‹ Histoire des marais, et des maladies causées par les émanations des eaux stagnantes. Ouvrage qui a obtenu le prix mis au concours par la Société Royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts d'OrléansChapitre 77 sur 99 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Moyens cV atténuer et d' anéantir V influence délétère des eauæ stagnantes ; assainissement proiu’soire ou palliatif des contrées marécageuses >

Après avoir fait connaître comment l’homme peut, jusqu’à un certain point, se soustraire à l’action d’émanations délétères, après avoir indiqué les précauj»

lions liy^ieiiiqiics (|ue la prndencc prescrit lorsqu’on liabite ou qu’on voyage clans un pays marécageux, je dois traiter de l’assainissement du sol et de la destruction des eaux fangeuses.

L’assainissement provisoire ou palliatif de la contrée inondée, peut s’obtenir par divers procédés employés isolément ou concurremment, et dont voici l’indication : i diminuer en superficie les eaux stagnantes ; 2.® augmenter en épaisseur cette masse liquide; 5.^ établir dans ses alentours de grandes plantations; 4*^ ouvrir des routes, multiplier les communications ; établir des canaux de navigation. Je ferai suivre l’examen de ces moyens , de considérations sur les modifications cpie réclame la culture du chanvre et du riz ; cj[uant à l’assainissement délinitif du pays , il n’est qu’une seule voie pour l’obtenir, c’est de dessécher les étangs et les marais.

Le curage des grands étangs situés auprès de la mer est une opération presejue impossible ; mais il est au pouvoir de l’art crarracher ou de couper ces végétaux aquatiques ejui croissent en si grand nombre au sein des lagunes. Plusieurs machines, le filet, le bateau dragueur, rempliraient très bien ce but; des râteaux enlèveraient avec facilité les masses de fucus, de varee, d’uîves, d’algues, de conferves, qui flottent à la surface des eaux dormantes.

Moins il y aura d’eaux stagnantes, moindres seront les causes d’insalubrité. Que l’on se hâte de dessécher les étangs marécageux et ceux qui sont appelés greiiouillards dans la Bresse ; que l’on rende en partie à l’agriculture ceux dont les dimen-

sions sont trop considérables ; qu’on supprime ceux qui reposent sur un sol de nature à donner au cultivateur des moissons abondantes ; que les mares soient détruites, et qu’à ces mesures préliminaires on joigne l’exhaussement des terres, le curage des fossés, l’établissement de canaux de dégorgement.

2.® Si un marais était presque à sec précisément pendant le cours de l’été ou au commencement de l’automne, le danger de son voisinage serait le plus grand possible , car la saison et le contact presque immédiat de l’air avec la fange, donneraient une grande activité au dégagement des émanations. Le meilleur moyen de prévenir le développement d’une fièvre endémique, serait d’inonder le marécage. On a vu qu’il exhale peu de vapeurs lorsque la masse d’eaux stagnantes est considérable; les localités peuvent permettre l’exécution de ce conseil dans cfuelques contrées, particulièrement en Hollande. On a remarf[ué que de tous les étangs, les moins insalubres étaient ceux qui par leur profondeur et l’élévation de leurs bords offraient le moins de surface. C’est du fond des marais surtout que les émanations sont dégagées. S’il y a beaucoup d’eau, ce fond est peu échauffé par les rayons du soleil, et l’exhalaison des vapeurs est médiocre. Il est donc utile de donner beaucoup de profondeur aux étangs et de tailler leurs bords à pic; malheureusement ceuxlà engraissent beaucoup moins le poisson que les autres. On pourrait assainir un marécage en desséchant certaines parties de sa surface, et en augmentant l’épaisseur des eaux dans d’autres points.

Tous les etaii^^siie sont pas egalement insalubres; ceux du departement de rilérault sont des bassins naturels, en géncuxrl peu profonds, qui contiennent dans une grande étendue une masse d’eau considérable. Ils sont entrecoupés de marais, de vastes fossés pleins d’eau, et de terres grasses, îiumides, couvertes de joncs, souvent transformées en plaines liquides immenses par le retour des pluies, et la plus grande élévation des eaux de la mer. Leurs eaux sont retenues par les sables et par les débris de coquillages que la Méditerranée accumule et élève sans cesse sur ses bords. Ces digues naturelles s’opposent à leur écoulement, les forcent à s’étendre de tout autre coté, et a envahir les terres voisines dont le niveau diffère peti de celui des étangs, lorsque la pluie ou les ruisseaux qu’ils reçoivent augmentent leur volume. Quelques-uns d’entre eux communiquent avec la mer, d’autres n’ont aucune issue, si ce n’est lorsque les torrens et les rivières se débordent. Leur fond, ordinairement vaseux, est composé d’un terreau végéto-aninial très léger. L’étang de Chau est beaucoup moins insalubre que ceux de Pérols et de Maguelonne. Ses eaux, très salées et profondes, sont agitées sans cesse par les vents, et forment des vagues qui viennent se briser sur le rivage. Son fond et ses bords sont presque toujours couverts de gravier; on n’y observe guère, dit M. Pouzin, que des fucus et l’algue marine. Les étangs de Maguelonne et de Pérols diffèrent peu des marais.

