‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IIChapitre 96 sur 174 · CARNEVALE · texte numérisé non relu

CARNEVALE

•vinces napolitaines. 11 aurait fait son apparition au mois de juin 1618, dans le quartier de Chiaja, puis aurait gagné, de là, tout le royaume des Deux-Siciles, frappant surtout les enfants parmi lesquels il détermina une mortalité effroyable. Les médecins se sentirent désarmés devant le fléau, et ne surent trouver que des remèdes insuffisants. Ace sujet, Carnevale cite les vers empruntés au célèbre poème sur l’Arcade de Guarini.

Periam senza pieta, senza soccorso,

Dogni sesso legenti, e dognietade.

Vani erano i remedi, il fuggir tarda.

L’épidémie aurait tué, paraît-il, plus de cinquante mille personnes. L’écrivain nous rappelle les angoisses des pauvres malades, dont certaines parties du corps, telles que la gorge,', se putréfiaient avant la mort. Ils se trouvaient, dit-il, dans la situation atroce si bien dépeinte par Lucrèce.

Sudabant etiam. fauces intrinsecus atro

Sanguine, et ulceribus vocis via septa coibant

Enfin, il rappelle que l’angine gangreneuse a exercé d’abord ses ravages en Espagne, avant de frapper le sud de l’Italie. Puis, il entre dans une description anatomique de la bouche, du pharynx et du larynx, dont les éléments ont été puisés à bonne source, et qui est assez remarquable par l’étendue et l’exactitude des détails qui y «ont consignés, mais que nous passerons évidemment sous silence.

Discutant la dénomination qui convient à cette affection, il a cru devoir l’appeler morhus strangulatorius, pour caractériser les troubles que détermine son appari-

TEMPS MODERNES

tion dans l’organisme, et aussi, pour mieux se conformer à la terminologie de Mercado, qui aurait parfaitement décrit la maladie.

On ne s’accorde pas, dit-il, sur sa nature ; les uns invoquent surtout l’inflammation et tendent à en faire une sorte d’angine; les autres, prenant en considération principalement l’ulcère, regardent le mal comme une variété particulière d’aphte ; quelques-uns enfin, insistant sur les phénomènes gangreneux, en font une espèce de charbon, etc. A ce propos, Carnevale se perd dans de longues dissertations et dans des citations fatigantes d’auteurs grecs ou arabes. Il invoque fréquemment aussi l’opinion de Fonseca ; mais il fait remarquer que cet auteur ne s’est point rendu compte que les lésions ne comportent aucune tuméfaction des parties atteintes. Ce caractère les distingue nettement des phlegmasies ordinaires et des ulcères. L’auteur croit à'une inflammation spéciale, le sphacèle, dont l’aboutissant naturel est la gangrène. ,

Le morhus strangulatorius, selon lui, règne d’une façon épidémique, et tue tant de monde que Mercado l’a dénommé peste. D’autre part, tout prouve qu’il est contagieux. A ce sujet, Carnevale passe en revue les idées émises par les principaux médecins sur les caractères et le mécanisme de la contagion. Il rappelle que, suivant Galien, il se détache du corps des individus atteints de la peste des particules mêlées aux exhalations de la peau, qui, pénétrant chez les individus sains, jouent le rôle de semences^ de ferments morbifiques. 11 cite ensuite lès théories émises par Ingrassias, qui distinguait l’infection par l’air et à distance de l’infection au contact, par les habits imprégnés des sueurs des malades.

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