CHAPITRE IL
Des fièvres rémittentes et intermittentes simples et pernicieuses.
IL est moins facile qu'on ne pense d'étudier la fièvre de marais sur son sol natal. Un médecin n'est guère appelé que lorsque le malade se trouve toutà-fait hors d'état de se mouvoir, et surtout quand il ne lui est plus possible de prendre des alimens. Les renseignemens qu'on recueille alors sont vagues , et d'autant plus inexacts , qu'il est d'usage parmi les Bressans de faire commencer la maladie au jour où le sujet a tenu le lit, et qu'il a employé le plus souvent alors des remèdes, variés sous le rapport de leur espèce, mais semblables sous celui de leurs propriétés qui sont stimulantes à un très haut degré (du vin, du poivre, de l'eau-de-vie, etc.). Ces fièvres débutent souvent, dans le milieu du jour ou pendant la nuit, par une horripilation générale vague, accompagnée d'une espèce de vertige, et suivie promptement du frisson et d'une céphalalgie très intense. A ces symptômes succèdent ordinairement une chaleur considérable avec agitation , soif, tirai llcmens à l'épi gastre , des nausées ; alors
la langue est , dans la plupart des cas , nette , pâle, et couverte de mucosités d'épaisseur et de teintes variées. Le lendemain, le malade qui se sent mieux, retourne à ses travaux sans prendre la moindre précaution pour prévenir le retour d'une fièvre qu'il ne craint pas, dont il se croit délivré, ou qu'il ne soupçonne pas encore.
Voici les symptômes qui composent en général la première période de la fièvre : froid fébrile , ou frisson dont la force varie depuis le simple refroidissement jusqu'au tremblement , et qui dure en général d'une heure à deux (rarement le tremblement a lieu, surtout au printemps et pendant l'été ) ; pâleur, lividité de la peau , surtout des tégumens qui recouvrent les extrémités ; resserrement spasmodique de ce tissu qui se crispe et forme la chair de poule , suivant l'expression vulgaire; sensation d'une sorte de fusées froides le long de la colonne vertébrale ; bâillemens , pandiculations , contractions involontaires des muscles des membres , douleurs contusives dans les extrémités (ces phénomènes ouvrent souvent la scène ) ; gêne du mouvement d'inspiration, sensation de constriction fort pénible à la base de la poitrine, oppression, toux, lorsque la membrane muqueuse bronchique est irritée; état naturel del'épigastre qui , cependant , est assez souvent resserré, douloureux ; sécheresse de l'arri ère-bouche , soif , langue tantôt généralement pâle , tantôt , ce qui est plus rare , colorée en rouge sur ses bords et à sa pointe. Le malade a souvent des nausées, souvent il vomit ; son pouls est concentré , embarrassé , et
lorsque l'accès est violent, son visage est décoloré
et a une teinte plombée (i).
Une demi-heure , une heure , deux heures s'écoulent, et la seconde période commence; le frisson devient de plus en plus fugace ; il alterne avec des bouffées de chaleur qui se portent à la tête, et est enfin remplacé par la chaleur. Celle-ci s'accroît, domine, s'étend à toute la surface du corps, et se fait sentir surtout à la tête , qui est le siège d'une douleur sourde et profonde dans la région frontoorbitaire. Cependant, les capillaires sanguins du visage et de la conjonctive sont injectés, les mouvemens des yeux sont douloureux, la langue est rouge à sa pointe et sur ses bords ; elle est quelquefois rouge et sèche sur toute sa surface; la soif est vive, mais elle a peu de durée , et cesse lorsque la peau
(i) La fièvre naît quelquefois avec tous les symptômes d'une excitation violente de la membrane muqueuse gastrointestinale; la langue est sèche, rouge sur ses bords et à sa pointe, racornie •, le pouls est dur, accéle'ré: il y a beaucoup de chaleur à la peau, d'intensité dans la céphalalgie; l'abdomen est peu douloureux à la pression , ou ne l'est pas du tout. Le malade a des nausées et vomit. Quelques jours s'écoulent, et spontanément, ou par l'influence d'une bonne méthode de traitement, ces phénomènes inflammatoires s'évanouissent presque en totalité; plus de vomissemens, de douleur de tête, de chaleur acre aux tégumens; la langue s'humecte, perd sa rougeur, s'épanouit, s'élargit, s'il est permis de s'exprimer ainsi, et la fièvre se régularise. Les batteurs de blé et les moissonneurs sont frappés quelquefois subitement, pendant les journées très chaudes, d'une céphalalgie violente, avec défaillance et vomissemens bilieux; la fièvre se déclare peu de jours après.
