‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IIChapitre 151 sur 174 · TRAITEMENT CHIRURGICAL · texte numérisé non relu

TRAITEMENT CHIRURGICAL

1® Collections amyg-dalîennes.

Au cours du xvi® et du xvu® siècle, on pratiquait encore assez volontiers Vexpectative, cherchant inutilement le soulagement des malades dans l’application de cataplasmes ou même de liniments aux excréments d’animaux par exemple. C’était surtout la faute des médecins, qui recouraient sans miséricorde aux saignées répétées, principalement à celles du pied (Voy. Recolin, plus haut). Les chirurgiens (Ambroise Paré, Jean de Vigo, etc.) se rendaient déjà un compte exact de l’inanité de ces moyens dans un grand nombre de circonstances et recommandaient d’inciser, quand les onguents et la saignée avaient manifestement échoué. Verduc, Heister, puis tous les auteurs qui suivent, sont unanimes sur ce point.

Pour savoir si l’abcès était mûr, on se fondait sur les signes exposés autrefois par Philumène et Paul d’Egine, c’est-à-dire l’existence de battements, le changement de coloration de la glande, la présence d’un point ramolli.

Les instruments employés étaient des lancettes ou des scalpels à longs manches. Peu à peu, on avait reconnu la nécessité de donner une certaine courbure à la lame

tranchante(Voy.rA7vne/îï«/7«»zde Scultet).Pour empêcher

ANGINE

le résultat désastreux d’un mouvement intempestif, par exemple de la part du malade, on cachait ladite lame, près-* que jusque vers la pointe, h l’aide d’une bande de diachylon soigneusement enroulée à cet effet. Certains chirurgiens, tels qu’Ambroise Paré et Petit (Voy. Tome 111, p. 304), s’étaient efforcés, pour prévenir tout accident et ne point effrayer le malade par la vue de la lame tranchante, d’engaîner celle-ci, et de n’en faire sortir l’extrémité qu’au contact de l’organe malade ; de là le pharyngotome. Celui de J. Petit, qui n’était en somme qu’un perfec-^ tionnement de celui d’Ambroise Paré, présentait, suivant le traité d’opération de Garengeot, les dispositions suivantes ; il était formé d’une lancette cachée dans une Canule, qu’on faisait saillir au dehors à Taide d’un ressort à spirale.

Quant à l’opération elle-même et à la façon d’arrêter le sang, il n’y eut aucune modification importante, bien entendu, sur les procédés anciens, ceux-ci réalisant les desiderata principaux (écartement des mâchoires, abaissement de la langue, renversement de la tête en arrière, etc.) (1).

2" Collections purulentes extra-amygdaliennes.

Les collections purulentes de l’amygdale peuvent, à un moment donné, fuser dans le voisinage; ou bien les abcès se développent d’emblée en d’autres points, tels que la base de la langue et de l’épiglotte. Ces faits étaient déjà nettement entrevus, dès l’antiquité. Mais le siège reculé de ces abcès rendait l’intervention autrement difficile que dans les cas de suppuration amygdalienne. Aussi, malgré

d) Voy. Paul d’Égine, t. 1, p. 237.

TEMPS MODERNES

les faits heureux publiés par les auteurs, hésitait-on beaucoup. Ceux qui manquaient d’audace recouraient plus volontiers au passage de l’éponge ou aux vomitifs l^oy. Tome III, p. 83). Cependant, quand les phénomènes d’asphyxie menaçaient par trop et que l’exploration digitale avait fixé le siège du mal, beaucoup de praticiens se décidaient, en désespoir de cause, à l’intervention (Voy. Auteurs des collections d’observations, et Recolin).

Deux voies s’offraient :

1“ La voie interne, la plus usitée.

2» La voie externe.

