‹ Histoire des marais, et des maladies causées par les émanations des eaux stagnantes. Ouvrage qui a obtenu le prix mis au concours par la Société Royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts d'OrléansChapitre 32 sur 99 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Incubation des émanations marécageuses >

Les émanations marécageuses sont introduites dans l’économie animale; y subissent-elles une incubation , ont-elles la faculté d’y rester cachées sans manifester leur présence par aucun désordre ? Si elles la possèdent, pendant combien de temps peuventelles la conserver ? Si elles ne font pas , ne donnent-elles point la fièvre, en faisant éprouver à certains appareils organiques (surtout aux gastriques), une modification dont les effets ne se manifestent qu’après un temps plus ou moins long ? en d’autres termes, une pyrexie intermittente qui naît plusieurs semaines, plusieurs mois après l’exposition du corps de l’homme aux effets de l’air infecté par les eaux stagnantes, reconnaît -elle pour cause une modification pathologique éprouvée immédiatement par certains organes , mais latente pendant long-temps ,

lOO INCUBATION

ou la présence des émanations marécageuses toujours vivantes, malgré leur longue inertie ?

Un intervalle de temps plus ou moins considérable s’écoule , depuis le moment où un individu a reçu l’action des émanations marécageuses, jusqu’à celui où la fièvre se manifeste. Cet intervalle est ce qu’on appelait le temps d’incubation. Tout est variable sous ce rapport. Vingt individus passent quelques heures auprès d’un marais , celui-là ressent presque à l’instant meme l’action des émanations délétères, cet autre ne tombe malade que quelques semaines après. Tel est affecté d’une dysenterie, tel autre d’une pyrexie rémittente gastrique; quelques-uns tombent comme asphyxiés, chez quelques autres l’influence délétère de l’atmosphère est lente et graduée. Lind s’est occupé à déterminer le temps pendant lequel les effets d’un air vicié pouvaient rester cachés dans féconomie animale. Voici le résultat de ses remarques : Quelques individus ont éprouvé des nausées sur-le^cliamp , ou sont tombés dans le délire; d’autres n’ont ressenti ces effets qu’après avoir passé deux ou trois jours à bord; plusieurs ont été faiblement indisposés les cinq ou six premiers jours, et d’autres, mais en petit nombre, n’ont eu leur santé troublée que vers le dixième ou le douzième. Pendant l’expédition anglaise deWalcheren , plusieurs militaires qui n’avaient pas eu la fièvre en Hollande , en furent affectés sept ou huit mois après leur retour en Angleterre. Elle fit tant de progrès, que, sur un hataillon d’environ sept cents hommes, vingt-un seulement lui résistèrent,

DES £^MANATîONS MARECAGEUSES. ÎOI et qu’une centaine de malades succomba. Voici de nouveaux faits qui prouvent que la disposition aux fièv res de marais peut être acquise dans le pays ou règne la maladie, . et l’explosion de la pyrexie ne se faire qu’après un long espace de temps et dans un climat tout diffèrent. On les doit au docteur J. Ferrus. Sur les bords de l’Escaut, et près de son embouchure, les fièvres intermiltentes tierces régnent presque constamment. Sur la ligne droite, dans l’île de Walcheren surtout, elles ont des caractères pernicieux et sont souvent fort meurtrières ; sur la rive gauche, une population languissante vaque a ses occupations dans l’intervalle des accès. Souvent toute une famille est en même temps atteinte; ses membres , si les accès tombent aux mêmes heures, sont dans rimpossihihtè de se prêter aucun secours. Les troupes qui séjournent en ces lieux, éprouvent les mêmes maladies ; l’on ne peut exiger des soldats qu’un service alternatif. Cependant la mortalité est rare sur cette rive. En i8i i, M. Ferrus ayant passé douze jours avec un détachement de trois cents chasseurs de la vieille garde, à Breskens (rive gauche), et se félicitant de n’avoir eu, pendant ce temps, qu’un seul malade, fut surpris péniblement, lorsque dès la première journée de marche , dix chasseurs éprouvèrent une fièvre violente. Le lendemain , il y eut plus de vingt malades avant d’arriver a Anvers , et pendant deux jours passés dans cette ville , leur nombre s’éleva à près de quatre-vingts. Officiers et soldats, tous étaient pris de fièvres intermittentes fort intenses^

