‹ Histoire des marais et des maladies causées par les émanations des eaux stagnantesChapitre 23 sur 88 · INCUBATION · texte numérisé non relu

INCUBATION

et rebelles au quinquina. Quelques-unes prenant le caraetère pernicieux des fièvres de Flessingue, furent promptement mortelles. La majeure partie resta stationnaire, et, même après le retour en France, ne disparut qu'avec lenteur, et encore pour quelques mois seulement. Tous ceux d'entre nous, dit M. Ferrus, qui purent reprendre leur service, entreprirent la campagne de Russie, et eurent dans le Nord des rechutes, auxquelles ils ont en général succombé. I/un de nous ne fut pour la première fois atteint de la lièvre, que sur les bords du Niémen, dans un pays fort sain, et six mois après avoir quitté la Hollande, Sa maladie présenta néanmoins, dans le début , quelques - uns des symptômes pernicieux des fièvres de Flessingue. Ils furent de courte durée, mais pendant quatre mois rien ne put suspendre les accès; quand ils disparurent, le malade resta, comme presque tous ceux des bords de l'Escaut , comme tous ses compagnons d'infortune, avec une phlegmasie chronique d'un des viscères contenus dans l'abdomen , et avec un épanchement séreux dans cette cavité. Un officier anglais, qui avait fait partie de l'expédition dans la Nord-Hollande , aux mois de septembre et d'octobre 1799, vint à Londres réclamer les soins de Gilbert Blanc, au mois d'août de l'année suivante. Son corps était campé dans une contrée où régnaient ordinairement les fièvres intermittentes ; il apprit à Gilbert Blanc que ces fièvres attaquaient seulement les militaires de son régiment qui avaient fait la campagne de Nordflollandc. Un autre officier , revenu du Portugal

DES EMANATIONS MARECAGEUSES. io3 en 1 8 1 1 , pour cause de mauvaise santé , a aussi assuré que les militaires qui avaient fait partie de l'expédition de Walcheren, étaient affectés principalement de fièvres intermittentes dès qu'ils supportaient la moindre fatigue, au point que le tiers des hommes de chaque régiment était à peine capable de faire le service. Suivant M. Baumes, les paroxysmes de la fièvre des marais se déclarent durant les quinze premiers jours, principalement vers le cinquième ou le septième chez les uns , et vers le douzième ou le quatorzième chez les autres. 11 n'y a absolument rien de constant à cet égard, nonseulement dans les divers pays de marais, mais encore dans la même contrée. L'extrême variété des constitutions individuelles et atmosphériques, l'influence du climat, de la saison, et beaucoup de circonstances accessoires, ne permettent pas d'établir à cet égard des résultats généraux.

Affirmer que les émanations marécageuses absorbées, introduites dans le corps, peuvent y rester cachées sans causer aucun désordre de fonctions pendant un certain temps, et au bout de huit jours, de quinze jours, d'un mois, de six mois, sortir de leur inertie, pour créer une fièvre intermittente pernicieuse, c'est ajouter foi à une hypothèse incompatible avec l'état actuel des sciences médicales. Quel est le siège de ces émanations marécageuses ? d'où vient leur sommeil et leur réveil ? comment ne sontelles pas modifiées par l'action vitale ? où sont les preuves de leur existence ? et combien d'autres objections on pourrait faire à cetle théorie ontologique!

lo4 INCUBAT. DES EMANAT. MARÉCAGEUSES.

Les émanations marécageuses qui ne peuvent se conserver quelque temps si elles ne sont renouvelées , soit dans l'atmosphère , soit sur la surface où elles ont été déposées, auraient donc ce privilège dans la circonstance la plus propre à le leur faire perdre si elles le possédaient ?

Sont-elles un poison stupéfiant, irritant? agissentelles en surexcitant nos organes , ou en faisant descendre leur irritabilité au-dessous de son degré normal? leur manière d'agir est-elle enfin une irritation, une asthénie ou une perversion des mouvemens organiques ? cette question ne peut être discutée que lorsque leurs effets physiologiques et pathologiques auront été connus.

DES

Page 1