‹ Histoire des marais, et des maladies causées par les émanations des eaux stagnantes. Ouvrage qui a obtenu le prix mis au concours par la Société Royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts d'OrléansChapitre 81 sur 99 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Destruction des marais.

Quid , qui ne graaidis procumhat culmus Aristis Ziuvuriem , segetum tenera depascit in herhiî Cum primum suicos œqunm sata , quisque paludis CoUectum humorem bihula deducit arenâ Prœsertim incertis si mensihus amnis abundans E.vit et obducto latè tenet omnia limo Undè cavcB lepido sudant humore lacunes !

( Virgile , Géorg, lia. 1. )

Tantôt pour empêcher qu’un frêle chalumeau Ne languisse accablé sous son riche fardeau.

Dès qu’il voit du sillon sortir ses blés superbes >

Il livre à ses troupeaux le vain luxe des herbes. Tantôt son bras actif desséchant des marais ,

De leurs dormantes eaux délivre les guérets ;

Surtout lorsque gonflant ses ondes orageuses ,

Un fleuve a submergé les campagnes fangeuses ,

Et que du noir limon dont les champs sont couverts , L’exhalaison impure empoisonne les airs.

C Traduction de Delille. )

5 I . IjE moyen le plus sûr de préserver l’économie animale de l’action des émanations marécageuses, c’est la destruction des vapeurs délétères, c’est l’anéantissement du foyer d’infection. On a tout dit sur les avantages immenses du dessèchement des marais ; ils sont considérables, évidens. Un étang est une source de richesses ; sa conservation est à cet égard plaidée par l’intérêt, mais celle du marais n’est d’aucune utilité. Il importe beaucoup au con-

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traire à la prospérité d’un pays de les conquérir au profit de l’agriculture ; et en meme temps leur destruction est commandée impérieusement par la nécessité de faire cesser l’insalubrité attachée à leur voisinage. Tous les peuples policés ont pensé ainsi; on a toujours regardé le dessèchement des eaux stagnantes comme l’un des grands services rendus à la société. Gra^iora qiue eæ cœli ^ terrœ que insaliibritate oriuntur mala ^ per nostram (11ligentiam leviora fieri possimt ^ f^arro, de re 7'iisticd, lih. XII.

Le gouvernement s’occupe peu du dessèchement des marais, ditVoltaire, ily perd plus qu’dne pense. Celte négligence répand la mort sur des cantons considérables (i). Vicq-d’Azir a exprimé le meme vœu. Il existe encore parmi 7ious, dit-il, des pays étendus et nombreux, dans lesquels les douces chaleurs du printemps, qui semblent destinées à ranimer, à vivifier la nature, loin d’étre bienfaisantes, répandent au loin des germes de maladie. Les habitans de ces plages humides , à peine échappés aux rigueurs de l’hiver, à peine réveillés de la léthargie qui l’accompagne, respirent un air chargé de vapeurs malsaines que les premiers rayons du soleil élèvent dans l’atmosphère, éprouvent les secousses des fièvres les plus opiniâtres, et ne voient qu’avec inquiétude le retour d’une saison que partout ailleurs on attend comme une source d’abondance et

(i) Œuvres complètes, édition de RenouarcI, Paris, 1819, tome 55, page i55.

de joie. En faisant dresser un état de ees contrées malheureuses, en ordonnant qu’on en de*ssèehe le sol et qu’on rende profitable cet excès d’humidité qui leur est si funeste, le roi pacificateur qui nous gouverne (l’infortuné Louis XVI) ferait une opération digne de sa bienfaisance et de sa justice. Ce serait en quelque sorte se signaler par une conquête au sein de ses états , que d’en éloigner des maladies aussi désastreuses. Il ajouterait à la force de son royaume sans ajouter à son étendue, et il assurerait aux habitans de ces provinces les plus grands de tous les biens, la richesse et la santé (i).

La volumineuse collection des lois ne présente rien sur le dessèchement des marais avant le règne de Henri IV. Cet excellent prince donna, en 1599, un édit qui commence la législation des eaux stagnantes; un Hollandais obtint de Henri le privilège exclusif, pendant quinze ans, de faire dessécher tous les marais du royaume. D’autres édits, arrêts ou déclarations sur ce sujet, furent rendus par le mêmej^^ prince, en 1607 et en 1 61 1; par Louis XIII, en i6i3, 1639 et 1641; par Louis XIV, en 164 3 et en i644j par Louis XV, en 1764; par Louis XV! , en 1791. Le décret impérial, promulgué en 1807, maintenant en vigueur; plusieurs décrets et ordonnances ont été rendus, de i8ii à 1817, en exécution de cette loi.

5 2, Au temps desVolsques, un grand nombre de (i) Œuvres complètes, Paris, i8o5, tome i, in-8^°, page

4 HYGIÈNE, villes ou villages couvraient le sol Pontin; il était cultivé, fécond , et foulé par une population nombreuse et industrieuse. Alors, sans doute, les eaux rencontraient dans leurs cours des oljstaclcs moins nombreux, moins puissans qu’aujourd’bui. On trouve dans Homère les premières notions sur l’origine de cette contrée. Qui n’a lu l’épisode d’Ulysse et de ses compagnons dans file de Circé ? Cette terre , dont les malheurs font maintenant la renommée , a été chantée par Virgile. La belliqueuse Camille et Metabus , son père, régnaient à Liperno; les pays situés à l’ouest de Cisterna, d’Albano et de Velletri, sont le théâtre où les scènes des derniers livres de PEnéide eurent lieu. On y voit encore Lavinium et l’ancienne capitale des Rutules, Ardea, la ville principale du royaume de Turnus ; la fontaine Feronia verse encore ses eaux près de Terracine, comme dans les vers d’Horace , mais le temple de la déesse a disparu.