Les étangs salés sont inondés en hiver et presque desséchés en été; il faudrait changer cet état vicieux

de choses ; ils seraient moins insaluhres s’ils rendaient à la mer, pendant la saison froide, l’eau surabondante qu’ils en ont reçue , et si , durant les chaleurs, ils en retenaient une masse considérable. Lorsque l’hiver approche , la fermentation putride diminue et s’arrête ; c’est alors que des pluies abondantes et le débordement des rivières , remplissent et agrandissent les étangs; c’est alors que les vents de la mer, soufflant avec violence et élevant les vagues au-dessus des dunes, jettent dans leur sein une grande quantité d’eau salée, de fucus et de plantes marines. Mais le règne des chaleurs est arrivé ; les rivières rentrent dans leur lit naturel, il ne se forme plus de torrens; dans cette saison les pluies sont rares et les vents maritimes se taisent; aucune eau étrangère n’est versée dans l’étang, tandis que l’ardeur brûlante du soleil le dessèche, et donne une grande activité a la fermentation putride dont sa surface et ses bords sont le théâtre. M. Pouzin conseille judicieusement de circonscrire ces foyers d’infection , de fixer leurs limites , et de leur disputer le terrain usurpé sur la côte. L’établissement de digues , de chaussées , la culture des terres abandonnées, enfin le dessèchement des marécages, conduiront à ce résultat important.

Les marais qui ont succédé aux étangs, sont beaucoup plus malsains, beaucoup plus dangereux que les étangs eux-mêmes. Ceux de Gandillargues ( Hérault) infectent Manguio et les lieux voisins qui s’en plaignent davantage que de l’étang sur les bords duquel ils sont situés. M. Pouzin applique la même

remarque au village de Vie, qui, recevant l’air marécageux partons les vents, est (‘onstamment enveloppe d’une atmosphère délétère. Telle est la position fâcheuse de la ville de Frontignan.

M. Pouzin propose encore de fermer par des encaissernens les anses des rivières, de nettoyer leurs ernhouchures , et d’enlever le limon qu’elles déposent ; il voudrait que les ouvertures qui établissent une communication entre la mer et les étangs fussent élargies, rendues plus profondes, et garnies de portes ou écluses qu’on ouvrirait ou fermerait à volonté; il voudrait qu’elles fussent placées dans une situation qui permît un renouvellement facile des eaux stagnantes, et que leur nombre fut multiplié partout oii cette mesure paraîtrait nécessaire. Telles qu’elles sont, tantôt elles ne suffisent pas à l’inondation des étangs, tantôt elles laissent passer une quantité d’eau surabondante.

On peut , dans certains cas , inonder les étangs , en dérivant sur eux les eaux de rivières voisines.

5.°Les plantations d’arbres auprès des marais doivent être considérées, i sous le rapport de l’amélioration et de l’exploitation du sol , 2.° sous le rapport plus important de la salubrité publique.

Certaines espèces d’arbres aiment l’eau et y croissent avec rapidité; on peut planter dans les marais des saules , d(*s peupliers , lorsqu’on a eu la précaution indispensable de faire écouler une partie des eaux par des saignées , des fossés , des canaux , des fascinages, des puisards, etc. Le saule marceau et l’espèce voisine à feuilles plus petites et rugueuses

viennent très bien au milieu de la vase , comme les tamarix dans l’eau salée. Ces arbres fixent la fange autour de leurs racines; beaucoup de végétaux naissent sur ce terrain de formation nouvelle, qu’elles augmentent et enricbissent de leurs débris : alors, d’autres espèces de saules peuvent y vivre, surtout fespèce à feuilles d’amandier; l’berbe croît abondamment autour d’eux ; le sol amélioré par degrés, devient capable de nourrir l’aune et le frêne, arbres précieux dont la consommation est considérable. Une des causes qui, selon M. Bosc , re-^ tardent beaucoup l’assainissement et l’élévation du sol des marais , c’est qu’appartenant au gouvernement , a des communes ou à de riches propriétaires , ils sont abandonnés au pillage; les buissons qui y croissent sont coupés tous les ans et même arrachés dès qu’ils ont acquis quelque grosseur.

