CHAPITRE IL
Des fièvres rémittentes et intermittentes simples et pernicieuses*
II est moins facile qu’on ne pense d’e'tudier la fie-* vre de marais sur son sol natal. Un médecin nest guère appelé que lorsque le malade se trouve toutà-fait hors d’état de se mouvoir, et surtout quand il ne lui est plus possible de prendre des alimens. Les renseignemens qu’on recueille alors sont vagues , et d’autant plus inexacts , qu’il est d’usage parmi les Bressans de faire commencer la maladie au jour où le sujet a tenu le lit, et qu’il a employé le plus souvent alors des remèdes, variés sous le rapport de leur espèce, mais semblables sous celui de leurs propriétés qui sont stimulantes a un très haut degré (du vin, du poivre, de l’eau-de-vie, etc.).
Ces fièvres débutent souvent, dans le milieu du jour ou pendant la nuit, par une horripilation générale vague, accompagnée d’une espèce de vertige, et suivie promptement du frisson et d’une céphalalgie très intense. A ces symptômes succèdent ordinairement une chaleur considérable avec agitation , soif, tiraillemeiis à l’épigastre , des nausées ; alors
la langue est , dans la plupart des cas , nette , pâle, et couvej te de mucosités d’épaisseur et de teintes variées. Le lendemain, le malade qui se sent mieux, retourne â ses travaux sans prendre la moindre précaution pour prévenir le retour d’une lièvre qu’il ne craint pas, dont il se croit délivré, ou qu’il ne soup¬
çonne pas encore.
Voici les symptômes qui composent en général la première période de la lièvre : froid fébrile, ou frisson dont la force varie depuis le simple refroidissement jusqu’au tremblement , et qui dure en général d’une heure â deux (rarement le tremblement a lieu, surtout au printemps et pendant l’été ) ; pâleur, lividité de la peau , surtout des tégumens ejui recouvrent les extrémités ; resserrement spasmodique de ce tissu qui se crispe et forme la chair de poule , suivant l’expression vulgaire; sensation d’une sorte de fusées froides le long de la colonne vertébrale; bâillemens , pandiculations , contractions involontaires des muscles des membres , douleurs contusives dans les extrémités (ces phénomènes ouvrent souvent la scène ); gène du mouvement d’inspiration, sensation de constriction fort pénible à la base de la poitrine, oppression, toux, lorsque la membrane muqueuse bronchique est irritée; état naturel del’é- })igastre qui , cependant , est assez souvent resserré, douloureux; sécheresse de l’arrière-bouche, soif, langue tantôt généralement pâle , tantôt, ce qui est plus raive , colorée en rouge sur ses bords et à sa pointe. Le malade a souvent des nausées, souvent il vomit ; son pouls est concentré , embarrassé ,
lorsque l’accès est violent, son visage est décolore et a une teinte plomLëe (i).
Une denii-heurc , une heure, deux heures s’écoulent, et la seconde période commence; Je frisson devient de plus en plus fugace ; il alterne avec des houffées de chaleur rpii se portent à la tête, et est enfin remplacé par la chaleur. Celle-ci s’accroît, domine, s’étend à toute la surface du corps, et se fait sentir surtout à la tête, qui est le siège d’une douleur sourde et profonde dans la région frontoorhitairc. Cependant, les capillaires sanguins du visage et de la conjonctive sont injectés, les mouvemens des yeux sont douloureux, la langue est rouge li sa pointe et sur ses hords ; elle est quelquefois rouge et sèche sur toute sa surface; la soif est vive, mais elle a peu de durée , et cesse lorsque la peau
(i) La fièvre naît qiie]f|ueroIs avec tous les symptômes (Tune excitation violente de lamembraue muqueuse gastrointestinale; la Lmgue est sèclic, rouge sur ses bords et à sa pointe, racornie ; le pouls est dur, accéléré : il y a lieaucoup de chaleur à la jieau, d’intensité dans la céphalalgie; Tabdomen est peu douloureux à la pression , ou ne Test pas du tout. Le malade a des nausées et vomit. Quelques jours s’écoulent, et spontanément, ou par Tinlluence d’une bonne méthode de traitement, ces phénomènes inflammatoires s’évanouissent presejue en totalité; plus de vomissemens, de douleur de tête, de chaleur acre aux tégumens ; la langue s’humecte, perd sa rougeur, s’épanouit, s’élargit, s’il est permis de s’exprimer ainsi, et la lièvre se régularise. Les liatteurs de blé et les moissonneurs sont frap]}és quelquefois subitement, pendant les journées très chaudes, d’une céphalalgie violente, avec défaillance et vomissemens bilieux; la fièvre se déclare peu de jours après.
