‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IIChapitre 80 sur 174 · BONNET · texte numérisé non relu

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Dans son célèbre Sepulchretum, Bonnet, redisons-le, expose, à côté de ses observations personnelles, toutes

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les lésions organiques que les auteurs de la Renaissance et du XVII® siècle avaient constatées au cours de leurs nombreuses autopsies.

Sans doute, il se glisse là bien des erreurs, bien des interprétations fausses. D’ailleurs, le manque de méthode péciser rend impossible une bonne anatomie-pathologie macroscopique, comme celle de Cruveilhier au commencement du XIX® siècle. Ainsi, tous les organes ne sont pas soigneusement passés en revue ; on ne sait pas toujours distinguer les lésions post mortem (cadavériques), de celles qui existaient pendant la vie, etc. Néanmoins, les matériaux abondent déjà sur bien des points (poumons, cœur, reins, foie, etc). Malheureusement, à cette époque déjà, le pharynx n’est pas aussi bien partagé que d’autres viscères. Cette pénurie pourrait s’expliquer par ce fait que, sauf dans les cas exceptionnels (œdème de la glotte, croup), la mort est rarement le résultat de l’angine. Cependant des faits importants furent déjà constatés.

Il nous semble inutile d’insister sur les abcès tant internes qu externes. Bonnet n’a fait qu’emprunter ces cas à des auteurs analysés ailleurs. Nous n’étudierons ici que les dysphagies d’origine extrapharyngée et les obstacles mécaniques à la déglutition (Tome II).

a- — Dysphag^îes d’orîg-îne extrapharyngée.

La fausse conception primitive, qui considérait la dyspnée comme le symptôme presque primordial de l’angine et la dysphagie comme un élément relativement secondaire, devait faire errer aussi l’anatomie pathologique.

Bien qu Arétée, parlant de certaines affections thora-

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ciques, eût rapporté des troubles de respiration et de déglutition, imputables, pense-t-il, à la suffocation et non à l’angine, bien que Galien, dans son traité sur la dyspnée, eût énuméré longuement ces causes d’erreur, peu à peu les médecins en étaient venus à faire rentrer dans l’angine des affections dans le siège était tout autre que le pharynx ou le larynx, transformant ainsi l’esquinancie en un véritable syndrome. Cette tendance, déjà visible au moyen âge (Voy. Brunnus), s’accentua à la Renaissance, grâce à l’observation célèbre de Dodonœus (Voy. plus haut), où un simple foyer inflammatoire pulmonaire, sans toux^ni point de côté, coïncidait avec de la dysphagie et de la dyspnée, avec sensation d’endolorissement au larynx.

Bonnet accepte les vues de Dodonœus. Il rappelle que, d’après cet auteur, des humeurs peccantes, descendues de la tête, auraient rapidement glissé le long de la trachée et des bronches, pour s’arrêter au poumon. Suivant Dodonœus, dit-il, l’endolorissement, qu’il a fréquemment constaté au larynx des pneumoniques, démontre ce passage. Bonnet ajoute à ce propos que Vœsophage, au contraire, est rarement envahi : « Si le mal descend, dit-il dans cet organe, ce qui est rare, il y a une douleur intense tout le long de ce conduit et la déglutition est. très troublée ; par contre, la respiration est peu gênée. » Plus loin, il admet, contrairement à P. Barbette, que l’inflammation gagne exceptionnellement les cartilages du larynx et que, dans ce cas, l’affection est beaucoup plus grave que si elle est limitée aux parties molles. Cette immunité relative de Vœsophage et de l’éléjnent cartilagineux est exacte et cette constatation fait honneur à Bonnet.

Mais le poumon ne serait pas le seul siège extrapharyn-

gien et extralaryngien de la synanche. Dans le livre premier (sect. XVII, obs. III), Bonnet relate une observation d’angine (?), caractérisée par des lésions pulmonaires de nature inflammatoire avec suppuration des thymus. Selon lui, ces altérations thymiques pouvaient, en comprimant l’œsophage et la trachée, amener les deux symptômes primordiaux de la synanche : dyspnée, dysphagie. Ce cas, ainsi que les conclusions de l’auteur, frappèrent beaucoup les médecins contemporains. L’hypothèse de Bonnet fut généralement acceptée et, jusque dans les écrits de Boerhaave et de Sauvage, on admit une angine thymique. En raison de son importance historique, il convient d’analyser un peu l’observation de ce malade.