Les végétaux absorbent le gaz carbonique, produit par la combustion et par la respiration des milliards d’animaux qui couvrent le globe; ils décomposent ce gaz , retiennent le carbone qui est nécessaire à leur accroissement, et exhalent tout l’oxigène. Ainsi , ils peuvent contribuer jusqu’à un certain point à améliorer l’état de l’atmosphère. M. Bosc pense que la multiplication des arbres dans les marais , en diminue 1 insalubrité de deux manières : ils décomposent le gaz hydrogène sulfuré qui s’en exhale pendant l’été; leur ombrage est un obstacle au dégagement de ce gaz. Certains végétaux paraissent posséder plus que d’autres la première de ces propriétés : tels sont l’aune , le galé. En Amérique , dit

ce naturaliste, les marais plantés de gale cirier ont la réputation d étre moins insalubres que ceux dont les végétaux sont d’espèce diOTé rente. Examinons contradictoirement la question de l’utilité des plantations d’arbres autour des eaux stagnantes.

Beaucoup d’arbres auprès des marais, entretiennent dans l’atmospbère une grande humidité fort préjudiciable à la santé publique; ils gênent la libre circulation de l’air , et , sous ce rapport , en altèrent la salubrité ; leur influence pernicieuse augmente l’intensité d’action des émanations des eaux stagnantes. Cet effet est surtout remarquable lorsqu’ils sont situés de manière à mettre obstacle au cours des vents bienfaisans du Nord. Les forêts forment souvent, en différens points de la Dombe, des enceintes élevées où l’air croupit comme l’eau dans les étangs. On sait cpie le froid n’a perdu, en Amérique , une partie de son intensité qu’à la suite des dé fri elle mens.

D’une autre part, les masses végétales opposent une barrière aux émanations marécageuses, et protègent les villes contre l’influence redoutable des eaux stagnantes. M. Rigaud de Lisle a démontré parfaitement que l’interposition d’une forêt pouvait garantir des effets d’un air chargé d’émanations délétères (i). Près de St-Stépbano, sur un mont, un couvent renommé par la salulmté de l’air qu’on y respirait , l’a perdue depuis qu’on a abattu les bois

(i) Mémoire sur les propriétés pliysicpies du mauvais air^ Blbliotlièque universelle, numéro de mai 1817.

PLANTATIO]>fS D’ARBRES. 5g'5

dont il était environné. A Velletri, près des marais Pontins, la destruction d’une foret occasionna surle-champ , et pendant trois années de suite , des lièvres et des maladies qui causèrent de grands ravages ; le meme effet eut lieu par les memes causes aux environs de Campo-Salino. On n’a point oublié les observations de Lancisi. Il existait aux environs de Rome une forêt qui assurait la salubrité de cette capitale du monde ; située au midi , elle s’étendait des hauteurs du Frascatietd’Albano jusqu’au Tibre, et protégeait la partie méridionale de la ville ainsi que ses alentours, de l’influence des émanations exhalées par les marais Pontins. La hache renversa cette précieuse barrière , et la campagne de Rome devint inhabitable. M. Pacoud a fort insisté sur la nécessité de conserver , aux environs de Bourg , les massifs d’arbres qui isolent cette ville des étangs. Avant que les eaux stagnantes eussent envahi la Bresse, cette contrée était couverte de forêts; elle offrait moins de revenus à ses propriétaires , mais elle n’avait point à redouter les fièvres intermittentes. Des étangs la couvrent aujourd’hui ; elle est presque dépeuplée , et le petit nombre de malheureux qui l’habitent, traînent leur courte existence dans de continuelles douleurs.

On ne peut établir aucun parallèle entre l’insalubrité d’un pays entièrement couvert de bois , et celle d’une plaine ensevelie sous des eaux stagnantes. La Bresse est un triste exemple de ce fait; combien ne doit-elle pas regretter ses forêts! Les nombreux taillis quelle possède, les bois de haute futaie