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commence à s’îiumecter; le pouls est plein, fort et frequent; la peau est sèche et brûlante. Cette période de réaction se développe avec un intensité variable , mais qui , en général , n’a pas de rapport avec l’intensité du froid ; un frisson léger peut être suivi d’une cbaîeur extrême : lorsque cette période est à son plus haut degré de force, l’ardeur générale et l’anxiété sont excessives , la soif est brillante , le malade vomit quelquefois encore. Elle dure ordinairement de six à douze heures.
Enfin , ces symptômes perdent par degrés de leur intensité , l’anxiété s’affaiblit , le pouls bat avec plus de modération , la peau s’assouplit , s’humecte peu-à-peu ; une sueur plus abondante au premier accès que dans les suivans s’établit , le calme renaît , et Eapyrexie commence. Telle est la troisième période : il reste souvent au Bressan beaucoup de faiblesse générale, du dégoût pour les abmens , une sensation de douleur contusive dans les membres : mais s’il est peu irritable l’intermittence est complète et si parfaitement , qu’il est désagréablement surpris lorsqu’un accès nouveau lui rend une fièvre dont il se croyait bien délivré : le retour des accès a lieu tantôt à la même heure , tantôt un peu plus tôt ou un peu plus tard. C’est d’une heure à midi qu’il paraît ordinairement dans la Bresse ; en général les paroxysmes qui surviennent le soir présagent une fièvre plus forte , et presque toujours rémittente.
S’il n’y a pas de répétition d’irritation, la fièvre se prolonge rarement au-dcla du septième ou du bui-
FIÈVRKS INTERMITTENTES, ticnie accès ; elle s’arrelc assez souvent au trièine ou au cinquième : clans le premier cas son intensité croit jnscju’au. cinquième accès , une sueur foi t copieuse a Jicu alors , et la convalescence coinnience : on voit assez souvent survenir a cette époque une éruption pustuleuse autour des lèvres et des narine s, une hémorragie par le nez, et c|uckjUclois la diarrhée.
La division des symptômes d’une maladie en grouppes appelés périodes, est néeéssairement une méthode factice, elle fait une part très large a farhitraire. Cependant comme l’idée générale qu’elle donne de la lièvre est assez exacte , je l’ai conservée, mais une méthode plus sure, l’analyse physiologique, lui sera hientôt unie (i).