M. de Prony pense que les marais Pontins ont été formés primitivement par atterrissement et par décomposition des végétaux. On a retiré, en i8i i, de trous creusés à dix -sept mètres au-dessous du niveau actuel de la mer, des sables marins, des coquillages, et des débris de plantes marines assez bien conservées. L’ensemble des phénomènes qui ont concouru à la formation des marais Pontins , présente â l’esprit, d’une part, des fleuves et torrens tombant dans le golfe antique que couvraient les îles de Circé , Zanona , Ponza , etc. , entre le cap d’Astura et la pointe de Terracine, et y jetant la chair des mon-

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tagiies dont ils déchiraient les flancs ; d’un autre côté , la mer formant sur la limite de ce nouvel appendice du continent, deux bandes de dunes, l’une, qui est la plus ancienne, composée d’un double rang; l’autre, beaucoup plus récente, qui a fini par fermer la dernière communication de la mer, au large, avec le golfe intérieur, entre le mont Gircéo et Terracine. C’est au travers de cette dernière bande que se trouve la seule issue des eaux Pontines à la mer. Beaucoup de causes ont forcé les eaux à séjourner ; M. de Prony cite au rang des principales la prodigieuse activité de la végétation des plantes aquatiques, et la combustion du sol dans certaines parties de son étendue.

Les anciens Romains ont exécuté des travaux immenses pour dessécher le sol des alentours de leur ville. De grandes masses d’eaux stagnantes existaient entre les monts Aventin, Palatin et la colline Tarpéïenne; elles exhalaient avec abondance des vapeurs infectes pendant l’été. Tarquin l’ancien ordonna leur dessèchement, et fit ouvrir des canaux qui les conduisaient au Tibre. Ces conduits souterrains se ramifiaient sous le sol dans toute l’étendue de la ville; construits en voûte , ils étaient d’une hauteur et d’une largeur si considérables, qu’on pouvait y conduire des barques ou y faire passer des chariots chargés de foin. Pline appelle ces canaux et ces égouts operum omniiun dictu maximum^ suffosismontihus , atque iirbe pensîli^ suhterque Jiavigata, On y avait pratiqué dans la direction des rues , à certains intervalles, des ouvertures pour y jeter les im*

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mondices et toutes les eaux faui»euses de la ville (i).

Le consul Scaurus lit dessécher des marais près du Pô, qui cependant plus tard incommodèrent Annihal, lorsqu’il traversa ce fleuve pour envahir PEtrurie. Marcus Curiiis Dentatus ordonna l’anéantissement des eaux stagnantes aux environs de Rieti. Rome fut assaillie par des maladies épidémiques meurtrières depuis les premiers temps de la république jusqu’à celui où de grands travaux eurent assaini ses alentours. D’anciens Romains racontent que le voisinage des marais obligea souvent les armées de décamper. Elles parvinrent à dessécher les eaux, et séjournèrent dès-lors impunément sur le lieu que le sol des marécages occupait.

Trois cents ans avant Père vulgaire, Appius Claudùis fit construire au milieu des marais Pontins une route magnifique, des ponts, des chaussées, des canaux. La voie Appienne ( regina viarum^ Stat. Sjlv. 1 1-2) était pavée avec le caillou le plus dur, et si solidement, que plusieurs fragmens de son étendue subsistent encore aujourd’hui depuis deux mille ans: deux chars pouvaient y passer de front. On employa pour la bâtir des pierres de grandeurs différentes , mais unies avec beaucoup d’art. 11 y avait de chaque côté de la route un rang de pierres appelé niargines^

(i) Adam (L.-L.-D.), Antiquités romaines, Paris, 1818, in-8.®, tome 2, page 479. — Orlandi. — M. Parent du Cliâtelet vient de publier un Essai sur les cloaques ou égouts de la ville de Paris*,, i vol. in-8.®, Paris, 1824. Cet ouvrage fait très bien connaître les rapports de ces conduits avec flivgiène publique.

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tm pm plus élevé que le pavé, et destiné aux piétons. Rome fut si malsaine depuis les premiers temps de sou existence jusqu’à l’année d^Qde sa fondation, qu’on ne trouve pas moins de quinze pestes dans riiislo’re de ses premiers siècles, écrite par Tite- Live. Elle se plaignit long-temps du dangereux voisinage des marais. Si le dessèchement des eaux stagnantes n’était pas complet encore au temps du grand empire , du moins l’existence de quelques marécages aux portes de la capitale du monde avait perdu une partie de ses inconvéniens. Beaucoup de terrains fangeux étaient en culture, des canaux construits avec une solidité admirable, et soigneusement entretenus, maintenaient la salubrité delà ville. Cornélius Céthégus continua les dessécbemens; cependant les eaux stagnantes reparurent. César avait le projet de les faire disparaître , et de donner une issue au lac Ebicin, lorsqu’une rnort inopinée anéantit ses grandes pensées. Lorsque Octave, vainqueur d’Antoine , eut réduit l’Egypte en province romaine, il fit nettover par ses soldats tous les canaux destinés à recevoir les inondations du Nil , et que le temps avait encombrés d’un limon croupissant (i). Auguste fit dessécher plusieurs terrains fangeux ; il rétablit la voie Appienne presque entièrement détruite, mais qui déjà avait été rétalilie par les soins desGracques et de Jules-César. De beaux travaux en ce genre ont honoré le règne de Trajan; cet empereur la ht paver

(i) Caï Suetonii tranquilli^ Duodecim Cæsares. Œuvres de La Harpe, Paris, 1820, in-8.°, tome 6, pa§e 224»

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à grands frais; restaurée par Vespaslen , em])cllie par Domitien, elle fixa constamment l’attention des empereurs.

Les marais Pontins furent maintenus dans un état de dessèchement à peu près complet pendant trois cents années et davantage, depuis Auguste jusqu’à Gratien. Les Romains de ce temps possédaient des connaissances profondes en agriculture; ils savaient imposer des limites aux fleuves, et nettoyer les canaux de la vase , ainsi que des amas de joncs , de roseaux, de végétaux de toute espèce qui , croissant ahondamment au sein des eaux stagnantes, s’opposent à leur écoulement dans la mer : leur volonté était forte; ils veillèrent avec une attention soutenue à l’entretien de leurs monumens publics, et se garantirent de cette incurie , de cette apathie déplorable, qui fit renaître sous leurs successeurs dégénérés l’hydre terrible dont ils avaient abattu les tètes. De quelque difficuité que soit accompagnée l’opération du dessèchement des marais , surveiller sans relâche les travaux qui ont conduit à ce Lut important, est une tâche plus difficile encore.

