CHAPITRE VIII
Des sécrétions.
IL est des sécrétions qu'il est bon d'exciter , et d'autres qu'il faut ménager avec soin. Ceux des Européens qui se livrent sans mesure à l'acte vénérien avec les femmes ardentes des pays chauds , ont une aptitude spéciale à contracter la fièvre jaune. Cette observation est applicable aux pays marécageux. Partout où l'homme dépensera une quantité considérable de ses forces , l'adynamie qui en résultera , facilitera le développement d'une irritation dans un appareil organique, et surtout dans le gastrique. On a conseillé avec avantage aux habitans des pays marécageux de fumer et de mâcher du tabac; s'ils n'abusent pas de ce moyen préservatif, si la sécrétion de la salive ne devient pas excessive , ils n'auront qu'à se louer de cette pratique : c'est surtout à jeun , et lorsque les brouillards sont épais et humides, qu'ils feront bien de fumer. Le tabac est un stimulant énergique; j'ai déjà fait sentir plus d'une fois la nécessité d'exciter les capillaires sanguins pour les mettre en équilibre avec les capillaires blancs, que tant de causes surexcitent sans cesse. Voici d'autres remarques qui tendent à prou-
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ver l'utilité de la salivation comme moyen préservatif. Quelques faits recueillis par Johnson, authentiques mais point assez nombreux, point assez positifs pour servir à établir un principe, semblent prouver que les individus soumis à l'influence du mercure sont soustraits à l'action de causes qui donnent constamment aux autres des fièvres de marais du caractère le plus grave. Un autre médecin, Wade Shield, assure n'avoir jamais vu de fièvre endémique ou contagieuse atteindre des hommes soumis à un traitement mercuriel. Lors même que cette propriété préservatrice serait reconnue au mercure et bien constatée, cette découverte serait peu utile aux habitans de nos pays marécageux.
Des frictions quotidiennes sur la peau avec un morceau de flanelle ou une brosse, ne peuvent qu'être fort bonnes. Il sera question ailleurs des bains de vapeurs.
CHAHTRE IX.
Exercices; travaux agricoles.
JLES habitans des pays marécageux exécutent des travaux essentiellement insalubres. Ils ne doivent s'y livrer qu'après le lever du soleil , et la prudence veut qu'ils les abandonnent lorsque cet astre est sur
EXERCICES, TRAVAUX AGRICOLES. 58l le point de quitter l'horizon. C'est à la chute du jour que les émanations marécageuses se précipitent abondamment sur toutes les surfaces à leur portée. S'ils doivent avoir les pieds dans l'eau, qu'ils portent, s'il se peut, de hautes bottines faites d'un cuir imperméable.
On a conseillé l'usage à jeun d'une petite dose de teinture alcoholique de quinquina , qui peut être aisément remplacée par celle de menyanthes trifolium, ou par l'écorce de Yœsculus hjypocastanum. Toute infusion alcoholique amère aurait le même avantage. Lorsque l'armée française campa dans les marais et sous les murs de Mantoue , on fit distribuer à l'appel de chaque matin une petite mesure d'eau-de-vie, dans laquelle on avait fait infuser du quinquina. L'indigence, et surtout l'extrême incurie des habitans des pays marécageux, ne rendra jamais parmi eux ce moyen hygiénique populaire , mais il convient fort aux ouvriers employés aux desséchemens, et aux armées, aux étrangers forcés de séjourner auprès des eaux stagnantes.
Comme la population des pays de marais est très faible, leurs malheureux habitans sont condamnés à des fatigues excessives lorsque la saison des travaux commence. Ils n'ont alors aucun repos, et c'est précisément dans ce temps que l'action des émanations des eaux stagnantes est le plus redoutable. Comment s'étonner que la fièvre intermittente les frappe si souvent et avec tant de facilité ! Ils se livrent pendant les moissons à un travail forcé, en plein air, à l'ardeur du soleil; et quel est leur travail?
c'est un sol vaseux qu'ils exploitent ; ils labourent une fange chargée de matières organiques en putréfaction, la tête penchée au devant des exhalaisons pernicieuses qui s'en dégagent , et le corps souvent enveloppé, pénétré, refroidi par des brouillards épais. Comment remédier à cet inconvénient? en favorisant l'immigration, en appelant Jcs étrangers dans ces contrées, lorsqu'elles auront été enfin soumises à un régime hygiénique bien ordonné. Dès que la population sera augmentée, le cultivateur, aidé par des ouvriers, ne sera plus contraint de forcer le travail , et pourra prendre quelque repos aux heures de la plus forte chaleur du jour. Cette méthode a déjà réussi en Bresse. L'homme qui a pu se délasser, revient à l'ouvrage avec une énergie soutenue, et fait une besogne pins forte et bien meilleure.