‹ Histoire des marais, et des maladies causées par les émanations des eaux stagnantes. Ouvrage qui a obtenu le prix mis au concours par la Société Royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts d'OrléansChapitre 47 sur 99 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des hydropisies a la suite de fièvres rémittentes et intermittentes de marais.

Les hydropisies sont, dans les contrées marécageuses, l’un des derniers résultats de phlegmasies chroniques de l’abdomen , de l’hépatite , de l’entérite , de la gastrite. Elles se forment d’ordinaire lorsque l’adynarnie succède à la surexcitation. Un viscère est phlogosé, mais presque tous les autres tissus sont tombés au-dessous de leur état normal d’irritabilité. C’est sous l’influence d’une inflammation viscérale invétérée que les fonctions des capillaires blancs se dérangent et que l’anasarque, l’ascite, l’hydrothorax se développent. Il se peut, meme dans les contrées marécageuses , qu’une phlegmasie viscérale chronique affecte sympathiquement les capillaires lymphatiques, et s’accompagne d’une exhalation abondante de sérosité dont le caractère est l’irritation

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et non l’asthënie. Mais ce cas, dont j’admets l’existence, n’est pas le plus commun, selon moi, dans la Bresse, dans la Sologne et dans la Vendëe. Je n’y vois point une surexcitation des capillaires produire la leucoplilegmatie, et les infdtrations sëreuses m’y paraissent étreunefFet de l’adynamie des tissus Blancs. Comment trouver en elles le résultat de la tendance d’un viscère enflammé à une exhalation séreuse excrétoire ? Comment admettre que la leucoplilegmatie est un produit de la meme cause qui a donné lieu à l’obstruction, du moins dans la plupart des circonstances ! Elle a paru au déclin de la maladie, alors que la phlegmasie viscérale avait parcouru tous ses progrès , et lorsque la vie concentrée sur un point délaissait presque tous les appareils organiques.

La constitution des habitans des pays marécageux présente un caractère remarquable : c’est l’extrême développement du système lymphatique; et cependant on les voit rarement atteints d’hydropisies aiguës.

On remarque beaucoup d’hydrothorax et d’hydropéricardes sur les côtes de l’Andalousie; l’ascite et l’anasarque sont endémiques aux alentours des marais du département de la Vendée.

Un médecin qui a observé ces dernières hydropisies aux lieux même où elles régnent , les explique ainsi : la mauvaise constitution de l’atmosphère et l’humidité constante du sol portent sur le système lymphatique, et même sur l’économie entière, une débilité générale d’autant plus funeste qu’il est plus difficile de s’en mettre à l’abri, ou de détruire les

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causes qui la produisent. Un grand nombre d'hydropisies par atonie sont le résultat de Faction de ces causes. L’hydropisie ascite naît dans la Vendée à la suite d’obstructions aux viscères abdominaux anciennes ou occasionnées par une phlegmasie aiguë. Les mêmes causes enfantent Fanasarque. On voit encore dans le même département des hydropisies créées par la Lûblesse générale, ou des modifications pathologiques étrangères aux précédentes. Je crois que celles-ci ne sont point indépendantes d’une phlegmasie chronique de l’un des viscères abdominaux.

Dès les premières années de la vie , les viscères abdominaux, et surtout le foie et la rate, montrent un grand développement dans les pays marécageux. Ils tardent peu à s’engorger; les attaques redoublées de la fièvre établissent en eux le foyer d’une irritation latente, consécutive ordinairement à une irritation de même nature de l’estomac ou des intestins ; des obstructions se forment au foie, et la diathèse séreuse est leur compagne presque inséparable. On voit alors se réunir aux phénomènes de la phlegmasie viscérale invétérée , ceux de la leucophlegmatie symptomatique. La peau est sèche, tendue, sale, luisante quelquefois, décolorée ou de couleur jaune paille. La muqueuse des lèvres, des gencives et des yeux est d’une extrême pâleur. Tout le corps, mais surtout l’abdomen, est bouffi; si Fon appuie le doigt sur un point des tégumens, il en résulte un enfoncement qui subsiste encore lorsque la pression a cessé. Des sucs séreux gonflent la paupière et le

