‹ Histoire des marais, et des maladies causées par les émanations des eaux stagnantes. Ouvrage qui a obtenu le prix mis au concours par la Société Royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts d'OrléansChapitre 57 sur 99 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Les fiè\>res intermittentes et rémittentes de marais sont-elles des affections spécifiques t

Les fièvres de marais sont-elles des affeetioiis spécifiques ? diffèrent-elles essentiellement des fièvres intermittentes et rémittentes nées d’une autre cause? la discussion de cette question a été bien éclaircie par l’histoire de la maladie; examinons-la contradictoirement.

Le malade et la maladie ont une physionomie tout-a-fait propre ; la stupeur et l’engourdissement du système nerveux, symptômes ordinaires à la pyrexie, ne se présentent pas, du moins au même degré, dans les autres affections fébriles de même type, mais de cause différente. Ne peut-on pas compter au nombre des preuves de la spécialité de ces états pathologiques, la fréquence des rechutes, la lenteur de la convalescence, la permanence des obstructions? Les émanations marécageuses sont un poison qui modifie l’économie animale d’une manière à lui particulière. D’intimes rapports n’unissent-ils pas dans les maladies la cause et les effets , et ceux-ci ne portentils pas souvent l’empreinte de la première ? des maladies de caractère divers succèdent à l’action des

gSo nature des fièvres intermittentes

divers irritans vénéneux : l’opium n’a^it pas comme la ciguë, celle-ci conime le ga^ acide carbojiique. L’action physiologique des émanations marécageuses impi'ime au corps de l’homme une manière d’étre spéciale] la constitution physique des hahitans de la Bresse ou de la Sologne , a des caractères très saillans, nés des localités. Si les organes sont ainsi modifiés d’une manière propre dans l’état de santé , ils doivent aussi être affectés d’une manière spéciale dans l’état de maladie. Les fièvres nées aux alentours des marais Pontins peuvent et doivent avoir un autre aspect que les pyrexies de meme type créées par une autre cause dans un autre climat, et présenter des indications thérapeutiques spéciales. Qu’y a-t-il, dans cette opinion , de contraire à la théorie et à l’expérience ?

Une seule chose , la vérité : les fièvres intermittentes et rémittentes de marais ne diffèrent nullement des autres pyrexies à type tierce ou quarte, quant aùx symptômes : mêmes phénomènes pendant la vie , mêmes lésions organiques après la mort. La stupeur, l’engourdissement du système nerveux n’est pas la conséquence de faction des émanations marécageuses , mais de leur influence physiologique, réunie à celle d’autres modificateurs de l’organisme qui s’accompagnent partout des mêmes résultats. Faut-il administrer la preuve de ce fait ? les fièvres intermittentes qui saisissent les étrangers conduits dans une contrée marécageuse par des circonstances accidentelles , ne présentent pas cette asthénie du système nerveux ; la maladie est plus aiguë ] la différence tient à la constitution des individus] rien

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de spécial a la cause. La fréquence des rechutes et des obstructions , de meme que la lenteur de la convalesccnce, sont expliquées par la continuité d’action de celle-ci. Beaucoup de maladies, autres que les fièvres intermittentes et rémittentes , naissent des memes influences pathologiques dans les pays de marais; on y voit souvent régner le scorbut, la dysenterie, renlérite, l’hydropisie : a-t-on jamais prétendu que les états morbides avaient quelque chose de spécifique l s’ils sont en Bresse et en Sologne ce qu’on les voit ailleurs , pourquoi les fièvres intermittentes seraient-elles privilégiées? Je ne saurais trop le dire , ce qui distingue les fièvres de marais des pyrexies à type analogue nées sous d’autres influences , c’est la constitution des individus ; mais il n’y a rien là de spécial à la fièvre. Plusieurs individus tombent malades dans le voisinage d’un marais; ceux-là sont pris d’une pyrexie continue; ceuxci d’une fièvre intermittente ou rémittente. La mo- ' dification pathologique, née chez ces derniers, tantôt conserve son type , tantôt en change plusieurs fois , d’intermittente devenant continue ou rémittente; enfin, d’autres individus, exposés en même temps aux mêmes agens morbides , ont contracté l’entérite diarrhéique ou un catarrhe. Ces différences sont relatives à la variété des dispositions individuelles , et déposent contre la prétendue spécilicité des fièvres de marais. Les émanations marécageuses, abstraction faite des autres causes, a dit M. Audouard, ne dé terminent pas plus une forme de maladie qu’une autre. (Ce médecin ajoute, ilestvrai, qu elles produi-

2S2 NATURE DES FIÈVRES INTERMITTENTES vsent un trouble ou une excitation generale.) Ainsi, à Rome, par exemple, ajoute M. And ou ai d , le climat, les habitudes et la saison ayant modifie l’organisme de manière à lui donner la disposition aux fièvres intermittentes, les émanations marécageuses cpii mêlent au sang dans l’acte delà respiration, augmentent l’excitabilité déjà trop grande du système musculaire, ce qui amène une congestion dans la rate (encore les congestions de la rate). A la Havane, au Caire, en Irlande, les émanations marécageuses ne contiennent pas le germe de la maladie; mais elles deviennent une des causes du développement de la disposition morbide qui est dans l’individu , comme le feraient un violent exercice , l’impression brusque du froid pendant qu’on est en sueur , une forte passion , une indigestion, etc. (i). Il ne manquerait rien à. l’exactitude de cette doctrine, si elle faisait une part plus grande à l’action physiologique des émanations marécageuses. Ajoutons à toutes ces preuves une preuve sans réplique. Cet essai contient un grand nombre d’observations de fièvres de marais recueillies à diverses époques , en divers lieux ^ par des médecins de doctrines différentes , et présentant ainsi toutes les garanties d’authenticité désirables ; qu’on les mette en parallèle avec des pyrexies à exaspération périodique de type semblable , mais produites par une cause autre que les émanations marécageuses ; s’il y a identité de symp-

(i) Journal général de médecine, tome 85, page 545, juin 1823,

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tomes pendant la vie, et de lésions de tissus après la mort ( ce que j’affirme ) , il faudra Lien rejeter la prétendue spécificité, et croire à l’identité de nature de ces états pathologiques , dignes à tant d’autres égards d’une étude particulière.

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