commence à s'humecter; le pouls est plein, fort et fréquent; la peau est sèche et brûlante. Cette période de réaction se développe avec un intensité variable , mais qui , en général , n'a pas de rapport avec l'intensité du froid ; un frisson léger peut être suivi d'une chaleur extrême : lorsque cette période est à son plus haut degré de force , l'ardeur générale et l'anxiété sont excessives , la soif est brûlante , le malade vomit quelquefois encore. Elle dure ordinairement de six à douze heures.
Enfin , ces symptômes perdent par degrés de leur intensité , l'anxiété s'affaiblit , le pouls bat avec plus de modération , la peau s'assouplit , s'humecte peu-à-peu ; une sueur plus abondante au premier accès que dans les suivans s'établit , le calme renaît , et l'apyrexie commence. Telle est la troisième période : il reste souvent au Bressan beaucoup de faiblesse générale, du dégoût pour les alimens , une sensation de douleur contusive dans les membres : mais s'il est peu irritable l'intermittence est complète et si parfaitement , qu'il est désagréablement surpris lorsqu'un accès nouveau lui rend une fièvre dont il se croyait bien délivré : le retour des accès a lieu tantôt à la même heure , tantôt un peu plus tôt ou un peu. plus tard. C'est d'une heure à midi qu'il paraît ordinairement dans la Bresse ; en général les paroxysmes qui surviennent le soir présagent une fièvre plus forte , et presque toujours rémittente.
S'il n'y a pas de répétition d'irritation, la fièvre se prolonge rarement au-delà du septième ou du hui-
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tième accès ; elle s'arrête assez souvent au quatrième ou au cinquième : dans le premier cas son intensité croit jusqu'au cinquième accès , une sueur fort copieuse a lieu alors , et la convalescence commence : on voit assez souvent survenir à cette époque une éruption pustuleuse autour des lèvres et des narines, une hémorragie par le nez, et quelquefois la diarrhée.
La division des symptômes d'une maladie en grouppes appelés périodes , est nécessairement une méthode factice , elle fait une part très large à l'arbitraire. Cependant comme l'idée générale qu'elle donne de la fièvre est assez exacte , je l'ai conservée, mais une méthode plus sure, l'analyse physiologique, lui sera bientôt unie (i).
(i) La fièvre, clans son état normal, est rarement violente ; il faut beaucoup d'habileté et un tact éclairé par des connaissances physiologiques profondes, pour rapporter chaque symptôme à chaque organe, pour déterminer le tissu, le viscère qui est le foyer de l'irritation , et pour suivre la propagation de l'état morbide aux différens appareils organiques. En effet, un examen superficiel des malades laisse clans le cloute ; l'irritation intestinale ne se montre point ordinairement par lesphénomènesde l'état aigu ; des rapports existent entre cet état des voies gastriques et le trouble des fonctions de l'encéphale et du sa^stème nerveux, comme entre ces désordres et l'infiltration du tissu cellulaire , l'engorgement des viscères abdominaux -, mais , ces rapports quels sont- ils? Des médecins ont dit: la fièvre quarte des maltais ne saurait être une pblegniasie gastro-intestinale ; car les fonctions digestives ne sont pas plus troublées que celles du cerveau et du système nerveux $ l'appétit reparaît après l'accès comme dans
Si l'irritation locale mobile qui est l'élément fondamental de la fièvre intermittente endémique dans les pays marécageux , se développe brusquement chez un sujet robuste dont le système sanguin est le système prédominant (tempérament peu ordinaire aux îiabitans de la Sologne et cle la Bresse), la pyrexie à exaspération périodique est inflamma-
l'état de santé, et les alimens sont aussi Lien digérés; mais l'irritation d'un viscère important peut être fort grave , au point même de donner ia mort, sans qu'elle se manifeste par les pliénomènes d'une surexcitation violente. Enfin, les irritations intermittentes étant admises, il est tout simple que l'organe qui était le siège de la stimulation périodique recouvre l'exercice libre de ses fonctions, lorsque celle-ci l'a quitté.
