BRESSE
vents du midi. Les montagnes du Bugey offrent une sorte de digue à ceux de l'est , et réfléchissent ceux de l'ouest. Mais et les uns et les autres rencontrent dans leur cours des obstacles qui les rendent irréguliers; ce sont des massifs de bois considérables. Les vents de sud et d'ouest soufflent le plus souvent pendant les grandes chaleurs , et donnent beaucoup d'activité à l'évaporation des eaux. Suivant M. Aubry, les cent cinquante étangs, existant à l'époque où il faisait ses expériences, exhalaient pendant les jours d'été plus de cinq mille six cents toises cubes d'eau. On observe aussi pendant les grandes chaleurs , dans la même contrée , un vent blanc qui vient du sud, et au printemps un vent froid et sec qui souffle du nord ; tous deux sont pernicieux.
On cultive dans la Bresse marécageuse du seigle, de l'avoine , quelques vignes en quantité infiniment petite , dont le vin est détestable , et des arbres fruitiers en petit nombre, qui produisent des fruits sans saveur. Les prairies artificielles y sont rares; on a vu ailleurs quels étaient ses végétaux; le vcrne y est commun. H y a peu d'eaux de source et de citerne ; celles dont on fait généralement usage viennent des étangs et des marais formés eux-mêmes par les eaux pluviales.
Bourg , chef-lieu du département , était autrefois une ville insalubre. Jusqu'au milieu du siècle dernier, la moitié au moins de ses habitans était souffrante de fièvres obstinées , régulièrement pendant un grand tiers de l'année. Elle devait ces maladies à dévastes fossés pleins d'une eau stagnante et fétide»
dont ses inutiles fortifications étaient environnées. Louis XV donna à la ville les remparts et les bastions; on les détruisit , et leur sol , ainsi que celui des fossés , fut converti en beaux et utiles jardins. Depuis cette époque , Bourg est un séjour fort sain, fort agréable j l'air y est doux ; peu de villes ont des promenades aussi belles : elle est recherchée des étrangers ; son hôpital est fort bien tenu , fort bien administré ; je lai vu pendant l'automne ; ses lits étaient presque tous occupés par des malades venus de la Dombe marécageuse. Interrogés sur la nature de leurs maux, tous m'ont répondu : f ai la fièvre. Les bourgs et petites villes de la Bresse, qui souffrent le plus du voisinage des eaux stagnantes , sont situés au centre. Voici leurs noms : Villars , Marlieux, St-Paul, et à peu. de distance Châtillon, St-Trivier, St-Nizier, fort bien surnommé le désert. Trente à quarante chaumières forment une petite ville j un village se compose de trois ou quatre habitations éparses et mal tenues. On voit peu de fermes dans la campagne ; beaucoup de grands domaines sont des étangs. Comme la dépopulation de ce pays malheureux a marché avec une rapidité extraordinaire depuis un demi-siècle , on a cessé d'y construire , et les anciens édifices sont tombés en ruines. Celui qui vovage pour la première fois dans la Bresse, est étonné du misérable état de villes , dont le nom est inscrit en grosses lettres sur les anciennes cartes de la province. On dit que les armées alliées y ont été trompées en i8i4; l'une d'elles envoya un détachement considérable occuper la route et la soi-disant