(i) La fièvre, clans son cTat normal, est rarement violente -, il faut beaiieoup tf halilleté et iin tact éclairé par clés connaissances pliysiologiqiics profondes, pour rapporter chaf{ue symptôme à ciiacjue organe, ]K»ur déterminer le tissu, le viscère c|ui est le foyer de f irritation , et pour suivre la propagation de fétat morlilde aux ditférens appareils organlc[ues. En effet, un examen siiperficiel clés malades laisse dans le doute; l’irritation intestinale ne se montre point ordinairement par lespliénomènes de l’état aigu ; des rajiports existent entre cet état des voies gastricjues et le (rouble des fonctions de f encéphale et du système nerveux, comme entre ces désordres et f infiltration du tissu cellulaire , l’engorgement des viscères abdominaux ; mais , ces rapports c[uels sont- ils? Des médecins ont dit :1a fièvre cjuarte des marais ne saurait être une plileginasie gastro-intestinale; car les fonctions digestives ne ‘sont pas plus troublées cpie celles du cerveau et du système nerveux; Tappétit reparaît après l’accès comme dans
riÈVRES I]XTERMITTE]NTES. 231
Si l'irri talion locale niolnlc (jui est l’élément fonilamcntal de la lièvre intermittente endé3nî(jne dans les pays niarccageux , se développe ]jrns([nement cliez 1111 sujet robuste dont le système sanguin est le système prédLominant (tempérament peu ordinaire aux baliitans de la Sologne et dm la Bresse), la pyrexie à exaspération périodirpie est inllamma-
l'état de santé, et les aliniens sont aussi bien diejerés; mais l’irritation d’un yiscère important peut être fort grave , au point même de donner la mort, sans f|u’ellc se manifeste par les pUénomènes d’une surexcitation violente. Eniin, les Irritations intermittentes étant admises, il est tout simple cpie l’organe cpai était le siège de la stimulation périodiepae recouvre l’exercice libre de ses fonctions, lorsque celle-ci l’a quitté.
Cette absence dans la fièvre rémittente de marais , de pliysionomie caractérisée, cesse lorsque la maladie a duré long-temps, et que, pendant son cours, sinon sous son influence, des indurations cbroniqiies ont désorganisé le foie ou la rate. Quand les obstructions sont formées, quand les îiydropisies apparaissent, Il est ordinairement possible de distinguer une gastrite, une entérite chronique simple, ou compliquée d’un état patliologiqiie analogue d’un au¬
tre viscère. Ainsi, une irritation évidente se montre a la naissance et au déclin de la lièvre^ elle alterne souvent avec [’advnamie positive ; il y a d’autres fois surexcitation clironiqiie du tissu d’uii viscère, et, à cette exception près, asthénie générale.
C’est particulièrement dans le système vmineux abdominal que se montre Fastliénic constitutionnelle et acquise des Bressans: c'est la rate surtout qui s’engorge j le sang qui remonte si difTicilement chez ces individus, des extrémités abdominales au cœur, séjourne dans le parencbjune splénique.
toire. Si cette irritation prédomine dans Tapparcil ^qastro-liépatiqne, la fièvre est ])ilieiise; si le poumon, le cœur, ou tout autre organe important est subitement le siège d’une congestion vioiente et d’une grande surexcitation , la fièvre intermittente est pernicieuse ; voilà les formes les plus ordinaires de la ])yrexie dans les pays marécageux.
On y voit rarement la fièvre dite inflammatoire , mais la gasti ite y est très commune. A oici quels sont ses caractères fondamentaux : frisson qui naît dans la réeion dorsale , ordinairement court trembîemcnt , immédiatement après cLaleur acre à la peau, sèche, répandue sur la périphérie du corps; soif très vive ; nausées , vomissemens bilieux ahondans très pénibles, très douloureux; rongeur et sécheresse du pourtour de la langue, dont le centre est occupé par un enduit jaunâtre peu épais ; dégoût pour les substances grasses ; coloration en jaune, pendant l’accès, du pourtour des lèvres et des yeux qui devient aisément habituelle ; sensibilité vive , pesanteur , chaleur forte , douleur à l’épigastre , O il l’on sent quelquefois des pulsations ; céphalalgie violente , cruelle, atroce, portée quelquefois jusqu’au point de causer le délire. En général les paroxysmes ont une longue durée; la maladie se termine au septième , au neuvième , au onzième accès et peut se prolonger davantage : lorsque l’irritation mobile se fixe , une gastrite aiguë succède à la fièvre. C’est souvent au milieu de ses travaux que l’habitant de la Sologne est saisi par la fièvre gastrique; des vomissemens bilieux énormes
riEVRES INTERMITTENTES, ont lieu souvent au coniinencenient de cliaque paroxysme ( I ).