Cette absence dans la fièvre rémittente de marais , de physionomie caractérisée, cesse lorsque la maladie a duré long-temps, et que, pendant son cours, sinon sous son influence, des indurations chroniques ont désorganisé le foie ou la rate. Quand les obstructions sont formées, quand les hvdropisies apparaissent, il est ordinairement possible de distinguer une gastrite, une entérite chronique simple, ou compliquée d'un état pathologique analogue d'un autre viscère. Ainsi, une irritation évidente se montre à la naissance et au déclin de la fièvre \ elle alterne souvent avec Fadynamie positive ; il y a d'autres fois surexcitation chronique du tissu d'un viscère, et, à cette exception près, asthénie générale.
C'est particulièrement dans le système veineux abdominal que se montre l'asthénie constitutionnelle et acquise des Bressans: c'est la rate surtout qui s'engorge; le sang qui remonte si difiicilement chez ces individus, des extrémités abdominales au cœur, séjourne dans le parenchyme spiénique.
toire. Si cette irritation prédomine dans l'appareil gastro-hépatique, la fièvre est bilieuse; si le poumon, le cœur , ou tout autre organe important est subitement le siège d'une congestion violente et d'une grande surexcitation , la fièvre intermittente est pernicieuse ; voilà les formes les plus ordinaires de la pyrexie dans les pays marécageux.
On y voit rarement la fièvre dite inflammatoire , mais la gastrite y est très commune. Voici quels sont ses caractères fondamentaux : frisson qui naît dans la région dorsale , ordinairement court tremblement , immédiatement après cbaleur acre à la peau , sèche , répandue sur la périphérie du corps; soif très vive ; nausées , vomissemens bilieux abondans très pénibles , très douloureux ; rougeur et sécheresse du pourtour de la langue, dont le centre est occupé par un enduit jaunâtre peu épais ; dégoût pour les substances grasses ; coloration en jaune, pendant l'accès, du pourtour des lèvres et des yeux qui devient aisément habituelle ; sensibilité vive , pesanteur , cbaleur forte , douleur à l'épigastre , où l'on sent quelquefois des pulsations ; céphalalgie violente , cruelle, atroce, portée quelquefois jusqu'au point de causer le délire. En général les paroxysmes ont une longue durée; la maladie se termine au septième , au neuvième , au onzième accès et peut se prolonger davantage : lorsque l'irritation mobile se fixe , une gastrite aiguë succède à la fièvre. C'est souvent au milieu de ses travaux que l'habitant de la Sologne est saisi par la fièvre gastrique; des vomissemens bilieux énormes
ont lieu souvent au commencement de chaque paroxysme (i ).
Enfin , les fièvres des marais peuvent être pernicieuses ; alors elles sont tantôt rémittentes , tantôt
(i) La fièvre intermittente s'accompagne quelquefois, dans la partie marécageuse du département de l'Ain, d'un catarrhe et d'une toux violente. Cette phlegmasie de l'un des élémens du parenchyme du poumon peut devenir prédominante \ on la voit survenir pendant le cours de pyrexies intermittentes régulières ou irrégulières, quartes ou tierces. Cette surexcitation et la surexcitation gastrointestinale, s'influencent réciproquement, comme l'irritation des membranes muqueuses et celle de la peau dans la rougeole.
Lorsque des phlegmasies aiguës se déclarent accidentellement sur des sujets affectés de fièvre quarte de marais , elles guérissent quelquefois de l'irritation gastro-intestinale , en opérant une révulsion heureuse. C'est de cette manière que l'invasion de la variole a fait cesser quelquefois des irritations gastriques à exaspération périodique.
Le médecin peut rarement , dans la Bresse et dans la Sologne, faire exécuter ses prescriptions avec la régularité convenable •, les remèdes qu'il indique sont tantôt rejetés, tantôt pris avec une négligence et une méfiance qui en détruisent les effets. Quelque pressantes que puissent être ses recommandations, il ne réussira pas à faire prendre un demi-bain ou un simple pédiluve si le malada paraît faible ; veut-il faire appliquer vingt sangsues? il doit en ordonner quarante : il faut qu'il lutte continuellement avec l'ignorance, les préjugés et la maladie du sujet. Celui-ci préfère aux boissons mucilagineuses des boissons acides, du petit vin, ou boit à grands traits l'eau la plus froide qu'il peut trouver : lui défendre de manger, c'est la précaution inutile, et de quel aliment fait-il usage au plus fort de sa maladie? de grosse viande, ou de la poule étique dont il a fait son bouillon.
