CHAPITRE XII
Amélioration de la culture du riz et du
‘ chanvre.
On a essaye de substituer à l’espèce de riz qui croît si bien dans les plaines inondées, celle dont les montagnes de Madagascar et de laCochincbine sont couvertes ; cette exploitation a eu peu de succès : elle ne donne pas, à beaucoup près, autant d’avantages que l’autre; elle ne peut pas se faire en grand; on ne peut recueillir qu’une quantité infiniment petite du riz planté dans les lieux secs et montueux. Cependant le mode de culture du riz dans les plaines, a tant d’inconvéniens , du moins en Europe , que plusieurs gouvernemens se sont occupés de diminuer le nombre et l’étendue des rizières, et que l’un d’eux a songé à les proscrire entièrement : elles n’ont pas en Chine et dans l’Inde la funeste influence qu’elles exercent en Europe sur la santé des cultivateurs. La diversité du mode d’exploitation peut seule expliquer cette variété de résultat; car, dans ces climats différons, les terrains semés de riz sont inondés de la meme manière jusqu’après la floraison de ce précieux graminée. Voici, pour assainir les rizières, quelques pratiques dont l’expérience a constaté les avan-
Les cultivateurs , avant de couvrir avec la cliaiTLie le sol de sillons , brûleront tons les végétaux parasites , de meme que les débris de la moisson précédente; iis choisiront des eaux courantes et non des eaux pluviales pour inonder la plaine; ils auront soin de renouveler et de faire écouler les eaux stagnantes après la fructification et avant le dessèchement de la tige du graminée. Ce procédé préviendra la décomposition putride du chaume et la corruption du liquide qui inonde le sol ; enfin , le riz doit être moissonné dès que le grain est formé , avant (pie la tige soit tout-ii-fait sèche. L’eau de la rizière n’a contracté encore aucune altération; toutes les précautions hygiéniques que j’ai recommandées aux hahitans des marais sont ici de première nécessité : fusage des bottines est particulièrement utile.
La culture du chanvre est susceptible d’améliorations , dont la pratique importe beaucoup à la salubrité publique; et d’abord on devrait a})oîir la coutume de faire rouir ce végétal dans des marcs d’eaux stagnantes. L’eau courante convient beaucoup mieux pour la salubrité , mais malheureusement bien moins qu’une eau dormante , pour la promptitude de l’opération. Celle-ci demande plus de temps, faite dans des eaux courantes ou de source, dans celles qui sont profondes, dans celles qui sont séléniteuses ou salées. On pourrait du moins se servir, pour le rouissage, de fosses fermées, qu’on n’ouvrirait qu’au moment où le chanvre doit en être retiré, et substituer a la chaleur du soleil nécessaire pour rendre plus active la décomposition du gluten par des cendres ou du carbonatede
CULTURE DU CHANVRE. Sgg
chaux. Voici un procède qui paraît propre à remplacer avantageusement la pratique habituelle : aussitôt que le chanvre est recueilli, il faut le mettre, vert encore, ap rès en avoir retranché les racines et les têtes , par couches séparées , dans une fosse de seize pieds en carré, et de huit en profondeur, remplie d’eau qu’on renouvelle sans cesse au moyen d’un petit fdet d’eau courante. Quand le rouissage est achevé , on place le chanvre , poignée par poignée , dans un auget rempli d’eau , et il y est fixé par deux pointes qui sont dans le fond , et par des cordes surchargées d’un poids. Il ne reste pins qu’à retirer lachenevotte brin à brin par le gros bout; la filasse reste seule : on lave celle-ci dans une eau courante; elle reste très blanche et de bonne qualité. Les ouvriers qui tillent ou peignent le chanvre sont très sujets à des maladies qui attaquent particulièrement les organes de la respiration , et que Rarnazzini , Morgagni , Fourcroy et M. Loiseleur-Delonchamps attribuent moins aux émanations dégagées par le végétal qu’à la poussière fine , ténue qui s’en échappe pendant les manipulations. Cette poussière est, suivant M. Delonchamps, formée de petites paillettes imperceptibles, que leur légèreté tient suspendues dans l’air, et qui pénètrent avec celui-ci le long de la trachée-artère et dts bronches, jusque dans les dernières ramifications pulmonaires , tissus où leur présence excite une toux plus ou moins fréquente, et des douleurs de poitrine qui conduisent les ouvriers à d’aulres affections plus graves , telles que l’inflammation et la suppuration du poumon. M. Delonchamps conseille aux
4oo HYGIÈNE,
clianvriers de prendre les précautions suivantes pour prévenir ces accidens : travailler dans des lieux vastes, avec l’attention de se mettre le dos au vent , se laver souvent la bouche et le visage avec de l’eau et du vinaigre , se purger et se faire vomir de temps en temps toutes les fois que des nausées , des maux de tête , la perte de l’appétit , des douleurs de l’estomac, les avertissent du mauvais état de ce viscère (i) , dernier conseil qui me paraît plus nuisible qu’utile.