Enfiii , les lièvres des marais peuvent être pernicieuses ; alors elles sont tantôt rémittentes , tantôt
(i) La fièvre intcrmittenle s’accompagne quelquefois, f1aus la partie marécageuse du départemeut de TAiii, d’un catarrhe et d’une toux violente. Cette phlcginasie de l’un tics élémensdu parenchyme du poumon peut devenir prédominante ; on la voit survenir pendant le cours de jiyrexies intermittentes régulières ou irrégulières , quartes ou tierces. Cette surexcitation et la surexcitation gastrointestinale, s’influencent réciproquement’, comme l’irritation des membranes muqueuses et celle de la peau dans la rougeole.
Lorsque des pidegmasies aiguës se déclarent accidentellement sur des sujets affectés de fièvre quarte de marais , elles guérissent quelquefois de l’irritation gastro-intestinale , en opérant une révulsion heureuse. C’est de cette manière que Tinvasion de la variole a fait cesser quelquefois des irritations gastriques à exaspération périodique.
Le médecin peut rarement , dans la Bresse et dans la Sologne, faire exécuter ses prescriptions avec la régularité convenable *, les remèdes qu’il indique sont tantôt rejetés, tantôt pris avec une négligence et une ménance qui en détruisent les effets. Quelque pressantes que puissent être ses recommandations, il ne réussira pas à faire prendre un demi-bain ou un simple pédiluve si le malada parait faible 5 veut-il faire appliquer vingt sangsues? il doit en ordonner quarante : il faut qu’il lutte continuellement avec l’ignorance , les préjugés et la maladie du sujet. Celui-ci préfère aux boissons mucilagineuses des boissons acides, du petit vin, ou boit à grands traits Teaii la plus froide qu’il peut trouver : lui défendre de manger, c’est la précaution inutile, et de quel aliment fait-il usage au plus fort de sa maladie? de grosse viande, ou de la poule étique dont il a fait son bouillon.
intermittentes, mais eJies afFeelent plus souvent îe premier mode fjiie le second; un interva île plus ou moins considérahle sépare les ai'cès ; ceux-ci ont en général une longue durée : c’est le type tierce , et surtout le type (piarte cpie présentent ces pyrexies suivvant Lind et Bosrpiillon. On observe f[uelfpiefois dans la Bresse la fièvre intermiltente soporeuse (gui n’est autre que l’apoplexie). Tbion de la Chaume a vu régner à Ajaccio, pendant l’été très chaud de 1770 et de 1778, une fièvre intermittente apoplecti(jue tierce , qui attaquait surtout les soldats campés auprès des marais ; on a lu ailleurs l’histoire d’une maladie analogue, observée dans la Bresse par Del orme.
Les lièvres rémittentes ordinaires , et les fièvres intermittentes pernicieuses se montrent dans les pays marécageux avec les traits qu’on leur trouve partout ailleurs. Elles n’ont donc ici aucun droit à une descïiption spéciale.
La lièvre intermittente endémique dans les pays marécageux ,> est une irritation mobile qui se développe tout-à-coup dans un organe , surtout dans les organes gastriques , et qui se termine par la sueur ( I ) .
(1) Pour déterminer si eette maladie est spéciale, sui generU ^ pour savoir d’une manière positive si cette fièvre présente quelques indications tliérapeutiques spéciales à sa principale cause , les exhalaisons des eaux stagnantes, il faut nécessairement que les observations la montrent toujours produite par faction des émanations marécageuses. Toutesles fièvres intermittentes qui naissent dans laBresse, dans la Sologne et dans la plaine du l’orez, ne sont point
Les Lèvres iiitermiltentes , enfantées par les marais Ponlins, ne diffèrent des pyrexies nées auprès de nos eaux stagnantes cpie par l’intensité pins grande de l'irritation soit encéphalique, soit gastro-intestinale. Cette augmentation de violence de la maladie est en rapport avec la température élevée du climat de ritalie. Les Lèvres, d’intermittentes qu’elles étaient, deviennent souvent rémittentes , et surtout continues. Enumérons leurs symptômes , d’après un médecin du pays qui a eu souvent occasion de les observer :
Décoloration de la peau , céphalalgie, nausées , vomissemens de matières bilieuses, et quelquefois en meme temps de vers ; chaleur à la peau ^ soif très grande pendant la première période; dans l’a-
causées, par Faction sur Forgaiiismc, de ces particules infectes, plusieurs ont été le résultat de Fintempéranee, du refroidissement, dTine grande fatigue physique, et, sous ce rapport, ne sont pas la fièvre de marais. Il faut donc distinguer les unes des autres. Je ii’ai admis, dans cet essai, que des observations de fièvres dont les émanations des marais étaient la cause évidente j cette méthode rigoureuse était peut être indispensable.