intermittentes , mais elles affectent plus souvent le premier mode que le second; un intervalle plus ou moins considérable sépare les accès ; ceux-ci ont en général une longue durée : c'est le type tierce , et surtout le type quarte que présentent ces pyrexies suivant Lind et Bosquillon. Ou observe quelquefois clans la Bresse la fièvre intermittente soporeuse (qui n'est autre que l'apoplexie). Thion deia Chaume a vu régner à Ajaccio, pendant l'été très chaud de 1773 et de 1778 , une fièvre intermittente apoplectique tierce , qui attaquait surtout les soldats campés auprès des marais ; on a lu ailleurs l'histoire d'une maladie analogue, observée dans la Bresse par Delorme,
Les fièvres rémittentes ordinaires , et les fièvres intermittentes pernicieuses se montrent dans !es pays marécageux avec les traits qu'on leur trouve partout ailleurs. Elles n'ont donc ici aucun droit à une description spéciale.
La fièvre intermittente endémique dans les pays marécageux, est une irritation mobile qui se développe tout-à-coup dans un organe , surtout dans les organes gastriques , et qui se termine par la sueur ( 1 ) .
(1 ) Pour déterminer si cotte maladie est spéciale, sui generis. pour savoir d'une manière positive si cette fièvre présente quelques indications thérapeutiques spéciales à sa principale cause, les exhalaisons des eaux stagnantes, il faut nécessairement que les observations la montrent toujours produite par l'action des émanations marécageuses. Toutes les fièvres intermittentes qui naissent dans la Bresse, dans la Sologne et clans la plaine du Forez, ne sont point
Les fièvres intermittentes, enfantées par les marais Pontins, ne diffèrent des pyrexies nées auprès de nos eaux stagnantes que par l'intensité plus grande de l'irritation soit encéphalique , soit gastro-intestinale. Cette augmentation de violence de la maladie est en rapport avec la température élevée du climat de l'Italie. Les fièvres, d'intermittentes qu'elles étaient , deviennent souvent rémittentes , et surtout continues. Enumérons leurs symptômes, d'après un médecin du pays qui a eu souvent occasion de les observer :
Décoloration de la peau , céphalalgie , nausées , vomissemens de matières bilieuses, et quelquefois en même temps de vers j chaleur à la peau , soif très grande pendant la première période ; dans l'a-
causées, par l'action sur l'organisme, de ces particules infectes, plusieurs ont été le résultat de l'intempérance, du refroidissement, d'une grande fatigue physique, et, sous ce rapport, ne sont pas la fièvre de marais. Il faut donc distinguer les unes des autres. Je n'ai admis, dans cet essai, que des observations de fièvres dont les émanations des marais étaient la cause évidente*, cette méthode rigoureuse était peut être indispensable.
Quel que soit le type présenté par la fièvre de marais , la maladie est fondamentalement la même; que ces pyrexies soient tierces ou doubles tierces, quartes ou doubles quartes, gastriques ou inflammatoires, rémittentes ou intermittentes, simples ou pernicieuses, leur caractère est toujours, en dernière analyse, une irritation locale, et or-> dinairement une surexcitation gastrique. Une autre remarque qui a été faite, c'est la fréquente conversion des types les uns dans les autres, pendant le cours de la maladie, chez un même sujet.
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pyrexie, sueur, urine safranée. Peu de jours après, frisson , extrême anxiété pre'cordiale , passage de la fièvre au type continu, prostration des forces; langue un peu livide , aride, tension des hypocondres; assoupissement , délire , fréquence des phénomènes de malignité; taches livides de la peau, cardialgie ; modifications variées de l'état des pulsations artérielles souvent petites et inégales , soubresauts des tendons , refroidissement des extrémités , face hippocratique , lipothymies multipliées , dysenterie ; expulsion de lombrics par l'anus , sueurs algides , parotides , mort.
N'est-ce pas là une pyrexie intermittente, qui se convertit en fièvre adynamique ? ne trouve-t-on pas dans cette description tous les caractères delà gastroentérite ?
Pour apprécier les faits , il faut les comparer ; pour prendre une idée juste d'une maladie , il faut mettre en parallèle avec elle celles qui lui ressemblent. C'est afin de forcer à parler la fièvre si souvent muette des marais de nos climats tempérés , que j'ai fait suivre son histoire par celle des pyrexies rémittentes et intermittentes, endémiques aux environs des eaux stagnantes de la campagne de Rome. Abstraction faite de la constitution des individus , molle et lymphatique dans la Bresse , sèche , irritable , bilieuse en Italie , il y a identité de nature entre les fièvres que les émanations marécageuses occasionnent dans ces contrées. Les mêmes organes souffrent; toute la différence est dans le degré d'intensité de leur affection, et , ce qui en est la consé-
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quence, dans les sympathies pathologiques nées de l'irritation locale.
