‹ Histoire des marais et des maladies causées par les émanations des eaux stagnantesChapitre 35 sur 88 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Des obstructions à la suite des fièvres intermittentes et rémittentes de marais.

JLes obstructions du foie et de la rate sont fort communes chez les habitans des pays marécageux; ils sont dévoués aux indurations chroniques, de toute espèce des viscères abdominaux. Lorsque ces engorgemens naissent dans les tissus parenchymateux du bas-ventre , la gastrite ou l'entérite chronique font de rapides progrès ; les digestions- sont mauvaises » la nutrition se fait mal, et le corps maigrit pendant que le foie et la rate augmentent de volume : bientôt la couleur de la peau s'altère ; celle du visage devient jaune paille ; une grande quantité de sérosité s'accumule dans le tissu lamineux , et la leuco-

phlegmatie ou l'ascite fait de rapides progrès. On

trouve à l'ouverture des cadavres d'énormes indu-

rations du foie, de la rate, et des ganglions mésen-

te'riques.

On n'a point oublié l'état de l'abdomen des enfans dans la Bresse et dans la Sologne ; l'un des effets les plus funestes de l'influence du climat de ces contrées , c'est , indépendamment de l'inertie continuelle du système musculaire , la turgescence du foie, de la rate et du mésentère. Ces petits malheureux ont le ventre presque aussi tendu que celui jdes hydropiques, et cependant leur corps est maigre.

Voilà l'état physiologique j voyons ce qu'il deviendra sous l'influence de l'action pathologique des émanations marécageuses.

Comment sont produites les obstructions ? sontelles l'effet ou la cause de la fièvre ? dépendent-elles d'une action spéciale des émanations marécageuses sur les viscères de l'abdomen? Les progrès récens de la physiologie pathologique paraissent expliquer ce problème. Ce qui arrive auxhabitans des contrées marécageuses , survient aussi chez les individus qui , dans les contrées les plus salubres , sont affectés de fièvres intermittentes ou rémittentes opiniâtres. Que se passe-t-il pendant les paroxysmes ? le sang et les mouvemens organiques sont transportés de l'extérieur à l'intérieur ; peudant que les capillaires sanguins se désemplissent , ceux des organes intérieurs , et particulièrement du foie et de la rate , sont le siège d'un engorgement , et par conséquent deviennent plus irritables. Cependant la peau pâlit, le malade

y éprouve une sensation pénible; il se plaint d'anxiété à 1 epigastre , et d'une forte constriction autour de la partie inférieure du thorax. L'affection gastrique, qui constitue la plupart des fièvres de marais , s'étend au foie et aux ganglions mésentériques. Ainsi, ces organes sont doublement stimulés; leurs capillaires, distendus brusquement pendant chaque accès , se rompent ou s'engorgent , s'irritent enfin; l'induration commence , et, nourrie par la fièvre, fait des progrès indéfinis. J'ajouterai que le traitement déplorable qu'on a opposé pendant si Ion g -temps aux fièvres quartes , contribue beaucoup à exaspérer les phlegmasies chroniques des viscères abdominaux : elles ne font jamais plus de progrès que lorsque le quinquina est donné sans méthode aux fébricitans. L'abus de ce remède est une cause active d'obstructions.

Telle fièvre intermittente , dont le point de départ primitif était la membrane muqueuse gastro-intestinale irritée , a précédé l'engorgement abdominal et l'a produit; ainsi, elle n'a pas été dans le principe causée par lui. L'engorgement abdominal , qui n'est autre chose qu'une phlegmasie chronique de viscères étroitement liés par leurs fonctions à l'appareil gastrique, passe accidentellement à l'état d'inflammation aiguë ; alors il irrite sympathiquement la muqueuse gastrique , et enfante la fièvre intermittente à son tour. Des obstructions bien établies dans l'abdomen sont des foyers de pyrexies à exaspération périodique souvent en activité ; car beaucoup de causes difficiles à éviter tendent à les faire

sortir de leur état d'indolence] elles n!ont rien de spécial à cet égard ; toute induration chronique d'un viscère essentiel à la vie, dispose les organes, surtout gastriques, à s'irriter.