Quel que soit le type présenté par la fièvre de marais , la maladie est fondamentalement la mênie^ que ces pyrexies soient tierces ou doubles tierces, quartes ou doubles quartes, gastriques ou inflammatoires, rémittentes ou intermittentes, simples ou pernicieuses, leur caractère est toujours, en dernière analyse, une irritation loeale, et orr dinairement une surexcitation gastrique. Une autre remarque qui a été faite, c’est la fréquente eonversion des types les uns dans les autres, pendant le cours de la maladie, chez un iiieme sujet.
2ùG FIÈVllES INTERMITTENTES,
pyrexie, sueur, urine safVanée. Peu de jours après, frisson , extrême anxiété précordiale , passage de la fièvre au type continu, prostration des forces; langue un peu livide , aride, tension des hypoeondres; assoupissement, délire, fréquence des phénomènes de malignité; taches livides de la peau, cardialgie ; modifications variées de l’état des pulsations artérielles souvent petites et inégales , souhresauts des tendons, refroidissement des extrémités, face hippocratique, lipothymies multipliées, dysenterie; expulsion de lombrics par l’anus, sueurs algides , parotides , mort.
N’est-ce pas là une pyrexie intermittente , qui se convertit en fièvre adynamique ? ne trouve-t-on pas dans cette description tous les caractères de la gastroentérite ?
Pour apprécier les faits, il faut les comparer; pour prendre une idée juste d’une maladie, il faut mettre en parallèle avec elle celles qui lui ressemblent. C’est afin de forcer à parler la fièvre si souvent muette des marais de nos climats tempérés , que j’ai fait suivre son histoire par celle des pyrexies rémittentes et intermittentes, endémiques aux environs des eaux stagnantes de la campagne de Rome. Abstraction faite de la constitution des individus , molle et lymphatique dans la Bresse, sèche, irritable , bilieuse en Italie , il y a identité de nature entre les fièvres que les émanations marécageuses occasionnent dans ces contrées. Les mêmes organes souffrent; toute la différence est dans le degré d’intensité de leur affection, et j ce qui en est la consé-
FIÈVRES lïSTERMITTENTES. 2^7
([uence, dans les sympathies pathologiques nees de rirritation locale.
Décomposons la fièvre intermittente de marais par l’analyse physiologique des faits généraux et des liistoires particulières de malades qu’on a lues. Ses symptômes sont de deux ordres , ceux-là caractéristiques , ceux-ci sympathiques. Les premiers expriment l’affection de l’appareil digestif , et leur siège est la membrane muqueuse de l’estomac et des intestins. Les voici énumérés dans la langue aphoristique : soif plus ou moins vive, répugnance presque invincible pour les alimens solides et les matières animales , désir pour les substances acidulés et végétal es; anorexie, langue pâteuse, épanouie, large, couverte d’un mucus blanchâtre ; ou , lorsque l’irritation gastrique est vive (cas moins commun que le précédent) , sèche , fendillée , plus ou moins rouge à sa pointe et sur ses bords; digestions pénibles , tension de l’abdomen qui est douloureux quelquefois ( assez rarement cependant ) à l’épigastre ou dans la région du foie ; éructations , nausées , vomissemens de matières séreuses , l)ilieuses , jaunâtres , de vers ; diarrhée , gonflement des hypocondres. Les phénomènes sympathiques sont très variés; voici ceux qui appartiennent à l’encéphale : tristesse , morosité , hypocondrie , céphalalgie , stupeur, disposition à l’aliénation mentale , délire sourd ou furieux dans les pays chauds , sorte de stupidité , somnolence, spasmes convulsifs; regard hébété, fixe, morne, pouls très variable, souvent petit et lent, d’autres fois vif, serré, fréquent; chaleur
FIÈVRES INTERMITTENTES, âcre, seclieresse de la peau qui ('st souvent de couleur jaune paille, et couverte d’une poussière grisâtre. L’état aigu devient rarement vio Nuit; la maladie passe presque toujours â l’état chronique, et alors surviennent les oLslructions , les diarrhées rebelles, les hydropisics, la leucophlegmatie et tous les accidens de la fièvre lente. Lorsque l’irritation gastrique est consécutive â celle du cerveau , la fièvre débute par une chaleur brûlante et une violente céphalalgie; quelquefois par un frisson.