Décomposons la fièvre intermittente de marais par l'analyse physiologique des faits généraux et des histoires particulières de malades qu'on a lues. Ses symptômes sont de deux ordres , ceux-là caractéristiques , ceux-ci sympathiques. Les premiers expriment l'affection de l'appareil digestif , et leur siège est la membrane muqueuse de l'estomac et des intestins. Les voici énumérés dans la langue aphoristique : soif plus ou moins vive, répugnance presque invincible pour les alimens solides et les matières animales , désir pour les substances acidulés et végétales; anorexie, langue pâteuse, épanouie, large, couverte d'un mucus blanchâtre ; ou , lorsque l'irritation gastrique est vive (cas moins commun que le précédent) , sèche , fendillée , plus ou moins rouge à sa pointe et sur ses bords; digestions pénibles , tension de l'abdomen qui est douloureux quelquefois ( assez rarement cependant ) à l'épi gastre ou dans la région du foie ; éructations , nausées , vomissemens de matières séreuses , bilieuses , jaunâtres , de vers ; diarrhée , gonflement des hypocondres. Les phénomènes sympathiques sont très variés; voici ceux qui appartiennent à l'encéphale : tristesse , morosité , hypocondrie , céphalalgie , stupeur, disposition à l'aliénation mentale , délire sourd ou furieux dans les pays chauds , sorte de stupidité, somnolence, spasmes convulsifs; regard hébété, fixe, morne, pouls très variable, souvent petit et lent, d'autres fois vif, serré, fréquent; chaleur
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acre, sécheresse de la peau qui est souvent de couleur jaune paille, et couverte d'une poussière grisâtre. L'état aigu devient rarement violent; la maladie passe presque toujours à l'état chronique , et alors surviennent les ohstructions , les diarrhées re- Lelles , les hydropisies, la leucophiegmatie et tous les accidens de la fièvre lente. Lorsque l'irritation gastrique est consécutive à celle du cerveau , la fièvre débute par une chaleur brûlante et une violente céphalalgie; quelquefois par un frisson.
Autopsie cadavérique. Lanatomie pathologique des fièvres rémittentes et intermittentes de marais mérite beaucoup d'attention ; elle servira , en effet, à déterminer les caractères de ces maladies. Avant de commencer cette étude , il faut se rappeler les vérités suivantes : i .° les fièvres intermittentes, en général, ne sont pas aussi souvent accompagnées de lésions de tissus que les fièvres continues; 2.0 les fièvres rémittentes et intermittentes de marais ne sont pas dans nos climats tempéivsdes maladies mortelles (sauf les exceptions), elles usent la vie, mais ne la détruisent point immédiatement. Un Bressan, un Solognot qui meurt, succombe aux suites d'une fièvre lente, c'est-à-dire d'une phlcgmasie chronique, qui est d'ordinaire, mais non toujours, la gastrite ou l'entérite; 5.° les lésions de tissu que présente son cadavre ne diffèrent nullement de celles qui accompagnent les fièvres graves , et surtout les inflammations lentes des viscères abdominaux.
Telle fièvre putride lue un individu dont la membrane muqueuse gaslro-intestinalc , examinée avec
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soin , se montre dans son état naturel ou ne présente que quelques vergetures; telle autre a paru peu grave, peu aiguë ; et cependant on trouve après la mort dans les viscères abdominaux de vastes ulcérations, des lésions organiques considérables de l'estomac et des organes voisins ; des épanchemens de nature variée dans la cavité abdominale. Aucune des manières d'être si diverses de la gastro-entérite ne s'accompagne d'effets morbides invariablement les mêmes, et l'anatomie pathologique ne peut nullement fournir les élémens de leur classification. S'il était indispensable de classer en cathégories les résultats divers de l'autopsie cadavérique des victimes des fièvres graves, il serait peut-être convenable de les présenter dans l'ordre suivant :
i .°La membrane muqueuse gastro-intestinale est parfaitement saine; on ne trouve sur elle aucun vestige de phlegmasie (cas fort rare) ; i.° elle présente des traces d'inflammation , mais des traces de caractère équivoque, consistant, par exemple, en rougeurs superficielles peu étendues, en congestions sanguines de nature problématique. Dans ce cas, plus commun que le précédent, les vestiges d'irritation qui existent ne paraissent pas rendre raison des symptômes de la phlegmasie violente que l'on a observée ; 3 . ° enfin on trouve dans les viscères abdominaux , et spécialement sur les voies gastriques, les effets les plus évidens de l'inflammation.