Le colosse qui pesait sur l’univers, ébranlé parles barbares, succomba sous leurs coups; la puissance romaine tomba, et avec elle périrent les grands monumens d’utdité publique qu’elle avait élevés. Une dévastation effroyable sii^nala les invasions d’Alarie, de Totiîa, des Goths ; d’immenses mara's surgirent de toutes parts. Le Tibre se déborda impunément ; aucune issue ne fut offerte aux eaux pluviales, celles des aqueducs, s’échappant parmi des

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ruines , inondèrent de vastes plaines. La campagne de Rome redevint ce quelle avait été au temps de ses fondateurs, un marécage immense.

Cependant les factions qui bouleversaient la ville déchue ne permettaient pas de mettre un terme aux cnvahissemens des eaux; des maladies meurtrières ravagèrent la cité des Césars. Sous le roi goth Tliéodoric , quatre cents ans après Trajan, et vers fannée 4do de notre ère , le patrice Cœcilius Décius donna un libre cours aux eaux qui environnaient les alentours de Rome. La renaissance de ces immenses marais fut fun des nombreux désastres qui accompagnèrent l’expulsion des Gotbs de fltalie ; enfin, la domination des papes s’établit.

Plusieurs pontifes recommencèrent les travaux des empereurs. Boniface VIII , Martin V, Clément VII, Pie V, Clément XI, tentèrent, mais sans succès, le dessèchement des marais Pontins : Sixte -Quint et Léon X ne furent pas plus heureux.

Pie VI visita lui-méme cette terre de désolation; il y venait tous les ans encourager et diriger les travaux. On lui a reproché bien injustement d’avoir dissipé les trésors de l’état dans un projet chimérique; une souscription procura des fonds volontaires qui soulagèrent le fisc. Douze mille arpens de terre, rendus à la culture des grains et à la nourriture des troupeaux , furent vendus au ducBraschi , neveu du pape, par la chambre apostolique. La voie Appienne, ce chef-d’csuvre de l’industrie des Romains, fut dégagée de rencombrement inutile qui la surchargeait, et ne faisait qu’augmenter la sta-

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gnation des eaux : c’est aujourd’hui un chemin droit et uni qui conduit rapidement à Terracine, et qui dispense de faire un détour lon^ et incommode pour regagner la route de Naples. On creusa, en outre, un vaste canal qui facilita davantage récoulement des eaux vers le lac Fogliano, et qui devait par la suite augmenter les mouvemens du commerce. Une ville tout entière , dont les plans étaient déjà adoptés , aurait embelli et couronné ces superbes ouvrages (i). Les projets de Pie VI reposaient sur des vues systématiques très spécieuses , très séduisantes, bonnes à beaucoup d’égards , mais qui trop généralisées , suivant M. de Prony , ont eu des résultats funestes; des parties d’unebaute importance avaient été négligées : neuf millions furent perdus . Les conservateurs de Rome, pour éterniser la mémoire des grands travaux entrepris par Pie VI, firent graver sur un marbre , et placer au capitole l’inscription suivante :

PtO VI, PONT. MAX.

ANNO MDCCLXXX.

A VOLSeORVM REGIüNE REDVCTJ OR EJVS PROVIDENTIAM ITINERIBVS COMMVNITIS

ET AGRIS PALVDVM CORRIVATIS APPIA ITALIÆ

AGER PONTINVS VRRI REDVCTVS EST

PERFECTVM AB OPTIMO PRINCIPE GRATVLANS

QVOD SÆPE MAJORES FRVSTRA TENTAVERANT.

(i) Desportes-Bosclieron, Biographie universelle, tome 34, Paris, 1823.

DESTRUCTION DES MARAIS. 4ig

Les opérations du dessèchement des marais Pontins ont été mises en activité dès 1 8 1 o par la consulte de Rome ; elles ont trouvé dans M. de Pronv un excellent historien. Une commission les examina avec îe plus grand soin en 1809 : MM. de Gérando , le comte de Tournon , préfet; MM. Nicolai , Vici et Scaccia la composèrent. Voici un résumé général des projets de M. de Prony, sur les moyens de rendre les marais Pontins a l’agriculture.

La première et la plus importante conséquence de l’ensemble de ses recherches sur le sol Pontin , c’est la possibilité de renfermer dans des canaux réguliers toutes les eaux qui inondent ce sol infortuné, et de leur donner une issue libre et facile à la mer. Le terrain est généralement plus élevé que celle-ci ; sa déclivité est fort irrégulière; cependant la composition du système des tracés , des pentes et des sections des canaux émissaires n’est point une opération inexécutable. Une très petite lisière placée près du rivage est submergée : on en ferait un étang. .

La méthode des colmates n’est dans les marais Pontins qu’un moyen accessoire et subsidiaire, et la formation d’un système de canaux est le premier , le principal, pour ne pas dire l’unique objet que l’on doive se proposer. L’erreur la plus considérable des anciennes déterminations relatives au dessèchement de ces terres inondées, fut l’idée séduisante d’avoir un émissaire unique pour les eaux tant extérieures qu’intérieures. Il est très dangereux de cumuler les fonctions des divers émissaires qui doivent aboutir au débouché commun : on jetera sur l’axe principal

d’écoulement les eaux que le sol marécageux reçoit immédiatement par les pluies , les sources et surgissemens divers compris dviiis son périmètre; on creusera, dans l’intention de les éloigner autant qu’il est possible du centre des marais, des canaux particuliers pour les eaux courantes, soit torrentielles , soit pérennes, qui traversent ce sol, et dont les bassins et les sources sont ou hors de sa surface , ou sur son périmètre : le creusement de ces canaux doit précéder celui des émissaires intérieurs. M. de Prony a fait au sol Pontin l’application détaillée de ces principes généraux. Si le dessèchement général et complet de cette terre malheureuse avait été obtenu ( et depuis la publication du grand ouvrage de ce savant, la possibilité de cette opération n’est plus douteuse) , l’entretien du sol , en parfaite culture , ne serait ni difficile ni dispendieux; mais cet entretien devrait être suivi avec un soin, une vigilance extrême, et surveillé par des agens auxquels on ne permettrait pas la plus légère négligence; le moindre relâchement ou défaut d’attention pourrait avoir des suites très graves.

