SCORBUT UES MARAIS
peu cligne de cet honneur équivoque , Séverinus Eugalenus a fait cette remarque dans une ville voisine cie la mer, et assise sur un sol rnaréca.^eux,
Boerhaave Ta appliquée aux Bretons, aux Bataves, aux Suédois, aux Danois, aux Norwégiens, aux peuples de l’Allemagne septentrionale. Le scorbut endémique dans ces pays est produit en grande partie par les exhalaisons de la mer et des marécages. Il est aux yeux de Pringîe la principale maladie chronique des parties marécageuses de la Hollande , et affecte de préférence dans ce pays froid et humide , les individus qui font un usage habituel des viandes salées. Ses symptômes, dit le médecin anglais f sont moins fâcheux que ceux du scorbut de mer , mais ils s’en rapprochent assez pour interdire tout soupçon sur l’identité de nature de la maladie. Les émanations putrides qui s’élèvent des canaux et des marais pendant les chaleurs , agissent de la même manière que celles qui s’élèvent d’un vaisseau privé de propreté et chargé d'une grande quantité d’hommes.
On a observé dans la Sologne une maladie assez semblable au scorbut. Ses habitans se nourrissent d’alimens et boivent des liquides très malsains; le sol et les eaux, l’air et les lieux, tout conspire contre leur santé. Sous l’influence de cet état funeste de choses , les muscles perdent leur force de cohésion ; le sangj que vicie une mauvaise alimentation^ s’altère profondément ; les membranes muqueuses pulmonaire et gastrique s’irritent ; les contractions musculaires et celles du cœur perdent chaque jour
de leur énergie; enfin, les principaux pliénomènes de l’état scorbutique se déclarent. Ryan, d’après les observations qu’il a faites dans la Sologne pendant vingt-cinq ans, n’attribue pas les épidémies gangréneuses à l’ergot, mais aux émanations marécageuses, à l’indolence naturelle des babitans , à la misère qui les empêche, pour la plupart , de se mettre à l’abri des causes déhilitan tes^ très communes dans ce pays( i ) ; opinion trop exclusive, puisqu’elle rejette un agent délétère dont l’existence est incontestable, mais judicieuse à cela près.
Le scorbut est aussi endémique dans la partie marécageuse du département de l’Ain , il y est produit par l’action pathologique des mêmes causes. En effet, les Bressans se nourrissent d’alimens grossiers et de digestion difficile, et ne boivent que des eaux stagnantes et fangeuses. Il s’accompagne chez eux d’obstructions dans les viscères abdominaux, de leucophlegmatie, et se termine par l’hydropisie.
C’est sous l’inlluence du froid humide, de la tristesse, d’une mauvaise alimentation et (mais en seconde ligne) des émanations marécageuses, que le scorbut paraît dans la Brenne, dans la Sologne, dans la Bresse. Son développement est favorisé par la constitution lymphatique des habitans de ces contrées malheureuses. Ces hommes ont un sang pauvre en fibrine, leurs fluides s’extravasent avec facilité , et des irritations inflammatoires, pulmonaires ou gastriques viennent souvent s’unir à l’affaiblissement extrême, ou au défaut de cohésion des fibres musculaires.
fiiPrlx de la Société de médecine de Paris 5 i vol. in-8.® Paris 5 1817, page 124.
J-j’embARRAS gastrique ne se fait paS reconnaître comme la gastrite^ dans les pays marécageux, par une grande sensibilité de Pépigastre , surtout au toucher , par la soif, la rougeur de la langue et les vomissemens fréquens; mais bien par le dégoût, la langueur générale, une pesanteur de l’épigastre j l’absence de la soif, la largeur àe la langue. Cette expression largeur de la langue est juste; elle peint bien l’épanouissement et l’état de relâchement du tissu de cet organe « J’ai reconnu cet état â la lan» gue de plusieurs malades de l’hôpital de Bourg ; il a été observé souvent par M. Thimécourt, médecin de l’hôpital de Trévoux, qui trouva cette épithète fort exacte , lorsque j’interrogeai son expérience sur ce point. La céphalalgie frontale est un signe de peu de valeur; il manque quelquefois et se fait sentir dans la gastrite et l’embarras gastrique, à peu près de la meme manière; mais quand il n’y a pas de fièvre , c’est une sympathie pathologique ordinaire à l’embarras gastrique. Les malades cherchent à réveiller leur appétit par des alimens et des boissons stimulans; alors l’irritation.