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et rebelles au quinquina. Quelques-unes prenant le caractère pernicieux des fièvres de Flessingue, furent promptement mortelles. La majeure partie resta stationnaire, et, meme après le retour en France, ne disparut qu’avec lenteur, et encore pour quelques mois seulement. Tous ceux d’entre nous, dit M. Ferrus, qui purent reprendre leur service, entreprirent la campagne de Russie, et eurent dans le Nord des rechutes, auxquelles ils ont en général succombé. L’un de nous ne fut pour la première fois atteint de la fièvre, que sur les bords du Niémen, dans un pays fort sain, et six mois après avoir quitté la Hollande. Sa maladie présenta néanmoins, dans le début, quelques - uns des symptômes pernicieux des fièvres de Flessingue. Ils furent de courte durée, mais pendant quatre mois rien ne put suspendre les accès ; quand ils disparurent , le malade resta, comme presque tous ceux des bords de l’Escaut , comme tous ses compagnons d’infortune, avec une pblegmasie chronique d’un des viscères contenus dans l’abdomen , et avec un épanchement séreux dans cette cavité. Un officier anglais, qui avait fait partie de l’expédition dans la Nord-Hollande , aux mois de septembre et d’octobre 1799, vint à Londres réclamer les soins de Gilbert Blanc, au mois d’août de l’année suivante. Son corps était campé dans une contrée où régnaient ordinairement les fièvres intermittentes; il apprit à Gilbert Blanc que ces fièvres attaquaient seulement les militaires de son régiment qui avaient fait la campagne de Nord- Hollande. Un autre officier , revenu du Portugal

DES E^\IANATrONS MARÉCAGEUSES. lo5 en 1 8 1 1 , pour cause Je mauvaise saïUë , a aussi assure que les militaires qui avaient fait partie de l’expedition de Walcliereii, e'taieut aff'ctës priiicipalemeut de fièvres intermittentes dès qu’ils supportaient la moindre fatigue, au point que le tiers des hommes de chaque régiment e'tait à peine capable de faire le service. Suivant M. Baumes, les paroxysmes de la fièvre des marais se déclarent durant les quinze premiers jours, principalement vers le cinquième ou le septième chez les uns , et vers le douzième ou le quatorzième chez les autres. 11 n’y a absolument rien de constant a cet éirard, nonseulement dans les divers pays de marais, mais encore dans la meme contrée. L’extrême variété des constitutions individuelles et atmosphériques, l’influence du climat , de la saison , et beaucoup de circonstances accessoires, ne permettent pas d’établir à cet égard des résultats généraux.

Affirmer que les émanations marécageuses absorbées, introduites dans le corps, peuvent y rester cachées sans causer aucun désordre de fonctions pendant un certain temps, et au bout de huit jours, de quinze jours, d’un mois, de six mois, sortir de leur inertie, pour créer une fièvre intermittente pernicieuse, c’est ajouter foi à une hypothèse incompatible avec l’état actuel des sciences médicales. Quel est le siège de ces émanations marécageuses ? d’oii vient leur sommeil et leur réveil ? comment ne sontelles pas modiliées par l’action vitale ? où sont les preuves de leur existence ? et combien d’autres objections on pourrait faire à cette théorie ontologique!

lo/| INCUBAT. DES ÉMANÂT. MARÉCAGEUSES.

Les ëinaiiatloiis marécageuses qui ne peuvent se conserver quelque temps si elles ne sont renouvelées, soit dans l'atmosphère , soit sur la surface oîi elles ont été déposées, auraient donc ce privilège dans la circonstance la plus propre à le leur faire perdre si elles le possédaient ?

Sont-elles un poison stupéfiant, irritant! agissentelles en surexcitant nos organes , ou en faisant descendre leur irritabilité au-dessous de son degré normal! leur manière d’agir est-elle enfin une irritation, une asthénie ou une perversion des mouvemens organiques ! cette question ne peut être discutée que lorsque leurs effets physiologiques et pathologiques auront été connus.

CAUSÉES PAR LES ÉMA"VATI0^S

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