‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IVChapitre 4 sur 170 · I. — ANGINE SIMPLE AIGUË · texte numérisé non relu

I. — ANGINE SIMPLE AIGUË

Coup d’œil général. — Quand l’on compare les descriptions de l’angine simple que nous ont laissées les meilleurs auteurs des siècles précédents avec celles des nosologistes des deux premiers tiers du xixe siècle, on est tenté de croire que les changements introduits par ces derniers sont d’ordre tout à fait secondaire. Cependant cette première impression n’est point exacte. Les modifications subies à cette époque par cette entité morbide sont en réalité beaucoup plus importantes. Si l’étiologie reste encore dans la pénombre, si la question de l’existence d’épidémies véritables, ou parfois même de cas dé contagion, est résolue de façon très diverse, on s’accorde de plus en plus à faire jouer, parmi les nombreuses variétés topographiques, un rôle prépondérant a l’angine tonsillaire, devinant ainsi en quelque sorte que -l’amygdale est, pour les agents pathogènes, le locus minoris resistentiœ. De plus, on oppose d’une façon beaucoup plus nette qu’auparavant la forme inflammatoire de Boerhaave ou angine phlegmoneuse à l’angine catarhale ; beaucoup insistent sur ce fait que l’une est profonde et l’autre ^superficielle. Bamberger fera'reposer sur cette distinction la pathologie pharyngée, exagérant ainsi la portée scientifique des données anatomiquès. Dans cetté même angine phlegmoneuse, les progrès de l’examen physique (surtout l’exploration bimanuelle) etles renseignements fournis par -les nécropsies tendent à faire distinguer une forme tonsillaire et une forme péritonsillairé, que Lasègue séparera d’une façon définitive, en leur assignant des symp-

‘GÉNÉRALITÉS

tomes spéciaux. Ainsi que nous l’avons dit plus haut (notions préliminaires) le type trop compréhensif de l’esquinancie, déjà démantelé par Boerhaave, Van Swieten, Sauvage, etc., se fragmente en types morbides distincts, cette fois mieux justifiés au point de vue clinique que précédemment ; et, comme la diphtérie joue un rôle de plus en plus considérable dans les préoccupations générales et qu’on lui prête pour ainsi dire toute l’importance du diagnostic dans les phlegmasies pharyngées, la séparation si commode, en angines blanches et en angines rouges, est déjà ébauchée. D’autre part, l’angine pharyngée, déjà étudiée précédemment, est maintenue, mais avec des considérations nouvelles qui en montrent la légitimité. Ainsi Boissier en tracera un tableau qui prouve qu’il avait entrevu la pharyngite sèche; et Laségue laissera une étonnante peinture du catarrhe du cavum se généralisant au reste du pharynx. On sera moins heureux pour la pharyngite inférieure, bien qu’on décrive des abcès de la racine de la langue, des épiglottites. Bien entendu, cette tendance à admettre la polymorphie des inflammations gutturales ne s’établit pas sans conteste. Il fallut combattre les idées d’auteurs convaincus qui soutinrent (et ils avaient raison dans la majorité des cas) que les distinctions topographiques n’avaient pas de raison d’être à cause du caractère diffus et envahissant des lésions. Parmi celles-ci, le sphacèle, si souvent mentionné autrefois, sera non seulement regardé comme exceptionnel, mais même nié pendant un temps assez long; et, lorsqu’on en acceptera définitivement l’existence, sa nature secondaire sera presque toujours admise (Rilliet et Barthez). Rappelons enfin (voir Angine diphtérique, à propos de Trousseau et de Lasègue) qu une

question du plus haut intérêt sera posée à propos de l’angine pseudomembraneuse, celle de savoir si l’affection ne peut pas, chez des sujets prédisposés, prendre toutes les allures d’une angine simple, de telle sorte que le génie épidémique réaliserait dans la gorge les inflammations les plus diverses et les plus dissemblables d’aspect, sans que, pour cela, ses propriétés nocives en soient sérieusement modifiées.

Malgréda révolution amenée par Pinel dans la façon de concevoir les lésions des muqueuses et ses opinions unicistes par rapport à l’angine, les idées traditionnelles continuent à être acceptées au début du xixe siècle, ainsi qu’il fallait s’y attendre. La Thèse de Moutard-Martin (Propositions sur les différentes espèces d’angines, Paris, 1806) est, après le Traité de Pinel, le premier travail important à consulter, au moins en ce qui concerne les écrivains de langue française1. Il conserve au terme angine toute l’étendue de sa signification traditionnelle ; ce terme, dit-il, ce signifie resserrement, suffocation, on y attache ordinairement l’idée d’une maladie plus ou moins inflammatoire occupant les organes de la déglutition, le larynx ou la trachée-artère »... Cependant, les efforts de Boerhaave et de Yan Swieten, qui s’étaient heureusement inspirés de Galien, n’avaient pas été entièrement perdus2; car l’auteur sépare nettement la phlegmasie laryngée de la phlegmasie gutturale. « Sous le rapport de leur siège, les angines se trouvent divisées

1. En effet-, il ne faut pas oublier l’ouvrage de Frank, celui d’Héberden, etc., parus au début même du xix* siècle. Le premier de ces auteurs sera utilisé autre part.

2. Pinel avait, lui aussi, distingué nettement la laryngite de la pharyngite, qu’il désigne par deux termes différents. V. Nosographie philosophique, genre XXIII.

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