Pour la voie interne, les instruments à direction courbe auraient présenté une véritable utilité. De fait, à partir du xviii® siècle, on fit un certain usage de ceux-ci; mais, le plus souvent, on recourait à une méthode déjà indiquée par Hippocrate ; quand l’ongle ou une tige de bois pointue ne suffisaient pas à vaincre la résistance de la collection purulente, dont on présumait le siège grâce au toucher digital, on cachait, à l’aide de l’index, la lame d’un bistouri à long manche et on incisait dès qu’on se croyait en contact avec l’abcès. Recolin insiste sur la nécessité de faire parfois des incisions profondes au-dessous des amygdales.

La voie externe était tantôt employée à défaut d’autres, un peu à l’aveuglette, dans les régions où on sentait dans la profondeur une sorte de tuméfaction (ex. : cas de Benivieni et de Lanfranc), tantôt, lorsque la palpation interne et externe combinées avaient fait reconnaître l’existence bien nette sur les parties latérales du cou par exemple, d’une poche purulente. Dans ces cas, l’opération était, bien entendu, beaucoup mieux réglée.

Lorsque le siège de la collection n’était pas précisé,

ANGINE

on se comportait difFéremment, suivant qu’il existait surtout de la dyspnée ou de la dysphagie.

Dans les cas de dyspnée menaçante, d’origine laryngée, ou pharyngienne sans siège précis, Ambroise Paré recommandait la trachéotomie, que Fabrice d’Aquapendente avait remise à la mode. Zacutus Lusitanus se prononce formellement pour l’ouverture de la trachée. Il en est de même de Schenkius, de Mercuriali, etc. Habicot fit paraître sur le sujet un petit traité (Voy. Tome III), où il montre que, sil’opération échoue souvent, c’est parce qu’on s’y prenait généralement trop tard. Ce sont aussi les conclusions de Dionis (Voy. p. 120). Au cours du xviii® siècle, les procédés anciens (de Paul d’Égine), déjà un peu modifiés (choix de l’incision, trocart, porte-canule, etc.), reçurent des perfectionnements incontestables (Voy. Mémoires de l’Académie de chirurgie, Tome V.). Mais nous ne pouvons nous étendre davantage sur un sujet qui n’appartient pas véritablement au cadre des opérations pharyngées.

Dans les cas de dysphagie, Zacutus Lusitanus, Fonseca, Rivière, etc., avaient eu recours avec succès aux lavements alimentaires d’Avenzoar. Nous devons rappeler ici combien étaient intéressantes les considérations physiologiques sur lesquelles Fonseca appuyait sa pratique. Mais l’emploi de la sonde œsophagienne, recommandée aussi par Avenzoar, n’était point non plus oublié. Capivaccius s’efforça d’en montrer l’utilité et il eut des imitateurs (Voy. Tome III). Sur la fin du xvm® siècle, Desault fit faire un progrès immense à l’alimentation par la sonde, en choisissant de préférence la voie nasale, et en imprimant pour cela une courbure au stylet directeur, qu’il introduisait dans ses sondes molles.

TEMPS MODERNES

Pour terminer ce qui a rapport au traitement chirurgical des angines, disons que la piqûre des ranines continuait à être pratiquée par quelques-uns, mais seulement à la période d’état. Sydenham en avait recommandé l’usage probablement pour obéir atix prescriptions hippocratiques. Quant aux scarifications locales, longtemps oubliées, elles avaient été remises en honneur pour les cas d’amygdalite par le chirurgien Scharp, au cours du XVIII® siècle ; ce praticien prétendait ainsi raccourcir la durée du mal et diminuer son intensité.

n. — HYPERTROPHIE DES AMYGDALES

Les auteurs grecs, arabes et ceux du moyen âge avaient déjà nettement signalé l’origine inflammatoire de l’hypertrophie des amygdales. Ils en avaient décrit les symptômes, la marche et les troubles mécaniques qu’elle entraîne. Le phlegme était regardé comme la cause de ces accroissements de volume parfois si gênants.