Des médecins qui se sont occupés récemment de l'anatomie pathologique des voies gastriques , rapportent les lésions de tissu qu'elles créent, celles-là
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à une inflammation aiguë , celles-ci à une phleg-
masie chronique. Cette classification est arbitraire;
beaucoup de lésions organiques se montrent dans l'un et l'autre cas, et il est assez souvent impossible de déterminer le genre d'irritation auquel appartient l'altération d'organe qu'on a sous les yeux. Ces considérations m'autorisent-elles à classer les lésions organiques créées par les fièvres graves, dans l'ordre suivant ?
I. Modifications de l'aspect extérieur du canal digestif. Modifications de la couleur; resserrement , dessèchement , distension.
II. Modifications de la coloration intérieure du cariai digestif. Lividité, teinte rosée, échymoses, rougeurs, taches rougeâtres de nuances variées, depuis le rose pâle jusqu'au rouge vif, au rouge ardoisé et au rouge noirâtre ; points noirâtres entourés d'une auréole rouge, coloration noire, comme charbonnée, taches vertes.
III. Modifications de la consistance, de l'épaisseur , de la cohésion des parois du canal digestif; solutions de continuité gui se rattachent à ces altérations organiques. Induration , épaississement, plaques, exanthèmes, engorgement inflammatoire, suppuration des glandes et follicules muqueux , érosions , vastes excoriations, ulcères , perforations spontanées de 1 estomac , des gros intestins et des intestins grêles; ramollissement, dégénération pulpeuse , floconneuse , pultacée de la membrane muqueuse ; amincissement , gangrène , sphacèle , œdème du tissu laniincux sous-inuqucux.
IV. Exhalations morbides; exhalations sanguinolente, sanguine, puriforrrie.
V. Dégénération tuberculeuse , squirrheuse } cancéreuse des parois du canal digestif.
VI. Productions de tissus accidentels dans le canal digestif; fausses membranes , excroissances fongueuses.
VII. Interruption de ta continuité du canal digestif 7 invaginations, étranglemens internes.
VIII. Lésions de tissu consécutives ou sympathiques ; engorgement des ganglions mésentériquesj hépatite, induration i phlegmasie chronique de la rate ; péritonite * épanchemens séreux , purulens, sanguinolensj adhérences dans la cavité abdominale; lésions de tissu produites par l'inflammation dans la poitrine, dans le crâne.
On a attaché une grande importance a l'anatomie pathologique des voies gastriques; son histoire générale a été faite par MM. Andral fils etScoutetten; MM. Chaussier et Percy ont décrit les perforations spontanées de l'estomac ; celles de l'intestin grêle , bien moins connues, ont occupé l'attention de MM. Andral, Ghomel, Serres * Louis, Martin-Solon^ Le ramollissement a trouvé pour historiens Rœderer et Vagler, Jaé'ger * MM. Cruveilhier , Chaussier * Lailemand; l'invagination, l'iléus, lesphacèle du canal intestinal ont été le sujet de dissertations intéressantes écrites par Hévin et par MM, Gayol et Gauthier de Claubry. C'est à M. Broussais que nous, devons la meilleure éthiologie de l'engorgement des ganglions mésentériques : M. Jules Cloquet a pu-
blié d'excellentes observations d'ulcérations intestinales. Chacune des lésions de tissu multipliées qui succèdent aux fièvres graves a été l'objet d'une étude spéciale , la découverte d'une forme nouvelle de quelqu'une de ces altérations organiques, a été soigneusement consignée dans nos livres; leur histoire envahirait de gros volumes , et tout n'a pas été dit encore. J'avoue qu'elles me paraissent d'un fort médiocre intérêt; elles n'apprennent rien sur le véritable caractère de la maladie. Aucune induction thérapeutique avantageuse aux malades , n'a été jusqu'à ce jour déduite de l'anatomie pathologique des voies gastriques. Ces minutieuses descriptions des plaques et ulcérations intestinales , ou de la forme des pustules dont la membrane muqueuse est couverte , qu'apprennent-elles? quelle est leur utilité ? peu importe la forme de ces lésions organiques ; il suffit de savoir qu'elles sont des effets de l'inflammation : des altérations de tissu de nature toujours la même ne sont pas le caractère de chacune des manières d'être si diverses de la gastro-entérite. Ce malade meurt de la fièvre putride , on ouvre son cadavre ; la membrane muqueuse gastro-intestinale a été manifestement enflammée, et j'en vois la preuve matérielle : c'est tout ce que je désirais apprendre; que la lésion de tissu soit le ramollissement, l'ulcération, des plaques , l'exhalation sanguine , 1 epaississement de la membrane, encore uue fois peu importe. Cette recherche est un objet de pure curiosité, et la séméiotique, de même que la thérapeutique, n'a rien à