Que sont les obstructions en elles-mêmes ? un état maladif causé , dans la théorie vulgaire , par Texistence d'un obstacle à la circulation des humeurs, qui a produit l'accumulation et la stagnation de ces liquides animaux. Les anciens désignaient indifféremment cet état maladif par les noms divers d'eimbarras , d'engouement , d'engorgement , d'indura^ tion ; le squirrhe , les tissus sarcomateux , cérébriforme , la mélanose , une grande partie des tumeurs, seraient des obstructions. D'après la théorie de Boerhaave, il faut voir une obstruction dans toute phlegmasiej aujourd'hui, ce mot est assez peu employé. On ne voyait qu'obstructions pendant le règne de l'humorisme ; on appelait ainsi toutes les rétentions d'humeurs, on en voyait partout, dans le poumon , dans le cerveau, dans les reins, dans chacun des tissus en particulier.

Le mot obstruction désigne particulièrement un engorgement causé par l'infiltration d'une humeur dans un organe, à la suite d'un resserrement extrême ou de l'oblitération de ses vaisseaux excréteurs. Mais c'est la maladie des solides qui a préexisté , c'est une irritation qui produit d'ordinaire l'induration , l'épaississement , le rétrécissement , l'oblitération des capillaires. Les phlegmasies doivent se terminer et se terminent en effet fort souvent par des obstructions partielles que les vaisseaux absor- Jbans diminuent et font disparaître enfin.

L'un des symptômes les plus constans des obstructions du foie dès le principe , c'est un malaise , une sensation fort incommode dans la région occupée par l'appareil hépatique. C'est plutôt un sentiment de gêne accompagné d'une légère oppression qu'une véritable douleur. Le malade croit éprouver toujours le besoin de prendre des alimens. Lorsque le mal a fait des progrès, cette douleur augmente, et la sensation pénible de rétraction , de faiblesse , d'une espèce d'anéantissement , se fait sentir avec plus de vivacité. Si l'on prend alors quelques alimens , on éprouve un soulagement momentané j mais bientôt cet état de souffrance revient, soit pendant le travail de la digestion , soit pendant quelque exercice. Les malades se plaignent presque toujours d'une soif plus ou moins importune; ils choisissent de préférence à d'autres boissons celles qui sont acidulés j leur appétit s'émousse et finit même par se perdre ; ils prennent en aversion les alimens solides gras ou butireux , et leur langue se couvre au centre d'un enduit blanchâtre ou jaunâtre. En général, ils sont constipés et tourmentés par des vents, par des coliques. Il est des malades dont le ventre se gonfle et se distend beaucoup , même après le plus léger repas ; cette intumescence dure pendant quelques heures. Il peut exister dans certaines parties du conduit intestinal des tumeurs formées par l'accumulation des gaz, si rénittentes qu'on serait tenté de les prendre pour des obstructions. Quand la maladie est avancée , l'inspiration devient laborieuse5 surtout si le malade marche un

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peu vite, s'il monte un escalier, s'il parle long-temps, et principalement s'il se couche sur le côté gauche. On le voit quelquefois saisi d'une toux sèche, immédiatement après ses repas ou le matin à son réveil. C'est lorsque la phlegmasie chronique a fait de grands progrès que la réaction fébrile s'établit; elle n'est pas d'abord continue ; un mouvement de fièvre se montre pendant la digestion , pendant la nuit, et s'annonce par la coloration des pommettes, ainsi que par une sensation de chaleur aux pieds et aux mains. Cette chaleur devient bientôt habituelle; elle est acre au toucher avec redoublement pendant la soirée et pendant la nuit. Lorsque la douleur est vive, le pouls est en général dur, fréquent, serré, irrégulier ; si elle est modérée, les pulsations artérielles sont plus molles , plus lentes que dans l'état naturel , et le sont bien davantage encore lorsqu'il se forme des foyers purulens dans le foie. De petites taches jaunes se développent autour des paupières et deslèvres, surlecou, sur la poitrine, et de là s'établissent sur la peau presque entière dont la coloration devient jaune paille. La sécrétion de l'urine varie assez peu lorsque la maladie est abandonnée à elle-même et que rien n'entrave sa marche; les digestions continuant à être mauvaises, le malade maigrit de jour en jour, et finit par tomber dans une espèce d'atrophie. Bientôt 1 œdématie survient ; le visage paraît bouffi le matin et les pieds sont enflés le soir; l'infiltration devient quelque fois générale, enfin les sueurs colliquativcs, la diarrhée, le marasme, la fièvre lente et la mort terminent les longues souffrances de l'ha-

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bitant des pays marécageux qui a des obstructions. L'analyse des symptômes des obstructions donne pour résultats une gastrite et une hépatite chroniques. C'est par la gastrite que la maladie commence .

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