Le traitement chirurgical de ces sortes d’affections rémontait déjà à une époque fort éloignée (Voy. Celse, Tomel, p. 162 etPaul'd’Égine, Tomel, p. 237). L’ablation sanglante ou la destruction par les caustiques, tels étaient les procédés employés par les chirurgiens de l’époque.

Les écrivains des temps modernes n’ajoutèrent pas beaucoup aux notions que nous venons d’exposer. Ils remplacèrent peu à peu, sous l’influence des idées du jour, le phlegme par la lymphe chargée de principes salins et pierreux. Ils délaissèrent, depuis Fabrice d’Aquapendente, l’instrument tranchant pour un procédé nou-

YPERTROPIIIE DES AMYGDALES

veau, la ligature ; et encore le triomphe de cette dernière fut d’assez courte durée, grâce aux efforts de Museux et de Desault.

1® Excision.

L’ablation sanglante était certainement la méthode la plus ancienne, puisqu’on la voit recommandée par Celse, décrite tout au long par Paul d’Égine et Albucasis (Voy. Tome I, p. 142, 237, 370), pratiquée assez couramment par les chirurgiens italiens du moyen âge, par Guy de Chauliac, Mondeville, etc. Brunus, ayant remarqué qu’après l’opération les récidives étaient assez fréquentes, avait même recommandé de brûler le moignon au fer rouge.

Nous avons donné déjà la technique de l’extirpation au scalpel, il est inutile d’y revenir ici. Faisons remarquer cependant qu’elle expose aux hémorragies, et que cellesci, chez certains sujets, peuvent devenir inquiétantes ou même mortelles (hémophiliques), quel que soit Fabondance des styptiques employés. C’est pour cette raison que Fabrice d’Aquapendente (1) la condamna comme trop dangereuse « sans compter, dit-il, les difficultés qu’elle présente ». Cet éminent chirurgien, d’habitude très prudent, fut certainement trop timide dans la circonstance. Mais, comme il jouissait d’une très grande réputation, la défaveur qu’il avait jetée sur l’opération sanglante lui survécut assez longtemps. Au xvii® siècle, Van Home blâme encore à ce sujet la témérité des anciens (Voy. Microtechne, volume I, p. 425). Dionis se contente de dire : « Quelques-uns de nos anciens proposent de séparer

(1) Voy. T. III, p. 270.

et d’arracher ces glandes, ils én font l’opération très aisée et nous assurent qu’elles n’incommoderont plus dans la suite. Je vous renvoie aux moyens qu’ils vous donnent pour la faire et que je trouve très cruels; et je voudrais une autre caution de succès que leur parole ; car la fonction de ces glandes étant de séparer et de filtrer les sérosités qui servent à humecter la langue, le larynx et l’œsophage, ces parties se trouveraient privées de cette rosée qui leur est d’un grand secours pour tempérer l’air qui entre dans les poumons et faire glisser l’aliment qui tombe dans l’estomac. » Verduc passe sous silence l’ablation par le bistouri. Garengeot fait de même. Or, comme cet auteur s’était fait le très fidèle écho des préceptes suivis par les grands chirurgiens parisiens de l’époque, on peut en conclure que la méthode était tombée en désuétude dans la capitale.

En Allemagne, Heister, le chirurgien allemand le plus célèbre du commencement du xviii® siècle, regarde l’ablation sanglante comme dangereuse et malaisée. Aussi, dit-il, on ne la pratique plus guère aujourd’hui (1).

Cependant, en Angleterre, Wiseman, suivant le conseil de Guillemeau, avait essayé de lui ôter une partie de ses inconvénients en serrant au préalable le pédicule dans une ligature, afin d’interrompre le cours du sang. Néanmoins, malgré ce perfectionnement relatif (il était inapplicable, bien entendu, dans les cas de gros pédicule), les praticiens anglais, sous l’influence de Cheselden et de son élève Scharp {Ti'aité des opérations'), se rallièrent à la méthode rivale de la ligature, et Moseati, chirurgien’ distingué de Milan, communiqua à l’Académie de • chi-'

(1) Voy. T. III, p. 304.

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