Autopsie cadavérique. L’anatomie pathologique des fièvres rémittentes et intermittentes de marais mérite beaucoup d’attention; elle servira, en effet, à déterminer les caractères de ces maladies. Avant de commencer cette étude , il faut se rappeler les vérités suivantes : i.^ les fièvres intermittentes, en général, ne sont pas aussi souvent accompagnées de lésions de tissus que les fièvres continues; 2.^ les fièvres rémittentes et intermittentes de marais ne sont pas dans nos climats tempérés des maladies mortelles (sauf les exceptions), elles usent la vie, mais ne la détruisent point immédiatement. Un Bressan, un Solognot qui meurt, succombe aux suites d’une fièvre lente, c'est-â-dire d’une phlegmasic chronique, qui est d’ordinaire , mais non toujours, la gastrite ou l’entérite; 5.*^ les lésions de tissu que présente son cadavre ne diffèrent nullement de celles qui accompagnent les fièvres graves , et surtout les inflammations lentes des viscères abdominaux.
Telle fièvre putride tue un individu dont la membrane muqueuse gastro-intestinale , examinée avec
FIÈVRES IlNTERMlTtEINTES. 2^9
Soin , se montre dans son état naturel ou ne présente que quelques vergetures; telle autre a paru peu grave, peu aiguë ; et cependant on trouve après la mort dans les viscères abdominaux de vastes ulcérations, des lésions organiques considérables de l’estomac et des organes voisins ; des épancliemens de nature variée dans la cavité abdominale. Aucune des manières d’étre si diverses de la gastro-entérite ne s’accompagne d’effets morbides invariablement les memes, et l’anatomie pathologique ne peut nullement fournir les élémens de leur classification. S^il était indispensable de classer en cathégories les résultats divers de l’autopsie cadavérique des victimes des fièvres graves , il serait peut - être convenable de les présenter dans l’ordre suivant :
I .^La membrane muqueuse gastro-intestinale est parfaitement saine ; on ne trouve sur elle aucun vestige de phlegmasie (cas fort rare) ; 2.® elle présente des traces d’inflammation , mais des traces de caractère équivoque ^ consistant, par exemple, en rougeurs superficielles peu étendues, en congestions sanguines de nature problématique. Dans ce cas , plus commun que le précédent, les vestiges d’irritation qui existent ne paraissent pas rendre raison des symptômes de la phlegmasie violente que l’on a observée; 5.*^ enfin on trouve dans les viscères abdominaux , et spécialement sur les voies gastriques, les effets les plus évidens de l’inflammation.
Des médecins qui se sont occupés récemment de l’anatomie pathologique des voies gastriques , rapportent les lésions de tissu qu’elles créent, celles-là
à une inflammation aiguë, celles-ci à une pli legmasie chronicpie. Cette classification est arbitraire; beaucoup de lésions organicpies se montrent dans Tun et l’autre cas, et il est assez souvent impossible de déterminer le genre d’irritation auquel appartient l’altération d’organe qu’on a sous les yeux. Ces considérations m’autorisent-elles à classer les lésions organiques créées par les fièvres graves, dans l’ordre suivant ?