5 3. Les travaux de Pie VI inspirèrent une noble émulation à Marie-Thérèse; elle fit dessécher de grands marais nés des inondations du fleuve Sarwiz, dans les comtés de Westprim et de Hulveisenburg , et disséminés dans un espace de sept lieues ( i ).

(i) Orlandi. J’écris ces noms Westprim, Sarwiz, etc. tels que je les trouve, ils ont assurément des synonymes plus connus.

M. Patrîn a vu dans les environs de PétersLourg un cliangement de cette nature obtenu bien promptement. Il herborisa en 1778, dans de vastes marais voisins du monastère de St-Alexandrc , au bord de la NeVa. Quand il revint de la Sibérie, en 1787, ces marais avaient disparu; il les trouva remplacés par des jardins anglais et des maisons de plaisance. Fouquet assurait, dans ses leçons de clinique, que depuis la conversion en terres labourables des marais voisins de Thau , de Cette et de Magdelone , il ne voyait plus venir de ces plages des malades qui avaient le ventre bleu au troisième accès. Odier de Genève cite un fait analogue dans son Gode de santé. Les habitans du comté extrêmement marécageux de Cbelimsford , dans le comté d’Essex , avaient le teint pâle et jaune; leur excessive maigreur passa en proverbe; ils étaient sujets à des fièvres très opiniâtres ; aucun étranger n’osait les aller voir. Mais de beaux chemins furent ouverts; on ht des saignées aux marais ; l’agriculture fut encouragée par tous les moyens possibles , et cette terre de misère présenta bientôt l’image de la santé, de l’aisance et du honheur. Les premières colonies de la Jamaïque étaient détruites en peu de temps; il fallait renouveler la population tous les dix ans; mais on dessécha les marais, et la vie s’y prolonge maintenant autant qu’en Europe. Ce merveilleux changement a eu lieu aussi dans la Pensylvanie.

L’étang de la Marseillette ( département de l’Aude ) couvrait près de mille arpens de terrain; ce vaste amas d’eaux fangeuses répandait au loin ses exha-

laisons pestilentielles , les maladies et la mort. En vain les rois de France, les états de la province , des évéqiies , avaient encouragé de toutes les manières le dessèchement de ces marais funestes. Une race d’hommes petite, malsaine, dégradée, traînait sur ses bords sa courte et malheureuse existence : nulle industrie , nulle manufacture, à peine les premières nécessités de la vie. Une Irlandaise , sans aucun secours du gouvernement , sans autre mobile que l’intérêt de l’humanité, M.”'® de Beausset, a entrepris de dessécher l’étang de la Marseillette, et a exécuté cette noble tâche. Des bois, des prés, une population plus saine, plus active, cent cinquante charrues , l’industrie et l’aisance ont remplacé la fétidité , la sîérilité et la misère (i). Le procédé employé pour le dessèchement a consisté dans l’établissement d’un canal principal d’écoulement, pour le passage duquel un bel aqueduc a été élevé (2).

Les habitans de Paris et de Bordeaux ne jouissentils pas d’une santé beaucoup plus constante , demande Vicq-d’Azir , et ne sont-ils pas exempts des maladies pestilentielles qui étaient précédemment très fréquentes et très meurtrières depuis que les

(1) Jouy, PHermite en province, tome 5, page 121. — Nouvelle biographie des contemporains, Paris, 1821, tome 2, page 221.

(2) llevue encyclopédique, ln-8.°, numéro d’octobre 182.5, tome 20. La vole des atterrlsspinens a été employée depuis long-temps pour diminuer Pétendue de Pétang de Capestang, et pour combler Pétang salin situé au-dessous de Narbonne.

terrains marécageux qui les entouraient alors ont été desséchés et rendus habitables ? On a fait beaucoup en ce genre pour Bordeaux , depuis la mort de l’éloquent secrétaire de la société de médecine. Les marais des alentours de Marseille , ceux qui bordent la Camargue , ont fixé souvent l’attention des autorités locales; tout annonce que leur existence va cesser.

Avant que le sculpteur Perrache eût conçu en 1765 le projet d étendre la ville de Lyon au midi , en reculant d’une demi-lieue le confluent du Rhône et de la Saône , il existait sur ce point des marécages dont le voisinage fut souvent incommode à la partie méridionale de cette vaste cité. Lorsque la chaussée eut été construite, un espace de terrain considérable resta encore couvert d’eaux stagnantes ; Napoléon le fit couvrir de gravier , le marais disparut , et le sol qu’il infectait devait porter un palais magnifique, lorsque des circonstances extraordinaires renversèrent le grand empire. Le Rhône forme encore, à peu de distance de Lyon, des marécages peu étendus, il est vrai; quelques-uns sont situés aux Brotteaux, et demanderont bientôt les soins de l’autorité , lorsque les propriétaires des terrains placés sur la rive gauche du fleuve compléteront l’exécution du plan de Morand; d’autres plus considérables occupent une partie assez grande de la terre d’Ivour, à peu de distance du village d’Irigny.

Lorsque la Belgique appartenait à la domination française, MM. Herwin frères rendirent à la culture un terrain de huit à neuf mille hectares dans la Moère, lac situé entre Dunkerque et Fumes.

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Un projet pour le desséelieinent des marais de la Rochelle a été coneu et médité sous radininistration

du préfet Pépin de Bellisle , mais il n a pas reçu encore d’exécution.

Les propriétaires des marais delà Boèïe (Charente- Inférieure) , sont parvenus, à force de travaux opiniâtres , d’activité , de sacrifices d’argent et d’intelligence, à vaincre des difficultés proclamées insurmontables , et à rendre onze cents hectares à la culture. Une partie considérable des marais du département de l’Isère a cessé d’exister; ces plaines insalubres sont aujourd’hui de bonnes prairies ou des terres qui donnent d’excellent blé : l’agriculture et l’état ont gagné beaucoup â cette métamorphose.

