‹ Histoire des marais et des maladies causées par les émanations des eaux stagnantesChapitre 5 sur 88 · DES ÉTANGS · texte numérisé non relu

DES ÉTANGS

assez considérable , et cette eau est limpide ; mais elle est peu oxigénée, lourde, fade, et vient de pluies abondantes reçues par un sol imperméable. Les parties argileuses détachées des anciens bancs de cette substance sur les rives des fleuves et rivières, ou entraînées par les ruisseaux sortant de l'intérieur, délayées et soutenues dans les eaux , se sont déposées sur le sol ; elles y ont cimenté la surface de ce béton naturel ; elles y ont formé des bancs de telle manière, que la superficie du bassin sud-ouest du département de l'Ain se trouve presque partout, et principalement dans les bassins, couverte d'une terre argileuse, sur laquelle se trouve peu de terre végétale.

Les étangs sont empoissonnés pour une ou deux années j on y élève des tanciies, des carpes, des brochets, quelques perches qui y viennent très bien. C'est un revenu peu coûteux et fort productif. Lorsque le sol est mis en prairie, détrempé par le séjour des eaux , riche de leur limon et des débris d'une grande quantité de matières organiques, il produit abondamment un excellent fourrage , et nourrit beaucoup de chevaux et de bétail. On pêche à la fin de l'hiver ceux qui doivent être semés en avoine au printemps, dans la fange elle-même ; on pêche à la fin de l'été ou de l'automne, ceux que l'on veut semer en blé ; un seul labour sumt. On enlève les foins pendant l'été , on coupe les blés , l'avoine, et le plateau dépouillé devient propre à recevoir les eaux pluviales et des poissons. Les avantages et les inconvéniens des étangs , ainsi que les moyens de

OO DES RIZIÈRES, etc.

les rendre moins insalubres, seront l'objet d'un examen spécial ; de plus amples détails sur leur régime n'appartiennent pas à cet ouvrage j on les trouvera dans les excellens traités de MM. Vaulpré et Varenne de Fenille.

5 2. Des rizières. La culture du riz est accompagnée de grands inconvéniens ; elle exige l'inondation du terrain où croît cette substance alimentaire ; elle force les paysans à travailler, pendant une grande partie de l'année, les jambes dans des eaux stagnantes. Ces malheureux sont pâles, sujets à l'œdème comme aux engorgemens des viscères , et meurent ordinairement à quarante ans. La population est décimée chaque année par ce fléau. Telles sont les remarques qui ont été faites dans les rizières du Piémont , du Milanais, et de la Caroline dans l'Amérique méridionale.

5 3. Exploitation du chancre. L'exploitation du chanvre n'est pas moins dangereuse que celle du riz. On fait rouir ce végétal , qui exhale une odeur narcotique et très vireuse , dans des mares d'eaux exposées au soleil, et placées presque toujours auprès et sous le vent des habitations. Là se fait une fermentation putride végétale , extrêmement active et fort odorante, ainsi qu'une exhalaison abondante pendant l'été , d'émanations pernicieuses au plus haut degré. M. Bourges connaît un hameau où les paysans avaient coutume de mettre leur chanvre dans un lavoir, au sud des maisons. Presque tous étaient annuellement sujets à des fièvres intermittentes automnales. Cette endémie pa-

EXPLOITATION DU CHANVRE. 3l

raissait d'autant plus extraordinaire, que le village est sur une élévation , sur un terrain sablonneux, et que les paysans y sont riches, comparativement à ceux des hameaux voisins. Interrogé sur les causes présumées de cette maladie , M. Bourges répondit que la principale lui paraissait être les émanations apportées de ce lavoir par les vents méridionaux. Il conseilla de faire à l'avenir rouir le chanvre dans une eau courante ; on le fit , et la maladie endémique disparut. Deux ans s'écoulèrent, elle ne revint point j mais un paysan qui avait mis de nouveau du chanvre rouir dans le lavoir, la rappela. Ses voisins profitèrent des leçons de lexpérience, et le firent renoncer à ce fatal usage. La maladie ne reparut point.

L'eau qui a servi au rouissage de cette plante a une saveur extrêmement désagréable, et une odeur infecte. Si elle contient des poissons , ces animaux sont bientôt enivrés j il périssent lorsque la fermentation a absorbé la plus grande partie de l'oxigène de l'eau. L'odeur vireuse qu'exhale le chanvre est très forte ; ceux qui sont saisis par le sommeil, auprès des champs couverts de cette plante, éprouvent quelquefois , en s'éveillant , des vertiges , des éblouissemens et une sorte d'ivresse.

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