MARINE FRANÇAISE
On lit, dans le Moniteur du âd mars 4793, que notre ma* line se composait, à cette époque, des bâtiments suivants :
A Brest. ... 47 vaisseaux, 0 frégates de 40, 23 frégates do Jl ; A Toulon. . . 22 vaisseaux, 6 frégates de 40, 14 IMgates de 32; A Rocbefort. 12 vaisseaux, 12 frégates ;
Total 84 vaisseaux, 64 frégates, 44 corvettes.
Guérin dit qu'il faut rejeter l'opinion erronée des auteurs qui prétendent qu'en 4793 la flotte française reçut un immense développement; que tous les documents firançais présentent des résultats contraires à leur opinion et à celle des historiens anglais.
Il ajoute que M. Tiirion-Lagravière a commis cette erreur d après ses autorités anglaises.
Cplte question esl assez inU^ressantc pour que nous nous y arrêtions, et nous la résoudrons en rendant un compte fidèle de ce que la Convention a fait pour la marine.
Admettons d'abord, avec M. Guérin, que la marine ne reçut pas, à cette époque, un immense développement, si par ce mot on entend celui des constructions de vaisseaux ou de frégates.
Oui ne sait quo rien ne s'improvise en marine, et qu'il faut de longs mois pour construire et armer convenablement une de ces citadelles flottantes qu'on appelle un vaisseau de ligne? La Convention ne pouvait opérer ce mirade, de sorte que le nombre des vaisseaux à flot augmenta très^peu, durant la courte période de sa session; mais, malgré tout, il est vrai de dire que notre marine rerut un grand développement; les historiens anglais ne so sont pas trompés en l'écrivant, non plus que M. Jurien-Lagravière i mais voici comment nous l'entendons :
Le ministre rendit compte, à la fin de juillet 4793» peu de temps avant la convocation de la Convention, qu'il y avait dans les ports, sur les rades ou à la mer,
21 vaisseaux, 35 frégates, U corvettes, 13 flûtes, 21 avisos armés;
53 vaisseauXi 37 frégates, 42 avisos désarmés ou eu commission.
D'une autre part, nous verrons que, dans Tété de 4793, c*est^-dire moins d'un an après la réunion des députés delà
Convention, il y avait 20 vaisseaux armés en rade de Toulon, 22 autres également armés, sous les ordres du vice-aïuit al Morard de Galles, en rade de lirest. et fleux dans la mer des Antilles^ ce qui faisait un total de 44 vaisseaux.
A la fin de 1794, une imposante armée navale de 34 vaisseaux couvrait les eaux de la rade de Brest, et le vioe-amiral Martin commandait à Toulon 46 vaisseaux, ce qui donnait un total de 50 vaisseaux armés.
Ainsi donc, 30 vaisseaux et autant de frégates furent arm dans le roorant de 1793; 50 vaisseaux furent maintenus en armement jiendant toute la durée de la Terreur, et, si \ on fléchit à la situation critique dans laquelle se trouvait la
FfiDoe, à celle époque où il ftillaît fàire face à tant de dangers, à rintéiieur comme sur les frontières, on admettra
que rien ne fut négligé pour tenir la niarine sur un pied respectable.
Observons encore qu'après une guerre sanglante de dix mnéesy après le désastre d'Abookir, après la perte de S3 vaisseaux de ligne, et d*an plus grand nombre de M* ptes, après la trahison des autorités de Toulon qui livrèrent m ennemis de la France une armée navale tout entière, 25 vaisseaux français et 17 vaisseaux espagnols se trouvaient réunis en rade de Brest, quelques autres ïiavi^uaîent dans la Méditerranée; i 00 000 hommes, campes sur les rivages de ia Manche, se tenaient prêts à embarquer sur S 000 ba* teinx de diverses dimensions, rassemblés dans tous les ports èiNord ; Nelson essuyait, devant Boulogne, un échec sanglant; DOS corsaires et nos croiseurs avaient enlevé aux Anglais plus de 2 000 navires, et ces derniers consentirent à signer le traité d'Amiens, qui restituait à la république et à ses alliés toutes les colonies qu'ils avaient conquises, sauf ia Trinité et Geylan.
« Cette paix, dit La Vallée, était la plus humiliante que « l'Angleterre eût faite depuis deux siècles. Deux Iles sem- < blaient le prix unique de dix ans d'efforts et de 4 milt liards de dette. La révolution française restait maîtresse
• de la Belgique, des provinces du Rhin, de l'Italie, ayant « sous son piulccLorat la UoUande, l'Allemagne, la Suisse, « 1 EIspagne. •
Voil<^ ce que dit 1 histoire, et nous protestons contre 1 opinioD de Guérin, qui assure que ceux qui gouvernèrent la France à cette époque autorisèrent les clubs à insurger les équipages, à conspirer ainsi avec tous les ennemis de la pairie, crurent qu'ils renouvelleraient Tannée de mer comme l'armée de terre, par le seul élan, le seul enthousiasme, anéantirent, d'une main téméraire, ingralc, impie, cette marine qui \(iuiit de faire notre force et notre gloire vis-à-vis de 1 étranger et qui avait fait pàUr l'Anglais. (Guérin.)