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y gagner. Quelque soin qu'on mette à faire de ces le'sions une description complète , jamais on n'y parviendra ^ les cadavres présenteront toujours sous ce rapport une variété inépuisable : elles comprennent un nombre de nuances prodigieux, incalculable, et jamais on ne les rattachera à des types constamment les mêmes. Toute fièvre grave peut créer des lésions organiques dont le modèle exact ne se trouvera nulle part ; à quoi bon insister si longuement sur la partie la plus inutile de l'histoire de la maladie ? L'ouverture des cadavres dinvidus morts des fièvres rémittentes et intermittentes de marais * à montré la plupart des lésions de tissu que j'ai énumérées. Cet essai contient quelques autopsies de ce genre ; elles ont fait voir dans les organes de la digestion des traces de phlegmasie évidentes , l'épaississe ment * les taches rouges , les ulcérations à divers degrés de la membrane muqueuse. Dans les pays chauds où la maladie est extrêmement aiguë, ce tissu a été vu dans un état voisin de la gangrène, et quelquefois sphacelé. On trouve souvent des en gorgemens de la rate , et surtout du foie et des ganglions mésentériques. En un mot, les lésions organiques qui se présentent sont celles dont s'accompagnent les phlegmasies chroniques de l'estomac et des intestins. Les ulcères ont bien présenté les caractères attribués à ceux dont la gastrite et l'entérite s'accompagnent : forme presque circulaire, bords irréguliers, inégaux, bosselés, comme taillés à pic , recouverts de petits caillots adhérens ; fond grisâtre, siège ordinaire au commencement du cœcum, ou sur la valvule iléo-cœcale , etc.
M. Bailly , auquel on doit un travail intéressant sur des fièvres pernicieuses observées à Rome , a constamment trouvé des altérations organiques de tissu, souvent bien plus grandes que celles dont s'accompagnent les fièvres ou les inflammations continues .
La convalescence des fièvres de marais est longue, difficile et troublée par de fréquens orages. J'ai dit que ces maladies livrées à elles-mêmes dans la plaine du Forez , cessaient après avoir existé pendant quelques semaines ou plusieurs mois , pour faire place à un état pathologique nommé traîne dans le pays. C'est une sorte de convalescence incomplète, de demi-maladie ordinairement suivie d'une explosion nouvelle et plus violente de la fièvre. L'hydropisie et les obstructions apparaissent et terminent cette longue série de maux. Rien de plus commun que les rechutes. Telle est l'impression profonde que l'organisme a éprouvée par l'action puissante des émanations marécageuses , qu'une cause légère rappelle fort souvent la maladie après qu'elle a cessé. L'individu paraissait très bien rétabli ; il existait cependant en lui une modification organique inappréciable , inconnue quant à sa nature , mais dont l'effet bien manifeste est le retour (spontané quelquefois) de la maladie , même après que le sujet a respiré un air pur pendant plusieurs mois. Tel individu bien guéri a fait un peu plus d'exercice qu'à l'ordinaire , ou a pris froid au déclin du jour; la fièvre reparaît. Le récit de la maladie deWalcheren contient un exemple frappant de ce phénomène.
Les médecins qui habitent des pays marécageux savent combien les rechutes y sont faciles , même sans cause connue; elles ont lieu surtout en automne.
La description de ces fièvres intermittentes ne serait ni fidèle ni complète , si je ne faisais connaître leurs effets , leur terminaison ordinaire ; les lésions de tissu qui , après avoir été leurs alliées , deviennent la maladie prédominante , et conduisent lentement le valétudinaire à la mort.