‹ Histoire des marais, et des maladies causées par les émanations des eaux stagnantes. Ouvrage qui a obtenu le prix mis au concours par la Société Royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts d'OrléansChapitre 91 sur 99 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Stimulation interne.

Les arséniates que M, Fodéré a voulu naturaliser dans la partie marécageuse du département de l’Ain , ne s’y sont point maintenus , et ont suivi leur panégyriste de Trévoux à Strasbourg. Des médicamens d’une action beaucoup plus certaine et surtout bien moins dangereuse, dispensent d’employer ce terrible remède. Le plus célèbre d’entre eux, c’est le quinquina. Cette écorce est un tonique très énergique; on la donne pendant l’a pyrexie d’une fièvre,

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elle est en contact avec le tissu malade, et guérit; que se passe-t-il? a-t-elle une action spécifique? Cette opinion comptait beaucoup de partisans au temps ou rintermittence était considérée comme un être, et la fièvre comme une affection essentielle. Une quantité prodigieuse de substances médicinales diverses triomphent des fièvres quartes, sont -elles aussi des spécifiques? Ce mot spécifique est-il autre chose qu’un voile dont nous couvrons notre ignorance ?

Un tonique mis en contact avec la membrane muqueuse de l’estomac, irrite ce tissu; telle est l’action du quinquina. Des phénomènes d’ordre divers succèdent à l’usage intérieur à haute dose de ce médicament précieux. Ceux-là sont bornés à l’estomac et sont locaux dans le sens littéral du mot; j’ai indiqué la chaleur, le malaise épigastrique, les nausées, les vomissemens. Ceux-ci dépendent de l’action sympathique de l’estomac irrité sur le cœur, sur l’encéphale, sur la langue, sur les principaux organes de l’économie animale. Je place dans cette cathégorie l’augmentation de vigueur des contractions du cœur, l’accélération du pouls, l’injection des capillaires sanguins, la rougeur des bords et de la pointe de la langue, la chaleur âcre de la peau, etc. D’autres phénomènes qu’on pourrait appeler généraux , et dont l’apparition est plus lente , sont le résultat consécutif de l’absorption du médicament. Ses molécules portées dans le sang sont présentées par ce fluide à tous les organes dont elles modifient l’état normal. Ce n’est pas chose facile ou plutôt possible

STIMULATIOIV INTERNE. — QUINQUINA. 4^5 que de tracer une ligne de démarcation positive entre ces pliénomènes ; mais la discussion de cette question serait ici sans objet; bornons-nous à constater un fait : le quinquina guérit des fièvres intermittentes de marais, en surexcitant l’estomac. Il oppose pendant l’apyrexie, condition de rigueur, une irritation thérapeutique ou artificielle à une irritation pathologique qui vient de cesser d’exister, mais dont le retour est probable.

Cette surexcitation artificielle détruit-elle la modification organique qui subsiste, à ce que l’on croit, pendant l’intervalle des accès ! agirait-elle en rompant la tendance qu’a l’estomac .a s’irriter, uniquement parce qu’il vient d’être irrité ! est-ce qu’elle fait cesser les accès par sa propagation de l’estomac a la périphérie du corps , propagation qui prévient le retour du mouvement centripète des forces vitales, dont un accès nouveau aurait pu être le résultat? Peu importe, il guérit, voilà le fait.

Mais le quinquina triomphe aussi des fièvres rémittentes de marais quoique avec plus de difficulté.

Faisons observer que son action thérapeutique est d’autant plus certaine qu’il est donné pendant une apyrexie plus complète. Une irritation légère de l’estomac ne saurait être une contre-indication absolue à son emploi, lorsque des circonstances impérieuses le prescrivent. Mais n’éludons pas la difficulté; l’estomac était vivement irrité lorsqu’on a donné le quinquina; comment ce médicament a-til guéri ? J’explique ainsi ce phénomène de physiologie pathologique ;

