IDENTITE
dcntlté des émanations putrides , miasmatiques et marécageuses; il établit son opinion sur l’identité de nature de la putréfaction , et des maladies qui résultent de l’action de ces particules sur l’organisme. Peut-être a-t-il abusé de l’induction.
Un médecin physiologiste ne croira jamais à l’identité des gaz qui s’exhalent du corps de l’homme malade avec celle des émanations d’un cadavre en pleine putréfaction : l’odorat seul le garantit de cette mé-^ prise. Il n’y a pas d’analogie entre les exhalaisons de la pourriture d’hôpital , et même de la gangrène , avec celle d’un amas de matières organiques qui se putréfient sous l’eau. Le corps de l’homme exhale (on ne peut en douter) des gaz ou miasmes pendant le cours de certaines maladies; ces particules sont, comme les humeurs , un acte , un produit de la vie, et elles en portent le caractère; si la mort survient , leur dégagement cesse; celles qui ont imprégné, avant l’extinction de la vie , les vêtemens , le lit , tout ce qui a servi au moribond , peuvent bien conserver , pendant quelque temps , leurs dangereuses propriétés, mais, assurément, il ne s’en produit pas de nouvelles; elles sont immédiatement remplacées par les produits de la décomposition putride. Les émanations qui sont exhalées du corps d’un individu affecté du typhus , de la fièvre jaune, d’une gastroentérite extrêmement intense, de la peste, ne sauraient être de la même nature que celles des eaux stagnantes. La physiologie et le raisonnement repoussent cette idée. Y a-t-il du moins identité entre celles des marais et les exhalaisons putrides? Je crois
DES ÉMANATIONS MARÉCAGEUSES. 87 qu’ici encore M. Devèze s’est laissé tromper par une induction spécieuse. Il y a dans run et l’autre cas putréfaction, j’en conviens, mais la diversité des circonstances peut et doit influer sur la nature des produits; des matières animales se putréfient à l’air libre; des débris vé^^étaux et animaux se décomposent sous l’eau : quelle différence ! N’est-il pas probable que les exhalaisons des eaux stagnantes sont composées d’un mélange indéterminé de gaz émanés des substances organiques, de vapeurs d’une eau stagnante, et elle-même en putréfaction; enfin, peut-être , des. émanations du sol lui-même? On n’a jamais vu aux alentours des marais ces maladies que l’on nomme lièvres des camps , des prisons, des hôpitaux, affecter les indigènes , et M. Devèze aurait bien du faire connaître avec plus de détails ces typhus de l’espèce lapins intense, qui existent, suivant lui, au bord des eaux stagnantes , à certaines époques de l’année. Une foule de circonstances secondaires , étrangères aux émanations délétères, modifient la manière d’être de ces maladies; mais il n’en est pas moins vrai qu’elles ne sont pas identiquement les mêmes , et que M. Devèze n’est pas invulnérable sur ce terrain qui est de son choix.
Les émanations marécageuses elles-mêmes sontelles partout identiques , quelles que soient les circonstances de temps, de lieu, quelles que soient la nature du sol, les proportions respectives des matières végétales et animales , l’espèce de ces substances , la masse du liquide, sa qualité d’eau douce ou d’eau salée ! Ici encore les faits manquent pour décider la
88 IDENTITÉ DES ÉMANÂT. MARÉCAGEUSES, question. On a vn que certains marais contenaient a])ondamment du sulfate de fer; d’antres, du sulfate de magnésie; il en est qni sont riches en sels d’espèces différentes. Quant à la nature des eaux , un marais formé par l’eau de mer n’exhale pas la meme odeur, et proha])lement les memes gaz , les memes émanations que les eaux douces stagnantes. Si cellesci contiennent une quantité considérahle de matières animales, elles ne dégagent pas sans doute des particules exactement les memes que celles dans lesquelles séjournent et se putréfient beaucoup de végétaux. Aces différences probables , mais dont la détermination rigoureuse est impossible, voit-on correspondre des maladies d’espèces diverses l J’ai étudié comparativement les fièvres intermittentes de 1 aBresse et celles qu’enfantent les marais salans , et l’analyse physiologique m’a toujours montré l’afîection des memes organes , mais modifiée suivant les conditions de température , de climats , de constitutions individuelles, et quelquefois suivant des circonstances qu’on ne saurait expliquer. Ce sont des fièvres intermittentes , et des fièvres intermittentes semblables aux nôtres, que les observateurs ont signalées dans le voisinage de marais assurément fort différons les uns des autres par la nature du sol et des lieux. Les maladies observées près des marais par Chardin , en Perse , sont , sous le rapport de leur siège et de leur nature , celles que M. de Humboldt a remarquées dans l’Amérique méridionale, aux environs des eaux stagnantes. Cependant la marche, et quelquefois la physionomie générale de la pyrexie n’est pas exac-
EXHALAT. DES EMANAT. MARÉCAGEUSES. 89 tcment Ja meme dans ces lieux divers. Les fièvres intermittentes de Walcheren ne ressemblent presque en rien à celles de Bresken , situe sur l’autre rive de l’Escaut , au témoignage de M. Ferrus , cité par 1\I. Roclioux. Les fièvres des marais Pontins diffèrent de celles qu’on voit aux Antilles, et celles des marais de Rocliefort , de celles de laBrenne. Je crois à cette diversité de nuances, mais elle me paraît dépendre bien moins de la nature variée des émanations marécageuses , que de la diversité d’aclion des autres modificateurs de l’organisme, le climat , les eaux , la situation des lieux, le tempérament des individus, etc. J’ajouterai que les organes souffrans sont toujours les memes; il n’y a de variétés que dans les sympathies pathologiques , ainsi que dans le degré d’intensité de l’affection locale.
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