MARC-AURÈLE SÉVERIN
; Le petit traité sur « Vapostème pestilentiel et suffocant -delà gorge chez l’enfant », de Marc-Aurèle Séverin ne mérite guère les éloges que lui ont décernés quelques écrivains. Il est certainement bien inférieur au chapitre des consultations de Mercado, et à certains ouvrages qui ont valu à l’auteur une juste réputation.
Il débute par un préambule très emphatique, où, après avoir loué la préexcellence de l’homme, archétype (microcosme) de l’univers, pour lequel le soleil et la lune répandent leur lumière, les végétaux produisent leurs -fruits les plus précieux, et en faveur duquel également ont été créés les poissons qui sillonnent les eaux, il fait .ressortir les nombreux ennemis dont son existence est menacée. Tous les êtres peuvent, à un moment donné, lui nuire. L’auteur insiste surtout sur les mauvaises conditions climatériques (froid, humidité, pluies trop abondantes, chaleur extrême, atmosphère viciée). C’est en déterminant ces circonstances défavorables, que les astres nous sont nuisibles et non pas, comme le disent les astrologues, en exerçant directement sur l’homme une action nocive. Marc-Aurèle Séverin se vante de rentrer ainsi directement dans la tradition hippocratique. Mais il est facile de voir que son esprit n’est point
MARC-AURÈLE SÉVERIX
aussi délivré des craintes superstitieuses, qu’il veut le faire croire; car, ailleurs, il fait allusion aux conjonctions astrales funestes. Ces causes climatériques, susceptibles d’agir sur un grand nombre d’individus, ont été la première explication qui ait été donnée des épidémies. Du temps de Séverin, cependant, une autre théorie, celle des semina ou germes morbides, inventée par Fracastor, tendait à se répandre. Mais il n’en ést point parlé dans l’ouvrage que nous analysons. Cependant, il faut savoir reconnaître que Marc-Aurèle Séverin a mis en pleine lumière la contagion du mal, déjà signalée du reste par les médecins espagnols ; il a rendu ainsi un service notable. Il ne tarit pas sur les qualificatifs terrifiants qu’il donne au fléau. Il l’appelle successivement châtiment de Dieu, mal divin, le plus cruel des supplices, venin furieux, glaive des- Parques, barque à Caron, etc.
Obéissant à la mode de cette époque qui rapportait toub^ùx anciens, il intercale, dans son traité, le passage q^Arétée a consacré à l’angine gangreneuse et le complète par des extraits d’Aétius. Puis, il commente assez brièvement le texte de l’auteur grec. Cependant, chemin faisant, Séverin fait des remarques importantes. Non seulement il note la prédominance de l’afîection chez l’enfant, mais encore il signale sa gravité chez l’adulte. Il en a vu succomber deux au milieu de la stupeur et du coma. Un médecin de quarante ans fut enlevé rapidement par cette angine maligne, malgré tous les soins qu’on lui avait prodigués. La femme d’un pharmacien, dont les enfants avaient été atteints, succomba aussi en rendant de la sanie fétide par le nez et la bouche (diphtérie maligne ). Elle mourut à la suite d’une hémorragie profuse (sang dissous). Chez un des trois enfants,
TEMPS MODERNES
qui présentaient la forme du mal la plus intense, il survint du délire, puis de la stupeur avec strabisme très accentué ; cependant il y eut guérison après une épistaxis abondante. Les lésions siégeaient, dit-il, manifestement dans la gorge et le larynx, comme le démontraient les symptômes et aussi l’inspection directe. Morgagni reproche avec raison à Marc-Aurèle Séverin de s’en être à peu près tenu à cette conclusion, et de n’avoir guère pratiqué d’autopsie, quand cela lui aurait été si facile. La seule qu’il fit, et qu’on trouve en appendice à son livre parce qu’elle arriva trop tard-à l’imprimeur, relate cependant (\ae\ela7'ynx était couvert d’une couenne hlanchâtj'e. Les croûtes noirâtres sont signalées ; mais l’auteur croit surtout à l’existence d’une gangrène, trompé comme tant d’autres par la couleur sombre des lésions et la fétidité souvent si marquée de l’haleine. La mort, dit-il, survenait en général au cours de la première ou de la deuxième semaine ; cependant, il a vu un petit malade, qu’on croyait guéri, succomber subitement le quarantième jour (myocardite ou syncope ?). Marc-Aurèle Séverin se livre à de longues considérations pour montrer que le cerveau est atteint, et que c’est pour cela qu’il existe dans le pharynx ces humeurs épaisses et âcres, qui troublent et corrodent les organes gutturaux.
Sa thérapeutique assez rationnelle ressemble à celle de Mercado et de Heredia. Il ne se montre guère partisan de la saignée et des purgatifs, sauf peut-être tout-k fait au début. Il penche pour les toniques, et emploie l’eaude-vie, le nitre, le sulfate de cuivre en gargarismes, etc. Enfin rappelons que cet auteur n’hésitait pas à brûler au besoin les amygdales à l’aide du fer rouge, dont il avait modifié un peu l’emploi. En effet, pour protéger les par-
SGAMBATI
ties, le cautère était introduit dans une canule, et ne dépassait l’extrémité, qu’au moment de toucher à la partie à atteindre.