I. Modifications de l aspect extérieur du canal digestif. Modifications de la couleur; resserrement, dessèchement, distension.
IL Modifications de la coloration intérieure du canal digestif. Lividité, teinte rosée, échymoses, rougeurs, taches rougeâtres de nuances variées, depuis le rose pâle jusqu’au rouge vif, au rouge ardoisé et au rouge noirâtre; points noirâtres entourés d’une auréole rouge, coloration noire , comme charbonnée, taches vertes.
III. Modifications de la consistance., de Vépaisseur , de la cohésion des parois du canal digestif ; solutions de continuité qui se rattachent à ces altérations organiques. Induration, épaississement, plaques, exanthèmes , engorgement inflammatoire, suppuration des glandes et follicules muqueux , érosions , vastes excoriations , ulcères , perforations spontanées de l'estomac , des gros intestins et des intestins grêles; ramollissement, dégénération pulpeuse , floconneuse , pultacée de la membrane muqueuse; amincissement, gangrène, sphacèle , œdème du tissu lamineux sous-muque.ux.
FIÈVRES INTERMITTENTES. 24î
ÎV. Exhalations 772orZ^â/ej'; exhalations sanguinolente, sanguine, puriforrrie.
V. Dégénération tuberculeuse^ squirrheuse ^ cancéreuse des parois du canal digestif.
VI. Productions de tissus accidentels dans le canal digestif ; fausses membranes , excroissances fongueuses.
VII. Interruption de la continuité du canal digestif f invaginations , étranglemens internes.
VIII. Lésions de tissu consécutives ou sjni~ pathiques ) engorgement des ganglions mésentériques; hépatite, induration^ phlegmasie chronique de la rate; péritonite, épanchemens séreux, purulens, sangüinolens ; adhérences dans la cavité abdominale; lésions de tissu produites par i’inflammation dans la poitrine , dans le crâne.
On a attaché une grande importance à l’anatomie pathologique des voies gastriques; son histoire générale a été faite par MM. Andral fils et Scoutetten; MM. Chaussier et Percy ont décrit les perforations spontanées de l’estomac ; celles de l’intestin grêle , bien moins connues, ont occupé l’attention de MM. Andral, Ghomel, Serres, Louis, Martin-Solon. Le ramollissement a trouvé pour historiens Rœderer et Vagler, Jaêger , MM. Gruveilhier , Ghaussier, Lallemand; l’invagination, l’iléus, lesphacèle du canal intestinal ont été le sujet de dissertations intéressantes écrites par Héviit et par MM. Gayol et Gauthier de Glaubry. G’est à Mj Broussais que nous devons la meilleure éthiologie de Pengorgeraent des ganglions mésentériques : M. Jules Gloquet a pu^
Llië d’excellentes observations d’ulcërations intestinales. Chacnne des lésions de tissu multipliées qui succèdent aux fièvres graves a été l’objet d’une étude spéciale , la découverte d’une forme nouvelle de quelqu’une de ces altérations organiques , a été soigneusement consignée dans nos livres; leur histoire envahirait de gros volumes , et tout n’a pas été dit encore. J’avoue qu’elles me paraissent d’un fort médiocre intérêt ; elles n’apprennent rien sur le véritable caractère de la maladie. Aucune induction thérapeutique avantageuse aux malades , n’a été jusqu’à ce jour déduite de l’anatomie pathologique des voies gastriques. Ces minutieuses descriptions des plaques et ulcérations intestinales , ou de la forme des pustules dont la membrane muqueuse est couverte, qu’apprennent-elles? quelle est leur utilité ? peu importe la forme de ces lésions organiques ; il suffit de savoir qu’elles sont des effets de l’inflammation : des altérations de tissu de nature toujours la même ne sont pas le caractère de chacune des manières d’être si diverses de la gastro-entérite. Ce malade meurt de la fièvre putride , on ouvre son cadavre ; la membrane muqueuse gastro-intestinale a été manifestement enflammée , et j’en vois la preuve matérielle : c’est tout ce que je désirais apprendre; que la lésion de tissu soit le ramollissement, l’ulcération, des plaques , f exhalation sanguine,^ l’épaississement de la membrane , encore une fois peu importe. Cette recherche est un objet de pure curiosité, et la séméiotique, de même que la thérapeutique, n’a rien à
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y gagner. Quelque soin qu on mette à «faire de ces lésions une description complète , jamais on n’j parviendra; les cadavres présenteront toujours sous ce rapport une variété inépuisable : elles comprennent un nombre de nuances prodigieux, incalculable, et jamais on ne les rattachera à des types constamment les memes. Toute fièvre* grave peut créer des lésions organiques dont le modèle exact ne se trouvera nulle part ; à quoi bon insister si longuement sur la partie la plus inutile de l’histoire delà maladie?
