‹ Histoire des marais, et des maladies causées par les émanations des eaux stagnantes. Ouvrage qui a obtenu le prix mis au concours par la Société Royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts d'OrléansChapitre 61 sur 99 · AVEC LA FIÈVRE JAUNE · texte numérisé non relu

AVEC LA FIÈVRE JAUNE

immondices et des boues de la ville, et chargé d’une vase épaisse. Des canaux fort mal entretenus traversent dans leur longueur les rues de la ville (i)*

Comme je n’ai point attribué les fièvres rérnit-^ tentes de la Bresse, de la Sologne et du Forez, ex-* clusivement à l’action des émanations marécageuses, je ne ferai point des ces vapeurs empoisonnées la cause unique de la fièvre jaune, qui naît quelquefois hors de leur influence. J’ai du me borner à prouver que les exhalaisons des eaux stagnantes ont^ dans certaines circonstances atmosphériques (condition de rigueur ) , la plus grande influence sur son développement. Elles agissent en Amérique de la même manière que dans la Sologne, et sont pro^ bablement identiques ^

La fièvre jaune se montre dans les lieux où sont réunies les conditions suivantes : i une chaleur dé 16 à 22 degrés du thermomètre de Piéaumur (au moins), soutenue au meme point d’intensité pendant quelque temps; 2.® le voisinage d’une plage marécageuse. Elle naît dans la saison la plus chaude de l’année, et cesse de régner dès que le froid commence à se faire sentir. On ne la voit guère que dans des lieux très peu élevés au-dessus du niveau de la mer. Là où elle règne, l’habitation des mom tagnes et des lieux placés à une certaine hauteur, préserve infailliblement de ses atteintes : ceux qui ont contracté la fièvre jaune dans un fojer infecté,

(i) Bonneau (J. -B.) et Sulpicy (Eug.), Becherches sur la contagion de la fièvre jaune, Paris, 1825, i vol. in-8.®

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290 RAPPORTS DE LA FIÈVRE DE MARAIS et qui viennent lialnter un lieu saluLre, ne la transmettent à pei’sonne : ils meurent ou guérissent sans qu’aucun de ceux qui les approchent ou les touchent contractent la maladie , avec la faculté de la communiquer à leur tour à d’aütres.

Sur tous ces points capitaux , l’identité est complète entre la fièvre jaune et la fièvre de marais ( en mettant toujours à part rinfluence extrêmement puissante de l’élévation de la température dans le premier cas). Nos fièvres de marais surviennent en été, en automne, au moment de la plus forte chaleur, et surtout alors lorsque l’atmosphère est humide ; elles disparaissent aussitôt que I hiver commence : les contrées où elles régnent sont des plateaux inondés ; les lieux élevés ,, les montagnes qui ne sont pas sous le vent des eaux stagnantes, ne la voient jamais affecter leurs hahitans. Un Bressan qui a la fièvre et que l’on a transporté hors du foyer d’infection , ne donne pas sa maladie à ceux qui le soignent. Beaucoup de fièvres rémittentes nées auprès des marais , sont traitées dans les hôpitaux de Trévoux et de Lyon; elles ne sont nullement contagieuses.

Des émanations délétères dégagées abondamment par des matières organiques en putréfaction dans des eaux stagnantes, pendant une saison très chaude et humide , voilà , selon toutes les probabilités , la principale cause de la fièvre jaune et de la fièvre de marais. Mais la première s’est développée quelquefois hors du voisinage d’une plage marécageuse, par exemple, dans des vaisseaux en mer depuis long-

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temps. Les conditions necessaires au développement de la fièvre jaune peuvent exister en pleine mer comme à terre ; un navire doit , dans certaines circonstances , être comparé à un lieu quelconque ^ où l’air stagnant , chaud et humide , est infecté par diverses sources de corruption. Rappelons ici la distinction établie par M. Broussais , entre les différens fovers producteurs ( par infection) des typhus : foyers provenant des corps organisés

privés de vie et livrés à la putréfaction à la surface du sol ; cimetières , voiries , cloaqües , marécages , plages maritimes ^ rives des fleuves qui débordent, corps morts abandonnés à la putréfaction en plein air; 2.° foyers provenant du rassemblement d’animaux vivans, malades ou sains (hôpitaux, prisons, navires, etc.); 5.® foyers consistant dans un malade qui , bien que placé dans Un lieu sain, communique à ceux qui l’approchent l’affection dont il est lui-même atteint. Y a-t-il identité complète de nature entre les émanations que dégagent ces foyers divers l cette question a déjà été discutée. Nos moyens chimiques ne sont point assez parfaits pour isoler ces particules de l’air, et le problème, placé en dehors des méthodes expérimentales qui seules pourraient le résoudre, reste abandonné à des probabilités trompeuses. Les fièvres intermittentes et rémittentes de nos climats tempérés, peuvent aussi résulter de causes autres que l’action des émanations marécageuses. Elles n’ont rien, je le répète, de spécifique.

