CHAPITRE XIV
Les fièvres sont-elles des maladies générales
ou locales l
IjEUX qui croient aux fièvres ont assez de critique pour ne point compter au nombre des preuves de l’existence de ces maladies, comme affections essentielles, et l’antiquité de cette opinion, et la multitude des hommes célèbres dont elle a été la doctrine. Cet hommage rendu à l’esprit qui dirige maintenant la médecine est d’un favorable augure. La philosophie s’est enfin alliée aux sciences et les a délivrées de préjugés dangereux, parmi lesquels le respect servile pour fautorité des temps et des noms mérite
une mention spéciale. Nous ne croyons plus uniquement, parce que nos pères ont cru, et il n’est aujourd’hui de vérités que celles qui ont été qualifiées telles par l’esprit d’examen.
Des médecins recommandables conçoivent les fièvres essentielles , comme elles sont décrites dans les pyrétologistes antérieurs au dix -neuvième siècle. Ils voient toujours dans ces affections un état de souffrance général de l’organisme. D’autres font quelques concessions à la doctrine physiologique ; les fièvres sont bien encore pour eux une maladie générale, mais ils en rallient chaque ordre à faffection spéciale d’un système d’organes, sans faire toutefois de celle-ci une phlegmasie.
Ecoutons la défense de ces doctrines.
Les fièvres essentielles sont des affections générales , une modification de la vie. Etudiez leurs symptômes; elles attaquent plusieurs systèmes dès leur début, et envahissent successivement tous les appareils organiques. Ainsi, un de leurs caractères, c’est d’avoir un siège constamment multiple. Dans quelques-unes de ces maladies , l’encéphale ou les intestins paraissent souffrans , et cependant rien de commun entre l’affection de ces organes et l’encéphalite ou la gastrite. En effet, le mouvement fébrile survit quelque temps à l’irritation qui semblait 1 avoiiprovoqué ; de même quelles ont des symptômes généraux , les fièvres essentielles sont ordinairement l’effet de causes générales.
Mais beaucoup de cadavres ont été ouverts , et sur un certain nombre d’entre eux, la membrane mu-
queuse gastro- intestinale a montre des rougeurs,
des indurations, des ulcérés. De là cette doctrine
exclusive qui proscrit les fievres essentielles , et su-
Lordonne dans tous les cas l’état féj3rile à l’irritation
locale.
Des oLjections fondées détruisent cette théorie ; on n’a trouvé sur la membrane muqueuse gastrointestinale de quelques individus morts de fièvres ataxiques ou putrides , aucune trace d’inflammation; tout était dans l’ordre naturel. D’autres cadavres ne montraient dans le meme organe que des rougeurs de nature fort équivoque ou plutôt nullement inflammatoire, comme nous le démontrerons bientôt; enfin, un petit nombre seulement a présenté dans les voies gastriques des plaques et des ulcérations auxquelles on ne pouvait méconnaître une inflammation locale. Mais cette pblegmasie avait été l’effet et non la cause de la fièvre.
Voilà des faits. Comment croire à l’existence de pblegmasies qui donnent la mort sans laisser de vestiges? les traces d’une inflammation aigue et mortelle ne sauraient disparaître.
Qu’on ne s’y méprenne point : les rougeurs et les taches qu’on trouve dans un grand nombre de circonstances sur la membrane muqueuse gastro-intes+ linale, ne sont nullement des preuves qu’une inflammation a existé là. Nous ne voyons en elles que des effets de la stase mécanique du sang, des phénomènes purement cadavériques. On les a observées sur les voies gastriques de maçons tombés d’un toit , de criminels après leur exécution , de chiens qu’on avait
soumis à des expériences physiologiques. Ces individus, ces animaux avaient donc des gastro- entérites au moment de leur mort soudaine ?
Supposons , contre l’évidence , que ces taches et ces rougeurs soient des preuves positives de l’existence d’une inflammation locale antécédente , leur subordonner tous les symptômes , faire d’une irritation légère des voies gastriques , le point de départ des phénomènes pathologiques, ou plutôt la maladie tout entière , c’est émettre une opinion qui répugne au bon sens. Quelle proportion peut-on établir entre une pille gmasie superficielle , circonscrite , d’une membrane muqueuse , avec la gravité des symptômes d’une fièvre qui a été mortelle ? Tel individu dont tous les organes ont été trouvés pendant l’autopsie cadavérique ce qu’ils sont dans l’état naturel , a succombé en peu de jours victime d’une pyrexie extrêmement violente ; tel autre est mort après avoir présenté les symptômes d’une faible irritation abdominale. Cependant le scalpel de l’observateur met à découvert d’énormes ulcérations de l’estomac et des intestins. Les symptômes des fièvres ne sont donc pas l’expression des souffrances d’une partie de la membrane muqueuse gastro-intestinale.
Comment se produisent les ulcérations et les plaques dans les intestins , pendant le cours des fièvres essentielles? leur théorie est facile à saisir. La lièvre altère les humeurs ; celles-ci , devenues âcres et irritantes , produisent des inflammations locales qui se terminent par des ulcères. Piemarquez que ces ulcérations sont situées ordinairement à la partie la
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plus déclive des intestins; c’est précisément le lieu oii les matières irritantes sont contraintes de séjourner. On peut comparer ces solutions de continuité aux escarres qui se forment sur les ^u'ands troclianters des malades que la fièvre adynamique retient depuis long-temps dans la meme position; l’analogie du mode de formation de ces ulcérations intérieures et extérieures est parfaite. Les premières ne surviennent qu’a une époque assez avancée de la maladie, vers son dixième ou onzième jour. On ne les trouve que sur un petit nombre de cadavres ; beaucoup de lièvres essentielles peuvent donc exister sans elles : elles ne sont donc pas un caractère de la maladie ; elles n’ont donc pas avec les symptômes des rapports nécessaires, puisqu’elles peuvent en être indépendantes. On a trouvé chez divers sujets les ulcères de l’intestin cicatrisés; et cependant les phénomènes adynamiques ou ataxiques avaient persisté jusqu’au dernier moment.
Toutes les fièvres adynamiques sont dans le nouveau système des inflammations abdominales ; cependant dans un grand nombre de ces gastro-entérites prétendues , il n’y a pas de douleur de ventre , même lorsque l’épigastre est comprimé. L’estomac et les intestins ne sauraient être enflammés , et la douleur abdominale ne point exister.
