CHAPITRE IV
Division des marais en marais salés et en marais d'eau douce.
JLes marais peuvent être distribués en deux grandes classes : ceux qui sont formés par l'eau de pluie ou de rivière (marais d'eau douce), et ceux que la mer forme sur les rivages que baignent ses flots par les soins de l'homme (marais salans), ou par la seule disposition du sol (marais salés ). Les marais d'eau salée ont leur siège dans des terrains bas, peu inclinés , et accessibles , pendant les hautes marées , aux eaux de la mer qui y apporte une grande quantité d'insectes, de poissons, de matières végétales et animales , dont la putréfaction est fort rapide , surtout si l'eau salée s'est mélangée avec l'eau douce; leur union , pendant de fortes chaleurs , cause une extrême insalubrité , et plusieurs épidémies n'ont pas eu d'autre cause. Donius a remarqué les inconvéniensde ce mélange : Si autem cum his (les eaux douces stagnantes ) marince aut minérales conjunganlur, facillime putrescunt(i). A quoi tient cette extrême facilité des eaux de la mer à se cor-
(i) De restlt. salub. agri romani.
rompre? sans doute à la grande quantité de matières salines et organiques qu'elles tiennent en dissolution. Si celles de l'Océan n'étaient agitées d'un mouvement perpétuel par la force des vents et l'impulsion des fleuves qui s'y rendent , si elles restaient stagnantes pendant quelque temps, leur prompte décomposition aurait bientôt empoisonné l'atmosphère de tout l'univers (i).
Beaucoup de marais salans ont été créés par la main industrieuse des hommes; ce sont de vastes bassins dont le fond est nivelé et battu avec de la terre glaise pour retenir l'eau salée qui n'y est introduite qu'en petite quantité , afin que son évaporation aux rayons du soleil puisse être complète : tels sont les marais salans de Peccais sur les côtes du Languedoc , et ceux des côtes de l'océan dans le pays d'Aunis , le Bas-Poitou, la Bretagne et la Normandie ; leur voisinage a peu d'inconvénient quand ils sont bien entretenus , et lorsque les précautions hygiéniques ne sont pas négligées. L'étang de Martigues, sur les côtes de Provence, entre Marseille et le Rhône, est environné de marais salans naturels.
Plusieurs ports de mer du littoral de l'Amérique et de l'Asie souffrent extrêmement du voisinage de marais maritimes. Qui ne connaît l'excessive insalubrité des Antilles , de la Véra-Crux et de plusieurs villes du midi du Nouveau-Monde l Une excessive chaleur , beaucoup d'humidité , de vastes masses d'eau salée stagnante , et chez les habitans de ces
(i) Boyle, Délia salsedine del mare. (Orlandi.)
lieux beaucoup de négligence dans l'entretien des canaux et du port , et l'oubli des soins de propreté, voilà le cercle de causes qui fait de la fièvre jaune le fléau de ces climats. Chardin indique, dans son Voyage en Perse , la ville de Bender-Abassi comme l'une des plus insalubres de l'univers; elle est située sur les bords du golfe Persique , au pied de montagnes extrêmement élevées : on y respire un air embrasé j il n'y a point d'eaux potables ; une vapeur mortelle s'élève continuellement des entrailles de la terre ; les naturels du pays y traînent une vie languissante, et sont obligés, au mois de mai, de se réfugier dans les montagnes. Un séjour d'un mois dans cette ville devint préjudiciable à notre voyageur; il en sortit très faible , et fut bientôt atteint d'une fièvre accompagnée d'une forte chaleur et d'une soif ardente.