‹ Histoire des marais, et des maladies causées par les émanations des eaux stagnantes. Ouvrage qui a obtenu le prix mis au concours par la Société Royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts d'OrléansChapitre 24 sur 99 · ANALYSE · texte numérisé non relu

ANALYSE

Les expériences de ]\Ioscati ont en pour sujet les émanations des rizières; elles ne présentent pendant le jour en été , et, après le lever du soleil, aucune différence avec les exhalaisons ordinaires de la terre. Pour les recueillir, le savant professeur de Milan suspendit le soir, a trois pieds du sol d’un champ de riz , des globes de verre remplis de glace; leurs parois furent recouvertes le lendemain de vapeurs qui s’y étaient condensées. Moscati renferma ces émanations dans une bouteille; une matière floconneuse surnageait peu de jours après dans le vase ; c’était une espèce de substance muqueuse , qui répandait une odeur cadavéreuse. La même expérience fut pratiquée dans les salles du grand Hôtel-Dieu de Milan : on plaça entre les lits des malades les mêmes globes remplis de glace , et la vapeur condensée qu’on en obtint, donna le même résultat.

Ces essais sont entièrement insignifians; ils ne prouvent rien, n’apprennent rien, ne sont pas des analyses de l’atmosphère des rizières , et ne font pas du tout connaître la nature des exhalaisons qui se dégagent de ces lieux insalubres.

On a attribué aux émanations des marais une nature visqueuse. Un observateur , qui eberebait à déterminer leurs qualités , vit l’eau dont elles sortent se condenser en se putréfiant, et exhaler des vapeurs auxquelles il reconnut une viscosité sensible. Lorsqu’on nettoie les canaux de Venise, les vases d’or et d’argent sont souillés par des vapeurs infectes, si on n’a eu la précaution de les soustraire à l’action des émanations des eaux stagnantes. Il n’y a encore

DES EMANATIONS MARECAGEUSES. 77 rien dans ceci qui revèle la nature de ces particules.

Les expériences de M. Ri^aud de Lisle , méritent un peu plus d’attention ; je n’en donnerai cependant qu’une idée fort sommaire. M. Rigaud monta un cadre en bois blanc très léger, supporté par quatre p)ieds, dont l’inégale bauteur lui donnait une inclinaison de trente a quarante degrés , et disposa sur lui en losange trois ou quatre grands carreaux de verres à vitre , dont les extrémités se recouvraient comme les ardoises d’un toit. Les vapeurs marécageuses se condensaient sur les deux surfaces, et coulaient jusqu’à l’orifice d’un grandflacon; deux bouteilles de liquide furent recueillies par ce procédé, et envoyées à M. Vauquelin, qui a donné au fluide recueilli les caractères suivans : il est clair , incolore ; on y voit des flocons légers lorsqu’il est agité; son odeur est faiblement sulfureuse et fort analogue à celle du blanc d’oeuf cuit. Les nitrates d’argent, de mercure et de plomb constatent dans cette eau la présence d’un muriate et d’un alcali; son résidu est jaunâtre, pèse deux ou trois grains au plus, a une saveur salée, noircit au feu , fait une légère effervescence avec les acides, et précipite en jaunâtre le nitrate d’argent. Le liquide contient une matière animale , de l’ammoniaque , du muriate de soude, et probablement dii carbonate de soude.

Qu’apprend cette analyse sur la nature des émanations marécageuses ? rien. Quelles conséquences peut-on en tirer, relativement à ia thérapeutique ? aucune. A-t-elle influé sur la théorie des maladies causées parles émanations marécageuses l nullement.

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Un autre expérimentateur est entré dans la carrière. M. Julia a publié des recherches historicpies, chimiques et médicales sur l’air marécageux ; historiques et chimiques soit , mais médicales très peu.

M. Julia recueillit , le 25 août 1819, quatre litres de rosée par le procédé de M. Rigaud de Lisle; un gaz, dégagé de cette eau par le calorique, donna pour cent parties, acide carhonique , deux parties dix-sept centièmes; gaz oxigène , trente parties trois centièmes ; gaz azote , soixante-sept parties cinquante- trois centièmes.

Des réactifs démontrèrent qu’il n’existait à l’état libre , dans cette eau , aucune substance alcaline , et qu’elle contenait des sulfates, des hydro-chlorates et de la chaux. M. Julia a trouvé beaucoup d’analogie entre l’eau de pluie et la rosée des marais, a une substance animale près , que cette dernière contient. Ses expériences n’ont point montré de différence sous le rapport de la composition chimique entre l’air atmosphérique et celui qui existe au-dessus des masses d’eaux stagnantes dans lesquelles des substances végétales et animales se putréfient. Cependant ce chimiste n’admet pas entre eux d’identité parfaite , et il croit ( il est vrai sans en administrer la preuve) qu’il y a dans l’air des marais un principe inconnu , insaisissable aux agens chimiques. Voici ses conclusions : la nature du gaz putride nous est inconnue ; il y a tout lieu de croire que ses effets meurtriers sont dus à une portion de la substance végétale et animale en putréfaction qu’il entraîne avec lui, ou, pour mieux dire, à une dissolution de ces