Il s’agit d’un soldat suisse, âgé de cinquante ans. Atteint peu auparavant d’une hernie inguinale, il s’était soumis à la cure radicale de l’époque, c’est-à-dire à la castration (sept. 1677). Trois semaines après, la cicatrisation était fort avancée et il commençait à se promener, quand il fut pris subitement de dysphagie et de dyspnée. Au troisième jour. Bonnet trouve la base de la langue noirâtre [atro carbone nigi'ior), les mouvements du thorax précipités et très pénibles (tirage), de l’oppression, de la suffocation, bien que la température de son corps fût froide. En l’absence des symptômes angineux habituels, la noirceur remarquable de la langue fit admettre l’existence d’une gangrène interne siégeant probablement dans le poumon. Douze heures après, le malade succombait. A l’autopsie, on trouva la plaie inguinale en bonne voie de guérison. Le cou fendu sur la ligne médiane laissa à découvert la trachée-artère et l’œsophage sains. Mais le thymus était très volumineux, rempli d’un sang

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noir et comprimait la trachée et l’œsophage ; à l’incision, il s’en écoula de la sanie. Les poumons étaient malades sur une grande étendue, livides, couverts d’ecchymoses ; on constatait vers leur partie postérieure, attenante à la colonne vertébrale, des signes de gangrène. La nécropsie ne put être plus complète de ce côté, à cause de la proximité de la cérémonie funèbre ; mais, dit Bonnet, les lésions constatées suffisaient amplement pour expliquer la symptomatologie observée. Sur la fin, rappelle-t-il, le malade ne pouvait plus émettre que les voyelles a et e, les plus faciles à prononcer du reste, comme le démontre la ’ physiologie. Le diaphragme étant noirâtre en quelques points, on en conclut qu’une certaine part dans la dyspnée lui revenait probablement. Bonnet remarque du reste, après Galien, combien il est exceptionnel des constater des vestiges du thymus chez l’adulte. 1^ attribue, ce qui est intéressant, les phénomènes observés à la castration; car, dit-il, Hippocrate a montré que les organes vitaux sont en relation étroite avec ceux de la génération (Epidémies). Aujourd’hui, on conclurait probablement qu’il y a eu métastase septique dans le thymus et lésions asphyxiques dans le poumon, atteint eii outre d’embolies gangreneuses.

b. — Obstacles mécaniques à la dég-lutîtion.

Bonnet (Tome II, liv. III, sect. vi) signale un exemple bien extraordinaire de corps étranger de l’amygdale. Il rappelle que cette glande peut présenter un orifice très grand qui, d’après Fallope, peut être pris pour un ulcère. Dans ce trou, dit-il, peut se loger un corps étranger. Il cite, à ce propos, l’histoire d’une paysanne qui, mangeant

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goulûment des pruneaux, fut prise tout à coup d’une vive douleur; son amygdale gauche gonfla énormément, gênapt à la fois la déglutition et l’accès de l’air. Bonnet abaissa fortement la langue, mais ne put rien voir. 11 conseilla des émollients et quelques jours après, un abcès ayant crevé, il y eut élimination du noyau.

Plus loin {id., obs. IV) il cite un cas plus' surprenant encore d’amas graisseux, qui comprimait la trachée et l’œsophage et amena la mort. S’agissait-il d’un lipome Cette tumeur n’était pas encore signalée. L’auteur peut n’avoir pas su en démêler l’existence.

Une petite fille [id., obs. VI), atteinte d’absence congénitale à peu près complète du voile et des amygdales, ne pouvait têter et rendait le lait parle nez; aussi, ne tardat-elle pas à succomber à l’inanition. Ce cas est emprunté à Ph. Silmuth (cent, ii, obs. V. Observât, rare).

L’auteur [id., obs. VI) emprunte à l’anatomie pratique de Barbette un passage, d’où il appert que déjà on connaissait les troubles de déglutition causés par les lésions de l’épiglotte. Quand ce cartilage est ulcéré ou induré, il en résulte, dit-il, des troubles intenses et incurables du côté de cette fonction.

Chez une jeune fille, la dysphagie et la dyspnée, comme la nécropsie le démontra, dépendaient d’une tumeur stéatomateuse (sarcome) siégeant à la partie inférieure du cou, entre la trachée et l’œsophage.

Enfin [id., obs. VII) Bonnet signale chez un jeune homme une tumeur du voile qui prit un tel développement qu’elle combla presque le gosier et que le malade périt étouffé ; pas de renseignements nets sur la situation du néoplasme.

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