‹ Histoire des marais, et des maladies causées par les émanations des eaux stagnantes. Ouvrage qui a obtenu le prix mis au concours par la Société Royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts d'OrléansChapitre 86 sur 99 · RÉVULSION. — ÉMÉTIQUE · texte numérisé non relu

RÉVULSION. — ÉMÉTIQUE

semens copieux de matières verdâtres , au milieu desquelles se trouva un lombric vivant. Les quatrième et cinquième jours, les symptômes bilieux étaient un peu moins prononcés , mais l’accès fut aussi violent , et il y eut plus de prostration. Le sixième jour, un grain d’émétique lit rendre une quantité énorme d’un liquide brunâtre, semblable à une lessive chargée; l’accès fut marqué par une prostration plus grande et l’engourdissement des sens , mais il se termina toujours par une sueur abondante ; il y eut peu de soif, même pendant la chaleur fébrile. Le septième jour, on donna un demi-grain d’émétique qui produisit des vornissemens de même nature, mais en moindre quantité; l’accès revint bien plus tôt que la veille, le froid fut profond et sans tremblement, la prostration complète; il y eut perte de connaissance, ronflement; l’expression de la face s’altéra, la déglutition devint impossible, le sulfate de quinine vint à propos pour sauver le malade, la sueur s’établit, la connaissance reparut, et le malade guérit.

Cette observation montre où peut conduire l’abus de l’émétique ; il a exaspéré les accidens inflammatoires à chaque prise , et on ne peut douter de l’issue de la maladie si le médecin eût persisté plus long-temps dans la confiance malheureuse que lui inspira un médicament évidemment contre-indiqué.

Lorsque l’émétique guérit, l’estomac n’est point malade ou n’est que faiblement surexcité ; le sulfate de quinine qui guérit aussi bien, n’expose pas le malade à autant de chances fâcheuses. L’émétique est

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la l)ase de la méthode de Irailemeiitle plus généralement adoptée par le vulgaire des médeeins dans les pays marécageux; ils lui unissent des purgatifs et cpielques prises de quinquina. Mais les hommes éclairés qui exercent Fart de guérir dans ces lieux insalubres , se gardent de prodiguer avec si peu de discernement le tartre stihié et les excitans du canal alimentaire. S’ils emploient Fémétique avec avantage, c’est qu’ils ont eu le soin d’en régulariser l’emploi. Jamais ils ne le donnent lorsque le ventre est douloureux, la langue fendillée, racornie, rouge sur ses hords et sa pointe ; la prostration considérable. Leur premier soin , quand un fébricitant se présente à eux avec ces phénomènes de surexcitation , est de faire disparaître les phénomènes inflammatoires par des boissons acidulés, et quelques applications de sangsues. Cette préparation réduit la fièvre à son état ordinaire, la langue devient souple, humide, s’épanouit; il n’y a plus de tension, de douleur à l’épigastre; le type intermittent s’établit, alors Fémétique peut réussir : la théorie de son action est ici celle des effets du quinquina.

5 2. Potion stibio-opiacée de M. Pejsson{i).

(i) Annales de la me'decine physiologique, année, in-8.°, Paris, 1822. La pommade stihiée, aussi supérieure à la potion , dit M. Peysson, que celle-ci Fest au quinquijia , est composée ainsi ;

Tartre stihié . 20 grains;

Faites dissoudre dans Eau distillée . quantité suffisante;

Incorporez dans

POTION STIBIO-OPIACÉE. 45i

La potion et les frictions stibio-opiacées de M. Peysson sont connues par les Annales physiologiques ; M. Jourdain en a fait une application spéciale au traitement des fièvres de marais.

Mugron , petite ville de la Ghalosse , département des Landes , quoique située sur une hauteur considérable, est environnée de marais exposés au nord , dans des lieux bas , non loin de l’Adour qui les alimente de ses eaux lorsqu’il se déborde. Les émanations des eaux stagnantes produisent des fièvres endémiques , dont le développement commence au mois d’août; alors les ardeurs du soleil mettent la vase à découvert. Voici le remède de M. Peysson: tartre stibié, un grain; eau, huit onces; sirop diacode , une once ; gomme adragant , un scrupule; eau de fleur d’orange, deux gros. On peut remplacer le sirop diacode par l extrait gommeux d’opium, le laudanum, dans un sirop simple (et sans doute par l’acétate ou le sirop de morphine); la gomme arabique peut suppléer l’adragant; enfin , toute eau distillée aromatique peut remplacer l’eau de fleur d’orange. On donne cette potion de deux manières; si le malade est fort et ne peut se passer d’alimens solides , on en fait prendre entre les accès une cuillerée pendant la première heure, deux la seconde, trois la troisième, et ainsi de suite jusqu’aux repas. Alors on la suspend pour

Axonge fraîche . i once

en quatorze doses. On commence par une dans Tapyrexiej on continue jusqu’à quatre.

