‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. VChapitre 91 sur 137 · Voir volume IV, p · texte numérisé non relu

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ANGINE ÉRYSIPÉLATEUSE

qui pensait que l’érythème érysipélateux se rencontrait exclusivement sur les téguments internes munis d’un épithélium Or, faute d’une technique suffisante, le pharynx et le larynx en paraissaient dépourvus à cette époque 2. Le solidisme intransigeant de Broussais, appuyé sur les recherches géniales mais un peu étroites de Bichat, n’était du reste guère favorable à la conception d’unemaladie changeant si facilement de place, frappant des tissus si essentiellement différents et cadrant par cela même si peu avec les doctrines localisantes à outrance de la doctrine physiologique. On considérait donc les rhinites et les pharyngites antérieures, contemporaines ou postérieures à l’érysipèle de la face, comme de simples coïncidences^, et d’ailleurs l’histoire si embrouillée de cette maladie générale jusqu’à Wilson et Bateman autorisait tous les scepticismes Rayer admit, il est vrai, mais sans attirer l’attention, que l’érysipèle de la face pouvait se propager dans les cavités voisines. Les cas d’œdème de la glotte signalés par Bouillaud, Bayle, Copland et Léveillé^, qui étaient venus compliquer les déterminations faciales de l’affection, ne secouèrent ^s non plus l’apathie générale et il en fut de même de l’observation de Gubler, pourtant si concluante, que l’on trouve dans la thèse de Laillier^. Cependant GulP fit connaître en 1848 quelques exemples d’érysipèle interne et, en 1852, Goupil s, alors interne des hôpitaux, en communiqua

1. Voir Yolame IV, p. 267. — 2. Voir l’historique anatomique dans le volume I de notre ouvrage « Le larynx ». — 3. Ou plutôt des complications. C’était l’opinion de Uéhier, de Biett, de Hardy, qui, tout en admettant des rhinites et des pharyngites au cours de l’érysipèle facial, ont refusé d’y voir de l’érysipèle vrai, à cause du siège et de l’allure symptomatique. — 4. Voir la note de la page 288, volume IV. — 5. Voir volume IV, p. 270, pour tous ces cas. — 6. Voir volume IV, p. 270. — 7. Voir volume IV, p. 271. — 8. Voir volume IV, p. 271.

EXPOSÉ SYNTHÉTIQUE

trois faits nouveaux à la Société médicale d’émulation, où des angines avec rhinites s’étaient accompagnées à un moment donné d’érysipèle de la face. 11 insista sur l’engorgement ganglionnaire précoce, symptôme de grande valeur, comme l’avait montré autrefois Borsieri. Néanmoins ces communications diverses auraient risqué fort de rester sans écho, comme les précédentes, que nous avons mentionnées plus haut, si Gubler^, dont l’attention avait été déjà attirée sur le sujet (observation de la thèse de bailler), n’avait communiqué à ses collègues de la Société médicale des hôpitaux, enl856, un cas bien propre à éveiller leur curiosité. Le branle était cette fois donné et peu après parurent les excellentes thèses d’Aubrée ^ et de Labbé^, puis une intéressante clinique de Trousseau^, une excellente monographie de Cornil®, et enfin l’étude si importante que Lasègue 6 a consacrée à cette localisation érysipélateuse dans son Traité desangines. Celle-ci, comme les salles des hôpitaux parisiens se trouvaient alors fréquement ravagés par des épidémies de septicémies diverses, était, beaueoup plus que de nos jours, d’une observation fréquente. On reconnutbien vite que sil’angine étaithabituellement secondaire'^, chez bien des sujets elle paraissait primitive. Lasègue soutint que le mal pouvait même se cantonner exclusivement dans la gorge et les cavités voi-

1. Voir volume IV, P . 272. — 2. Voir volume IV, p. 273. — 3. Voir volume IV, p. 276. — 4. Voir volume IV, p. 284. L’auteur ne parle de cette affection que subsidiairement, à propos de l’érysipèle de la face ; mais il fait bien ressortir le caractère septique, c’est-à-dire profondément infectieux de la plupart de ces déterminations pharyngées. — 5. Voir volume IV, p. 288. — 6. Voir volume IV, p. 300. — 7. Voir volume IV, p. 271 (Gull), p. 272 (Gubler), p. 273 (Aubrée), p. 278 (Labbe), p. 278 (Dechambre), p. 281 (Fenestre), p. 282 (Laborde), p. 284 (Fauvel), etc. D’ailleurs, Hippocrate avait signalé les érysipèles qui sortent des cavités internes ou y rentrent ; ces derniers seraient plus dangereux.

