‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IIChapitre 94 sur 174 · SGAMBATI · texte numérisé non relu

SGAMBATI

Malgré bien des longueurs, des discussions interminables sur des questions théoriques actuellement sans attrait pour nous, le traité de Sgambati présente un réel intérêt, surtout si l’on veut bien condenser et mettre ainsi en relief les vues souvent originales qu’il émet.

Sgambati donne une courte, mais assez bonne description de la maladie. Il insiste sur la localisation amygdalienne. Dans les cas légers, dit-il, seules les tonsilles étaient prises ; d’ailleurs c’est par là que l’affection commence. Aussi, ne s’agit-il pas, selon lui, d’une esquinancievéritable, mais d’une amygdalite^ conséquemment il est assez embarrassé pour expliquer la raucité de la voix qui survient, dit-il, assez rapidement. Ce trouble vocal serait si caractéristique, qu’il lui aurait souvent permis de faire le diagnostic, même avant toute exploration physique. Sgambati la compare non à celle de l’esquinancie (laryngite), mais à celle de la syphilis. Il fait ressortir que le gonflement inflammatoire est très léger; ce qui, fait-il remarquer, étonnait fort Mercado. La'couleur est d’abord érysipélateuse, mais ne tarde pas à tirer sur le blanc. Cette teinte s’accentue de plus en plus, puis se salit en quelque sorte pour devenir cendrée et même noirâtre. Jamais du reste elle n’aurait l’aspect miroitant en quelque sorte de la noirceur du charbon. Sgambati insiste sur l’absence d’ulcération ; il croit à la gangrène ; mais il n’y aurait pas de perte de substance, comme dans les aphtes. D’ailleurs la localisation est beaucoup

plus diffuse dans la maladie aphteuse, du moins au début. Cette absence d’ulcère, la consistance différente des lésions qui est loin d’être aussi sèche, la dissemblance réelle des teintes lui permettent d’éliminer le charbon. Sgambati ne croit pas non plus, comme le soutenaient quelques-uns, que le mal siège primitivement du côté du cerveau. Sans doute, avec cette hypothèse, on expliquait tout naturellement les apports énormes de pituite qui paraissaient s’être déposés du côté du gosier (Hippocrate admettait que la pituite était engendrée par le cerveau et que, de là, elle descendait dans la gorge pour produire i’esquinancie) ; sans doute encore, dans bien des cas, les symptômes nerveux étaient évidents, il y avait délire, puis coma final (forme asthénique de la diphtérie) ; enfin, chez un enfant à l’autopsie, le cerveau sernhlait manifestement altéré (sérosité, congestion?). A tout cela, Sgambati répond que les troubles nerveux sont tardifs et non primitifs, comme ils devraient l’être avec l’hypothèse en question, et que, d’autre part, on a constaté dans d’autres autopsies que le cerveau paraissait totalement indemne. - Quelques médecins avaient soutenu que l’affection était identique à la peste bovine, qui exerçait à cette époque de grands ravages en Italie. Ils se fondaient sur Texistence de lésions gutturales, communes aux deux affections. Sgambati reconnaît bien que, dans certains cas, les épidémies des animaux se transmettent à l’homme, comme on le voit dans des affections pesteuses. Il cite même, à ce propos, Tite-Live qui signale un fait de ce genre. Mais, ajoute-t-il, pourquoi cetté transmission d’une épizootie aussi répandue ne se serait-elle pas effectuée autre part qu’à Naples? Cette raison lui permet de réfuter un argument assez spécieux ; la transmission

SGAMBATI

du mal par le lait^ hypothèse avec laquelle on expliquait assez facilement la grande fréquence de l’affection chez les jeunes enfants. Quant à la viande, reprend-il, elle ne pouvait manifestement être l’intermédiaire de l’infection; car les adultes devraient être atteints tout autant que les autres sujets. En définitive, Sgambati croit à un érysipèle [ignis sacer'), très intense et' pestilentiel, engendré par des humeurs brûlées, agissant par leur extrême sécheresse, à la façon du fer rouge ; or, celui-ci, comme il le fait remarquer, à moins que les lésions ne soient profondes, produit tout justement sur la peau une escarre blanchâtre (pseudo-membrane) et non noire. Cette analogie avec la couenne albumineuse, qui recouvre certaines brûlures de la peau (deuxième degré) et surtout des muqueuses, est parfaitement exacte. D’ailleurs, selon lui, la sécheresse de l’atmosphère, au temps de l’épidémie, est encore en faveur de la nature sèche, dans ces cas, des humeurs peccantes.il ne faut pas oublier, en effet, que les anciens, ignorant bien entendu l’existence des microbes, étaient tout naturellement encline a prêter, dans les épidémies, comme l’avait fait Hippocrate, une importance énorme aux circonstances cosmiciues. C’est encore par la sécheresse que s’explique, suivant Sgambati, la persistance de l’affection en Espagne et surtout en Egypte et en Syrie, comme le rapporte Arétée, écrivain qu’il cite fréquemment à l’exemple de Marc-Aurèle Séverin. L’Italie ayant un climat plutôt humide, il espère que le mal ne se prolongera pas longtemps. D’ailleurs, il ne partage pas l’opinion de Cardan, -qui, se basant probablement sur des données astrologiques et magiques sur le chiffre 3, me voulait pas que les affections pesteuses pussent persister plus de trois ans.

TEMPS MODERNES

Quant à la prophylaxie, elle se réduit à peu près a rien dans l’ouvrage de Sgambati. Il ne connaît que la fuite ou Visolement absolu ; si cela est impossible, on devra éviter tout ce qui favorise les inflammations de la gorge.

L’auteur raconte que la saignée et les purgatifs avaient été l’objet de violentes discussions entre les médecins de Naples; beaucoup les rejetaient absolument. Il les admet, mais seulement au début, et chez les sujets très résistants. Il fait du reste remarquer que, la nature du fléau étant tout autre, il ne faut pas être aussi énergique que dans l’esquinancie. On s’abstiendra même de ces moyens, si les sujets sont débiles, pour ne pas trop les affaiblir, et aussi, dit-il, et ceci est remarquable, parce qu’on favoriserait ainsi le passage dans le sang (1) des germes contagieux disséminés sur la peau. Il avait donc déjà pressenti que la diminution de résistance de l’individu favorise l’infection sanguine.

Quant au reste de sa thérapeutique, elle est à peu près la même que celle des auteurs précédents.

Page 1