Enfin , la Bresse elle-même a participé aux bienfaits des desséchemens. Cette contrée, dit M. Fodéré qui la connaît bien , était autrefois couverte presque entièrement d’étangs, de marais et de bois. Depuis un demi-siècle à peu près que l’on a ouvert de grandes routes dans la Haute-Bresse, au-delà de Bourg, et qu’on a desséché les marais , le climat est devenu beaucoup plus sain : on a obtenu de bonnes terres à froment ; la population a augmenté , et l’espèce humaine s’y est beaucoup améliorée. Cet exemple est d’autant plus frappant, que l’on observe dans la Dombe les résultats les plus déplorables de l’action des émanations marécageuses sur l’organisme.

§ 4- Le dessèchement des marais est une opération si évidemment utile , qu’elle ne peut trouver d’obstacles que dans l’incurie des gouvernemens, l’intérêt particulier et les préjugés des habitans des pays cou-

verts d’eaux stagnantes. Ces difficultés sont grandes, mais elles ont cédé toujours à une volonté forte.

Quels sont les meilleurs procédés hydrauliques pour dessécher un marais ? Les idées générales que je vais exposer sur ce sujet appartiennent en grande partie à MM. de Prony et dePerthuis. Quel est le sort des eaux qui tomhentsur la surface du sol ? une partie s’évapore; une autre coule à la surface de la terre, et suivant son inclinaison, se réunit aux ruisseaux, aux torrens ; une autre , enfin , s’infdtre et descend verticalement jusqu’à ce quelle trouve des couches imperméables dont elle suit les directions pour former des sources.

On rend à la culture un terrain inondé , ou en exhaussant le sol, ou en abaissant les eaux, et quelquefois en mettant concurremment ces deux moyens à exécution. Le premier est indispensable, lorsque le sol à dessécher est inférieur au niveau le plus abaissé des eaux du récipient, dans lequel les eaux d’inondation doivent être versées ultérieurement.

L’opération du dessèchement exige l’accomplissement de plusieurs moyens préliminaires. Un marais est formé par des eaux pluviales tombées directement sur la surface du sol , et par des eaux venues, soit des montagnes , soit de l’intérieur des terres. ( Ceux qui résultent du débordement des fleuves ou de l’irruption des eaux de la mer, forment un ordre à part et exigent bien moins de travaux. ) On a donc un double but à atteindre : isoler le sol inondé des eauxafïluentes venu es des monts ou des terres élevées; faire évacuer les eaux intérieures, et leur conserver

line voie d écoulement facile et bien étalilie; voilà

le problème réduit à sa plus simple expression.

Les eaux rpii forment les grands marais doivent être séparées en deux classes : i.° celles que le sol marécageux reçoit immédiatement par les pluies , les sources et surgissemens divers compris dans l’intérieur de son périmètre; 2.® les eaux courantes, soit pérennes , soit torrentielles qui traversent ce même sol. On contiendra les premières dans un canal central et dans des fosses auxiliaires longitudinales ; d’autres émissaires creusés au - dehors des marais recueilleront les secondes. On ne doit employer qu’une petite portion des eaux de torrens ou de rivières à donner du mouvement aux eaux pluviales intérieures, à rafaîchir leurs fosses d’écoulement, à empêcher les atterrissemens et les obstructions; tout le surplus doit être jeté dans des canaux de ceinture, avec les précautions nécessaires pour prévenir la rupture des digues et les inondations.

L’entreprise d’un dessèchement excède ordinairement les facultés d’un seul propriétaire; il faut donc former des compagnies, des sociétés d’entrepreneurs, de cultivateurs , de communes , et soumettre à des règles leur administration intérieure. On obtiendra par l’entremise des préfets l’autorisation du gouvernement; on demandera le consentement des propriétaires des terres voisines. Ces mesures prises , voici d’autres préliminaires indispensables : comparer l’étendue du bassin à celle d’un appareil dont la surface, de même que la capacité, est déterminée rigoureusement; étudier le terrain, les obstacles;

calculer la mise de fonds, apprécier les besoins du commerce et des consommateurs; décider dans Fintérétdes actionnaires et d’après la nature du terrain, s’il convient de faire du sol fangeux desséché , des prairies, des bois , des champs à blé; s’assurer de l’existence et de la direction des pentes , delà nature des couches intérieures de la terre, de la possibilité de conduire les eaux stagnantes dans leurs bassins naturels, la mer, une rivière, un lac; de l’utilité, de la conservation d’un réservoir d’eau dans la partie supérieure, afin d’avoir toujours à volonté des moyens d’irrigation, et enfin de la possession du terrain nécessaire pour élever des chaussées ou creuser des canaux.

Ces préliminaires ont été remplis; il faut, pour exécuter la première des deux grandes mesures dont le dessèchement des marais doit être le résultat , faire cesser toute communication entre le sol inondé et les eaux qui viennent soit des montagnes, soit de l’intérieur des terres.

Couvrez le sommet des montagnes de grands végétaux, établissez autour de leurs flancs des barrières formées de haies épaisses, entoure zdes de fossés parallèles ; alors les torrens cesseront ou de se former ou de nuire, les terres ne seront plus dépouillées. Il faut en général chercher à conduire les eaux tant pérennes que de torrens, qui viennent des parties du bassin général intermédiaire, entre ses limites et la partie marécageuse aux débouchés de ce bassin général, par des canaux d’enceinte ou de ceinture profonds (la quantité d’eau courante nécessaii^e

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au canal central étant prélevée) , et prendre des me« sures certaines pour prévenir leur débordement au temps des crues. En les conduisant ainsi, vous pourrez cpielquefois leur pratiquer des issues au travers des terrains élevés qui limitent et ferment le bassin, à des points différens de celui par lequel s’écbappent les eaux du canal central. Mais ordinairement il sera convenable et même indispensable de n’avoir ■qu’un seul débouché, et de faire aboutir les canaux d’enceinte au canal du centre. Les points de réunion ou d’embouchure doivent être l’issue même du bassin général , ou être aussi rapprochés de cette issue que les localités peuvent le permettre. Construisez des digues, soit en maçonnerie sur de l’argile ou un banc calcaire, soit en terres végétales plantées d’arbustes, couvertes de plantes aquatiques et bien gazonnées. Avant de construire ces digues, connaissez la force des eaux, calculez leur volume, la rapidité de leur cours ; appréciez l’influence de la direction des vents.