Analysez les causes et les symptômes des fièvres essentielles , vous ne pourrez méconnaître quelles sont des affections générales de l’organisme. Exami^ nez sans prévention les voies gastriques des malades qui ont succombé; tantôt vous n’y trouverez aucun
vestige d’inflammation; tantôt vous n’y remarquerez qu’une lividité generale ou une rougeur superficielle , de nature équivoque , à laquelle vous ne pourrez subordonner les symptômes extrêmement graves de la maladie. Si un petit nombre de cadavres vous présentent des ulcères, il vous sera facile d’expliquer cette lésion de tissu , par la modification que les humeurs ont reçue de l’état fébrile. Une dernière preuve doit corroborer toutes les autres , c’est le résultat du traitement. Or, les toniques ont joui toujours sans réclamation du droit de guérir les fièvres essentielles : le remède par excellence de ces affections morbides, c’est le quinquina. N’estil pas absurde de métamorphoser en gastro-entérites des maladies que l’on fait cesser , en mettant les stimulans les plus énergiques en contact avec la surface enflammée ?
Il est un écueil que n’a pu éviter le nouveau système. Les fièvres intermittentes, rebelles aux arguties de ses partisans, menacent d’une ruine inévitable une secte orgueilleuse qui s’appelle exclusivement physiologique ^ comme si les doctrines rivales ne s’étaient pas appuyées avant elle et comme elle sur l’interprétation des lois dont l’organisme reconnaît l’empire! Que les fièvres ataxiques ou putrides soient quelquefois , souvent même des inflammations viscérales; que, dansun grand nombre de circonstances, l’état fébrile soit subordonné à l’irritation des voies gastriques; qu’il y ait, sous ce rapport, d’utiles améliorations à faire dans l’histoire des fièvres essentielles , voilà des points de doctrine qu’un bon es-
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prit ne saurait aujourd’hui mettre en discussion. Mais que faire des fièvres intermittentes ? impossible de les transformer en gastro-entérites. Elles ne peuvent être des pblegmasies locales , ces fièvres qui frappent les hahitans des pays marécageux, disparaissent, renaissent avec tous leurs symptômes à des époques régulières , et cèdent enfin à faction éminemment stimulante de médicamens , ennemis par leur nature de forgane qu’on suppose irrité. L’inflammation ne saurait se développer avec tous ses caractères sur les voies gastriques , s’évanouir à une heure déterminée, se reconstituer de nouveau quelques heures après, et conserver cette inconcevable mobilité pendant plusieurs semaines. Ces mots pjilegmasie intermittente^ se repoussent l’un f autre ; ils sont contradictoires. On s’efforce en vain de le nier ; la persistance des symptômes dans les inflammations , et leur disparition complète pendant l’apyrexie des fièvres intermittentes, voilà entre ces maladies une barrière d’airain inébranlable. Et les symptômes, et les lésions organiques de tissu consécutives présentent une diversité notable. Si, dans ces affections, le meme organe souffrait, on n’aurait pas les unes et les autres; elles seraient toutes ou continues ou intermittentes , car , comment une cause identique produirait-elle des effets différens ? Remarquez que le mode d’action des causes de la fièvre intermittente n’est pas connu : est-elle périodique ? on n’en sait rien ; ces causes ne paraissent pas sévir sur telle partie, plutôt que sur telle autre. Mais les accès, disent les fauteurs de la non-
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velle lierésie- medicale , sont caractérises par des symptômes évidens d’irritation gastrique. Qui nie leur existence ? Ils sont l’effet d’un spasme qui refoule le sang vers les viscères, et toujours des phénomènes secondaires. La congestion sanguine qui a lieu est passive ; elle n’est point inflammatoire, car il n’y a pas rupture et obstruction, mais seulement distension des capillaires sanguins. Dès que ce mouvement spasmodique a cessé d’exister, les vaisseaux se dégorgent , et tout rentre dans l’état naturel. Si les fièvres intermittentes étaient des plilegmasies, la méthode la plus certaine pour les guérir devrait être l’emploi des antiphlogistiques pendant l’accès ; et c’est un tonique héroïque, c’est le quinquina qui , donné pendant l’intermittence , anéantit la prétendue irritation !
Les défenseurs des fièvres essentielles ont été entendus. Je n’ai dissimulé aucun de leurs argumens. J’ai cherché à faire valoir ceux-ci, en les présentant dans un ordre qui leur donnât une force nouvelle. C’est avec autant d’impartialité et la meme méthode que la cause de la doctrine physiologique sera plaidée.
Nous pourrions, disent ses partisans, présenter, comme une preuve irrécusable de la vérité de notre doctrine, son succès toujours croissant, et les concessions immenses que lui ont faites les principaux de ses ennemis déclarés. Le chef des ontologistes, M. Pinel, s’efforce de prouver qu’il a rattaché chaque ordre de fièvres essentielles à l’irritation spéciale d’un organe. Quelques-uns de ses disciples lui
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font honneur de l’idée -mère de nôtre théorie des affections fébriles. Enfin, les maladies considérées, avant M. Broussais, comme des lésions générales, ne paraissent telles aujourd’hui qu’à un nombre imperceptible de praticiens vulgaires, étroitement attachés à leurs idées surannées , par la routine , la vieillesse ou l’habitude de l’irréflexion. Ainsi , sous ce rapport , notre cause est entièrement gagnée , aucun transfuge n’a passé de notre camp dans celui de nos adversaires, et le nôtre fait à chaque instant de nouvelles conquêtes. Le drapeau des ontologistes , qui naguère ralliait à lui les médecins de toutes les facultés, déchu maintenant de scs honneurs , n’a pour défenseurs qu’un petit nombre de soldats découragés par leurs défaites. Nos adversaires nous ont sacrifié successivement la majorité des fièvres essentielles ; celui-là la bilieuse , celuici l’adynamique, cet autre l’ataxique et la muqueuse; il n’est plus question que de savoir si les fièvres adyiiamiques ne peuvent pas être quelquefois une maladie essentielle, et si les fièvres intermittentes sont, ou non, des inflammations. Mais nous ne présenterons pas notre victoire comme un signe infaillible de la bonté de notre cause, nous ne demanderons pas à être jugés par le résultat de la lutte ; et, forts des sophismes et des erreurs de nos adversaires, non moins que de l’évidence de nos preuves, nous attaquerons corps à corps , s’il est permis de s’exprimer ainsi , chacun de leurs nombreux argmnens.