452 THERAPEUTIQUE,

la reprendre deux heures après que le fébricitant a mangé, commençant par deux cuillerées, et augmentant de nouveau par degrés. Quand le malade est faible, délicat, et qu’il peut se passer d’alimens solides , on donne la potion , comme toute autre , par cuillerées , diminuant insensiblement l’intervalle entre elles, jusqu’à ce que le malade en prenne une tous les quarts -d’heure. On ne doit en cesser l’usage que pendant la violence des accès. Ce second mode paraît convenir mieux que le premier. M. Jourdain a traité avec cette potion quatre-vingtdix malades affectés de fièvres quotidiennes tierces et doubles tierces simples , de fièvres intermittentes compliquées de gastro-entérites, et de fièvres rémittentes et intermittentes subordonnées à une inflammation gastro-intestinale. Voici une analyse de ses observations :

Sur soixante -deux individus malades de fièvres intermittentes simples , la pyrexie n’a résisté que sept fois à la potion stibio-opiacée, diverses circonstances réduisent meme ce nombre à trois. L’accès a été supprimé tout-à-coup dans vingt cas, et trentehuit fois après avoir diminué progressivement d’intensité. Dans ces trente-huit observations, la fièvre a cessé quatorze fois au second accès , douze fois au troisième , onze fois au quatrième , une fois au cinquième. Des rechutes n’eurent lieu que chez six individus , qui avaient renoncé trop promptement à l’usage de la potion.

Huit fièvres intermittentes montrèrent l’irritation gastro-intestinale plus intense que dans les soixante-

POTION STIBIO-OPUCÉE. 453

deux cas précédens; toutes cédèrent à la potion stibio-opiacée , lorsque la complication pbleginasique de la muqueuse gastro-intestinale eut été combattue par les antiphlogistiques. La potion stibioopiacée est nuisible tant que la gastro-entérite aiguë existe, et lorsque la gastro-entérite chronique a été exaspérée. Elle réussit fort bien ( surtout en été ) si la surexcitation muqueuse de l’estomac et des intestins a cessé d’étre ; elle est préférable au quinquina dans les cas où la fièvre intermittente est précédée d’une phlegmasie lente , d’un état de langueur.

Dix-sept autres fièvres rémittentes et intermittentes dépendaient d’une gastro-entérite aiguë ; onze furent supprimées par la potion, quatre furent exaspérées par son emploi; elle ne la guérit dans deux cas que lorsqu’elle eut été alliée au sulfate de quinine. Ce mélange se montra manifestement nuisible dans les gastro-entérites rémittentes, tant que les symptômes d’irritation étaient prononcés. On ne le vit réussir que lorsque les symptômes de la gastro - entérite étant entièrement dissipés , la fièvre marchait sous un type franchement intermittent , ou au moins lorsque l’irritation gastro - intestinale avait sensiblement diminué. 11 faut, dans ces cas, ne la donner qu’avec beaucoup de précaution, et en suspendre l’emploi dès qu’on s’aperçoit qu’elle rend la surexcitation plus vive. La gomme arabique convient dès qu’il y a les moindres apparences de gastro-entérite. M. Jourdain a employé avec beaucoup d’avantages une mixture ainsi composée :

Carbonate de potasse , i gros ;

Eau, 5 onces;

Acide sulfurique, jusqu’à agréable acidité,)

Eau de fleurs d’oranges , f '

^ lonce.

oirop , )

dans les gastro - entérites prolongées, après avoir employé les antiphlogistiques, dans les fièvres intermittentes et rémittentes accompagnées ou dépendantes de gastro -entérites; toujours après l’emploi des antiphlogistiques. Elle rend la peau moite, la langue humide, dissipe la soif, diminue la fréquence du pouls, et accélère la convalescence (i).

M. Varlet n’a pas eu autant à se louer que M. Peysson de la potion stibio - opiacée, quoiqu’il ait eu la précaution de ne choisir que des fièvres intermittentes pures, et celle de commencer par le traitement antiphlogistique. Dans un grand nombre de cas, il n’a pas obtenu de bons résultats de l’emploi des nouveaux fébrifuges. Leur insuffisance l’obligea de recourir au quinquina , seul ou uni à l’opium , et quelquefois au tartre stibié. Suivant M. Broussais, la potion de M. Peysson est d’un usage moins général et moins

(i) Jourdain (E.-L.), Mémoire sur Pemploi de la potion stibio-opiacée du docteur Peysson, dans le traitement des fièvres intermittentes et des maladies périodiques apyrétiques. Journal général de médecine, tome 84? Paris, septembre 1825, pages 5oo - 555.

— Note sur l’emploi de la potion stibio-opiacée du docteur Peysson, dans le traitement des fièvres intermittentes et des maladies périodiques apyrétiques, Annales de la médecine physiologique, août 1823. Ce sont les corollaires du mémoire précédent.

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