Cette action , dans les pays chauds comme dans

2C)2 RAPPORTS DE LA FIÈVRE DE MARAIS les pays tempérés, ne produit pas exclusivement la fièvre jaune et la lièvre de marais: des dysenteries, reneéphalite, laphrénésie, le clioléra-morhus, diyerses irritafons i^raves, suivant des circonstances individuelles, sont au nombre de leurs effets.

Identité de causes, identité de symptômes, identité de lésions de tissu observées après la mort (toujours à l’intensité près); quels sont les résultats de l’analyse des symptômes formidables de la fièvre jaune? la preuve de l’existence d’une inflammation gastro-bépatique excessivement aiguë; en est-il de plus forte que l’ictère et que le vomissement de la jnatière noire; celle-ci est-elle autre chose que le produit d’une sécrétion morbide de la membrane jimqueuse gastrique ? La dissection de la lièvre de marais met aussi en première ligne l’irritation gastro-intestinale ordinairement, non toujours.

La lièvre de marais, comme la lièvre jaune, sévit de préférence et avec plus de force contre les individus qui ne sont pas encore acclimatés. L’entassement d’un grand nombre d’hommes dans un lieu resserré placé sous l’influence des émanations marécageuses , donne dans l’un et l’autre cas une action extraordinaire aux effluves délétères. Il n’existe entre l’une et l’autre pyrexie , aucune différence capitale. Delorme a observé dans la partie méridionale du département de l’Ain, dans la Bresse, une fièvre bilieuse comparable a la fièvre jaune d’Amérique, sauf les modifications qui résultent de la diversité des climats. Si l’on pouvait donner à la Sologne et à la Bresse, pendant une saison, la tempé-

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rature de St-Domingue, de la Jamaïque, de la Havane,- et sid)stituer à la constitution lymphatique de leurs hahitans , la constitution sèche et irritable des Américains méridionaux , on verrait naître la fièvre jaune dans ces contrés, et non les fièvres rémittentes et les obstructions qu on y observe.

La grande élévation de la température , dans les pays chauds placés en-deca du 43.® degré de latitude boréale , donne à toutes les inflammations , et particulièrement aux pblegmasies gastriques , une force extraordinaire ; elle rencontre d’ailleurs des sujets que tout concourt à disposer aux irritations violentes , et dont fappareil gastro-hépatique est d’une extrême susceptibilité. La stupeur du système nerveux est plus ordinaire à la fièvre de marais qu’à la fièvre jaune; rarement celle-ci produit le délire ; les malades , quelle tue avec une si grande rapidité , conservent jusqu’au dernier moment de leur existence l’intégrité de leurs facultés intellectuelles. Cette différence entre les phénomènes ne suffit pas pour créer une différence totale de nature entre des maladies nées d’une cause semblable , et caractérisées par l’affection du même appareil d’organes; l’extrême violence de laphlegmasie gastrique dans la fièvre jaune et la célérité de sa marche rendent raison de cette diversité dans les phénomènes secondaires.

Beaucoup de rapports rapprochent la fièvre jaune de la fièvre de marais; sont-elles la même maladie? y a-t-il entre ces pyrexies identité de siège et de nature, et toutes leurs différences consistent-elles dans

la diversité d’inteiisitë de la surexcitation , et de pliëjiornènes pathologiques secondaires , dont la variété est expliquée par celle des tempérfimens , des idiosyncrasies , des hahitudcs , et par celle des principaux modificateurs de l’organisme, Tair, la température, le sol, les eaux? conclure par Tafifirmative , ce serait abuser de l’analogie. Mon Lut aura été atteint, si j’ai démontré que la fièvre jaune devait être inscrite parmi les rqaïadies dont l’action des émanations marécageuses , dans certaines conditions atmosphériques, est la cause principale.

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