MARAIS DES PAYS FROIDS ET HUMIDES
L’Angleterre eonteiiait beaucoup de marais ; on en voyait de très vastes dans les provinces de Cambridge, d’Essex , de Huntingdon et de Lincoln ; mais l’agriculture est portée à un si haut degré de perfection dans la Grande-Bretagne, quelle s’est probablement délivrée de la majeure partie de ses eaux stagnantes.
La Hollande est une conquête faite sur les eaux de la mer par le génie de l’homme (i). Elle ne serait qu’un vaste marais si d’immenses travaux exécutés avec art et entretenus avec soin , ne contenaient les flots de l’Océan , et ne suppléaient au peu d’inclinaison du sol , en favorisant l’écoulement des masses liquides qui affluent de la France et de l’Allemagne. Ils n’ont pu cependant prévenir la formation d’un grand nombre de marais , tant les inondations sont faciles et communes dans un pays dont le sol est presque au niveau de la mer. On a cependant peu vu en Hollande d’épidémies funestes, causées par les émanations marécageuses, car ses peu-
(1) Sur ce rivage
Tout appartient à rhomiue et tout est son ouvrage.
Dans ses états peut-être ( la Russie), ou dans ceux du Croissant,. Ce pays ne serait qu’un limon croupissant,
Une plage stérile , inculte , inhabitée,
D ésert contagieux, où la terre infectée N’ofFrirait que l’insecte errant sur des roseaux.
Tu vois ce que peut l’homme et ses hardis travaux:
D’un marécage immense il fait des champs fertiles ,
Sur le limon flottant il affermit les villes.
Et les fleuves domptés, lui prêtant leur secours.
Apprennent sous sa main à diriger leur cours.
( Thomas , le cznr Pierre, poëme, chant de la Hollande.)
pics savent résister à rinfluence délétère du climat dans lequel ils vivent. Leurs digues, leurs canaux, sont l’objet d’une surveillance extrême et infatigable ; la plus grande propreté règne dans leurs habitations et distingue leurs cités; ils doivent a l’habitude du travail la faculté d’user de toutes les commodités de la vie; enfin l’usage des boissons fermentées et des vêtemens de laine est familier à cette nation industrieuse. L’accumulation d’un grand nombre d’individus en 1809, dans l’île de Walcheren, eut des résultats désastreux. On n’avait pu soumettre les soldats que la guerre y avait conduits, aux précautions hygiéniques employées par les Zélandais, et prendre des mesures efficaces pour détruire le danger insépal’able de la concentration d’une armée dans un lieu naturellement malsain.
Middelbourg est située au centre de cette ile dont elle est la capitale. Un canal large et profond, ouvert du côté du sud-est, la fait communiquer avec la mer. Toute l’île, à l’exception de quelques collines de sable du côté de l’ouest , est une plaine qui se trouve au-dessous du niveau de la mer pendant la haute marée, et qui est protégée par des digues contre les inondations. Le sol est formé d’un beau sable blanc et d’environ un tiers d’argile ; il est divisé en espaces carrés, par des fossés qui servent à l’écoulement des eaux , et qu’une eau trouble et fangeuse remplit souvent. Des émanations désagréables s’élèvent de ces eaux stagnantes , et blessent l’odorat. On présume que file de Walcheren, de meme que toutes celles de la Zélande, ont été formées
MARAISDES PAYS TEMPÉRÉS, BRESSE. 49 par l’accumulation des de'tritus que le Rhin et l’Escaut entraînent dans leur cours. L’épidémie meurtrière dont elle a été le théâtre, sera décrite ailleurs.
On a découvert dans les marais de la Drenthe des ponts ou routes en bois, qui ont donné lieu à une discussion archéologique. Des savans ne font remonter leur origine qu’au quinzième siècle au plus, d’autres les croient bien plus anciens , et voient en euxces po72/ev longi dont parlent les historiens romains. Dans cette hypothèse , le pont aurait été enseveli au sein des marais durant un grand nombre de siècles. On trouve fréquemment dans les tourbières du bois très ancien (i).
11 existe en Suisse de grandes masses d’eaux. On y voit peu de marais, quelques étangs, et de vastes lacs, dont le voisinage a été plus d’une fois un fléau redoutable.
Marie-Thérèse a fait disparaître la plus grande partie des marécages que l’Autriche contenait; ils étaient en petit nombre.
Section 5. Marais des pays tempérés , énumération des principauoc: marais de la France.
Les marais de la France doivent occuper dans ce livre une place plus étendue que ceux des autres pays ; ils ont un droit spécial à notre attention. Je ne craindrai point de montrer toute la misère du
(i) Revue encyclopédique, tom. 14, avril 1822, pag. p- 21 ; et tom. 19 , août 1823, pag. 487.
5o CLASSIFICATION DES MALAIS,
premier état de l’Europe; lorsque la gravité du mal sera connue, on s’occupera davantage du remède.