Une condition principale reste à remplir , faire évacuer les eaux intérieures. Un canal principal sera creusé dans la direction qui leur permettra l’écoulement le plus facile. S’il était insuffisant ou trop éloigné pour recevoir la masse liquide disséminée sur les parties latérales, on recueillerait celle-ci dans une série de conduits secondaires, dont le canal central serait l’aboutissant. Ces vues générales sont susceptibles de modifications suivant les localités, mais le principe reste le même.

L’objet fondamental de tout système de dessé-

cliement, est le tracé de Taxe d’écoulement principal. Cet axe indique la direction à donner au canal central , dont la fonction spéciale et presque exclusive est de conduire hors du sol inondé les eaux pluviales qui tombent sur sa surface. On dirigera sur lui une certaine quantité d’eau courante pour servir de véhicule aux eaux pluviales arrivant de la surface marécageuse.

On a , en traçant un canal intérieur de desséchement, trois choses à considérer, suivant M. de Perthuis : le niveau des parties les plus basses du

terrain; la nature du sol; 5.^ le volume des eaux qu’il faut évacuer. Le dessèchement des parties basses est de toutes les opérations la plus difficile et la plus compliquée. Avant de l’entreprendre, il faut bien connaître, i.° le niveau comparatif des parties les plus basses et les plus élevées du sol; 2.° la pente qu’on peut donner au canal général, pour rendre les eaux au bassin naturel destiné à les recevoir. M. de Prony conseille de proportionner les dimensions des canaux à la masse d’eau dont le sol inondé doit être délivré, et de les calculer d’après le volume moyen de celle-ci , car ce volume est très variable d’une année a l’autre. Le niveau de l’eau recueillie par ce procédé dans chaque conduit secondaire, doit être établi à un demi-mètre au-dessous de celui des terres voisines. Les eaux suivront l’inclinaison du sol et arriveront dans le conduit central.

Ces fosses auxiliaires, destinées spécialement a recevoir les eaux de pluies qui tombent à une trop

45o HYGIÈNE»

grande distance du canal du centre, seront placées, par rapport à lui et entre elles, à une distance telle que l’eau, tombant sur un point quelconque de la surface des marais, ait toujours un récipient inférieur où elle puisse arriver avant que son mouvement soit éteint par les obstacles disséminés sur sa route. Le tracé le plus avantageux de ces conduits secondaires, est celui qui leur fait faire l’angle le plus petit avec le canal central; et les uns et les autres ne dispensent pas de l’étaldissement d’un nombre plus ou moins grand d’autres fosses d’un ordre inférieur, encore nécessaires pour l’écoulement des eaux.

Lorsqu’à une pente très forte du sol succède tout-à-coup une très faible déclivité, pour donner au courant des eaux une vitesse bien ordonnée qui aille graduellement en augmentant, il faut établir des chutes ou cataractes séparées par des espaces convenables. Les pentes du terrain doivent être graduées de manière à éviter tout passage brusque de Lune à l’autre.

On aura soin d’entretenir les canaux, de les nettoyer , d’arracher de leurs bords les végétaux qui v croissent avec tant d’énerme : on défendra l’établissement des pêcheries, et des ordres seront donnés pour que le feu ne s’empare pas des débris organiques dont le sol est couvert , car il creuserait des fosses profondes que l’eau aurait bientôt remplies. Si le marais n’est ni très vaste ni très profond, de grands travaux hydrauliques ne sont point nécessaii-es, et le dessèchement est facilement opéré

DESTRUCTION DES MARAIS. 45l

par les travaux agricoles ordinaires, ou par rétablissement de fossés creusés d’après les principes qu’on vient de lire. On mettra le sol à découvert, les eaux affluentes seront détournées ; on profitera des localités pour exhausser le terrain.

Le dessèchement suppose que le terrain possède, ou qu’il est possible de lui donner, la pente nécessaire au libre écoulement des eaux.

On peut faire disparaître un marais par deux autres méthodes : i en le comblant de terres , de pierres et de graviers. C’est la méthode du remblaiement. Elle est longue, dispendieuse, et impraticable lorsque les eaux stagnantes ont envahi une très grande étendue de sol ; elle a encore l’inconvénient de faire perdre à l’agriculture le terrain conquis sur les eaux. Dans d’autres circonstances on doit la préférer ; ainsi , on la choisira lorsque le sol inondé doit servir à la construction d’édifices. Les localités peuvent demander sa combinaison avec la précédente. 2.° La seconde méthode est celle des colmates, ou des atterrissemens. Pour l’appliquer avec succès, il faut un système de canaux conducteurs qui amènent les eaux troubles dans le moindre temps possible sur les terrains a exhausser, de manière que le dépôt du limon ne se fasse pas dans le trajet ; et un système de canaux de fuite ou de canaux émissaires qui conduisent l’eau clarifiée au récipient général , aussi dans le moindre temps possible, afin qu’on puisse répéter l’inondation un plus grand nombre de fois dans un temps donné.

Si le marais ne peut être ni comblé ni desséché.

le principal moyen de diminuer son insaluLrité, consiste à augmenter le plus possible la masse de ses eaux ou à le convertir en étang.

Lorscpic les eaux stagnantes ii ont pas envahi une grande étendue de terrain, les facultés d'un seul propriétaire peuvent parvenir sans formation d’une société d’entrepreneurs , à dessécher le marais. M. Rihoud en a donné un exemple remarquable (i).

Les desséchemens, en Sologne, n’exigent pour la plupart aucun travail d’un très grand prix ; c’est plutôt un égouttement qu’un grand dessèchement qu’il s’agit d’exécuter, dit M. de Morogues, et ordinairement l’inspection du sol suffit pour déterminer la direction des fossés nécessaires. La plupart des chaussées ne sont guère utiles dans ces cantons qu’à retenir les eaux qu’on veut mettre en réserve , soit pour former des étangs, soit pour se ménager des moyens d’irrigation, car le pcays, quoique très plat, est coupé par un grand nombre de ruisseaux (2).

