‹ Histoire des marais et des maladies causées par les émanations des eaux stagnantesChapitre 22 sur 88 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Incubation des émanations marécageuses*

J-jES émanations marécageuses sont introduites dans l'économie animale; y subissent-elles une incubation, ont-elles la faculté d'y rester cacbées sans manifester leur présence par aucun désordre ? Si elles la possèdent , pendant combien de temps peuventelles la conserver ? Si elles ne l'ont pas , ne donnent-elles point la fièvre, en faisant éprouver à certains appareils organiques (surtout aux gastriques),, une modification dont les effets ne se manifestent qu'après un temps plus ou moins long ? en d'autres termes, une pyrexie intermittente qui naît plusieurs semaines, plusieurs mois après l'exposition du corps de l'homme aux effets de l'air infecté par les eaux stagnantes, reconnaît -elle pour cause une modification pathologique éprouvée immédiatement par certains organes , mais latente pendant long-temps 5

ÎOO INCUBATION

ou la présence des émanations marécageuses toujours vivantes, malgré leur longue inertie ?

Un intervalle de temps plus ou moins considérable s'écoule , depuis le moment où un individu a reçu l'action des émanations marécageuses, jusqu'à celui où la fièvre se manifeste. Cet intervalle est ce qu'on appelait le temps d'incubation. Tout est variable sous ce rapport. Vingt individus passent quelques heures auprès d'un marais , celui-là ressent presque à l'instant même l'action des émanations délétères, cet autre ne tombe malade que quelques semaines après. Tel est affecté d'une dysenterie, tel autre d'une pyrexie rémittente gastrique; quelques-uns tombent comme asphyxiés, chez quelques autres l'influence délétère de l'atmosphère est lente et graduée. Lind s'est occupé à déterminer le temps pendant lequel les effets d'un air vicié pouvaient rester cachés dans l'économie animale. Voici le résultat de ses remarques : Quelques individus ont éprouvé des nausées sur-le-champ , ou sont tombés dans le délire; d'autres n'ont ressenti ces effets qu'après avoir passé deux ou trois jours à bord; plusieurs ont été faiblement indisposés les cinq ou six premiers jours, et d'autres, mais en petit nombre, n'ont eu leur santé troublée que vers le dixième ou le douzième. Pendant l'expédition anglaise de Walcheren , plusieurs militaires qui n'avaient pas eu la fièvre en Hollande, en furent affectés sept ou huit mois après leur retour en Angleterre. Elle lit tant de progrès, que, sur un bataillon d'environ sept cents hommes, vingt-un seulement lui résistèrent,

et qu'une centaine de malades succomba. Voici de nouveaux faits qui prouvent que la disposition aux fièvres de marais peut être acquise dans le pays où règne la maladie, et l'explosion de la pyrexie ne se faire qu'après un long espace de temps et dans un climat tout différent. On les doit au docteur J. Ferrus. Sur les bords de l'Escaut, et près de son embouchure , les fièvres intermittentes tierces régnent presque constamment. Sur la ligne droite, dans l'île de Walcheren surtout, elles ont des caractères pernicieux et sont souvent fort meurtrières; sur la rive gauche , une population languissante vaque à ses occupations dans l'intervalle des accès. Souvent toute une famille est en même temps atteinte; ses membres , si les accès tombent aux mêmes heures , sont dans l'impossibilité de se prêter aucun secours. Les troupes qui séjournent en ces lieux, éprouvent les mêmes maladies ; l'on ne peut exiger des soldats qu'un service alternatif. Cependant la mortalité est rare sur cette rive. En 1811, M. Ferrus ayant passé douze jours avec un détachement de trois cents chasseurs de la vieille garde, à Breskens (rive gauche), et se félicitant de n'avoir eu, pendant ce temps, qu'un seul malade, fut surpris péniblement, lorsque dès la première journée de marche , dix chasseurs éprouvèrent une fièvre violente. Le lendemain, il y eut plus de vingt malades avant d'arriver à Anvers , et pendant deux jours passés dans cette ville, leur nombre s'éleva à près de quatre-vingts. Officiers et soldats, tous étaient pris de fièvres intermittentes fort intenses,

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