III. — ANGINE HERPÉTIQUE
Dérivée du mot grec erpein, qui signifie ramper, la signification du mot herpès est restée très confuse dans l’antiquité gréco-romaine, pendant la période arabe, le moyen âge et même dans les temps modernes, où ce terme était devenu à peu près synonyme de celui de dartre 3. Contrairement à l’étymologie, ce terme fut employé par Willan dans le sens de dermite vésiculeuse à marche aiguë et à caractère franchement inflammatoire. Son élève et successeur Bateman^ admit que la variété labiale pouvait envahir le pharynx et amener une dysphagie plus ou moins intense. Bretonneau^ s’efforça de différencier les dépôts couenneux que déter-
1. Voir Gauthier, de Genève, vol. IV, p 473. Depuis longtemps, du reste, cette tendance était en quelque sorte classique (Mondières, Fleming, Gillette, etc.). — 2. Pour les autres collections péripharyngées dont l’étude était à peine esquissée, voir vol. IV, p. 185 et 188. — 3. Voir la note de la page 193, vol. IV, qui montre combien ont été profondes les divergences des auteurs quant à la signification de ce terme. L’ancienne acception brûlure a été conservée dans la variété appelée herpès zoster. — 4. Voir volume IV, p. 195. — 5. Voir volume IV, p. 198 et 357.
ANGINE HERPÉTIQUE
minent les bulles herpétiques de la diphtérie buccopharyngée, mais sans insister sur le tableau morbide. Celui-ci fut au contraire bien mis en relief par Gubler^, le véritable créateur de l’angine herpétique dont il fit ressortir la symptomatologie si spéciale. Tantôt attribuée à la constitution climatérique, tantôt regardée comme secondaire et constituant une manifestation fébrile d’états généraux 2 plas ou moins accusés, des fièvres, de la pneumonie, de troubles menstruels, elle fut regardée par Gubler^ et Parrot^ comme une maladie a frigore par excellence. Ce dernier auteur, développant une idée qui était déjà en germe chez Gubler et Lasègue^, considéra le mal comme une perturbation de l’économie toute entière, pouvant occuper des sièges multiples et méritant à tous égards le nom de fièvre herpétique La lésion anatomique essentielle était regardée comme constituée par une vésicule de petite dimension, dont le contenu finissait par se troubler, mais sans aboutir à la formation du pus proprement dit. Cette vésicule, en crevant, laisserait, en général, une exulcération plus ou moins accentuée qui guérirait sans autre incident quand elle reste très superficielle; mais lorsqu’elle est plus profonde, elle deviendrait le point de départ de dépôts couenneux très blancs, très adhérents, recouvrant une muqueuse à nu, saignante. En se réunissant et en envahissant tant soit peu les parties voisines du siège primitif de la vésicule, il se formerait par la fusion de ces points blanchâtres une véritable pseudo-membrane’. Cependant, en examinant les bords, on verrait des dentelures, des sinuosités qui
1. Voir volume IV, p. 200. — 2. Voir volume IV, Morton p. 194, Bretonneau p. 199, Gabier p. 203, bas de la page. — 3. Voir volume IV, p. 210. — 4. Voir volume IV, p. 238. — 5. Voir volume IV, p. 222. — 6. Voir volume IV, p. 239 et 240. — 7. Voir volume IV, p. 225.
EXPOSÉ SYNTHÉTIQUE
montreraient bien son mode de formation D'ailleurs, en soulevant le dépôt fibrineux, on apercevrait souvent quelques vésicules encore intactes', principalement à l’ouverture des cryptes.
Gubler, Féron, Bertholle, Lasègue insistaient beaucoup sur l’intensité et la brutalité du début ^ ; il y aurait frisson, courbature, fièvre intense, violent mal de tête et de gorge, rougeur vive du gosier, puis apparition de petits dépôts d’un blanc crémeux, suivis d’un gonflement ganglionnaire peu apparent.
Courte, quand l’herpès guttural se borne aune poussée éruptive, un peu plus prolongée dans le cas contraire^, maisjaniais d’une durée bien longue, l’affection se terminerait, aussi subitement qu’elle avait commencé, par une défervescence brusque.
Malgré son caractère tapageur, l’angine herpétique ne serait nullement dangereuse 5. Il serait d’autant plusimportant de la distinguer de la diphtérie pharyngée. Bretonneau avait déjà reconnu que, dans certains cas, le diagnostic n’était pas des plus faciles®. La brusquerie de la réaction, l’existence, avant l’apparition des. troubles pharyngés, de malaise et d’accidents gastriques, la présence d’un herpès labial, signe de très grande valeur, la blancheur, l’adhérence des fausses membranes seront les éléments principaux sur lesquels on se basera. Toutefois, dans beaucoup de cas, dit Trousseau, il faut savoir s’abstenir de porter tout jugement et se com-
1. Cependant Gubler admettait, en outre, une formation par propagation des lésions inflammatoires autour du foyer vésiculaire. Voir volume IV, p. 209. — 2. Voir volume IV, p. 230. — 3. Voir volume IV, p. 222 et 236. — 4. Voir Lasègue, volume IV, p. 228. — 5. Ce fait avait été mis déjà en relief par Bretonneau. Trousseau, Gubler, Féron, BerlhoUe, Parot ont insisté sur cette bénignité. — 6. Voir volume IV, p. 198. Voir aussi le paragraphe que Féron consacre à ce sujet dans sa thèse.