Le respect dû à de grandes, à d’antiques célébrités , ne doit point faire méconnaître fimmense su-
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përiorilé des méthodes modernes sur les anciennes. On peut , sans se trouver en contradiction avec soimérne, rendre hommage au génie supérieur du vieillard de Cos, et dire que l’art d’observer et de décrire les maladies est infiniment plus parfait aujourd’hui qu’il ne l’était au plus beau temps de la médecine grecque. Nous n’avons pas plus de génie, mais nos moyens, nos iustrumens sont meilleurs, les nécropsies et l’analyse physiologique ont été pour les sciences médicales, ce que fut la découverte du télescope pour l’astronomie, et pour l’art nautique, celle de la boussole. L’anatomie pathologique préservera à jamais la médecine, comme l’imprimerie la société, d’un retour aux siècles d’ignorance et de barbarie. Si des détracteurs nombreux ravalent trop les doctrines anciennes, ne sont-elles pas louées avec une exagération évidente par quelques hommes qui , n’ayant contribué en rien aux progrès considérables faits depuis Bicbat par les sciences médicales , se consolent de leur nullité en les niant , et paraissent se dire entre eux des célébrités modernes : « Ne pouvant y atteindre, vengeons-nous-en par en médire (i). » Ecoutons-les : les ouvertures de cadavres ont peu servi à l’avancement de la médecine positive; elle doit peu de chose à l’anatomie pathologique. Ces monographies, ces traités généraux, dont l’école de Paris se glorifie , sont pauvres en faits comme en idées, et une incapacité intellectuelle extrême est le caractère de' l’époque scienti-
(i) Montaigne.
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fiqiie actuelle. Ces hommes auraient pu servir la médecine, en adoptant franchement les découvertes de M. Laënnec, de Bichat, de M. Broussais et de leurs émules; ils sont restés oisifs spectateurs, oubliant que lorsque les sciences marchent , s’arrêter c’est reculer; le repos, c’est la mort.
Annoncer que les fièvres essentielles sont Une modification de la vie, ce n’est pas donner une idée claire de leur nature. Qu’est-ce que la vie ? on l’ignore. Faire des affections fébriles l’une de ses manières d’être, c’est émettre une assertion vague, une proposition dont le sens précis ne saurait être déterminé. Si ces maladies sont générales dans le sens littéral du mot , pourquoi ne laissent-elles de traces que sur les viscères abdominaux ? et si on les investit de la faculté de produire l’inflammation dont ces lésions organiques de tissu sont l’effet, d’où vient que la péritonite, la pleurésie, la péripneumonie ne leur sont pas aussi attrilmées? Elles intéressent, diton, plusieurs systèmes d’organes, et particulièrement les appareils circulatoire, inspiratoire, cérébral, digestif et dermoïde : dès leur début, tous les instrumens de la vie sont atteints , leur siège est multiple ; mais elles affectent l’un des appareils organiques plus spécialement que les autres. Ces remarques n’ont rien de spécial pour les fièvres , et sont parfaitement applicables aux phlegmasies. L’inflammation aiguë’ d’un viscère qui a subsisté pendant un certain temps, affecte aussi plusieurs organes simultanément ou successivement ; toute l’économie animale est ébranlée par la souffrance d’un
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seul tissu , et certains appareils le sont davantage que les autres. Il n’est pas de gastro -entérite qui ne présente dans son cours des signes très-évidens d’irritation du cerveau, du poumon ou d’une membrane séreuse; et ce pliénomène est commun à la méningite, à la péritonite, en un mot à toute phlegmasie aigue et douloureuse. Le mouvement fébrile cesse avec l’irritation locale dont il est l’effet sympathique ; mais celle-ci survit à la pyrexie ; il n’y a plus de frissons, de chaleur, d’accélération du pouls. Cependant la phlegmasie existe encore, il est vrai , à un trop faible degré , pour exciter et nourrir les grands désordres sympathiques dont le mot fièvre exprime l’ensemble. On ne peut indiquer de différences positives entre l’encéphalite, la gastrite, la méningite, et l’affection spéciale du cerveau, de la membrane muqueuse gastro-intestinale, de l’arachnoïde dont les jaartisans des fièvres essentielles font l’un des caractères de ces maladies. Il y a identité ; l’observation clinique et l’autopsie cadavérique ne permettent pas de douter de ce fait. Ainsi, les fièvres essentielles ne doivent plus former une classe distincte dans nos tableaux nosographiques , et celles de ces affections dans lesquelles les intestins , l’encéphale ou le poumon se montrent lésés , sont bien, malgré les subtilités de l’ontologie, des gastroentérites, tantôt simples, tantôt compliquées sympathiquement d'encéphalite ou de péripneumonie.
La mort n’est pas le résultat du désordre local de la lésion de tissu causée par l’irritation. Calculer la gravité d’une inflammation d’après les dimensions
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(le Talteration organique qu’elle a laiss(3e, c’est m(3connaître les premiers ëlc^mens (ie la physiologie. Une maladie n’est dangereuse que par la nature, le nombre, l’intensité des troubles sympatbirpies provoqués par la pblegmasie locale. Celle-ci peut être fort circonscrite, cl son influence sur les principaux organes de l’économie animale se montrer avec une énergie effrayante. Cet homme est mort de fièvre, putride, son corps est ouvert; on trouve sur la membrane muqueuse gastro - intestinale des plaques et des rougeurs ; assurément l’issue funeste de la maladie ne saurait être altribuée à ces lésions de tissu. L’irritation locale a violemment agi sur le cerveau, sur le poumon , sur le cœur, et ces désordres sympathiques ont éteint la vie. Souvent ces troubles ont donné la mort avant que l’irritation locale ait eu le temps de se développer entièrement dans le tissu affecté , et surtout de produire des lésions organiques. Tel malade succombe dès le début de la phleg-
masie, dansunmoment où la violente irritation svm-
pathique des principaux agens de la vie permet difficilement de découvrir le point de départ des phénomènes morbides : tel autre qui a pu résister à ce terrible orage, périt au déclin de l’inflammation, et présente à l’autopsie cadavérique d’énormes ulcérations intestinales et de vastes désorganisations. La mort survient à des époques indéterminées entre ces deux points extrêmes , suivant le degré de la susceptibilité individuelle et de la prédominance d’action du système nerveux. Beaucoup de gastro-entérites et surtout d’inflammations séreuses , de pieu-
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résies et de pe'ntoiiites ont frappe de mort des sujets dans le corps desquels on n a trouvé à l’autopsie aucune trace de l’existence de ces plilegmasies.