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Des faits irrécusables ont démontré que firritation aiguë et mortelle d’un viscère , pouvait cependant ne produire aucune lésion de tissu permanente. Faut-il, pour que la mort ait lieu, qu’une inflammation ait détruit entièrement un organe important à la conservation de la vie, exige-t-elle l’anéantissement physique de celui-ci ? non, sans doute. Le danger d’une fièvre rémittente de marais et d’une inflammation quelconque, n’est pas subordonné exclusivement aux dimensions d’une ulcération, ou d’une congestion sanguine, sur une membrane muqueuse. Les relations sympathiques de l’organe affecté, voilà ce qui détermine, avec le concours de circonstances secondaires, le degré de gravité de la maladie. La susceptibilité naturelle ou acquise des sujets, leur tempérament, leur idiosyncrasie, exercent la plus grande influence sur les résultats possibles des fièvres, en termes plus exacts, des inflammations. Les variétés du caractère de la maladie, et la violence des symptômes des irritations, devaient être extrêmement nombreuses, et leurs nuances infinies chez certains sujets naturellement fort irritatables, ou rendus tels, soit par des maladies, soit par des excès. Le trouble nerveux général qui est le résultat de l’affection d’un organe, est si violent , qu’il donne la mort avant que l’inflammation ait eu le temps de se former, et de produire une lésion organique de tissu : voilà pourquoi on ne trouve pas toujours des traces de phlegmasie dans les viscères abdominaux à la suite d’irritations graves.

Ainsi , c’est le trouble nerveux extrême excité par

STIMULATION INTERNE. — QUINQUINA. 465' une irritation pathologique locale , qui donne la luort. Dans des circonstances plus heureuses , ce grand houîeversenient de l’organisme triomphe de la phlegmasie gastrique et de la surexcitation qu’un traitement incendiaire a occasionnée. Toute révolution dans réconornie animale qui s’opère brusquement, peut enfanter, aggraver et guérir des maladies. La variété des résultats dépend de la variété des constitutions individuelles, d’intensité de l’inflammation, etc. Cette révolution est, toutes choses égales d’ailleurs, plus dangereuse qu’utile, et cela particulièrement dans le cas dont il s’agit; mais il n’en est pas moins vrai qu’elle couronne quelquefois par le succès l’impéritie du médecin. Lorsque le quinquina est donné à un estomac enflammé ^ pendant le cours de la fièvre de marais ou de toute autre maladie , il augmente au plus haut degré la violence de l’inflammation. La langue devient sèche, comme brûlée, elle se colore d’un rouge vif sur ses bords et a sa pointe. La prostration, qui est le résultat de la concentration des forces sur le tissu surexcité, devient excessive ; l’exaspération de l’irritation pathologique par l’irritation artificielle, cause des désordres très grands dont la mort est le résultat ordinaire, mais aussi dont l’issue a été quelquefois la destruction de l’irritation locale.

En quoi consiste ce désordre l dans une affection sympathique. très vive de plusieurs appareils orga-^ niques, spécialement de l’encéphale. Cette affection n’est autre qu’une révulsion puissante ; pendant q^u’elle se développe les mouvcmens organiques sc

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IransporteiU de l’organe primitivement malade à ceux (|ue la sympathie associe à scs souffrances. Mais, on ne saurait trop le répéter, un résultat pareil ne doit jamais être provoqué sciemment ; car la nature ii’cst pas toujours disposée a guérir, malgré la maladie et malgré le médecin.

Ainsi , on ne donnera le quinquina aux liahitans des 'pays marécageux que pendant l’apyrexie. Si la lièvre est rémittente, on choisira le moment ou l’irritation gastrique est le plus légère. Ce médicament héroïque veut trouver un tissu dont l’irritabilité n’a pas dépassé son degré normal. Mais on dira que l’on guérit plusieurs phlegmasies extérieures , en attaquant directement l’organe enflammé par des stimulans violons. Ainsi , l’ophtalmie est tous les jours combattue et vaincue par le contact avec la paupière malade, des pommades de Desault, de Janin; de collyres, d’onguens dont la hase est le précipité rouge, le sublimé corrosif, des acides minéraux. Ainsi, les blennorrhagies invétérées résistent quelquefois aux applications de sangsues sur l’urètre, aux boissons délayantes et mucilagineuses, et cèdent à des injections extrêmement stimulantes. Comment guérit-on alors ? on l’a dit, en changeant le mode de surexcitation , en substituant une irritation artificielle à une irritation pathologique. Le raisonnement et l’induction conduisent à penser qu’on ne peut traiter de la même manière les phlegmasies de l’estomac. Cet organe est bien plus irritable, et a, avec les autres tissus, des rapports sympathiques bien plus nombreux , bien

STIMULATION INTERNE. — QUINQUINA. 4^7 plus intimes quAine surface muqueuse aussi circonscrite que la conjonctive ou celle de Turètre, et dont, d’ailleurs, la phlegniasie est chronique. Il n’y a aucune parité entre la réaction qui se fait à l’intérieur et celle qui a lieu à l’extérieur, et par conséquent dans les chances auxquelles on expose la vie du malade.

