‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IVChapitre 5 sur 170 · MOUTARD-MARTIN · texte numérisé non relu

MOUTARD-MARTIN

tout naturellement en deux sections, selon qu’elles affectent les organes de la respiration ou de la déglutition ». D’autre part, Moutard-Martin, ainsi que plusieurs de ses contemporains *■, insiste beaucoup sur l’intensité variable du mal, remarque déjà très ancienne, mais sur laquelle il était bon de revenir, à cause de sa valeur clinique, en présence de la multiplicité assez artificielle en somme des types d’inflammations gutturales admises depuis Boerhaave, Yan Swieten, Sauvage, etc. « Si l’inflammation est très violente, elle est dite inflammatoire; elle est dite catarrhale, si l’inflammation est légère. ». Il admet encore les variétés syphilitique, aqueuse, pharyngée, tonsillaire. L’étiologie qu’il énumère est purement traditionnelle et sans intérêt par conséquent. Il n’aborde même pas en effet la question de l’influencedes constitutions médicales, qu’avaient établie, au milieu de beaucoup d’erreurs, bien des faits intéressants (Sydenham, Huxham, Stoll, etc.). L’angine pharyngée se distinguerait par la localisation des phénomènes inflammatoires à la partie postérieure du pharynx, par une sécrétion très abondante, claire et visqueuse, par une dysphagie très intense, mais une dyspnée presque nulle. L’angine tonsillaire qui, comme la précédente, existerait rarement à l’état isolé, se caractériserait parla saillie considérable des amygdales, très rouges et recouvertes çà et là de plaques blanchâtres. Les douleurs s’irradieraient volontiers dans les parties voisines, principalement dans les oreilles où elles seraient souvent fort pénibles et accompagnées de bourdonnements. L’amygdalité serait en

1. Boerhaave déjà séparait une forme inflammatoire et une forme légère. Voir ausi Hédouin (Dissert, inaug. sur l’angine inflammatoire, au xviii® siècle). — Flaust (dissert, inaug. sur l'angine inflammatoire, an xii). — Lemercier (dissert, inaüg. sur l’angine inflammatoire, 1808).

ANGINE SIMPLE AIGUE

somme l’angine la plus fréquente, la pins violente, celle; qui détermine le plus de gonflement des parties atteintes.

L’angine aqueuse serait une angine peu franchement inflammatoire, bâtarde, et caractérisée par une infiltration séreuse des parties malades. On trouve déjà des faits semblables signalés dans Boerhaave et Van Swieten. G’est l’angine œdémateuse sur laquelle un auteur allemand ramènera l’attention vers 1850.

Renauldin (article Angine du Dictionnaire des sciences médicales , en 60 volumes, Paris, 1812) s’inspire en grande partie des mêmes idées que Moutard-Martin, qui étaient du reste celles de l’époque. Lui aussi, bien qu’il admette: des angines laryngée, trachéale, bronchique, sépare nettement les phlegmasies respiratoires des phlegmàsies pharyngées. « La considération du siège de l’inflammation nous porte à diviser l’angine en deux espèces bien tranchées, dont l’une attaque le conduit que parcourent les aliments pour se rendre à l’estomac et l’autre s’empare du tube qui transmet l’air aux poumons, en sorte que la première a pour phénomène principal la gêne de la déglutition, et la seconde est caractérisée par celle de la respiration ». Parmi les variétés quisiègent dans l’appareil digestif, Renauldin admet comme beaucoup de ses prédécesseurs, une angine œsophagienne, terme vicieux qui sera bientôt universellement remplacé par celui d’œsophagite. Si la phlegmasie tonsillaire est le plus souvent bilatérale, il est rare qu’elle le soit d’emblée; elle ne le serait que consécutivement. Dans le premier cas, le gonflement des amygdales qui peut être très considérable, gêne parfois singulièrement la respiration. Comme Moutard-Martin et beaucoup d’autres, Renauldin insiste sur les points blanchâtres, dont

RENAULDIN

sont tachetées les tonsilles malades. — Bretonneau montrera qu’il ne s’agit pas ici de fausses membranes, mais de mucus côncrété. — Les complications auriculaires sont nettement signalées. « Outre une céphalalgie assez vive, une rougeur et un gonflement à la face, il survient dans l’oreille une douleur plus ou moins aiguë;, suivant que l’orifice de la trompe d’Eustaehe participe plus ou moins à l’état d’irritation ou de phlegmasie ». Il mentionne aussi les tuméfactions cervicales, mais sans indiquer la cause habituelle, c’est-à-dire l’adénite, l’oedème par continuité étant l’exception. « Souvent, ditil, l’un des côtés du cou présente une tuméfaction remarquable ». Quant aux symptômes généraux, ce sont pour lui ceux de la synoque inflammatoire. L’amygdalite phlegmoneuse est traitée en quelques mots et, ainsi que cela sera longtemps encore le cas, comme une complication possible de l’angine vulgaire ; la persistance des douleurs et du gonflement, des élancements dans les parties atteintes, des frissons, en indiqueraient l’apparition. L’auteur ne rappelle pas, comme l’avaient noté quelquesuns des auteurs du xvixi® siècle et comme Roche le signalera, que le mal peut avoir une marche beaucoup moins accentuée et évoluer insidieusement^ ; mais il remarque, et ceci est exact, que la petite ulcération qui succède à la rupture de l’abcès se cicatrise d’ordinaire avec une très grande rapidité. Il nie que l’induration chronique des amygdales soit de nature cancéreuse, se mettant ainsi en opposition avec plusieurs de ses devanciers et même de ses contemporains, qui la regardaient comme

1. Les angines subaiguës ont été mentionnées dès l’antiquité. Les auteurs du xvm“ siècle les signalent ; quelques-uns des faits qu ils rapportent ont trait certainement à l’angine lacunaire.

ANGINE SIMPLE AIGUE

de nature squirrheuse, c’est-à-dire maligne. Il attribue par contre une importance exagérée à la terminaison gangreneuse si exceptionnelle ; mais il est évident qu’il confond ici, avec la plupart-des écrivains dé l’époque, laphlegmasie simple avec la diphtéritique. « Lîinflammation peut atteindre un tel degré de violence, que le principe de la vie soit étouffé dans les tonsilles et le voile palatin, lesquels alors deviennent la proie de la gangrène : Ce que l’on reconnaît non seulement à ta couleur des parties, . qui, de rouges qu’elles étaient, paraissent bleuâtres, livides bu noires, mais encore à la pâleur de la face, à la fétidité de l’baleine, à la cessation de la douleur, à la faiblesse, à l’inégalité du pouls et au froid des extrémités. Dans ce cas, on voit des escharres gangreneuses se déta cher du voile du palais, des amygdales et de la luette, d’où résultent des ulcères de difficile guérison. Quelque fâcheuse qu’elle eoit, cette terminaison n’entraîne pas constamment la mort ». Les métastases si fort en honneur dans l’humorisme antique, bien qu’elles eussent commencé à soulever des doutes, sont acceptées ici sans hésitation. « Il en est une dernière (complication), fort dangereuse aussi ; elle arrive par métastase. Le mal semble alors quitter les parties qu’il occupait pour se -transporter sur d’autres organes, comme par exemple le cerveau, les poumons, les viscères de l’abdomen. Ce déplacement donne ordinairement naissance à une maladie plus grave, qui a presque toujours une issue funeste : il se montre assez rarement. »

L’angine pharyngée, qui se. cantonnerait exactement aux parois pharyngées sans intéresser les amygdales, ne serait point rare. Elle se caractériserait par les symptômes suivants : « On la reconnaît à la rougeur et au gonfle-

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