‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IIChapitre 99 sur 174 · CORTESIUS · texte numérisé non relu

CORTESIUS

Cortesius a décrit, dans une lettre adressée à Aguillone, médecin en chef de la flotte des chevaliers de Malte, les ravages que la diphtérie exerça à Catane. 11

GORTESIUS

rappelle tout d’abord que le fléau a frappé auparavant Naples, et y a tué des milliers d’enfants.

La nature du mal, dit-il, souleva les discussions les plus vives, les uns lé regardant comme une angine maligne, les autres, comme des aphtes pestilentiels, quelquesuns comme un érysipèle infectieux, d’autres encore comme un charbon. De ce désacord sur la pathogénie résulte que les écrivains lui donnèrent des noms très différents. Les mêmes divergences s’élevèrent, parmi les médecins de Gatane, quand le fléau y fit son apparition.

Cortesius rapporte que parfois les lésions envahirent à la fois le voile, la base de la langue et les tonsilles, mais que, le plus souvent, les amygdales étaient le siège principal de l’affection. Très rouges, très gonflées, très douloureuses, elles gênaient beaucoup la déglutition; comme Marc-Aurèle Séverin, Sgambati et Carnevale, l’auteur insiste sur la dysphagie qui paraît avoir été un des symptômes prédominants de l’épidémie. Du reste, il signale les troubles respiratoires. Ce qui fait le danger, dit-il, c’est que, le plus souvent, quand l’inflammation amygdalienne a fait son apparition, il survient, dans les parties plus profondément situées, un flux de pituite épaisse qui bientôt suffoque les malades.

Les altérations morbides ne frappent que les parties les plus superficielles des parois de la gorge. Il n’y a jamais d’ulcère dans le sens propre du mot, ce qui différencie nettement l’affection des aphtes. D’abord très rouge, la gorge prend une couleur blanche, puis grisâtre, puis noirâtre; cela, reprend-il, serait bien le propre de la gangrène. Mais celle-ci ne gagne pas en profondeur et les parties mortifiées sont très faciles à détacher des portions sous-jacentes. Si on enlève ces espèces de mem-

TEMPS MODERNES

branes, aucun soulagement n’en résulte pour les malades. Au contraire, la respiration et la déglutition s’embarrassent davantage, ainsi qu’il en rapporte un exemple.

Cortesius insiste sur la grande contagiosité du mal. On voyait, dit-il, le fléau s’abattre en peu de temps sur plusieurs habitants de la même maison. La transmission s’établirait par l’air, à faible distance. Ainsi, un chanoine, ayant fait vérifier par un bachelier de ses amis si la puanteur qu’il croyait ressentir dans la bouche était bien réelle, celui-ci mourut étouffé quatre jours après. Cortesius pense que cet air corrompu, expiré par les malades, peut infecter leur literie et créer ainsi une source possible de contagion. Beaucoup d’habitants de Catane, voyant tant d’enfants et même d’adultes succomber, murmuraient contre les médecins. Ils poussèrent le Sénat de cette ville à ordonner des autopsies, pensant que le mal,^ mieux connu, serait plus aisément guéri.

Cortesius n’est pas aussi-certain du pouvoir de la médecine, même quand elle connaît exactement la nature des affections. Il fait remarquer que ces nécropsies blessent souvent les familles, qui les considèrent comme une sorte d’attentat et de déshonneur. D’ailleurs, dit-il, le siège des lésions n’est que trop démontré par l’inspection visuelle, et par les troubles morbides.

Finalement, il croit à l’existence d’une angine pestilen- .tielle et dirige contre elle une thérapeutique analogue à celle des écrivains déjà analysés.

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