Avant qu’on eût déterminé rigoureusement la méthode d’administrer le quinquina , l’emploi banal de ce médicament causait de grands ravages ; au lieu de guérir la maladie, il l’entretenait, il l’exaspérait; l’irritation artificielle nourrissait l’irritation pathologique, et créait dans les annexes de l’appareil digestif (le foie, la rate et les ganglions mésentériques) des phlegmasies chroniques, bientôt suivies d’obstructions et d’hydropisie.

On est appelé auprès d’un malade, dans un pays marécageux, au moment où l’accès de fièvre a lieu. Les indications que présente la pyrexie pendant cette période, sont d’atténuer l’intensité de l’irritation. On ne guérira pas en ce moment la fièvre quarte par l’application sur l’épigastre d’un grand nombre de sangsues, mais des délayans, la méthode calmante, des frictions sèches sur la peau , une potion éthérée amoindriront souvent l’irritation. C’est pendant l’apvrexie qu’il faut agir.

Elle est arrivée , comment faut-il se servir du quinquina l On calculera la durée de l’intermit-^ tence, et pour mieux assurer le succès de l’écorce du Pérou , on cherchera à déterminer le degré de surexcitation de la muqueuse gastrique ; connais -

4G8 THERAPEUTIQTir:.

sance utile mais difficile à acquérir. Le quinquina rouge et, après cette variété, le jaune, méritent la préférence ; c’est en poudre et en poudre très fine qifil faut donner ce médicament. Le choix du véhicule importe assez peu; une eau aromatisée convient fort liien.

Dès que l’apyrexie est hien étalilie, on donne une dose forte de quinquina, afin d’ohtenir sur-le-champ l’irritation artificielle nécessaire pour prévenir le retour des accès. Six gros de la poudre pendant une intermittence (dose moyenne) ce n’est pas trop, quatre gros seront prescrits à la fois à Tépoque la plus éloignée du retour de l’exaspération; la seconde dose sera d’un gros ; la troisième de deux tiers de gros, et ainsi de suite, en décroissant, de telle manière que la dernière prise précède d’une ou de deux heures le moment du retour de l’accès. L’intensité de la fièvre et les circonstances individuelles modifient ces doses, mais n’attaquent pas le principe qui prescrit de diviser la quantité du quinquina qu’on se propose de donner en plusieurs doses inégales, dont la première est la plus forte et se compose de la moitié ou des deux tiers de cette quantité. Si la fièvre intermittente de marais ne cède pas tout d’un coup à cette méthode , il faut continuer en augmentant les doses. Lorsque les accès auront cessé, on diminuera par degré la quantité du médicament, mais on en continuera l’emploi, quelque temps après l’extinction de la fièvre, pour consolider la guérison. Des stimulans diffusibles, donnés au moment du frisson , produisent d’excellens effets.

Le sulfate de quinine est Ijien préférable à la meilleure des poudres de quinquina ; on ne saurait trop en répandre femploi dans les pavs marécageux. On sait que ce sel est d’un usage facile, qu’il est infiniment moins irritant que le médicament dont il est extrait, et qu’il agit avec une propriété fébrifuge bien supérieure. Huit, dix, ou quinze grains de sulfate de quinine, triomphent souvent des fièvres quartes les plus rebelles, et bien plus sûrement que le fameux ho lus ad quartanam , composé comme on sait de poudre de quinquina, de tartre stibié , de sel et de sirop d’absinthe. On donne le sulfate de quinine aux adultes , à la dose de six à douze grains { par prises inégales, en suivant le principe déjà indiqué) dans une infusion amère, du bouillon aux herbes, un verre d’eau. Le quinquina révolte certains estomacs qui le rejettent violemment ; on est obligé alors de le donner en frictions , sous forme de teinture alcoholique , en lavemens, etc. Mais prescrit de cette manière, son efficacité est bien moins certaine. Voilà un inconvénient majeur, qui est étranger à l’usage du sel découvert par MM. Pelletier et Caventou. Ce médicament, si actif sous un si petit volume, n’a pas la saveur amère de l’écorce péruvienne ; il ne charge pas l’estomac d’une poudre épaisse. Tous ces avantages ont été constatés par un grand nombre de faits, dus surtout au zèle éclairé de MM. Double, Magendie, etc.