Les rougeurs et les taches rouges qu’on remarque dans certains sujets morts de fièvres essentielles, sont des effets de l’inflammation, un acte essentiellement vital, et non le résultat de la stase mécanique du sang. Quels caractères distinguent ces deux sortes de rougeurs ? On ne l’a pas dit, et toute la question était la. Si elles sont, comme on l’assure, produites par l’action pliysique de la pesanteur, elles doivent se montrer exclusivement sur les parties les ph is déclives du corps , sur le péritoine, sur les muscles, sur le tissu cellulaire, et non comme elles le font, en divers lieux des intestins , sur le colon , que des liens naturels rendent peu mobile, et spécialement sur un seul tissu, la membrane muqueuse gastro- intestinale. A quelles erreurs conduit la prévention et l’irréflexion ! Quelle analogie existe entre ces rougeurs et les engorgemens cadavériques du poumon , auxquels on les a comparées l Le rôle que le poumon remplit pendant les derniers instans de la vie, n’explique- 1- il pas les congestions dont il devient le siège ; l’estomac et les intestins sont-ils comme lui l’un des agens principaux de la circulation ? Mais on a vu ces taches rouges dans les voies gastriques d’hommes ou d’animaux qui venaient de périr de mort violente l Pourquoi les uns et les autres n’auraient-ils pas eu une gastro-entérite au moment ou ils ont perdu la vie l Plusieurs causes très actives peuvent la donner à
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un homme qui a été condamné à la peine capitale : sa situation morale est terrihle ; il est bouleversé par la plus violente des émotions. Enfin, les condamnés s’abandonnent souvent à une intempérance excessive pendant les derniers instans de leur existence. Nous n’emploierons pas la méthode commode de nier la vérité des faits qu’on nous oppose : quoiqu’ils n’aient pas des caractères suffisans d’authenticité, admettons-les comme irrécusables. Est-il difficile à un médecin physiologique de les ex[)]iqucr l Souvent, très souvent, la trace d’une inflamma¬
tion parfaitement caractérisée a été cherchée en vain
dans les entrailles des cadavres ; d’habiles médecins ont constaté ce fait. On a des exemples fréquens de pleurésies , de péritonites et de gastro-entérites devenues mortelles , avant que la phlegmasie locale ait eu le temps de se constituer avec tous ses caractères. Les parties affectées étaient gorgées d’une grande quantité de sang; mais qui l’y retenait l l’irritation. Elle a cessé d’exister ; aussitôt le sang a rentré des capillaires dans les gros vaisseaux, et le viscère malade s’est montré à l’autopsie cadavérique dans son état naturel. Tout est étroitement lié, tout s’enchaîne dans la doctrine physiologique.
Il fallait absolument expliquer les lésions de tissu produites par l’inflammation , qui existent dans les voies gastriques des victimes des fièvres essentielles, et les ontologistes ont dit, en désespoir de cause : elles sont l’effet de l’action des humeurs gastriques, transformées par la fièvre en liquides âcres et irri- Êtans. Que d’erreurs dans ce peu de mots ! Oui , sans
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doute, lorsque la membrane muqueuse gastro-intestinaie est irritée, les sucs gastriques et la bile abondent; mais qui ne sait que l’activité plus grande de la sécrétion d’un, liquide est le résultat commun de toute irritation physiologique ou pathologique ? Le temps n’est plus où l’on croyait aux âcres et aux vices des humeurs ; la fièvre ne saurait changer directement la composition de nos liquides : lorsque les produits des sécrétions sont modifiés, leur altération est constamment consécutive à une affection des organes sécréteurs. Point d’anomalie des humeurs qui ne soit précédée d’une maladie préalable des solides. Les ulcérations n’occupent pas toujours, â beaucoup près, les parties les plus déclives de la surface interne des organes digestifs ; si elles étaient le résultat du contact avec la muqueuse des matières fécales devenues corrosives , tout le tube digestif devrait en être affecté. Est-il un seul de ses points qui ne soit humecté par les humeurs gastriques pendant le cours d’une fièvre putride, tant est grande la mobilité de l’intestin ? Mais que cette éthiologie des ulcères est vicieuse ! Plus la diarrhée est aiguë, plus les matières fécales sont irritantes : eh bien , c’est précisément alors que leur séjour dans les voies gastriques est le moins long. On voit souvent cette diarrhée précéder les ulcérations. Elles sont produites par une phlegmasie, il est évident qu’elles ne sauraient naître en quelques instans ; aussi ne les voiton qu’à une époque assez avancée de la maladie. Que de différences les distinguent des escarres dont se couvrent les grands trochanters des individus qu’une
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longue maladie a retenus au lit dans la même position 1 comment s’est-il trouve des esprits assez faux pour trouver quelque analogie entre ces lésions de tissu l Une portion des parties molles est comprimée pendant long-temps , la circulation capillaire cesse de s’y faire; elle s’enflamme, se ramollit, devient le siège d’une escarre gangréneuse ou d’un ulcère. Quoi de semblable se passe dans les intestins des malades qu’affecte la fièvre putride ! Cette maladie peut exister sans ulcérations intestinales, a-t-on dit; donc celles-ci en sont indépendantes, et ne prouvent pas que J’inflamination locale a été la cause unique de j’état fébrile. Quelle (nnséquence, quelle logique! Un médecin physiologique a-t-il jamais fait des ulcérations intestinales, le caractère spécial , exclusif de la gastro-entérite ? Ces lésions de tissu ne prouvent ni plus ni moins que les rougeurs et l’épaississement de la membrane muqueuse : elles sont l’un des effets très nombreux , très variés de l’irritation locale, et rien autre chose.
Si la fièvre , arbitrairement métamorphosée en entité, produit et les plaques et les ulcères dont les intestins sont le siège, comment le fait-elle ? auquel de ses symptômes faut-il attribuer les lésions organiques de tissu qui existent dans les viscères abdominaux ? Est-ce à la fuliginosité des gencives, à la pseudo-adynamie, a la chaleur âcre de la peau, â la sécheresse de la langue, â la rougeur des bords de cet organe l La doctrine des partisans des fièvres essentielles conduit directement â cette conséquence. Comment des lésions de tissu seraient-elles à la fois effets et causes des mêmes désordres vitaux ’
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Mais on ne saurait faire des i^^aslro-entërites d’un grand noinl^re de fièvres putrides pendant le cours desquelles on ne reniarq\ie pas de douleurs abdominales ; grâces à M. Broussais, ce problème patbol ogique est résolu ; il a démontré que les intestins possédaient fort peu de sensibilité de relation.