o6o EMBARRAS GASTRIQUE,
augmente , les follicules muqueux commencent à fournir plus de mucosités , rengorgement du foie s’aggrave (pu plutôt ï irritation s'étend au foie), la sécrétion de la bile devient plus abondante , et de nouveaux symptômes apparaissent. ( Leur cause n’est point la présence de la bile dans des organes irrités; ils sont enfantés par l’extension de l’irritation.) La céplialalgie frontale devient plus profonde ; un goût d’amertume , d’acidité , d’œufs pourris , poursuit le malade, qui a les substances animales alimentaires en horreur, et désire les boissons froides et acidulés. Un cercle jaune verdâtre entoure les lèvres et les ailes du nez; l’estomac fait éprouver des douleurs plus ou moins fortes , quelquefois atroces , mais il est peu sensible à la pression. ( M. Nepple voit dans cet état , non la gastrite , qui cependant est évidente, mais une rétention bilieuse.) Les nausées sont fréquentes , les vomissemens assez rares quand il n’y a pas de fièvre. Lorsque les symptômes bilieux ont persisté pendant quelque temps, il se manifeste assez souvent une diarrhée bilieuse avec coliques, ou bien des exanthèmes d’apparences variées. Mais on voit paraître -ordinairement une fièvre intermittente quotidienne, tierce ou quarte.
J’ai emprunté cette description de l’embarras gastrique à un médecin qui exerce sa profession dans un pays marécageux (Montluel, département de l’Ain), afin de présenter avec toutes les garanties désirables l’histoire des maladies qui naissent aux environs des eaux stagnantes. Ce soin consciencieux conduit à ce résultat , que l’embarras gastrique des Bressans n’offre
rien cîe spécial aux émanations marécageuses; il est Je meme au sein de la Sologne inondée qu’au centre des contrées les plus salubres , vérité mise en doute par quelques médecins , et démontrée par les faits.
M. Nepple a bien vu l’embarras gastrique qui règne dans les pays marécageux ; son mémoire sur celte maladie mérite d’etre consulté ; mais ses remarques critiques sur la doctrine donnée par M. Broussais, n’ont pas une exactitude rigoureuse. Elles n’attaquent point l’ensemble de cette doctrine, ce qu’elles auraient dû faire; c’est uniquement d’une proposition de Y Examen qu’elles s’occupent. Le traitement que M. Nepple prescrivait à ses malades (voyez les observations) , bien raisonné dans quelques cas , ne saurait dans d’autres servir de modèle ; car M. Nepple mettait évidemment un révulsif d’une violence extrême, l’émétique, en contact avec un organe dont l’inflammation n’était pas équivoque. Le résultat de cette méthode a été plusieurs fois l’exaspération des phénomènes inflammatoires. M. Nepple reproche à M. Broussais d’avoir attribué les phénomènes de l’embarras gastrique à la phlogose de l’estomac , et de ne tenir rmcun compte de l’engorgement du foie, de la plénitude de la vésicule du fiel , de la rétention de la bile sur la membrane muqueuse gastrique et intestinale : cette censure est injuste. L’historien des phlegmasies chroniques a très bien décrit l’irritation duodéno-hépatique, mais il la subordonne à l’embarras gastrique , surtout à la gastrite, et sa théorie est confirmée par les observations de M. Nepple. D’une autre part, la doctrine de M.
Broussais svir l’embarras gastrique, n’attribue pasex-^ cJusivement cet état pathologique a l’irritation de la membrane muqueuse de l’estomac ; elle reconnaît l’existence d’une variété, caractérisée par la présence dans l’estomac de matières bilieuses, saburrales, qui sont de véritables corps étrangers. Dans ce cas, et seulement dans ce cas , les vomitifs sont le remède par excellence. Ils nuisent beaucoup, et doivent être remplacés par les délayans, la diète, quelques aj)plications sur l’épigastre d’un petit nombre de sangsues, lors([ue l’embarras gastrique n’est autre chose qu’une irritation, en d’autres termes le premier de*gré de la gastrite. L’état de la langue, large, humide, couverte d’un enduit grisâtre épais, dans l’un de ces cas ; sèche, feîidillée, rouge â sa pointe et sur ses bords dans l’autre, et d’autres phénomènes que ce nVst point ici le lieu de faire connaître, permettent de distinguer l’une de l’autre les deux variétés, et de faire un bon choix parmi les méthodes de traitement.