Le sulfate de quinine n’a réussi au docteur Martinet, en Italie, dans le traitement des fièvres inter-

mittenles nées auprès des eaux stagnantes, que lorsqu’il était donné à doses très considérables. Ce médecin a observé beaucoup* de fièvres d’accès à Mi- ^liarino, terrain plat, situé a une lieue de Pise, renfermant plusieurs marais et complètement entouré d’eau. Ses malades étaient des cultivateurs , des hommes dans la force de l’â^^e; îe sulfate de quinine donné a la dose de douze à dix-huit grains, fut sans pouvoir; prescrit à celle de vingt -quatre grains, il fit cesser complètement la maladie, et ne produisit aucun effet désavantageux. Voici l’ime des observations publiées par M. Martinet.

François Redini , cultivateur, âgé de dix-huit ans, demeurant à Migliarino, est pris, le 28 septembre 1821 , vers les deux heures de Paprès-midi , d’un frisson violent qui dure deux heures, et est remplacé par une vive chaleur qui se prolonge jusqu’au milieu de la nuit ; une sueur abondante complète ce premier accès. Depuis cette époque, la tète devient le siège pendant tout îe temps de la fièvre , à sa région susorbitaire, d’une douleur très aiguë; le ventre n’est point sensible, même lorsqu’il est comprimé , et pas plus chaud que les autres parties du corps; la bouche n’est point mauvaise, la langue est nette et humide, si ce n’est au fort de la fièvre, pendant lequel elle tend à se dessécher. La céphalalgie ne cesse c|ue dans le cours de la nuit; il existe pendant la durée de r accès, une rétraction des extrémités inférieures, accompagnée de douleurs dans les jambes , semblables aux crampes. Cependant l’appétit se conserve, même pendant les jours de pyrexie.

Cette fièvre persiste avec les caractères inclicpiés ^ pendant trois mois, sous le type rpiarte. Au commencement de décembre, M. Martinet observa ce malade : la nutrition a peu souffert , le ventre ne montre aucune douleur , la région splénique n’est le siège d’aucun engorgement; c’est la première lois que Redini a la fièvre. M. Martinet laisse passer plusieurs accès pour bien observer leurs phénomènes, et, le 2 1 décembre, donne dix-huit grains de sulfate de quinine en trois doses, la veille du jour où devait paraître l’accès. Le lendemain, 2 5, la lièvre paraît avec les caractères accoutumés, seulement la céphalalgie est moins forte. Le 24? ^pyl’exie, appétit bien conservé, bouche humide, nulle douleur abdominale; le 25, 011 donne au malade vingt-quatre grains de sulfate de quinine , en trois doses, à deux heures d’intervalle chacune. Point d’accès les jours suivans. Le sulfate de quinine est continué à doses moindres pour assurer la guérison, qui a lieu sans rechute.

M. B ai iiy a employé avec beaucoup d’avantages le sulfate de quinine, dans les mêmes circonstances, pour guérir des fièvres d’accès causés sous le ciel de l’Italie, par faction des émanations marécageuses.

La propriété fébrifuge de la quinine n’est pas inférieure à celle du sulfate.

Il existe un préjugé dans les pays marécageux , qui contribue beaucoup à y rendre les fièvres endémiques ; ces maladies ne sauraient être guéries solidement, si des purgatifs ne sont donnés pendant leur cours et durant la convalescence. Gomment

472 THERAPEUTIQUE,

une pratique aussi (iéraisomiable n’ëterniserait-elle pas Jcs irritations intermittentes ? l’état des voies intestinales des habitans des contrées marécageuses réclame assez souvent l’emploi de la manne , de l’eau de poulet, quelquefois de l’huile de riein , mais ces substances sont laxatives, el occasionnent des évacuations alvines, en calmant l’irritation gastro-intestinale, et non en surexcitant la membrane muqueuse de l’appareil digestif.

Puisque la meilleure méthode de traitement des fièvres de marais est l’usage intérieur de la potion stibio-opiacée ou de sulfate de quinine, pendant une apyrexie bien complète , il en résulte que l’art de guérir les pyrexies rémittentes doit consister à les amener au type intermittent. On y parviendra en traitant chaque accès 'par des saignées locales peu abondantes, des acidulés, les rafraîchissans.

On s’est trouvé souvent fort bien dans le traitement de ces fièxres , de frictions sur la peau avec la flanelle sèche, ou imbibée d’un liquide aromatique chaud.