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substances dans l’air, et peut-être dans les gaz qui sont le produit de la putréfaction , et que l’on suppose exister dans l’atmosphère. L’expérience n’a pu démontrer dans l’air marécageux aucun des gaz qui sont engendrés par la putréfaetion. Si les gaz qu’on a supposés être contenus dans l’air des marais s’y trouvent véritablement , c’est en si petite quantité, qu’ils échappent à toutes les recherches , à toutes les analyses. On n’a jamais démontré dans l’air des marais les gaz azote, hydrogène carboné, ammoniacal; si ces gaz y existent, c’est en quantité trop faible pour exercer une action sur l’économie animale.

M. Julia n’a pas distingué les unes des autres les différentes espèces d’émanations délétères qui, tenues en dissolution ou en suspension dans l’air atmosphérique , deviennent un poison pour l’organisme ; il n’a pas exprimé ce qu’il faut entendre par ces mots : infection et contagion; de là peut-être quelque confusion dans son ouvrage.

L’air le plus salubre , dit M. Devèze , donne à l’analyse les mêmes résultats que l’air le plus malsain; et dans les marais les plus abrités, comme sur les collines les mieux aérées, les chimistes ont obtenu soixante et dix-huit parties d’azote , vingt et une d’oxigène, et une d’acide carbonique (i). Des expériences qui conduisent à un tel résultat sont bien peu satisfaisantes.

Je n’en aurais fait aucune mention, si je n’avais

(i) Traité de la fièvre jaune, i vol. m-8.*^. Paris, 1820.

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eu égard qu’a leur utilité, qu’aux inductions qu’elles offrent a la physiologie et à la médecine. Qu’ont fait les chimistes? ils ont analysé la rosée des marais, dont l’identité de nature avec les émanations marécageuses proprement dites, n’est pas clairement établie; leurs expériences n’ont pas meme le fail)le mérite de présenter les memes résultats. M. Julia n’a pas obtenu des siennes des produits exactement semblables à ceux dont les analyses faites par M. Vauquelin démontrent rexistcnce. Et les uifes et les autres cependant se ressemblent en cela qu’elles ne dévoilent nullement la nature des émanations marécageuses ; qu’elles ne font pas connaître le mode d’action de ces particules délétères sur l’organisme ; qu’elles n’ont été d’aucun secours pour la thérapeutique, et quelles sont enfin comme si elles n’avaient pas été. Le seul service quelles ont rendu aux sciences médicales, c’est de constater l’insuffisance complète de nos moyens actuels d’analyse, pour saisir, isoler et étudier les émanations marécageuses ; c’est d’apprendre qu’on ne sait rien , exactement rien sur la manière d’étre et d’agir des exhalaisons des eaux stagnantes. Sous ce rapport, elles méritent d’étre connues; car l’ignorance est bien préférable à l’erreur. Il est deux méthodes pour perfeetionner et faire avancer les sciences : l’une consiste dans la découverte de faits nouveaux; faute, dans celle d’erreurs accréditées. L’homme qui démontre les vices d’un raisonnement devenu principe , ou l’inexactitude, la fausseté d’un fait, n’est guère moins utile que celui dont le génie et fesprit d’observation ont

DES ÉMANATIOîs'S MARECAGEUSES. Si iijoiitë il la masse de nos eonnaissaneos. Savoir qu’on ne sait rien, c’es-t beaucoup; on est bien pins près de la vérité alors , que lorsqu’on prend pour elle des bjpotbèses erronées.

Les travaux des ebimistes sur la composition des corps organisés ont peu servi a l’avancement des sciences médicales; ils peuvent satisfaire lacuriosité; sous tout autre rapport , un médecin est dispensé d’en prendre connaissance. Que d’analyses des solides et des liquides animaux ont été faites depuis la régénération de la chimie ! La physiologie y a-t-elle gagné? l’histoire des sécrétions est-elle mieux connue, depuis f[u’on a déterminé l’espèce et la proportion des matériaux qui entrent dans la composition de la bile, de l’urine, de la salive et du lait ? non, sans doute, la nature morte n’apprend rien sur la nature vivante, et aucun des secrets de la vie n’a été découvert dans le creuset des ebimistes. J’applaudis aux travaux faits sur le sang par FoTircroy, et par MM. Vauquelin, Brande , Berzélius, Prévost, Dumas ^ etc. ; mais quelques pages du traité de Borde u sur cette humeur, me là font bien mieux connaître.

Mes lecteurs me pardonneront peut-être mon ex* trême indifférence pour les analyses chimiques de l’atmosphère et de la rosée des marais ; elle résulte de leur parfaite inutilité. Mais alors même que la nature des émanations marécageuses serait aussi bien connue qu’elle l est peu, alors même que le perfectionnement de nos procédés d’expérimentation chimique, aurait permis d’isoler ces particules jusqu’ici insaisissables, qu’y gagneraient les médecins ? fort

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