L’ouverture des cadavres d’invidus morts des fièvres rémittentes et intermittentes de marais, a montré la plupart des lésions de tissu que j’ai énumérées. Cet essai contient quelques autopsies de ce genre ; elles ont fait voir dans les organes de la digestion des traces de phlegmasie évidentes , l’épaississe ment , les taches rouges , les ulcérations à divers de grés de la membrane muqueuse. Dans les pays chauds où la maladie est extrêmement aiguë, ce tissu a été vu dans un état voisin de la gangrène, et quelquefois sphacelé. On trouve souvent des engorgemens de la rate , et surtout du foie et des ganglions mésentériques. En un mot^ les lésions organiques qui se présentent sont celles dont s’accompagnent les pblegmasies chroniques de l’estomac et des intestins. Les ulcères ont bien présenté les caractères attribués a cetix dont la gastrite et l’entérite s’accompagnent : forme presque circulaire^ bords ir« réguliers, inégaux, bosselés, comme taillés à pic ^ recouverts de petits caillots adhérons; fond grisâtre, siège ordinaire au commencement du cæcum , ou sur la valvule iléo-cœcale, etc.
M. Bailly , auquel on doit un travail intéressant sur des fièvres pernicieuses observées à Rome , a constamment trouvé des altérations organiques de tissu , souvent bien plus grandes que celles dont s’accompagnent les fièvres ou les inflammations com tinues.
La convalescence des fièvres de marais est longue, difficile et troublée par de fréquens orages. J’ai dit que ces maladies livrées à elles-mêmes dans la plaine du Forez , cessaient après avoir existé pendant quelques semaines ou plusieurs mois , pour faire place à un état pathologique nommé traîne dans le pays. C’est une sorte de convalescence incomplète, de demi-maladie ordinairement suivie d’une explosion nouvelle et plus violente de la fièvre. L’hydropisie et les obstructions apparaissent et terminent cette longue série de maux. Rien de plus commun que les rechutes. Telle est l’impression profonde que l’organisme a éprouvée par faction puissante des émanations marécageuses , qu’une cause légère rappelle fort souvent la maladie après qu’elle a cessé. L’individu paraissait très bien rétabli ; il existait cependant en lui une modification organique inappréciable , inconnue quant cà sa nature , mais dont f effet bien manifeste est le retour ( spontané quelquefois) de la maladie , même après que le sujet a respiré un air pur pendant plusieurs mois. Tel individu bien guéri a fait un peu plus d’exercice qu’à l’ordinaire , ou a pris froid au déclin du jour; la fièvre reparaît. Le récit de la maladie deWalcberen contient un exemple frappant de ce phénomène.
Les médecins qui habitent des pays marécageux savent combien les rechutes y sont faciles , même sans cause connue; elles ont lieu surtout en automne.
La description de ces fièvres intermittentes ne serait ni fidèle ni complète , si je ne faisais connaître leurs effets , leur terminaison ordinaire ; les lésions de tissu qui, après avoir été leurs alliées, deviennent la maladie prédominante , et conduisent lentement le valétudinaire à la mort.