Beaucoup d’indispositions légères se transforment en fièvres quartes par défaut de soins. On ne peut se faire d’idée de l’incurie des babitans des pays marécageux sur leurs plus chers intérêts ; ils n’ont aucun soin de leur santé ; l’expérience de leurs pères et de leurs voisins est constamment perdue pour eux ; ce n’est pas du stoïcisme mais une apathie opiniâtre qui ressemble beaucoup â une sorte d’imbécillité : ils ne cessent de s’exposer à faction des émanations marécageuses que lorsqu’ils sont physiquement dans l’impossibilité de le faire.

Les maladies produites par Faction pathologique des émanations marécageuses, présentent-elles quelques indications relatives a cette cause ? oui , sous le rapport des circonstances particulières aux individus quelles affectent ; mais quant a leur nature intime, non. Je m’explique; il o’j a rien de spécifique à la cause dans ces fièvres; leurs symptômes ne sont pas aux émanations marécageuses ce que la syphilis est au prétendu virus vénérien , ce que les pustules de la vaccine sont au vaccin, ce que la petite vérole est à son agent exclusif. Ces pyrexies ne' diffèrent nullement en elles-mêmes des pyrexies à type analogue d’une cause autre que les émanations marécageuses.

Mais il est des considérations que le médecin appelé à les soigner ne doit pas perdre de vue. Etudier l’influence habituelle de l’air , des eaux , des lieux, tel est son premier devoir. L’action physiologique de ces modificateurs a donné à l’économie animale une manière d’être spéciale. Autre chose est de donner des soins à un habitant des pays marécageux dans sa chaumière ( placée ordinairement a peu de distance du foyer d’infection), et de traiter un étranger conduit par sa volonté au sein des émanations des eaux stagnantes, ou même un indigène qu’on a fait transporter sur une hauteur ou tout autre part, dans un atmosphère salubre. S’il y a tant de rechutes parmi les hommes du pays , s’il est si difficile de les guérir, si leur convalescence est si longue, si pénible, c’est qu’alors même qu’ils sont malades et en traitement, des vapeurs

délétères pénètrent dans leur économie animale. On ne peut ])resquc jamais les en isoler parfaitement ; il faut les protéger contre cet ennemi, en meme temps (pi’on attaque la pyrexie. En vain des feux sont allumés, en vain on prescrit des fumigations aromatiques , ces faibles j)alliatifs n assainissent pas Fatmosphère. Cet état de choses contribue beaucoup à perpétuer la maladie. Un médecin doit en tirer cette conclusion, qu’il lui importe de ménager les voies gastriques, plus qu’il n’aurait à le faire dans d’autres circonstances. Qui ne sait que la nature du climat modifie jusqu’à un certain point les indications thérapeutiques , sinon quant à leur nature, du moins relativement à l’énergie des médications ?

L’action physiologique des émanations marécageuses a augmenté le développement des tissus blancs , des vaisseaux et des ganglions lymphatiques, du tissu aréolaire , et probablement la vitalité des membranes muqueuses et séreuses, au détriment des systèmes sanguin , nerveux et musculaire. Ainsi, à cet égard, l’habitant des marais est placé dans des conditions particulières. La meme maladie qui, dans d’autres circonstances, et chez des individus d’un tempérament sanguin, céderait à de copieuses saignées, réclame d’autres soins, et guérit par l’emploi bien ordonné de la méthode tonique. Les inflammations qui atteignent les Bressans n’ont pas un caractère très aigu ; elles sont latentes, et marchent d’un pas lent mais sûr à des désorganisations profondes. Il y a chez ces individus une

STIMULATION INTERNE. — QUINQUINA. 47^ sorte dliypertropliie constitutionnelle de quelques organes parenchymateux, surtout du foie et de la rate. Si le caractère fondamental de leur organisme n’était que la prédominance de déyeloppement et d’action des tissus blancs, leur tempérament serait le lymphatique; mais ayec ce développement exagéré du système lymphatique, coïncide celui de deux des principaux viscères abdominaux; de là un caractère particulier de l’organisme. Il faut attribuer à cette turgescence du foie et de la rate, l’état de sécheresse, de dessiccation de la peau ; sa couleur est jaune paille, elle est souvent affectée d’éruptions chroniques sympathiques.

