‹ Histoire des marais et des maladies causées par les émanations des eaux stagnantesChapitre 2 sur 88 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Description générale des marais , mode de leur formation.

LiA chute des eaux pluviales sur un sol bas et peu incliné , l'affluence sur le même point des eaux qui viennent de l'inte'rieur des terres et des montagnes voisines , et , dans d'autres circonstances , le débordement d'un fleuve , ou l'irruption de la mer, telles

l8 DES MARAIS EN GENERAL,

sont les causes variées qui enfantent et qui nourrissent les marais.

On peut placer au premier rang des conditions de la stagnation des eaux la disposition du plateau ou des plaines dont elles couvrent la surface; elle est telle que la masse de liquide qu'une circonstance accidentelle y a conduite , trop considérable pour s'infiltrer dans le sol ou être évaporée avant d'avoir été renouvelée, ne peut se former en courans, en torrens, en ruisseaux , et se précipiter dans les ondes d'un fleuve ou de la mer. Diverses circonstances concourent à maintenir la masse d'eau sur la plaine qu'elle a envahie. Les torrens, dans leur cours impétueux, dépouillent les montagnes que des mains imprévoyantes ont dégarnies de bois , d'une grande quantité de débris végétaux, et surtout terreux, qui, déposés en divers lieux du sol , deviennent un obstacle à l'écoulement des eaux. Des plantes , en quantité prodigieuse, naissent et croissent avec une grande énergie autour du sol inondé, et en divers points de sa surface ; elles y meurent après la saison des pluies, et leurs débris, mais surtout leurs nombreuses familles , exhaussent de plus en plus le terrain submergé , et le constituent définitivement à l'état de marais.

Il est impossible que cet effet n'ait pas lieu, si une plaine située au-dessous d'un fleuve ou de la mer est inondée par l'un ou l'autre , et n'a pas assez de pente pour contraindre le liquide à la quitter. Un marais se formera de toute nécessité , lorsqu'un tersain bas recevra les eaux des torrens nés accidentel-

DES MARAIS EN GENERAL. ig

lement sur des montagnes voisines, et n'aura pas assez d'inclinaison pour se délivrer de la niasse liquide dont la pluie l'aura couvert. Comme l'évaporation des eaux et leur infiltration ne sont nullement proportionnées à leur afïluence considérable et souvent répétée , comme les obstacles à l'écoulement du liquide augmentent et se multiplient de plus en plus, si l'art ne corrige ce vicieux état de choses, le sol inondé devient de plus en plus marécageux. Quelques marais donnent naissance à des rivières et même à des fleuves; ainsi, le Borystène, le Niémen et la Dwina ont tous trois leur source dans la même plaine marécageuse; d'autres amas d'eaux continentales , stagnantes, reçoivent des rivières qui s'y perdent. En Espagne, la Guadiana disparaît dans la prairie d'Alcaza, et renaît cinq lieues plus loin, en formant de grands marais. Le Zcnderoud , en Perse, termine son cours dans un vaste marécage. Ainsi finissent , en Afrique , grand nombre de rivières qui descendent du versant méridional de l'atlas, vers le grand désert de Sahara; d'autres rivières nées des montagnes d'Abyssinie , et beaucoup d'autres dans le Tucuman, au sud-ouest de Buenos-Ayres.

Un marais existe , il appartient aux sciences médicales à deux titres principaux : i .? ses eaux ordinairement fangeuses sont stagnantes; de là l'évaporation habituelle d'une grande quantité de liquide , surtout dans les temps chauds; i.° elles contiennent une quantité considérable de substances organiques , ordinairement végétales, mais quelquefois végétales et animales, qui s'y décomposent, et donnent à leurs émanations un caractère spécial.

20 GEOLOGIE DES MARAIS.

Page 1