Que si l’on suppose une inflammation gastro-intestinale consécutive à la fièvre et son produit immédiat, on n’aura pas surmonté la difficulté ou plutôt
I impossibilité de l’expliquer par cette hypothèse. La complication prétendue existe dès le principe de la maladie, se montre toujours sous les memes traits et affecte constamment les memes organes. A quel titre faire de la pblegmasie une complication ; où est la nécessité de lui attribuer un tel caractère l
Les plus intrépides de nos adversaires n’oseraient sérieusement établir de parallèle entre les succès de leur méthode thérapeutique et ceux de la nôtre.
II est faux que les toniques et les stimulans soient les plus efficaces des moyens a opposer aux fièvres essentielles , et particulièrement à l’adynamique ; aucun fléau n’est comparable à l’abus qui a été fait des médicamens de cette classe dans le traitement des pyrexies; jamais la peste n’a frappé tant de victimes. Des erreurs théoriques importent peu; mais le brovvnisme mis en pratique est un monstre destructeur qu’on ne saurait trop tôt écraser. D’innombrahles guérisons ont solidement établi la vérité de la doctrine physiologique; c’est au lit des malades qu’elle se montre avec tous ses avantages, et c’est une longue et vaste expérience de ses ])ienfaits qui a
dcViclë sa victoire sur les doctrines rivales. Ceux-là même qui contestent encore rëvidence de quelquesuns de ses principes, Tout adoptée dans leur pratique , et sont, malgré eux, subjugés par la vérité.
Non, les lièvres intermittentes ne sont pas l’écueil de la doctrine physiologique; elle a déterminé leur caractère, de meme que celui des pyrexies continues , et solidement établi leur identité avec les irritations. Toute la différence entre ces deux grandes divisions d’affections fébriles est dans le mode de développement des symptômes , et non dans les symptômes eux- memes. Ceux-ci conservent invariablement la même expression; que le type soit intermittent ou continu, dans l’un ou l’autre de ces cas ils caractérisent constamment le même genre de maladie. Ces malades, que vous dites affectés de fièvre intermittente cérébrale, pleurétique ou apoplectique, me présentent, pendant les accès, tous les phénomènes propres à l’encéphalite , à la pleurésie , à l’apoplexie. Je cherche en vain quelque différence majeure, et l’identité de symptômes me force à reconnaître l’identité de nature et de lésion. Procéder autrement, c’est agir contre toutes les règles de la logique médicale. Comparez les nombreuses espèces de pyrexies à type intermittent, avec chacune des irritations correspondantes; que ce soit la cardialgique , la rhumatismale, la délirante, l’épileptique, l’aphonique, l’ictérique , la catarrhale ; que vous l’apeliez quotidienne, double tierce, triple quarte, subintrantc, hémitri tée, ou de toute autre dénomination aussi futile, un médecin physiologiste par-
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viendra toujours à déterminer le siège de la surexcitation qui est la maladie , et à réduire votre afFection prétendue essentielle à l’afFeetion locale d’un tissu. Il n’est plus permis de demander si une irritation peut être intermitlente ; l’association de ces mots n’a rien d’inconcevaLle pour un observateur. N’a-t-on pas de nom])reux exemples de lésions intérieures et extérieures dont tel est évidemment le caractère? Que d’observations d’ophtalmies , de cdriza, d’otite , de rhumatisme , de goutte , d’érésypèle , de pleurésie qui survenaient et disparaissaient à des époques périodiques pour cesser et renaître encore ! Quel médecin élevé au niveau des connaissances physiologiques actuelles, refusera de croire que les fièvres intermittentes des marais soient ordinairement des irritations gastro - intestinales , et une affection locale toujours? Pourquoi les irritations muqueuses seraient-elles étrangères à un type qui n’est pas contesté aux séreuses , aux cutanées et aux fibreuses ? Si l’observation clinique et l’autopsie cadavérique se réunissent pour démontrer l’existence de l’affection spéciale d’un organe dans les pyrexies que fait naître l’absorption des émanations marécageuses , à quel titre les transformer en entités, et les isoler de la famille immense des irritations dont elles ont si parfaitement la physionomie ? L’affection d’un même organe peut se présenter sous divers types, nonseulement chez divers sujets, mais encore pendant le cours de la même maladie. Telle, qui d’abord a été continue , devient intermittente , rémittente , et finit enfin par reprendre son premier caractère ;
rien de plus ordinaire cpie de semLlahles coiiyersions. Faut -il donc les expliquer, en supposant, contre toute ëvidence, (pi’il y a eu changement d’organe souffrant, et à la fois deux maladies de nature très differente, une fièvre et une irritation? Quoi de plus absurde qu’une telle liypotlièse! qui aurait le niallicur d’y croire , recevrait par l’ouverture du cadavre un démenti formel. L’anatomie pathologique, de meme que l'examen attentif des symptômes , prouve sans réplique l’identité des fièvres intermittentes, quelle que soit leur espèce , avec des iiritations de divers organes. Un individu mort d’une pyrexie à type non continu , pernicieuse, adynamique, pleurétique, présente à l’ouverture du cadavre exactement les mêmes lésions organiques de tissu que les sujets morts de méningite , d’encéphalite , de gastro-entérite, ou d’inflammation de la séreuse du poumon. Les irritations intermittentes n’ont rien de spécial à cet égard, si ce n’est quelles laissent moins souvent que les ' ^s des traces de leur exis¬
tence dans les viscères dit qu’il ne faut pas confondre l’irritation congestive et la phlegmasique : chimères, vaine subtilité. Oii est la différence entre elles; de quels faits est-elle la conséquence; comment en prouver la vérité? Telle surexcitation à type intermittent laisse dans les viscères abdominaux des lésions de tissu considérables ; telle autre dont le type était continu, n’est accompagnée d’aucune altération organique , et s’est terminée , soit par délitescence, soit par résolution , soit même par la mort. Dira-t-on que les capillaires étaient simplement en-
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gorges dans la première , et obstrues , rompus , identifiés avec le sang dans la seconde? Qu’importe, pour déterminer son caractère, qu’une inflammation ait commencé par le frisson ou par la sueur, elle reste fondamentalement la meme. Si la pblegmasie se montre soudain avec une grande violence, elle débutera par le froid; mais le .frisson n’aura pas lieu, lorsque la meme affection se développera graduellement. Ainsi, le degré d’intensité de la maladie influe lui seul sur ces phénomènes qui ne sauraient, dans aucun cas , séparer des irritations les fièvres intermittentes ; tout contribue à prouver que les symptômes d irritation gastrique sont les phénomènes principaux. Le spasme par lequel le sang est refoulé dans les viscères est évidemment un phénomène secondaire ; comment en douter ? une irritation aiguë naît brusquement dans un organe quel qu’il soit : aussitôt il se fait sur ce point une concentration d’humeurs et de vie, si je puis m’exprimer ainsi ; une partie de l’irritabilité de la périphérie du corps l’abandonne soudain, et le frisson a lieu.