L’habitant des marais est souftbaiit presque dès son enfance ; il guérit de la fièvre (on l’a vu ) avec difficulté, rien de plus commun que les rechutes. Elles reconnaissent pour cause autant une modification morbide permanente de l’état des organes , surtout gastriques , que la continuité d’action des émanations délétères. Quelles sont les conséquences de ce fait ? une sorte d’habitude morbide s’établit dans l’économie animale ; le tissu souffrant reste sensible , et une surexcitation lé i: ère trouble aisément ses fonctions. Lorsque la fièvre a régné pendant long-temps, des obstructions incurables, des indurations chroniques au-dessus des ressources de la nature, s’établissent dans l’abdomen , survivent à la pyrexie, et , nées en partie sous son influence l’entretiennent, la rappellent , la perpétuent.

Quelles inductions naissent de cette théorie des obstructions ? c’est que pour les guérir il faut détruire la fièvre de bonne heure.

47^ THERAPEUTIQUE.

Un malade a le foie très gros, douloureux, on la rate aflfeetèe d’inflammation tdiromque ; déjà l’œdème a gagné les extrémités a])dominal(‘s, une gastro-entérite ehronicjue eoVneide avec cet état ; on compose le traitement de ces drogues incendiaires nommées apéritivcs , fondantes , désobstruantes , prodiguées sans égard pour les rémissions et les exacerl)ations. Ces substances stimulant(’s sont mises en contact immédiat avec un tissu cjni est le siège d’une phlegmasie chronique ; elles exaspèrent son irritation et consécutivement celle du viscère parenchymateux engorgé. Pourquoi sont-elles continuées avec une persévérance si déplorable ? c’est qu’en surexcitant l’estomac , elles provoquent une sécrétion plus énergique des sucs biliaires et gastriques , et produisent ainsi un soulagement d’un instant. Cette dangereuse amélioration est chèrement payée; le remède fondant exaspère l’irritation muqueuse et parenchymateuse ; il accélère la désorganisation des tissus affectés d’obstructions.

Lorsque les obstructions des vi?:cères sont anciennes, qu’elles ne sont plus une simple tuméfaction, et qu’on a lieu de croire que la dégénération squirrheuse commence à s’y établir (fatale conversion annoncée par la réunion des signes suivans : ancienneté de la fièvre, volume, dureté de la tumeur formée par le viscère engorgé; accroissement des dimensions de cette tumeur, dont la surface devient inégale et bosselée ; douleurs vives et lancinantes en ce lieu, amaigrissement du corps, prostration extrême, véritable adynamie, peau sèche, de couleur

STIMULATION INTERNE. — QUINQUINA. 477 de pain d’épice, fièvre lente, trouble et perversion des digestions, infiltration des extrémités abdominales et dn ventre) , on n a plus rien à espérer du quinquina. Et meme avant les premières attaques de la dégénération cancéreuse, si la pyrexie intermittente est ancienne, le quinquina ne doit être donné qu’avec beaucoup de circonspection et à très petites doses ; car dans ces cas l’irritabilité de la membrane muqueuse gastrique et intestinale est très vive. On essayera avec prudence le sulfate de quinine à petites doses; s’il passe bien, s’il rend les accès moins fréquens et moins intenses, on en continuera l’usage. Il faudra y renoncer dans tout autre circonstance. M. Audouard qui, pendant le cours d’une grande et savante pratique, n’a point été avare de quinquina , a guéri beaucoup moins de fièvres intermittentes anciennes avec cette écorce c[u’avec du petit-lait, auquel il ajoutait quelques gouttes de laudanum liquide.

La fièvre de marais n’existe plus, il ne reste que les obstructions. On ne doit pas aliandonner entièrement la résoiution de l’engorgement aux vaisseaux absorbans ; il faut aider la nature par l’application réitérée de sangsues, en petit nombre, sur la peau qui correspond au viscère malade. On prescrira en meme temps le petit-lait, les laxatifs, et lorsqu’on n’aura plus à redouter la gastro-entérite, des sucs d’herbes légèrement toniques.

Le traitement des hydropisies est dans les pays marécageux ce qu’il doit être ailleurs. Celui du scorbut, de la dysenterie, de l’entérite diarrhéique.

de la chlorose et des ulcères aux jamhes , ne présente aucune indication parti(‘ulière à l’insalubrité du climat. Si les secours de la médecine sont réduits à eux-mémes, leur influence n’est cpie secondaire ; c’est riiygiène qui seule peut changer l’avenir des contrées dont les eaux stagnantes infectent la surface.

BIBLIOGRAPHIE

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