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qu’elle a conservés, ajoutent évidemment à son insalu])rité, et pourquoi? ils sont mal situés. On obtiendrait quelque avantage de ces massifs végétaux, s’ils étaient transportés du nord au midi , si , par leur position, ils interceptaient toute communicationentre les émanations des étangs et les cités et campagnes méridionales , s’ils laissaient un accès libre aux vents du nord sur les marais , s’ils ne formaient point autour des étangs un cercle dans lequel l’air est emprisonné. Ce qu’il faut faire dans l’état actuel des choses, ce sont des trouées, des clairières : il faut couvrir les étangs au midi et les ouvrir au nord. Les parties les plus malsaines de la Bresse sont situées au nord-ouest ; on j trouve moins d’étangs que dans les autres; mais c’est là le point auquel le vent du midi aboutit après avoir balayé toutes les plaines marécageuses de cette contrée. Les vapeurs atmosphériques sont interceptées par le coteau sur lequel sont placés Sulignat, Neuville, Vandins, etc. ; elî es se réfléchissent sur les habitations qui bordent les petites rivières appelées Irance et Vieux-Jonc; ce n’est qu’ après avoir serpenté pendant long-temps, en suivant le cours de ces deux ruisseaux, qu’elles trouvent une issue entre Buellas etMoncet, à l’interseetion du coteau , et s’épanchent dans le large vallon oii coule la Veyle. Vonnas , quoique placé sur le revers , est peu salubre ; car là s’arrête le courant d’air impur que le Renon entraîne avec lui en venant unir ses eaux à celles de la Veyle. Cette colonne atmosphérique infecte, agit avec une puissance d’autant plus grande, que le vallon quelle parcourt est

PLANTATIONS D ARBRES. OQO

très étroit, profond, sans issue. Vaulpré a proposé avec ])eaucoup de raison de garnir rend)ouclîure de ce val ion funeste d'une haute liarrièrc végétale. M. Pouzin a conseillé de couvrir de bois toute la rive continentale des étangs du département de riléraiilt , et bien démontré les avantages de cette grande mesure; il veut que les arbres soient placés le plus près possible des eaux stagnantes, même sur le teri'aiii qu'elles occupent.

4-*^ On recommandera aux habitans des pays de marais de détruire avec soin tous les débris végétaux, herbes, racines, branches d’arbres , feuilles, etc.

On a proposé avec raison d’ouvrir des routes nouvelles, démultiplier les communications, de rendre les rivières navigables, chose facile, si on a soin de les creuser, d’établir des écluses sur leurs bords, et de diriger sur elles les eaux des ruisseaux et des pièces d’eau. Greffier conseille , dans la même intention , de donner au département de l’Ain un aqueduc qui , de Charles-la-Montagne , se prolongerait sur toute la Crête , et irait ensuite , à l’aide d’un canal , se perdre dans la Reyssouse et dans la Veyle , près de Bourg , après avoir servi à l’irrigation des prairies du voisinage. Je crois qu’on ferait infiniment mieux de construire un canal de navi£>ation de l’Ain

a la Saône ; son utilité a été reconnue par les anciens souverains de la Dombe : M. de Montpensier la sentait. Joseph de Cardon renouvela en 1788 le projet de cette belle entreprise; un plan détaillé fut rédigé; il attend encore la protection du gouvernement. Un canal de navigation donnerait à la Bresse d’immenses

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avantages; il serait l’égoût naturel de ses eaux stagnantes, et contribuerait à la salubrité du pays, autant en donnant plus d’aisance à ses babitans , qu’en faisant disparaître enfin une partie de ses étangs et les marais qui l’infectent. Qui ne connaît la haute importance des canaux de navigation, sous le rapport du commerce et de l’économie rurale ?

On pourrait faire ce beau présent à la Sologne; elle est traversée par le Beuvron, qu’il serait facde de rendre navigable depuis Cerdon jusqu’à Candé. Si cette opération rencontrait de trop grands obstacles, rien ne s’opposerait à l’établissement d’un canal parallèle à la rivière qui l’alimenterait par ses eaux, réunies à celles des étangs. M. de Morogues pense que les premiers frais et les dépenses d’entretien seraient peu considérables; le peu de pente du terrain ne nécessiterait qu’un petit nombre d’écluses , et n’exposerait qu’à peu d’avaries. Le canal de Beuvron servirait les vues du gouvernement lui-méme; quand l’agriculture de la Sologne aura été perfectionnée, cette terre pourra fournir à notre marine des bois de construction , du chanvre , du goudron et de la résine; à notre commerce , des laines, des bestiaux, des cuirs , des vins , des eaux-de-vie , du charbon et des bois de tout genre, et enfin aux villes voisines , du beurre , des œufs , des volailles , du miel , des bestiaux engraissés, et quelques produits de manufactures qui ne tarderaient pas vraisemblablement à s'établir sur quelques-uns des points les plus favorables.

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