, chaux, potasse). Les caustiques

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solides, mal maintenus, pouvant tomber dans la cavité buccale, être avalés et causer dans le tube digestif des lésions étendues et profondes, on protégeait en général les parties sous-jacentes (ex. : avec une cuillère), ou bien on faisait, comme Wiseman, pénétrer dans l’intérieur delà glande un peu de nitrate d’argent, qui en détruisait l’intérieur. Morand se servait d’un porte-mine à long manche et enfonçait le crayon dans une lacune. Van Swieten rapporte un exemple semblable d’un chirurgien contemporain et compatriote de Boerhaave, qui fit disparaître ainsi heureusement un grand nombre d’amygdales hypertrophiées.

Néanmoins, c’était aux caustiques liquides qu’on recourait de préférence. Wiseman détruisit, chez une jeune fille, une hypertrophie tonsillaire, en trempant un bâton dans l’huile de vitriol, et en appliquant à plusieurs reprises le bout sur l’organe malade ; mais il reconnaît avoir été beaucoup gêné par une hypersécrétion salivaire très abondante. Peu à peu, on donna la préférence au muriate d’antimoine liquide ; mais les perfectionnements apportés à la ligature et à l’excision devaient peu à peu faire tomber la méthode par cautérisation, et Heister en donne ces raisons : on limitait fort mal l’action caustique et on faisait en outre beaucoup souffrir les patients, les séances 'opératoires devant être plus ou moins répétées.

3“ Ablation par ligature.

Pendant toute la première moitié du xvm® siècle, une seule méthode fut réellement en faveur, c’est l’ablation par ligature. Guillemeau paraît avoir été le premier à en préconiser l’emploi, inspiré probablement par les bons résultats qu’on obtenait avec le serre-nœud de son maître Paré, dans les cas de polypes du nez. Cependant, c’est

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grâce à Cheselden qu’elle entra dans la pratique. Il sut en effet, dans les cas où le pédicule était aussi gros que le reste de la glande, tourner l’obstacle, en passant dans ledit pédicule une aiguille courbe armée d’un double fil. L’instrument retiré après le passage des fils, il liait isolément chacune des moitiés du pédicule, grâce à un instrument de son invention, avec lequel il imprimait une torsion progressive (Voy. son Anatomie, article Amygdale). Max Junker, dans son Conspectus chirurgiæ, se prononça pour le nouveau procédé ; il montra qu’il était surtout utile, quand le pédicule est étroit et l’hypertrophie moyenne. Heister se déclara avec quelques réserves pour la ligature à laquelle Scharp, élève de Cheselden, gagna beaucoup d’adhérents, en la décrivant avec soin et en rapportant quelques observations personnelles, démontrant ainsi qu’elle n’offrait aucun des dangers de l’exérèse ou de la cautérisation (1),

Moscati pratiqua plusieurs fois l’opération nouvelle à l’hôpital de Milan; mais il reconnut que le gonflement était' parfois tel, après le serrement du pédicule, qu’on était obligé de pratiquer l’ablation au bistouri. Plus lente dans son action, d’une application assez difficile, pouvant entraîner des accidents d’étranglement de la glande, et faisant en tout cas beaucoup souffrir les -malades, la ligature fut peu à peu supplantée par l’exérèse.

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