‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. VChapitre 72 sur 137 · MARC SÉE · texte numérisé non relu

MARC SÉE

« Le cas que nous allons rapporter montre que le corps étranger, quand il a lésé même assez légèrement les parois de l’organe, peut, s’il était malpropre, porteur par exemple de germes pyogènes, déterminer des suppurations assez graves, malgré l’extraction. Du reste le malade de cette observation qui est due à Marc Sée guérit. L’auteur pense que l’heureuse terminaison est due à ridée qu’il eut de donner du chloral qui est un désinfectant en même temps qu’un calmant.

« Un petit garçon de onze ans fut amené, le premier mars 1875, à l’hôpital Sainte-Eugénie, pour qu’on lui retirât une plume métallique qu’il venait d’avaler. L’enfant avait tenu la plume entre ses lèvres ; en courant il avait ouvert la bouche et une large inspiration avait porté dans l’arrière-bouche le corps étranger, qui s’y était fixé par sa pointe ; après quelques essais infructueux, l’interne de garde était parvenu à saisir la plume avec une pince à pansement ordinaire et à la détacher de la paroi pharyngienne. Mais à ce moment, un mouvement brusque de l’enfant la fit s’échapper, et elle passa dans l’estomac. Un vomitif fut immédiatement administré et le corps étranger fut expulsé. Le lendemain à la visite je constatai un peu d'emphysème à la partie inférieure du cou, et le malade se plaignait de douleurs’en avalant. Le 3 mars, léger mouvement fébrile; l’enfant fait quelques difficultés pour prendre des aliments. En examinant le pharynx, on ne constate aucune lésion. En comprimant un peu au dessus de la fourchette sternale et au-dessus de la clavicule, on détermine un peu de douleur. Les mouvements du cou sont gênés et douloureux. Insomnie. Le 4 mars, les aliments dès la veille ont été rejetés en partie parle vomissement; la fièvre persiste au même

CORPS ÉTRANGERS DU PHARYNX

degré. Je prescris un régime entièrement lacté. Les jours suivants, les vomissements se répètent après chaque ingestion de liquide. Dans l’intervalle, l’enfant crachait des mucosités mêlées de pus. Cet état se prolongeant sans amélioration, les parents enmenèrent le petit malade qui s’ennuyait à l’hôpital. Ils le ramenèrent huit jours après (16 mars). Les accidents avaient pris du développement; la difficulté de la déglutition, la fièvre, l’insomnie n’avaient fait qu’augmenter, les vomissements étaient fréquents et l’amaigrisserhent avait atteint des proportions inquiétantes. L’enfant crachait des quantités considérables d’un pus fétide mêlé de mucus et avec des stries sanguines. Il en rendait deux crachoirs pleins par jour. Le 17, une nouvelle inspection du pharynx ne fait rien découvrir d’anormal. Il n’existe aucun gonflement sur le trajet du cou. La percussion du thorax n’apprend rien de net. Je pense qu’il existe un abcès dans le médiastin postérieur, communiquant avec la partie inférieure du pharynx. Le 18 mars, même état. L’amaigrissement fait des progrès manifestes. La fièvre est continue et l’enfant refuse de prendre tout aliment.

« Dans l’impossibilité de pratiquer une injection dans le foyer de l’abcès au moyen d’une sonde et aussi dans la crainte de répandre le liquide injecté dans le tissu cellulaire du médiastin, j’ordonnai de donner à l’enfant, toutes les deux heures, plusieurs cuillerées d’une solution de chloral au centième, persuadé qu’une portion notable de ce liquide pénétrerait dans la cavité de l’abcès et en opérerait la désinfection, tandis que celle qui arriverait à l’estomac calmerait la douleur et procurerait du sommeil. Le 19 mars, l’enfant, malgré sa répugnance à avaler quoi que ce soit, a pris fréquemment

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