CHAPITRE II
Moyens de fortifier et de défendre V économie animale contre ï action pathologique des émanations marécageuses .
Les moyens de préserver l’économie animale de l’action des émanations marécageuses , consistent dans la fidélité à grand nombre de soins hygiéniques, relatifs à l’emploi des principaux modificateurs de l’organisme.
Précautions générales » La première de toutes consiste à ne pas s’exposer au contact des émanations marécageuses , précepte qui ne peut concerner les
habitans des pays couverts d’eaux stagnantes, ou les individus que leurs interets appellent dans ce s lieux insalubres , mais dont l’application peut cependant se présenter. Voici, au reste, des maximes générales utiles à suivre : La prudence défend de séjourner auprès d’un marais si la nécessité ne l’ordonne. Est-on contraint d’écarter cette considération ? que l’on choisisse du moins la saison et les heures du jour réputées le moins insalubres, que l’on évite de passer des nuits non loin des masses d’eaux stagnantes. Peu d’instans écoulés dans une atmosphère chargée d’émanationsdélétères, suffisent pour qu’une maladie grave se développe. L’étranger qui respire cet air empoisonné est frappé quelquefois comme d’un coup de foudre. Il a d’autant plus à craindre que son pays natal diffère davantage, sous le rapport du climat, de celui dans lequel il se trouve. Lorsque les guerres de l’empire bouleversaient le monde, on voyait accourir dans le Nord les peuples du Midi, et au Midi les enfans du Septentrion. Si une armée campait dans le voisinage d’un marais du Midi , la fièvre et la dysenterie frappaient de préférence les individus nés sous le ciel rigoureux du Nord. Cette observation a été faite souvent aux colonies, dans les Antilles, dans les Indes orientales, et sur le littoral de l’Amérique méridionale. Les étrangers qui y sont dévorés les premiers par les maladies du pays sont les Allemands, les Belges, les Polonais, les Busses, tous ceux qui viennent des climats froids de l’ancien monde.
Trois personnes connues de M. Fulcrand Pouzin,
étant allé prendre les bains d’une eau minérale dans un lieu voisin des étangs , y contractèrent dès les premiers jours de leur arrivée, une fièvre rémittente maligne d’un si mauvais caractère, que deux d’entre elles en furent les victimes; la troisième ne résista qu’avec peine au danger de la maladie, et a une anasarque qui exista pendant long-temps. Assurément cette source d’eau minérale était mal située.
Une imprudence peut avoir des suites fort graves. M. Baumes cite celle de quatre étrangers en bonne santé , qui ayant été visiter en passant une place nouvellement pratiquée surun sol marécageux, le matin au lever du soleil , furent atteints, l’un de la dvsenterie, et les trois autres d’une fièvre rémit-
tente maligne; maladies qui mirent ces voyageurs en grand péril. Elles ont souvent une extrême intensité. Il régna en 1717, dans le bourg de Stanz du canton d’Underwaîd, et par l’action d’émanations marécageuses, une fièvre tierce si maligne, suivant Zimmerman, que les malades périssaient souvent au second accès subitement, après avoir éprouvé une céphalalgie excessive et une grande oppression de poitrine.
Il ne peut pas être question de la désinfection , à l’aide de procédés chimiques, de l’air des contrées marécageuses, et je suis dispensé de passer en revue les moyens employés pour neutraliser en les décomposant, les principes délétères inconnus dans leur nature, dont l’atmosphère peut être imprégnée. Le plus célèbre d’entre eux, le chlore, a bien perdu dans l’opinion; on l’a employé avec le plus grand
soin en Espagne pour désinfecter Cadix et Séville, pendant EépÈléinie de la fièvre jaune; le docteur Caljanellas le crut digne de sa haute réputation, niais des oliscrvations positives, recueillies par Nysten à Malaga, à Cartliagène et autres lieux, ont dissipé le prestige. Le docteur Aréjula, chargé en i8o5 de constater par des faits positifs le degré d’efficacité des fumigations guytoniennes, les déclara, sinonnuisihles, du moins inutiles. M. Balcells s’occupa, en 1821 , sur l’invitation de la municipalité de Barcelone, d’un projet de désinfection. Il conseilla, pour détruire les miasmes, le perchlorure de mercure, l’acide nitrique et le pernitrate de mercure, employés isolément, et mieux encore, l’usage de tous les trois, lorsque la chose est possible. Ce procédé, comme le dit très bien M. Rocheux, très convenable pour la désinfection des corps auxquels l’application en est réservée, ne saurait être employé avec le même avantage à la désinfection de l’air atmosphérique (i).