(1) Dessécliement et mise en valeur de marais situés dans le territoire de Polliat (Ain)^ Bourg (sans date), brochure iii-8.° de 48 pages.

(2) La nature de ce livre n’y comporte pas fliistoire complète des procédés hydrauliques qui ont été proposés pour le dessèchement des étangs et des marais. Je renvoie, pour de plus amples détails sur cette matière, aux écrits de Gliassiron, de Cretté- Palluel, de M. de Morogues, au Nouveau Cours complet d’agriculture, dernière édition, Paris, 1822, article dessèchement ; au Gode des desséchemens, à la dissertation de M, de Perthuls, et surtout au savant ouvrage de M. de Prony, Intitulé Description hydrographique et historique des marais Pontlns, i volume in-4*°? Paris, 1820. (\ oyez la Bihliographie. )

5 5. Les travaux necessaires pour le dessèchement des marais sont fort dangereux ; ils compromettent la vie des ouvriers de la manière la plus grave. On assujettira ceux-ci au système de précautions hygiéniques que j’ai établi. Rien de spécial n’est exigé par leurs opérations. Il faut insister surtout sur l’usage de vétcmens chauds, d’alimens nourrissans et stimulans , de boissons fermentées prises en certaine quantité, des feux allumés pendant leurs travaux, d’ablutions fréquentes avec l’eau vinaigrée. On se gardera d’entreprendre des desséchemens à l’époque des grandes chaleurs de l’année; c’est à la fin de l’automne et surtout pendant l’hiver qu’il les faut commencer. Les mêmes soins conviennent aux cultivateurs qui exploitent les rizières , aux étrangers que leurs intérêts ont conduits dans une contrée marécageuse.

5 6. Les terres fangeuses désséchées sont d’une extrême fertilité; car le limon qui les couvre est un engrais excellent. Elles sont pénétrées de matières organiques qui les rendent fécondes au plus haut degré. On peut confier à la plupart les plus précieuses céréales; elles réalisent les espérances qu’elles donnent : voilà sans doute l’explication de cet adage vulgaire chez les Grecs : Paludes emere opportet. Le sol desséché devient un bon pâturage; les plantations d’arbres qui lui sont confiées prospèrent avec rapidité ; on peut y établir des pépinières d’aulnes , de saules , de frênes , elles y réussissent à merveille.

Il est des règles dont l’observation importe hcau-

coup à l’agriculture. Qu’on ne place clans les terres qui ont été marécageuses cpic des arbres aguerris contre l’huniidité, et dont le développement est rapide; ceux d’une autre espece se maintiennent pendant cjuelques années, mais languissent bientôt, dépérissent et meurent (i).

^ 7. Beaucoup d’améliorations dans le régime des étangs et des marais ont été indicjuées; les soins hygiéniques qui conviennent aux habitans des contrées marécageuses ont été l’objet d’une étude spéciale: les faire connaître, c’est un grand point, les faire adopter, ce serait bien plus encore. Je crois qu’on atteindrait ce but si l’on créait un service chargé de l’inspection des contrées envahies par les eaux stagnantes. Un préposé, étranger au pays, ou du moins qui ne serait pas propriétaire , veillerait au dessèchement des marais , à la suppression des étangs marécageux, à la réduction de ceux qui sont trop étendus , à la conversion en terres labourables de ceux qui donnent de grandes espérances à l’agriculture, à l’entretien des canaux, digues, fossés, enfin à l’observation des mesures hygiéniques dont j’ai recommandé l’usage. On dresserait un réglement de police, il serait imprimé, distribué a grand nombre, et expliqué avec soin aux administrés; aucun étang nouveau ne pourrait être établi sans la permission de l’inspecteur; des primes seraient données à ceux

(i) Consultez sur le genre de culture qui convient aux marais desséchés les ouvrages de fabhé Tessier, de Cretté- Palluel, de M. de Morogues; le Cours complet d’agriculture J la Dissertation citée de M. Rlboud.

qui conduiraient à leur terme des travaux de dessèchement. L’inspecteur correspondrait avec un comité de salubrité publique établi dans le cbef-lieu du département et en recevrait des instructions.

Ou ne saurait trop recommander aux maires des communes et au préfet du département, d’encourager l’éducation publique et de propager l’instruction primaire; qu’ils soient les présidens-nés du service de santé, qu’ils secondent de toute leur influence le développement de l’agriculture et de l’industrie ; que les médecins et officiers de santé des campagnes et petites villes agissent de concert, pour éclairer les cultivateurs sur leurs intérêts ; que des instructions claires , positives et souvent répétées , répandues dans les plus misérables chaumières, fassent connaître les meilleurs moyens d’élever le bétail , de multiplier les fourrages, de varier et d’améliorer la culture des terres ; que les ministres de la religion s’associent de tout leur pouvoir à cette œuvre de bienfaisance; qu’une école d’agriculture par la méthode de l’enseignement mutuel soit organisée, car il faut parler aux yeux de l’homme des champs, et on ne saurait le déterminer à la moindre réforme si on ne lui présente des avantages sensibles. Qu’un code des étangs donné aux contrées envahies par les eaux stagnantes , mette enfin des bornes à la cupidité, et défende l’homme, même contre son incurie et ses préjugés.

THERAPEUTIQUE.

traitement des fièvres intermittentes et rémittentes QUI régnent dans les pays marécageux (i).

Les maladies causées principalement par Finfluence des émanations marécageuses , n’ont rien de spécifique; elles ne diffèrent sous aucun rapport (en mettant à part les constitutions individuelles) des pyrexies à type semblable nées d’une autre cause.

Une fièvre de marais est fondamentalement la même au moment de l’accès , qu’une fièvre intermittente causée par une violente passion ou par un écart de régime. Les mêmes organes sont affectés dans l'une et dans l’autre, et ils le sont de la même manière ; mais les émanations marécageuses ont , avant d’exercer leur action pathologique sur un appareil d’organes, modifié profondément la constitution du sujet; de là des indications thérapeutiques d’une nature particulière. Ces indications ne sont pas

(i) Je ifai point à faire l’instoire generale de traitement des fièvres intermittentes et rémittentes, la nature de cet essai ne m’impose pas un travail aussi vaste.

