CHAPITRE IX
Exhalation^ ascension^ chiite^ condensation et voyages des émanations marécageuses .
Le dégagement des émanations marécageuses du sein des eaux stagnantes , et leur dispersion dans l’atmosphère , présentent plusieurs circonstances dignes d’attention.
A l’heure de la plus forte chaleur du jour, Pair
go EXHALATION
des marais est clair, serein, sans odeur; on peut le respirer sans danger : c’est cependant alors que se fait avec le plus d’activité rexlialation des émanations marécageuses. Enlevées avec une grande quantité de vapeurs aqueuses, leur véhicule constant, elles parviennent à une couche d’atmosphère que les rayons du soleil ont bientôt échaufTée; celle-ci , devenue alors moins dense, monte, et bientôt est remplacée par une couche nouvelle , imprégnée elle-même en peu d’instans d’émanations marécageuses. Ainsi se fait l’ascension des vapeurs ; elle commence au moment oh le sol reçoit de la chaleur du jour plus de calorique qu’il n’en dégage, et continue jusqu’au moment oh l’abaissement du soleil, au-dessous de l’horizon, produit un phénomène opposé. Alors la terre que cet astre a cessé d’échauffer , ravonne abondamment dans l’espace et perd une partie de sa chaleur; son refroidissement produit celui des couches d’air qui sont en contact avec la surface des marais; celles-ci se condensent, et, saturées de vapeurs infectes, déposent une quantité d’émanations des eaux stagnantes proportionnée au volume dont elles ont été réduites. Cependant l’abaissement de température du sol augmente peu-à-peu, la condensation de l’air devient plus grande, et le dépôt des émanations marécageuses sur les surfaces voisines plus abondant. La chaleur du soleil avait produit le dégagement des émanations du sein des eaux, la dilatation de l’air, et l’ascension des particules infectes , le refroidissement de la terre aux approches de la nuit, condense les couches atmos])hériques , et celles-ci, réduites
DES e'mANATIONS MARÉCAGEUSES. Ql clc volume , laissent tomber de toutes paris les émanations marécageuses. Pendant qu elle échauife le plus fortement Pair, la terre et les eaux, le dégagement des exhalaisons de la masse liquide se fait avec une extrême activité, et cependant le voisinage des marais a peu d’inconvéniens. En effet , les vapeurs aqueuses, éparses dans un air que la chaleur a raréfié, montent rapidement à une grande hauteur, et ne peuvent , à raison de cette circonstance , être déposées sur aucun^corps : au contraire, lorsque la température s’abaisse aux approches de la nuit, les émanations maréca^jeuses sont moins écartées , comme Lancisi l’avait observé , occupent en grande quantité Je plus petit espace possible, et se précipitent continuellement et avec abondance sur toutes les surfaces à leur portée. On a remarqué depuis un temps immémorial que le voisinage des marais était spécialement redoutable après le couclier du soleil. M. Pinel a vérifié ce fait auprès de 1’ égout de la Salpétrière. Jamais l’odeur qu’il exliale n’est plus infecte qu’aux approches de la nuit , et meme lorsque’elle est un peu avancée. Des marins étaient occupés au Bengale à couper dubois pendant le jour, et d’autres à puiser de l’eau pendant la nuit; quatre de ceux-ci furent attaqués de la fièvre de marais , et trois périrent. Les premiers en furent exempts , quoique soumis à un travail pénible , et exposés à l’ardeur du soleil. James Johnson, après avoir rapporté ce fait, dit, en parlant de la fièvre endémique de Batavia , que tous les hommes qui couchèrent à l’île d’Edam , furent atteints de fièvres très graves ,