ANGINE ÉRYSIPÉLATEUSE

sines sans envahir le revêtement cutané de la face h L’existence de l’érysipèle nasal avait été affirmée par Goupil, puis par Aubrée et-'Labbé. Cornil montra que non seulement ce dernier était assez fréquent, mais qu’il pouvait fuser à la fois du côté de la peau et du côté du pharynx-. Ainsi se trouverait expliquée la contemporanéité de l’érysipèle interne et de l’érysipèle externe que l’on observe parfois. Cette notion du siège nasal primordial est d’autant plus intéressante qu’eflfectivement le microbe de Fehleisen semble exister -fréquemment à l’état de saprophyte dans les fosses nasales ou du moins dans l’intérieur des narines. Voici comment se ferait la propagation du mal de gorge à la peau - ou réciproquement. Elle s’effectuerait par l’orifice buccal, par les fosses nasales, par la trompe d’Eustache, l’oreille moyenne et le conduit auditif, par les fosses nasales, le conduit lacrymal, la conjonctive et les paupières 3. A propos de l’envahissement de l’appareil auditif, rappelons qu’il avait été signalé par plusieurs des otologistes de l’époque, notamment Fauvel etc. Disons à ce sujet que des phénomènes de surdité ont été notés dans une observation de Dechanbre, dans l’observation de Trousseau. Cornil et Lasègue regardent les troubles auditifs comme assez fréquents. Toynbee 4, en Angleterre, fit des recherches sur le même sujet. Trousseau croyait que l’affection pouvait même débuter primitivement à la caisse, à la suite d’une éraillure. Lasègue^ supposait au contraire qu’il s’agissait d’une propagation de la phlogose spécifique à la cavité tympanique par l’intermédiaire de la trompe.

Au point de vue du mécanisme d’introduction du

1. Voir volume IV, p. 300. — 2. Voir volume IV, p. 292. — 3. Voir volume IV, p. 293. — 4. Voir volume IV, p. 284, 287, 279, pour ces faits d’otite érysipélateuse. — 5. Voir volume IV, p. 300.

EXPOSÉ SYNTHÉTIQUE

■<firus érysipélateux sur les muqueuses, quand il s’y développe primitivement, Trousseau soutient qu’il faut une solution de continuité, comme pour la peau K La contagion était admise par beaucoup pour la forme épidémique 2 sinon pour la forme sporadique, où le mécanisme de l’infection s’affirmait moins nettement. Une fois pénétrée dans l’organisme, on admettait que l’afiection se propageait de proche en proche, et que c’est ainsi qu’elle pouvait rentrer dans l’intérieur du corps ou en sortir pour s’étaler à la surface ; mais à côté de ce processus, certains en admettaient un autre, métastatique 3, où l’érysipèle se transmettait sims intermédiaire d’un point éloigné du corps à un autre.

La symptomatologie de l’angine érysipélateuse avait suscité des discussions assez vives. La plupart, admettant que celle-ci était très tranchée et en quelque sorte caractéristique, insistaient sur larougeur intense, cramoisie, sur la violence de la dysphagie, l’engorgement rapide des ganglions sous-maxillaires ; mais, suivant Aubrée et Gubler^, la réaction inflammatoire serait quelconque et ne présenterait rien de bien pathognomonique. Cependant on s’accordait à admettre le degré élevé de la fièvre, la gravité des phénomènes généraux ^ donnant au mal une allure septique essentiellement inflammatoire et parfois même ataxo-adynamique.

1. La minceur et la délicatesse de l’épithélium par rapport à l’épiderme aurait pu, en effet, faire admettre une simple résorption. Voir, à ce sujet, volume IV, p. 286. Suivant Lasègue, l’érysipèle naîtrait très fréquemment au point de jonction d’une muqueuse avec la peau (pour-, tour des narines, des points lacrymaux, de l’orifice buccal, du méat auditif). Voir p. 306. — 2. Voir volume IV, p. 291. — 3. Voir le cas d’érysipèle de la jambe de Ciure, volume IV, p. 298 (voie hématique ?) — 4. C’est l’opinion aussi de Peter, p. 297. Cornil se montre d’un avis différent. Voir p. 289. — 5. Voir le cas de Gubler et l'opinion qu’émet celuici à ce sujet, volume IV, p. 272.

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