Peu importe le type d’une pyrexie , lorsqu’il s’agit d’apprécier le caractère d’une maladie : qu’est-ce que le type ? le mode de développement des symptômes et non un symptôme. Si pendant les paroxysmes des fièvres de marais, tous les signes d’une irritation locale de l’encéphale, des voies gastriques ou de l’appareil hépatique , se manifestent , il faudra bien dire que la fièvre est une surexcitation. Quelle est la cause prochaine du type? pourquoi les intervalles de santé qui caractérisent les pyrexies à
exaspération périodique? c’est un problème insoluble encore comme tant d’autres. N’allons pas au-delà des faits , et arrêtons-nous là où il n’est plus possible de les interroifcr.
Lorsqu’un habitant de la Sologne reprend spontanément la fièvre peu de temps après sa convalescence , son rétablissement n’était pas complet , il y avait dans cet individu quelque chose de spécial ,
mais quoi ?
Les voies gastriques auraient-elles une grande tendance à s’irriter uniquement , parce qu’elles ont été le siège d’une irritation à exaspération périodique; enfin, l’habitude explique-t-elle et les rechutes et le retour des accès. Cette hypothèse a eu quelque succès , et cependant ne satisfait pas l’esprit. Un homme a eu la fièvre de marais; il la reprend sans cause connue trois mois après s'être éloigné du lieu infecté : en dépit de toutes les précautions hygiéniques auxquelles il s’est soumis , une légère émotion de l ame , un exercice un peu fatigant que dans d’autres circonstances il eût supporté sans y faire aucune attention , lui rend la fièvre quarte telle qu’il l’avait ressentie, comment expliquer la rechute chez cet individu par rinfluence de l’habitude? elle avait donc sommeillé pendant trois mois.
Faut-il admettre, pour expliquer et les rechutes et le retour périodique de la maladie , une modification organique, qui subsiste après la guérison et dans l’intervalle des paroxysmes ? Chaque accès de fièvre quarte des marais ne constitue pas un état pathologique indépendant de ceux qui ont précédé et de
DES FIÈVRES. — îNTERMiTTEiNCE. Siy ceux qui surviendront; une manière d’êlre inconnue encore dans sa nature , permanente pendant Tapyrexie , les lie , les rappelle sans le concours d’action de la cause irritante, et, de leur enchaînement, ne forme qu’une seule maladie. Cette hypothèse, l’existence d’une modification organique dans l’intervalle des accès , est aussi quelque peu problématique, et d’abord quelle est telle, en quoi consistet-elle ? comment peut-elle se concilier avec une santé parfaite ? d’ou vient quelle tarde si long- temps à se manifester ? quel est son siège , quel est son terme ? elle n’est pas le partage de tous les individus qui ont eu la fièvre de marais; pourquoi affecte-t-elle cet homme et non celui-ci ? je ne sais rien de tout cela , et cependant je préfère cette explication à la première; elle est bien plus en harmonie avec les faits. L’homme qui souffre de la fièvre de marais, a, pendant l’apyrexie , malgré son apparente santé , quelque chose de spécial : voilà la vérité. Ce quelque chose est la cause du retour des accès et des rechutes; quel est-il? je crois à l’existence d’une modification organique pendant l’apyrexie , sans exclure dans beaucoup de cas l’influence de l’habitude; et dans l’impossibilité de faire un choix entre les deux explications , je leur donne plus de vraisemblance en les réunissant : que si l’on veut absolument une opinion sur la nature de la modification organique présumée, je la ferai consister dans une susceptibilité plus grande de l’organe qui a été le siège de la maladie. Cette surexcitation, cette aptitude spéciale à s’affecter de nouveau, a été laissée par la
lièvre de marais; elle est bien en clle-mème une modification organique et nomme alistraetion. Dans cet état de choses , tantôt la répétition d’action de la cause de la pyrexie , tantôt une excitation d’une autre nature , quelque légère quelle soit , tantôt l’inlluence de l’hahitude, souvent l’effet simultané de ces divers modificateurs, ramène l’accès et la maladie reparaît. Les obstructions , les indurations chroniques du foie , de la rate , les phlegmasies chroniques des voies gastriques, sont bien évidemment le foyer de fièvres intermittentes rebelles. Eh bien ! elles sont en plus ce qu’est en moins la surexcitation organique à laquelle j’attribue spécialement le retour des accès ; il y a des unes à fautre une transition facile à suivre. Lorsque les fièvres de marais ont sévi long-temps sur le même individu , elles ne laissent plus, dans les organes qui ont été le point de départ des accidens , une simple augmentation de susceptibilité morbide ; elles y fixent le sang ; elles y établissent à demeure une irritation d’abord, et une plilegmasie chronique ensuite. Au transport passager des mouvemens organiques et des humeurs de la surface dans les viscères pendant les accès, aux congestions sanguines viscérales momentanées qui caractérisaient la fièvre quarte dans son origine, succèdent des congestions permanentes , ou, pour parler plus exactement, des inflammations chroniques.
Arrêtons-nous sur un point important de l’étude des fièvres de marais; leurs causes sont essentiellement intermittentes, et elles sévissent de préfé-
DES FIÈVRES. — INTERMITTENCE. 5iCj rence sur ceux des organes de réconoinie animale dont rintermittence de fonctions , dans 1 état de santé , est le plus marquée. En effet , quelles pldegmasies portent le plus souvent ce caractère ? ce sont les gastro-entérites , l’ophtalmie , le rhumatisme , les inflammations de l’estomac , des yeux , des articulations; d’organes en un mot, dont l’action essentiellement périodique n’a lieu qu’à certaines époques séparées , par des intervalles plus ou moins longs : tel est le caractère des fièvres de marais ; ces irritations intermittentes sont produites par des causes dont l’intermittence d’action n’est pas équivoque. M. Roche a hien établi cette vérité.