scrotum, souvent des dilatations variqueuses se forment aux jambes. Les joues sont pendantes, flasques, molles; nulle énergie musculaire; un léger exercice produit bientôt ressoufïlement , et la plus grande faiblesse accable le physique comme le moral. Si du sang est tiré des veines, il se montre privé d’une partie de sa rougeur naturelle, et composé bien moins de fibrine que d’une sérosité abondante. A ces traits caractéristiques se joignent souvent ceux de la phlegmasie chronique viscérale; la lenteur, la faiblesse, la petitesse du pouls, la rougeur de la pointe et des bords de la langue, des douleurs sourdes dans l’abdomen; une soif vive, une toux suffocante ou celle qu’on a nommée gastrique , d’abondantes évacuations de matières très liquides; l’urine est assez ordinairement limpide, quelquefois rougeâtre et sédimenteuse; le malade meurt, non de finfdtration séreuse, mais des progrès de la phlegmasie chronique dont il ne faut pas l’isoler.

Lorsqu’un Bressan ou un Solognot, malade depuis long-temps des fièvres intermittentes du pays, est couché sur le dos, on sent, en palpant avec attention ses viscères abdominaux, la sérosité accumulée , et l’infiltration du parenchyme du foie et de la rate. Il est facile encore de reconnaître les indurations quelquefois volumineuses de ces organes ; leur empâtement fait éprouver aux doigts une sensation de nature particulière. Cette exploration n’est presque jamais douloureuse : l’ouverture des cadavres présente la fibre musculaire décolorée, la bile limpide, le tissu lamiueux flétri et baigné de sérosité.

Car ron se demande si Taltération qui survient dans les viscères abdominaux pendant la fièvre quarte , est due à une impression plus particulière qu’exercerait sur eux la cause de la fièvre, ou si leur état maladif provient d’une concentration du spasme sur ces organes et des entraves éprouvées par la circulation viscérale pendant le frisson fébrile ? Voici une solution assez satisfaisante de cette question. Le vomissement bilieux, les anxiétés précordiales, le gonflement quelquefois douloureux de la rate au moment du frisson, annoncent qu’il se fait alors une surexcitation viscérale. Bientôt ces modifications pathologiques se prolongent, et se montrent meme dans les jours exempts de fièvre. Les malades vomissent des alimens, les digestions sont languissantes, le foie et la rate augmentent de volume, le corps maigrit, se décolore; le teint du visage devient jaune , l’infiltration séreuse paraît, fait des progrès et s’explique par l’engorgement des viscères abdominaux, par l’astliénie des absorbans, et peut-être encore en même temps par la pression que le foie exerce. C’est dans cet état de choses que l’ascite vient s’unir à la leucophlegmatie.

Lorsque la tuméfaction de l’abdomen est considérable, elle empêche assez souvent aux doigts du médecin de reconnaître l’état des viscères.

La leucophlegmatie et les obstructions arrivées à leur dernier terme , se présentent sous les traits suivans : chaleur à la paume des mains et à la plante des pieds, rougeur des pommettes, soif habituelle, inappétence totale ; douleurs abdominales sourdes.

ou vives, depot purulent des urines, sueurs nocturnes, diarrhée colliqualive, marasme; alors tout espoir s’évanouit.

Voici quelques maladies qui sont assez communes dans les pays d’étangs et de marais, et dont la plupart ont d’intimes rapports avec la gastro-entérite chronique*

I Les vers ; c’est une affection commune en Hollande et sur les plages humides de l’Amérique ;

2.° Les éphélides^ la dartre crustacée^ les ulcères chroniques de la peau ;

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