Hévin, Mémoire cité
GBELLOIS
les polypes des narines. Le malade est assis sur une chaise, la tête appuyée sur la poitrine d’un aide qui la tient un peu renversée ; le chirurgien abaisse la base de la langue avec le doigt indicateur de la main gauche et tient les pinces de la main droite ; il les conduit sur ce doigt après les avoir trempées dans l’huile, et les fait glisser jusqu’au corps étranger, le long de la paroi postérieure de l’œsophage, afin d’éviter le larynx ; lorsqu’elles touchent le corps étranger, il le saisit et en fait l’extraction .
« Si l’on ne peut atteindre, ni avéc les doigts, ni avec les pinces, le corps étranger, on emploie une tige de métal solide et courbée à son extrémité en manière de crochet ou d’hameçon. Cet instrument convient surtout lorsque le corps a de la prise et qu’il n’est pas arrêté fort loin dans l’œsophage. Pour s’en servir, on place le malade comme nous venons de le dire; on conduit l’instrument avec de l’huile, on l’enfonce dans l’œsophage et on le fait glisser à côté du corps étranger, assez avant pour pouvoir ensuite, en le retirant doucement, engager ce corps dans le crochet. Il est aisé cependant de remarquer, malgré les succès nombreux enseignés dans les livres, qu’il peut y avoir quelque danger à se servir d’un crochet pareil à celui-ci, parce que le bout aigu de l’instrument peut accrocher et déchirer les parois de l’œsophage L »
Nous croyons devoir rapporter les observations suivantes à cause de l’intérêt qu’elles présentent et aussi parce qu’elles sont souvent citées par les écrivains de l’époque, qui s’en sont servi pour tracer la symptomatologie des corps étrangers du pharynx.
La plus ancienne remonte à 1835 et est due a GaELLois,
1. Le panier de Grœffe est bâti sur le prineipe de ce dangereux instrument ; mais son mode de construction le rend moins périlleux. .
CORPS ÉTRANGERS DU PHARYNX
Elle semble démontrer que, dans certains cas, les symptômes observés peuvent simuler assez bien les troubles déterminés par la phtisie. Le malade succomba au milieu de phénomènes d’épuisement très accusés.
« Le nommé Grespin, cuirassier au 7® régiment, d’un tempérament sanguin, d’une constitution athlétique, était atteint d’un catarrhe bronchique, dont l’invasion remontait à cinq mois et pour lequel il n’avait fait usage d’aucune médication. Cette maladie l’incommodait fortement pendant la nuit, mais peu dans la journée. Le 23 janvier, en mangeant sa soupe, il éprouve tout à coup à la région pharyngienne une vive douleur, accompagnée d’un sentiment violent de strangulation; il a la conscience d’avoir avalé un os. Amené de suite à l’hôpital, il présente les symptômes suivants : respiration difficile, face violacée, anxiété extrême, et suffocation imminente ; les mouvements de déglutition sont douloureux et presqu’impossibles. Il crache du sang et indique du doigt le point douloureux, l’endroit du pharynx ou de l’œsophage où il suit le corps étranger ; celui-ci paraît libre, puisqu’il se fait sentir tantôt à un point, tantôt à un autre, à des hauteurs qui varient entre elles d’un pouce. J’essaie plusieurs fois l’introduction de la sonde œsophagienne, seule ou garnie à son bec d’un peloton de fil ou d’une éponge; elle pénètre à plusieurs reprises sans difficulté jusques dans l’estomac, sans qu’aucun signe puisse faire reconnaître l’existence du corps, quoique, après les manœuvres, le malade me dise sentir l’os plus bas. Ces tentatives étant infructueuses, je lui conseille la marche, et surtout une promenade à cheval, qui sont sans succès. Pendant deux heures, les oscillations du corps étranger restent les mêmes ; il continue à monter et à
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descendre, occupant alternativement la partie inférieure du pharynx ou la partie supérieure de l’œsophage.
« Deux grains d^émétique en deux doses et plusieurs potions huileuses sont administrées sans plus de succès; de nouvelles introductions de la sonde œsophagienne sont encore tentées en vain; des pommes de terre, de la ,mie de pain avalées par le malade sont encore infructueuses. Enfin, les saignées locales et générales n’ayant amené aucun résultat favorable, le malade est abandonné aux ressources de la nature dans la crainte d’augmenter par la multiplicité des efforts l’irritation déjà existante. A la visite du 24, même état; cependant, au bout de quelques jours, la douleur locale est moins vive et moins circonscrite, elle occupe tout le pharynx et une partie de l’œsophage ; le malade ne peut plus préciser le point où il sent arrêté le corps étranger.
U Pendant un mois, il reste dans cet état ; le chirurgien en chef se croit alors autorisé à nier l’existence d’un corps étranger qui d’ailleurs a résisté à tous les moyens d’investigation, et croit avoir affaire à une phtisie laryngée ; il évacue en conséquence le malade dans une salle de fiévreux, le 14 février
« La faiblesse et la maigreur sont extrêmes, la voix presque éteinte ; une toux opiniâtre accable le malade et développe incessamment de la douleur aux parties affectées. Un mouvement fébrile presque continu accompagne cet état. Bientôt la douleur et la gêne du cou augmentent; un moxa, brûlé sur la partie antérieure de cette région, n’y apporte point d’amélioration, et aucun moyen ne paraissait plus pouvoir être tenté, lorsque le 26 mars, à trois heures après midi, après avoir mangé quelques pruneaux, le malade ressent une douleur vio-
CORPS ÉTRANGRRS DU PHARYNX
lente qui semble descendre le long de l’oesophage, accompagnée de nausées et de malaise à la région épigastrique, et, après quelques efforts, il rend, au milieu d’aliments non encore digérés et en présence de plusieurs témoins, un os triangulaire, à angles rugueux et chagrinés, présentant à une de ses faces une saillie de deux lignes, mince, rugueuse, et occupant toute sa largeur; les dimensions de cet os sont telles que deux de ses côtés offrent chacun un pouce d’étendue et le troisième huit lignes.
« Pendant les quinze jours qui suivirent, l’état du malade paraissait satisfaisant; on avait meme l’espoir de le sauver, malgré les désordres que l’on présumait exister dans le pharynx ou dans l’œsophage. La toux était calmée, la déglutition devenue plus facile, l’expectoration moins abondante et moins purulente, quoique la parole fût toujours difficile et la voix basse et enrouée ; mais cette amélioration fut de courte durée. Du 12 au 15, les douleurs se réveillèrent, la suffocation devint imminente, la toux opiniâtre, la déglutition impossible, la maigreur extrême. A tous ces symptômes se joignirent ceux qui sont propres à la pneumonie ; leur intensité ne fit que s’accroître pendant trois semaines. Enfin il fut enlevé à ses maux le 4 avril, dans un état voisin du marasme.
cc A l’autopsie, le corps étranger s’était logé à la partie inférieure du pharynx et un peu à droite; il avait déterminé la carie des cartilages aryténoïdes et de la partie postérieure du cricoïde formant le fond d’une vaste ulcération ouverte dans le pharynx, mais non dans le larynx, dont la membrane muqueuse était épaissie ; une ulcération analogue occupait la paroi postérieure et avait mis le corps étranger en rapport immédiat avec la colonne vertébrale, avait détruit les ligaments vertébraux correspon-