Si les fièvres intermittentes sont des irritations , comment se fait-il quelles reconnaissent le quinquina pour leur remède souverain? mais les succès héroïques de ce tonique ne se conçoivent pas mieux dans la doctrine ontologique. De quelle croyance médicale que l’on soit, on ignore pourquoi et comment il prévient le retour des accès; est-ce en faisant cesser l’influence de l’habitude ? l’irritation artificielle qu’il produit a-t-elle une action spécifique sur la modification organique dont il a été parlé ? La solution de ces deux questions , également problématiques , importe assez peu. Oui , les fièvres intermittentes sont des irritations ; mais le quinquina ne les guérit , condition de rigueur, que lorsqu’il est donné dans les intervalles des accès, c’està-dire , en d’autres termes , quand la surexcitation n’existe pas. Ainsi , un tonique énergique n’est pas mis en contact avec la surface irritée; non-seulement
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la doctrine pliyslologique a refait la théorie des maladies à exaspération périodicpie , elle a encore considérahleinent amélioré leur traitement (i).
J’ai laissé à mes lecteurs le soin déjuger le grand procès de l’existence des fièvres essentielles ; cependant je ne reculerai pas devant la nécessité de faire connaître mon avis; il est entièrement en faveur de la doctrine physiologique. MM. Coutanceau et Rayer ont traité ce point de doctrine important avec un talent supérieur , et sont parvenus à jeter un grand intérêt sur un sujet qui paraissait épuisé. Une critique judicieuse a examiné les observations dont la création des divers ordres de fièvres a été la conséquence, et l’analyse de ces faits originaux a montré, non des maladies générales , non des pyrexies essentielles , mais des irritations établies dans différens organes , surtout sur la membrane muqueuse gastro-intestinale. Cette méthode sévère promettait des résultats positifs; elle a tenu parole.
Que la doctrine nouvelle soit trop exclusive et imparfaite encore , sous quelques rapports d’une importance très secondaire , il est vrai ; qu elle exagère les attributions de l’estomac , aux dépens de l’encéphale, et peut-être de quelques viscères et tissus ; qu elle subordonne trop souvent et à un trop haut degré , tout l’organisme aux affections de la muqueuse gastro-intestinale , je le crois; elle est comme toutes les œuvres humaines susceptible d’amélioration , mais il n’en est pas moins vrai qu’il
(i) Voyez la Libliograpliiej article J.-B. Monfalcon.
DES FIÈVRES. — INTERMITTENCE. 521 n’y a pas de fièvres essentielles , et que toutes les pyrexies continues ou intermittentes, sont en dernier résultat une maladie locale, l’affection d’un organe; en un mot , une irritation ou une inflammation. La discussion impartiale des faits conduit à cette conséquence ; toutes les probabilités se réunissent pour établir cette opinion. On a beaucoup à gagner et rien à risquer, en traitant les pyrexies d’après ce principe qu’elles sont des phlegmasies; il en est fort peu, de l’aveu de leurs partisans, qui ne s’accompagnent de signes non équivoques d’inflammation; et aucun caractère positif, de leur aveu encore , ne distingue celles qui sont essentielles des irritations locales. Reste à savoir si les fièvres muqueuse, bilieuse, putride, angéioténique , si la fièvre jaune, le typhus, la peste, sont toujours , ce qui n’est pas vraisemblable, des gastro-entérites et rien autre chose ; si le cerveau et d’autres organes ne peuvent, quoique tout porte à le croire, être quelquefois le siège de pyrexies essentielles ; comment il se fait qu’une névralgie causée par un coup, ou l’extraction d’une dent , soit une irritation à exaspération périodique ; en quoi consiste la modification organique qui subsiste dans l’intervalle des accès de fièvres intermittentes : et combien d’autres problèmes de physiologie pathologique dont la nouvelle doctrine ne donne pas encore de solution parfaitement satisfaisante.
Les fièvres intermittentes sont-elles des phlegmasies positives ou des irritations l Etablissons une distinction entre ces états pathologiques.
Dans rirritatlon, le sang, appelé par un stimulus, distend, engorge les capillaires, mais il les quitte dès que la surexcitation cesse d’exister, et alors les tissus affectés sont rendus à leur état naturel. Lorsque l’inflammation est constituée, le sang est com- Liné avec les tissus et inhérent à leur substance : voilà un caractère anatomique qui est certain. Cette distinction , posée dès les premiers temps de la doctrine physiologique, mais depuis assez souvent oubliée, est bien établie dans un mémoire sur l’altération pathologique des humeurs, que M. Rochoux a donné à la Nouvelle Bibliothèque médicale ( première année, i825, Paris, in-8.^, tome 5). En la supposant fondée (ce que je fais), il n’en sera pas plus facile de distinguer pendant la vie des malades l’irritation de la phlegmasie; car le caractère qui les sépare n’est donné que par l’autopsie cadavérique. Est-il possible d’établir une différence absolue entre les phénomènes de l’inflammation et ceux de l’irritation d’un meme organe? non. Peuton , lorsqu’on arrive auprès d’un homme qui présente depuis quelques heures ou même quelques jours les phénomènes d’une violente surexcitation cérébrale, décider s’il y a affection sympathique ou idiopathique, irritation ou phlegmasie, et le faire d’après des signes certains ? je ne le crois pas. Que M. Rochoux, qui met assez légèrement en cause à ce sujet les médecins de l’école physiologique, établisse au ht du malade une distinction claire, positive entre l’irritation et l’inflammation, je changerai d’avis. Je n’en suis pas moins convaincu de la non-identité des
DES FIÈVRES. — INTERMITTENCE. 325 deux surexcitations. Voici de nouveaux caractères qui les distinguent.
L’une et l’autre peuvent donner la mort. Si un malade succombe à l’intensité d’une irritation encéphalique, péritonéale ou gastro-intestinale, les traces de cet état pathologique disparaissent après la mort , car elle a fait cesser la stimulation è^ui appelait en grande quantité le sang dans les vaisseaux , et celui qui y était est expulsé par l’action des capillaires. Si le malade périt d’une inflammation , les parties phlogosées se montrent sur le cadavre à peu près ce qu’elles étaient pendant la vie, elles ne sont que très peu décolorées par la mort, car il y a combinaison du sang avec le tissu enflammé. Je ferai servir ce fait à l’intelligence de la nature des fièvres intermittentes. On peut faire avorter une irritation muqueuse, séreuse, parenchymateuse ; il n’en n’est pas ainsi de l’inflammation des mêmes tissus; une fois développée, elle parcourt nécessairement ses périodes.