THERAPEUTIQUE. 4^7

les memes lorsque la maladie atteint un voyageur jeune , vigoureux , sanguin , lorsqu’elle s’établit dans une armée campée auprès d’un marécage, et quand elle affecte ' des individus nés sur ces lieux insalubres. La variété des tempéramens et de la disposition générale de l’organisme a sur la maladie elle -meme une influence incontestable. Ainsi, celleci est ordinairement aigue lorsqu’elle frappe les étrangers, et presque toujours chronique chez les indigènes. Elle débute souvent dans le premier cas par les symptômes d’une irritation cérébrale violente, ou d’une gastro-entérite très vive. Cet état de choses réclame un traitement antiphlogistique énergique, tandis qu’une méthode thérapeutique bien différente convient dans le second cas aux fièvres des habitans des pays marécageux. La spécialité n’y est pour rien.

Les révolutions de la thérapeutique sont-elles la conséquence des vicissitudes de la théorie, ou celle de changemens survenus dans l’action des modificateurs de féconomie animale ? voilà une belle question de philosophie médicale ; mais en la traitant combien d’absurdités à signaler ! Piappeler lesbouleversemens fréquens de nos doctrines , quelle tâche affligeante ! Si fbistoirc des erreurs de fesprit humain n’était aussi instructive que celle de ses progrès, qui aurait le courage de demander compte à la thérapeutique de sa honteuse^ instabilité ? elle a été à tous les âges de la médecine l’expression des préjugés de chaque époque , et elle est, sous ce rapport, aux sciences médicales ce que la littérature est à la société. Son

458 THÉRATEUTIQUE.

asservissement aux systèmes les plus clèraisonnaLles, fatigue depuis Hippocrate les esprits judicieux; toujours esclave de l’opinion du moment, ce n’est qu’à son inconstance qu’elle a été fidèle.

Il existe des rapports immédiats entre les théories et les méthodes générales de traitement. La découverte des propriétés d’une substance médicinale a souvent été l’œuvre de circonstances fortuites; mais exciter et diriger, au moyen de médicamens et du régime, des modifications variées de l’organisme dont la guérison d’une maladie doit être le résultat, voilà ce que faitThommesavant et expérimenté. D’étroites connexions unissent la thérapeutique aux doctrines médicales; car le traitement qu’on oppose aux maladies est établi d’après l’opinion qu’on a de leur nature. Autant de systèmes divers, autant de méthodes curatives différentes. L’adynamie est-elle en faveur? toutes les altérations de la santé ou du moins le plus grand nombre, présentent fortement son empreinte, et les plus 7iolens des toniques sont prodigués pour la combattre. Mais l’irritation règne à son tour, on ne voit plus qu’inflammation ; la lancette et les sangsues font couler le sang à grands flots. Les éclectistes , les empiriques, les méthodistes , les Stahlianistes , les Browniens, proscrivent tour-à-tour les méthodes de traitement de leurs successeurs, et en établissent de nouvelles, non d’après les variations qu’ils supposent dans l’action des modificateurs de l’organisme, mais exclusivement d’après leur manière d’interpréter les maladies. Qii’estce qu’une théorie ? l’expression, la conséquence des

THERAPEUTIQUE. 459

faits ; ce mot désigne dans les sciences médicales un ensemble d’opinions sur l’éthiologic des maladies. Nos fondateurs d’écoles ont fait leurs doctrines bien moins avec des observations positives qu’avec leur imagination ; cependant tous sont exclusifs, tous attestent l’expérience, tous se confient au temps. Partis du même point, dans le même but, ils suivent des routes opposées , avec les mêmes données ils trouvent des résultats différens; et, sacrifiant tout à une idée dominante, ils dénaturent les faits pour les plier à leurs vues, comme ce tyran des temps fabuleux, qui mutilait impitoyablement les voyageurs dont le corps dépassait la longueur du lit sur lequel il les faisait étendre. Depuis vingt siècles qu’on use et qu’on abuse de ces beaux mots : observation ^ expérience^ a-t-on obtenu des résultats bien satisfaisans, est-elle fixée enfin ! non, sans doute. On a lieu d’espérer, dit-on, quelle le sera incessamment ; les médecins espèrent depuis deux mille années, ne pourraient-ils s’appliquer le sonnet de l’Oronte du Misantrope ?

Les méthodes générales de traitement des fièvres intermittentes et rémittentes de marais, sont au nombre de trois : i la sédation directe (traitement par les antiphlogistiques); 2.® la révulsion (émétique, purgatifs, potion stibio-opiacée, vésicatoires et autres irritations externes); 5.® la stimulation interne, (emploi du quinquina, des arséniates, etc.). Aucune d’elles ne convient exclusivement ; toutes peuvent trouver des cas spéciaux d’application ; il faut souvent , dans le traitement des fièvres de marais , les

44o THERAPEUTIQUE.

modifier ou les eoinljiner. Ces maladies ne doivent

point être combattues par une métliode banale.

Cependant le régime , la diète, des boissons adoucissantes , réloignement des causes de la pyrexie, le repos de la partie irritée, la tranquillité d’esprit, sont des moyens de guérison qui conviennent à toutes, et qui suffisent lorsque la surexcitation est légère. Si des nausées et l’état de la langue décèlent l’existence dans l’estomac de matières, alimentaires ou autres, que cet organe ne peut supporter, le vomissement provoqué par la titillation de la luette ou la déglutition d’une petite quantité d’eau tiède, peut faire avorter la maladie. Une eau légèrement acidulée, dn petit-lait, des sucs d’herbe, l’eau pure (de bonne qualité) , ont fait cesser un grand nombre de fièvres intermittentes. Que les alimens soient choisis parmi les substances dont la digestion est facile, tirés du règne végétal, et donnés en petite quantité ; qu’un exercice méthodique soit conseillé au malade; une fatigue modérée éprouvée avant le paroxysme, en a quelquefois pi'évenu le développement.

EVACUATIONS SANGUINES.

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