Des feuæ. On a employé depuis long-temps le feu pour rendre salubres les lieux que des émanations délétères infectent ; la combustion de bois , ou autres matières, paraissait offrir le double avantage de déterminer la ventilation, et de détruire les exhalaisons pernicieuses répandues dans Eatmos-
(i) Dictionnaire des sciences medicales, article désinfection, tome 8. Dictionnaire de médecine, tome 6, article désinfection. L’insufïisance du chlore pour rendre salubre un vaste foyer d’infection, est bien établie dans l’Abrégé du Dictionnaire des sciences médicales, tome 8, article fumigation, page yS.
plière. C’est en faisant allumer de grands feux dans les rues, que le médecin Acron parvint h délivrer Atli eues de la peste qui y régnait au commencement de la guerre du Péloponèse. Mais les anciens ont vu des choses merveilleuses , qui ne se sont pas offertes à nos yeux. Cependant quelques faits semblent attester les bons elfcts des feux allumés dans les lieux infectés. Le gouverneur d’un comptoir situé sur furie des côtes morécageuses de rx4frique, était obligé d’employer l’autorité pour faire faucber les bords d’un étang ; la plupart des ouvriers tombaient malades pendant ce travail. On s’avisa enfin d’un moyen de les garantir de faction pernicieuse des émanations : on fit construire plusieurs centaines de fourneaux de terre, gazonnés en forme de buttes, creusés dans leur partie centrale, et placés entre fétang et les travailleurs. Du feu était allumé cbaque jour dans une trentaine de ces fourneaux pendant la durée des opérations. De quarante-huît fauebeurs employ és durant chacune des années précédentes, quarante tombaient malades. L’usage des feux neutralisa ou éloigna les émanations délétères. Douze hommes seulement eurent leur santé troublée pendant fannée qui vit mettre ce procédé en pratique , et ce nombre fut réduit successivement à quatre, et enfin à un (i). Les Français occupaient le Mantouan et
(i) Ramel, cité par Clievassieu-cf Audebert. Des Inondations d’ hiver et d’été, ou Traité de f humidité par rapport
à l’homme et aux animaux : comprenant . des avis aux
liahitans des pays inondés ou marécageux» etc. in-B.®, Paris. 1806.
^5b HYGIÈNE,
étaient forcés de séjourner sur les Lords des marécages de ce prijs; Napoléon parvint à maintenir la santé de son armée, en ordonnant au soldat de se tenir auprès de grands feux allumés le jour et la nuit. Gilbert-Blanc proposa à Waleberen de placer des poêles dans les barraques des soldats et dans les salles des hôpitaux, afin de sécher et de purifier l’air. L’action préservatrice et désinfectante des feux ne parait pas bien établie à M. Desgenettes ; ce médecin n’a eu, pendant trente ans, qu’une seule occasion de se louer de leur emploi; c’est lorsqu’il fit réunir en monceaux, dans l’été de 1812, pendant la campagne de Russie , et réduire en charbons, au moins à leur surface, en les entourant et en les recouvrant d’énormes bûchers , des milliers de chevaux épars sur le champ de bataille ou sur les points qui présentaient des difficultés de terrain. Cette opération détruisit l’infection que ces animaux putréfiés répandaient de près, et celle que les vents emportaient au loin (i). Je ne crois pas que le calorique, dégagé par la combustion du bois ou de toute autre matière, décompose les émanations marécageuses ; il n’a point en lui-même de propriété désinfectante, mais c’est un bon ventilateur, et sous d’autres rapports il est fort utile aux ouvriers ou aux soldats que leurs devoirs retiennent dans des lieux humides.
(i) Biographie médicale, tome 5, page 3o5.