Souvent , très souvent , les traces d’une surexcitation mortelle de la plèvre et du péritoine ont été cherchées vainement dans les cadavres de ses victimes. On a dit : des inflammations peuvent donner la mort, et cependant laisser les parties affectées dans leur état naturel ; on a expliqué ce phénomène en assurant que la mort, dans ces cas, avait décoloré les tissus rougis par l’inflammation , et effacé tous les vestiges de cette maladie. Bichat a insisté le premier sur ce point curieux de l’histoire des phénomènes des phlegmasies. M. Scoutetten n’a point
adopté ropinion générale ; il ne croit pas aux péritonites dans lesquelles l’inflanimation après avoir été très évidente, n a cependant laissé sur la memlDrane séreuse affectée aucune trace de son existence. Des expériences sur les animaux vivans Font convaincu que la décoloration des tissus extérieurs qui avaient été enflammés était le résultat, non de la mort, mais de la pression atmosphérique. Selon ce médecin, la meme pression ne saurait avoir qu’une action très médiate sur les tissus intérieurs. Si ceux-ci ont été enflammés, on les trouve, dit-il , à peu de chose près , aussi fortement colorés qu’ils l’étaient pendant la vie. Je ne chercherai point a déterminer si les expériences faites par M. Scoutetten sont assez nombreuses, assez positives , assez concluantes pour infirmer la vérité d’un fait observé par Bichat, et la validité d’observations nombreuses recueillies par les hommes les plus recommandables. Je ne serai point heureusement obligé , comme l’a été ce médecin , de rejeter, de mon autorité privée, ces témoignages imposans. Je crois aux conséquences que M. Scoutetten a déduites de ses expériences ; je crois bien plus encore à l’exactitude des faits recueillis par Morgagni , Bichat, etc., qui établissent la possibilité de surexcitations mortelles, dont aucune lésion de tissu visible après la mort n’a été le résultat: mais ces pleurésies, ces péritonites, ces arachnoïdites, vainement cherchées sur le cadavre, sont pour moi , non des pblegmasies, mais des irritations violentes et extrêmement douloureuses. La mort est survenue avant que l’inflammation ait eu le temps
DES FIÈVRES. — INTERMITTENCE. 3^5 de se former, et de constituer son principal caractère anatomique , la combinaison du sang avec le tissu affecte.
M. Desruelles rapporte les fièvres continues à l’irritation continue , et les fièvres intermittentes à la surexcitation périodique des organes. L’irritation est, suivant ce médecin, un état pathologique dont le siège est le système nerveux des ganglions qui environne les capillaires sanguins. Au lieu d’être passagère, cette action morbide persiste et dure autant de temps qu’il lui en faut pour s’user, les causes qui la déterminent n’existant plus. Son caractère principal, lorsqu’elle est fixée dans un tissu, c’est d’agir constamment, variant d’intensité suivant qu’elle est sollicitée ou adoucie. C’est le premier degré de l’inflammation , ajoute M. Desruelles, celleci n’en diffère que parce quelle tend sans cesse à augmenter et à introduire dans le tissu affecté un mouvement prompt de désorganisation.
La surexcitation n’est, pour M. Desruelles, ni l’irritation, ni l’inflammation. 11 voit en elle un état phy-^ siologique, un mouvement des tissus, occasionné par faction d’une cause qui les remue ou les sollicite à agir. Elle a le même siège que l’irritation, mais elle ne fait pour ainsi dire qu’effleurer les nerfs ganglionnaires ; elle ne survit que peu de temps à sa cause; et firritation et la surexcitation ne bornent jamais leurs effets aux tissus où elles siègent; les sympathies étendent beaucoup leur influence. (Journal universel des sciences médicales, tome 52, novembre 1825.)
Ces distinctions me paraissent subtiles et plus ingénieuses que justes; leur nécessité n’est nullement démontrée. L’irritation est bien certainement une surexcitation , la surexcitation est très souvent un état pathologique. Tout ce que M. Desruelles dit de l’une, convient à l’autre; dès-lors, à quoi bon créer une difficulté nouvelle , on a bien assez de distinguer l’irritation de l’inflammation. Passons de ces idées générales aux fièvres endémiques dans les pays marécageux. Ces maladies ne sont certainement pas des états physiologiques, lors meme qu’elles n’ont point encore produit des obstructions, des engorgemens chroniques. Quelles ne soient point des phlegmasies dès les premiers instans de leur existence, je le crois; quelles conservent long-temps leur caractère primitif, celui d’une irritation, je le pense encore; mais je vois en elles à toutes leurs périodes un état pathologique évident d’un appareil organique, une maladie positive.
Les fièvres intermittentes que M. Bailly a observées à Rome , étaient toutes caractérisées par l’affection prédominante d’un organe ; toutes ont montré après la mort des altérations de tissu aussi profondes que celles dont s’accompagnent les maladies continues de la même partie ; ainsi, dans les fièvres intermittentes arachnoïtides, convulsives, délirantes, comateuses , etc., le cerveau et ses membranes présentèrent des épanchemens sanguins, séreux ou purulens, des injections extrêmement vives, des adhérences, des fausses membranes, la coloration foncée de la substance grise, etc. Dans les fièvres inter-
niittentes pernicieuses, dont le symptôme prédominant indiquait la lésion des organes abdominaux, M. Bailly a rencontré rinflammation des mêmes parties portée au plus haut degré ; il a vu dans plusieurs cas la rupture de la rate avec épancKement de sang sur le péritoine, et dans les fievres intermittentes pernicieuses algides , les intestins d’une couleur rouge si foncée , que les muscles de l’abdomen étaient pâles comparés à la membrane muqueuse. Le corps des victimes de ces maladies était plus froid pendant la vie qu après la mort. (Archives générales de médecine, tome 4» page 21 5, février 1824.)
Lorsque les irritations à exaspération périodique sont fort aiguës, elles deviennent des pblegmasies, elles produisent les mêmes lésions organiques que les inflammations. Distinguer les pblegmasies des irritations, rapporter les fièvres continues aux premières et les intermittentes aux secondes , ce n’est point attribuer à ces états pathologiques une nature différente; ils sont essentiellement de la même famille, et une si grande connexion les unit, qu’une surexcitation passe souvent de la continuité à l’intermittence, et de l’intermittence à la continuité.