‹ Histoire des marais, et des maladies causées par les émanations des eaux stagnantes. Ouvrage qui a obtenu le prix mis au concours par la Société Royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts d'OrléansChapitre 66 sur 99 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

T)es précautions hygiéniques nécessaires aux paisseaux et aux armées qui sont exposés à l action des émanations marécageuses.

J-jES équipages des vaisseaux, qui font un voyage de long cours, sont souvent obligés, pour faire de l’eau , du bois , ou acheter des vivres , de s’arrêter dans des lieux peu salubres. On a vu, dans cette circonstance , des individus en bonne santé contracter à terre, pendant le peu d’heures qu’ils y passaient, des fièvres de marais d’un caractère fort grave. Lind raconte dans son livre un fait de ce genre : quelques personnes qui chassaient vers l’embouchure de la Gambie , arrivent auprès d’un étang très vaste, et se sentent incommodées aussitôt; elles sont affectées de nausées , de vomissemens , d’une violente céphalalgie et d’envies de cracher continuelles, occasionnées par une odeur fétide , inhérente en quelque sorte à leur gosier et à leur palais. Beaucoup de voyageurs n’ont pu parcourir impunément un marécage; malgré la rapidité avec laquelle ils avaient traversé ces lieux insalubres , ils tombaient malades à peine arrivés au premier gîte. Cet accident s’est montré sous toutes les latitudes , dans la Bresse

comme aux Antilles, en Hollande comme dans l’Amérique espai^nole. Tous les individus n’ont pas autant d’aptitude à prendre la fièvre de marais; rien n’est plus varié que la susceptibilité constitutionnelle ou acquise de chacun ; mais le fait est vrai en Jui-méme, et il conduit à ce précepte déjà indiqué : il ne faut pas fréquenter les marais en Europe pendant l’automne et l’été , et en Afrique ou dans f Amérique méridionale, avant la saison des pluies (hors le cas de nécessité absolue): les habitans des montagnes voisines des marais qui descendent dans la plaine , ont autant d’aptitude à contracter les fièvres pernicieuses endémiques dans ce lieu, que les étrangers eux-mémes. Les capitaines de vaisseaux et les chefs militaires pourraient tirer de ces réflexions diverses inductions utiles à leurs subordonnés. Si la nécessité arrête un navire dans un lieu marécageux, la prudence prescrit de le faire ravitailler par des naîTirelsdu pays; ils sont acclimatés, et par conséquent moins exposés que les étrangers aux atteintes de la.fèvre de marais.

Ün^ ai mée est conduite par la guerre dans un pays inondé ; il importe beaucoup de la faire camper sur des hauteurs, si la chose est praticable , et, dans tous les cas, de la placer à la distance la plus grande possible des eaux stagnantes. Ce n’est point une cil-constance indifférente , à beaucoup près , qu elle s’an etc au-dessus ou au-dessous du vent. Des circonstances de ce genre , petites en apparence , ont la o^us grande influence sur la santé du soldat. Tous

les militaires seront en outre tenus d’observer fidè-

lement les précautions hygiéniques spéciales et le régime dont il sera bientôt question.

Jacquinelle a donné de sages préceptes sur les moyens d’obvier aux inconvéniens du voisinage des

marais. En voici le résumé : le soldat sera obligé

de faire de l’exercice et des promenades militaires, on le mettra à l’usage de boissons fermentées, d’un peu de vinaigre dans ses alimens, dans l’eau qu’il voudra boire; on lui donnera de l’eau-de-vie en quantité proportionnée à l’abondance du dégagement des émanations marécageuses. Le vin doit lui être permis pendant la durée de son séjour dans ce lieu insalubre. Qu’il soit examiné avec soin et inspecté souvent; il importe beaucoup qu’il soit bien vêtu, on lui fera porter, s’il se peut, une chaussure épaisse. Son lit s’élèvera à sept ou huit pouces du sol ; ses chefs veilleront à ce que la porte de sa tente ou de sabarraque, ainsi que les joints des panneaux, soient bien fermés, surtout au déclin du jour et pendant la nuit. Qu’il fume du tabac ou du genièvre, que le raifort sauvage soit mélangé avec ses alimens, que le camp soit spacieux , formé de rues larges, composées elles-mêmes de tentes bien espacées. On l’asseoira hors de la direction du vent porteur des émanations marécageuses. Jacquinelle prescrit à l’armée l’usage des feux, et l’invite à déloger le plus tôt possible; excellent précepte dont l’observation ne saurait trop être recommandée (i).

(i) Jacquinelle, Mémoire sur la question suivante; Déterminer quelles sont, relativement à la températime de

56o HYGIÈNE.

Le general Monnet, qni commandait à Flessingiie pendant le siège, avait oljservè les ])ons effets que produisait un peu d’eau-de-vie Lue le matin. Gil- Lert-Blanc recommanda de mettre beaucoup de poivre dans la soupe et dans tous les autres alimens, et de ne pas renouveler souvent la garnison , afin quelle eût le temps de s’acclimater. Lorqu’il était nécessaire de la renforcer, le général Monnet envoyait les troupes nouvelles au commencement de l’hiver, afin que le soldat eût le temps de s’accoutumer au climat avant la saison des maladies, qui comprend les mois de juin, juillet, août et septembre. ‘Ce général faisait distribuer aux hommes qui montaient la garde, ou qui étaient exposés à tout autre service pénible, une double ration de genièvre, et il accordait un supplément de cette boisson , ainsi que de vinaigre , pendant l’été.

Fair et à la nature du climat, les précautions h prendre pour conserver la santé d’une armée, etc. (Mémoires de la Société de médecine, in-4.°3 tome lo, page 5i5.)

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