Un grand nombre de nos départemens contiennent des masses considérables d’eaux stagnantes; quelques-uns d’entre eux ont de vastes contrées dont l’insalubrité a fait la renommée. Qui ne connaît les malheurs de la Bresse, de la Brenne et de la Sologne? C’est sur ce sol infect, et cependant susceptible de devenir utile, qu’une race d’hommes dégénérée passe dans l’indigence et la douleur sa déplorable vie : là, se montrent dans toute leur gravité les inévitables conséquences d’une administration agricole vicieuse.
Je ne décrirai pas les marais des environs de Douay et de la Flandre , ceux du Laonnais et de la Vendée , les immenses réservoirs d’eau stagnante de Beauvoirsur-Mer, de Luçon , deBrouage, de Rocbefort , les plaines marécageuses du département de l’Iscre ( maintenant presque entièrement déssécbées ) ; celles qui bordent la Camargue, et les autres foyers de fièvres rémittentes et intermittentes , dont le sol du département des Boucbes-du-Rbône est souillé; mais la Brenne, la Bresse, la plaine du Forez et la Sologne , fixeront spécialement mon attention.
M. Julia présume que les marais de la France, convertis en terres labourables , donneraient un revenu de sept millions , et nourriraient plus d’un million d’h abi tans; cette évaluation n’est pas exagérée; une autre conséquence de leur anéantissement serait la conservation de l’espèce humaine et la prolongation du terme moyen de la vio.
MARAIS DES PAYS TEMPERES, BRESSE. 5l Le département de l’Ain est situé entre le 45.® de^ré 55 minutes, et le 46. degré 3o minutes de latitude septentrionale, et entre le 2.® degré 20 minutes et le 5.® degré 55 minutes de longitude à l’est du méridien de Paris. Il n’est pas, à beaucoup près, entièrement insalubre, et une partie considérable de sa surface •est non-seulement très fertile, mais encore habitée par une population nombreuse et florissante. Le bonheur de cette portion de son territoire rend plus sensible l’état misérable de celle qu’ont envahie les étangs, les marais, des bruyères et des bois négligés. C’est sur un vaste plateau que les eaux stagnantes font leur séjour à une hauteur assez considérable , égale au moins à celle des coteaux limitrophes de la Saône. Plusieurs grands bassins, séparés par des digues naturelles, occupent cette plaine; des monticules, des bois, forment autour des eaux un cercle ouvert par des vallons , deux grandes routes et ej^uelques chemins de communication. Cette surface , de quarante lieues carrées , est couverte d’étangs , parmi lesquels on distingue ceux qu’on nomme Grand-Birieux , les Brévannes, forêt Curtilet , lesVavres, Glarins. (Celuici a plus de deux mille bicherées lyonnaises de superficie. ) On y trouve aussi beaucoup de marais, dans l’acception ordinaire de ce mot; ils infectent au moins cinq mille cinq cents hectares. Les principaux d’entre eux sont les prairies de Ste-Croix, Joyeux, Buelle , les marais de Vial , de Molières , de Versailleux, le Planteux, etc.; ceux des Ecbets occupent mille hectares; ils étaient autrefois un lac placé sur
MARAIS DE LA FRANCE, une lani^ue de terre prolongée entre le Pilione et la Saône. Des princes de la maison de Savoie essayèrent de les dessécher. Le duc Philippe entreprit en i4di de faire couler leurs eaux dans la Saône ; mais le canal de dégorgement devait traverser Rochetaillée, et les comtes de Lyon, propriétaires de cette terre, en défendirent l’intégrité au préjudice de Pintérét pu- Lîic. Depuis Pan 12 , on a repris les travaux de dessèchement; ils sont presque entièrement terminés.
Ces marais sont impraticables pendant une grande partie de Pannée; leur couche superficielle est composée de débris végétaux et d’un terrain noir et sans consistance. Dans le temps des chaleurs , une partie de leur superficie se dessèche et se fendille; alors on y conduit des bestiaux; mais ils n’y trouvent qu’une alimentation insuffisante et insalidire ; plusieurs même y périssent quelquefois, soit dans les flaques et fondrières qui subsistent ça et là, soit par l’affaissement de la superficie dont la solidité n’était qu’apparente. Plusieurs rivières de la Bresse, la Veyle entre autres, forment dans leur cours des marécages; ils sont communs le long de la Reyssouse.
L’air, dans la Bresse , est froid en hiver et presque toujours humide, et bientôt altéré au printemps par les labours nécessaires pour semer en avoine les étangs nouvellement pêchés ; il est infecté en été et en automne par les exhalaisons des eaux marécageuses. On y reconnaît jusqu’à la fin de l’automne l’odeur pénétrante de la Rouve odorante; des causes locales empêchent le mouvement salutaire des vents du nord, et favorisent l’activité dangereuse des