DES ÉMANATIONS MARÉCAGEUSES
inflamma])le clos mines de cliarbon de terre comme analo^i^ue au liydrogène carburé des marais. Suivant M. Brard, le grisou ou gaz hydrogène car- ])oné des mines est presque toujours mêle à une certaine dose d’azote ou d’acide carbonic|ue.
Quelcpies marais saturés de substances animales dégagent de i’bydrogène perphosphoré.
M. Baumes composait Batmosphère des lieux marécageux (c’était , il est vrai , en 1788), de gaz hydi •ogène, de gaz azote, de gaz acide carbonique, et de gaz ammoniacal , produit spécial de la déc'orn position putride de matières organisées. Selon lui, l’atmosplière des pays marécageux contient une humidité surabondante, un véritable esprit recteur, ou un arôme félide , enfin , des substances invisibles susceptibles de s’enfiammer spontanément. Il a établi sur cette analyse, dont l’exactitude est loin d’être rigoureuse, une doctrine des maladies qui naissent aux alentours des eaux stagnantes. Lorsque le gaz hydrogène domine dans le mélange, les résultats de son action sont des érysipèles, des suffocations, des morts sul)ites. La prédominance de l’azote donne lieu aux maux de tête, aux anxiétés précordiales, aux faiblesses, aux asphyxies. Si c’est le gaz ammoniacal qui a la prépondérance , on voit naître des fièvres putrides malignes, pétéchiales, des dysenteries, des charbons , des ulcères sordides , des affections gangréneuses. Enfin, M. Baumes penchait à croire, en 1788, qu’une combinaison inconnue de ces divers principes, créait les fièvres intermittentes et rémittentes de marais. Cette théorie, entièrement ima-
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glnaire et arbitraire, n’eut aucun succès. L’existence d’une grande quantité de vapeurs d’eau , dans l’atmosphère des pays marécageux, est démontrée par la prompte oxidation des métaux , la célérité de la déliquescence du sous -carbonate de potasse et autres sels, les degrés insolites d’abaissement de l’bygromètre, la fréquence des brouillards et des orages.
S’il faut croire M. Balme, les fièvres dont il est question sont le résultat de l’action d’un principe appelé par ce médecin , septon ou azote oxigéné ; principe qu’il crée de son autorité privée, et sur la nature duquel il ne dit rien. On vient de voir que le gaz exhalé par les marais, n’est pas l’azote oxigéné, mais de l’hydrogène carburé (i).
M. Textoris a fait d’un oxide animal , dont l’existence est loin d’étre prouvée, le principe universel des maladies contagieuses ; mais il n’applique pas cette doctrine aux fièvres intermittentes et rémittentes de marais. Il veut que les épidémies soient toujours la suite des modifications variées, des combinaisons diverses des gaz qui se trouvent accidentellement dans J’atmosphère. Les effluves des marais, dit-il, semblent introduire dans l’air des changemens capables d’établir une combinaison de diverses particules, dont l’action produit des altérations plus ou moins nuisibles à l’économie animale. Cette théorie n’est pas extrêmement claire , mais elle n’a pas l’oxide animal pour base , comme on
(i) Balme ( Claude ), Observations et réflexions sur les causes , les symptômes et le traitement de la contagion. Lyon, 1822, i vol. in-8.", pag. 5o5.
74 ÜES ÉMANATIONS MARÉCAGEUSES, pourrait le croire en lisant l’article marais du Dietiomiaire des sciences medicales.
Eu dernière analyse , le gaz rpie les marais dégagent est riiydrogène car])uré ( riiydrogène perphosphoré y est contenu trop peu souvent et en trop petite fjiianiité pour (pi on en fasse beaucoup de compter). Le gaz hydrogène carburé est -il la cause des maladies qu’on observe aux environs des marais ? n’est -il autre chose que les émanations marécageuses ?
Des probabilités, et seulement des probabilités, répondent à ces deux questions par la négative. L’action des émanations marécageuses, et celle du gaz hydrogène carburé, n’est pas la meme. Celui-là peut être respiré sans danger dans les laboratoires; les accidens, lorsqu’il en produit., n’ont rien de semblable aux symptômes des fièvres intermittentes et rémittentes. On peut l’imiter, comme on fabrique les eaux minérales artificielles, en unissant des proportions données d’acide carbonique, d’azote, d’hydro gène carburé et d’oxigène. On ne fera rien avec ce mélange, identiquement semblable au gaz extrait de la fange des eaux stagnantes, qui rappelle les effets des émanations marécageuses. Celles-ci se dégagent spontanément; c’est une évaporation extrêmement abondante : on n’obtient guère le gaz hydrogène carburé qu’en agitant la vase. 11 se peut qu’il soit pour quelque chose dans la composition des émanations des eaux stagnantes, bien (jue le fait ne soit pas prouvé; mais assurément ces particules ont d’autres élémens. On a voulu les soumettre à des
ANALYSE DES EMANAT. MARECAGEUSES. ^5 expériences directes. Voici le précis des travaux de ce genre, qui ont été faits depuis Gattoni jusqu àM. Julia.
5 4- Jules-César Gattoni a analysé l’air stagnant des marais putrides du fort de Fuentes, à reniLoucluire de la Vaiteline , pays dans lequel on ne saurait dormir sans être saisi par la fièvre. Cet air fut comparé avec celui de la haute cime du mont Legnone , toujours couvert de neiges, et dont l’élévation, au-dessus du niveau de la mer, est de toises environ.
L’eudiomètre, manié avec l’exactitude la plus scrupuleuse , montra l’air recueilli sur le marécage , plus salubre que celui du haut Legnone. On réitéra plusieurs fois la même expérience , en y changeant quelques circonstances de temps et de saison; elle donna quinze fois le même résultat. D’autres analyses furent exécutées sur des airs recueillis en onze lieux différens , tous marécageux ou couverts d’eaux stagnantes; on les compara avec autant de portions d’air pds sur des montagnes peuplées de végétaux; les premières parurent encore dans l’eudiomètre au même degré de salubrité que les secondes , et au niveau de l’atmosphère des plaines : résultat d’autant plus étonnant, que leshahitans de ces contrées semées de riz, sont des cadavres ambulans, malades de la fièvre presque tout l’été, et au terme de leur vie à cinquante ans; tandis que les montagnards voisins sont presque tous forts, vigoureux, ont un beau teint , vivent quatre-vingt-dix ans , et atteignent quelquefois leur centième année (i).
(i) Mémoire de la Société de médecine j in-d.^jtom. lo, an VI, pag. 109.