‹ Histoire des marins français sous la RépubliqueChapitre 22 sur 71 · TOULON · texte numérisé non relu

TOULON

Les représentaDis désignés pour Toulon arrivèrent, le 5 février, dans cette ville, où Ton s*éuit mis à Tœuvre pour re»

quc^rir des ou\ riors d'état des ports environnants, rassembler les malt ri;tii\ nécessaires, activer la construction des dix vaisseaux, que le port devait fournir (^).

Truguet, remettant son commandenKMil au contre-amiral Trogoff, partit pour Paris, le 28 mars 4793, après avoir rendu compte à l'Assemblée des trois corps qu'il était appelé près du Directoire exécutif.

Nous verrons que la ruine du commerce, la disette, la faim, changèrent les idées révolutionnaires des halntmits du Midi; que, dans les villes de Marseille et de Toulon, un parti puissant s'opposa bientôt à celui de la montagne, triomphant à Pans,;et que, par suite d'événements qu'on ne sut ni prévoir ni conjurer, notre arsenal delà Méditerranée fut livré par les royalistes aux ennemis de la France.

Les représentants, s'étant rendus, dès leur arrivée, aux sections, furent bientôt débordés par les coutre-revolution-

(1) Les ateliers étaient très4>ien approvisionnés et la célérité dos annemeots devait dépendre de Tactivité avec laquelle les vaisseaux seraient radoubés. L'artillerie avait besoin de 104 canons de divers calibres.

Dures, en majorité dans ces sociétés, qui se composaient, aux termes de îa loi, de tons les citoyens; aussi ne tardèrent-

il^ pas à so rendre aux clubs, autres sociétés populaires, entre lesquelles on distinguait celui des adorateurs de la liberté et de Tégalité, dit le club de Saint-Jean.

Les meneurs de ce club, profitant de l'exaspération du bas peuple , s*entourant de séides qu'ils gagnaient à leur cause» commirent des excès tels qu'ils provoquèrent eux-mêmes la dontre-rèvolution royaliste qui se forma dans la ville et de* vint de jour en jour {)las puissante. Nous ne citerons qu'un fait pour montrer quelle elail leur tyrannie.

Deux frégates de retour d une croisière, sous le commandement de M. de Basterot , devaient reprendre la mer pour conduire à Alger deux chébecks que Ton rendait au dey, dont on voulait conserver Tamitîé parce qu'il nous fournissait des blés, lorsque les matelots refusèrent de partir et portèrent plusieurs accusations contre leur commandant.

Le^ clubistes exigèrent que M. de Basterot fût traduit devant une cour martiale, et l'infortuné, condamné à mort, fut guillotiné sur le pont du Ruisseau-l'Égoutier. On l'accusait d'avoir voulu nous aliéner le dey, parce qu'il avait, par erleur, ordonné de tirer à boulets sur une barque turque, d'avoir souvent manifesté le désir de revenir au port, et de n'être resté en mer que sur les recommandations pressantes de son collègue Ferraud, commandant de la MinerVe.

On assure qu il était atteint d'aliénation mentale, mais que la vérité ne put se faire jour en ce temps de haines et de passions.

De même qu'il envoyait des victimes à l'échafeud, de même le club donnait des commandements, décidait des promotions, s'immisçait dans toutes les affaires de la marine. Douze notables furent, sur sa demande, emprisonnés au fort Lanialguc.

Mais bientM les royalistes, se meltafit en état d'insurrection dans les villes du Midi , considérèrent comin(> un devoir de résister à la Cïonvention et devinrent les plus forts.

A Toulon particulièrement , la face des choses changea complètement, et, malgré toutes les fautes commises, cet événement est à jamais regrettable, car les jacobins du club

Saiot-Jean n'auraient jamais livré le magnifique arsenal de cette vilie à nos ennemis. C'était le 42 juillet 4793, les clobistes avaient parcouru

les rues, les bras nus, le sabre en main, vociférant, menaçant de mort quiconque demanderait la réouverture des sections royalistes.

Pourtani la section des Minimes s'était réunie le même jour, et le citoyen Roux, après un discours énergique, avait rédigé une pétition qui fut présentée aux conseillers municipaux. Il demandait , conformément aux lois, la réouverture des sections.

Pendant (pi On ilflibôrait et que le tumulte était partout, le tocsin fut sonne, la générale battue, les bataillons de Ja milice s'assemblèrent, et, au grand étonnement des conseillers, les royalistes se réunirent dans leurs sections. Plus tard, ils envahirent le club Saint-Jean, saisirent les archives, arrêtèrent les membres et détruisirent les hideux emblèmes de la salle des séances, une flamme rouge surmontant le bras d'un Suisse tué aux Tuileries dans la journée du 10 août.

Ge fut ainsi, disent les chroniques du temps, que les bourgeois de Toulon , par un acte de fermeté et de courage;, enlevèrent la suprématie à une société de tyrans bas et sanguinaires.

Dès lors s'établit un comité général composé des notables de la ville : les deux représentants en mission , les chefs de la marine et de I'arm(^e furent invités à en faire partie, mais les premiers furent emprisonnés au fort Lanialgue, lorsqu'ils voulurent faire accepter la constitution de 4793.

Ge comité se mit en relations suivies avec celui de Mar^ seille; les dépêches du ministre de la marine adressées à Trogoff commandant l'escadre, à Chasse^ros commandant de la marine, à Puissant de Nolimont ordonnateurj furent intereejiin s, v.[ tous furent prévenus qu ils ne correspondraient avec Paris que par l'intermédiaire du comité.

Le 28 juillet 4793, les églises furent rouvertes* une féte commémorative établie en Tbonneur de ceux qui avaient péri victhnes des fureurs révolutionnaires. Gettq féte se termina par l'aulo-da-fé de la conslitutiou de 1793.

Oo comprendra à peine aujourd'hui de quelle indignation

furent saisis les jacobins à la nouvelle de ces événements. Marseille et Toulon furent mis hors la loi , et la Conveiition, adoptant des mesures énergiques , donna l'ordre au général Carteaux de marcher sur elles. £lle décida que les convois de blés destinés pour Marseille seraient arrêtés dans leurs marches, les envois d'argent supprimés.

Le coiiiit»' de Toulon, en donnant connaissance de ces actes à Trogoli, dccida que ces ( onvois seraient, au contraire, protégés, parce que l'idée d'alTamer les Marseillais était ioMme, qu*il8 seraient en droit, par représailles, de retenir les vivres de Tarmée navale, et que les intérêts de la Républiqfue seraient compromis.

Ce môme coauté lit traduire devant un tribunal de sa coaiposition les membres du club Saint-Jean, que Paris avait ordonné de mettre en liberté, et plusieurs d'entre eux furent condamnés à mort. Dans le nombre, on distinguait le président Barthélémy , qui fut guillotiné après avoir été livré aux huées, auic imprécations d'une foule en délire.

Depuis le jour de la déclaration de la guerre, plusieurs divisions anglaises étaient arrivées devant Toulon et, à la fin de mai 4793, il y avait déjà 49 vaisseaux et 9 frégates sous le commandandement du viccamirak Uood, dont le pavillon flottait à bord du Victory de 4S0 canons.

 la même époque, le vice-amiral espagnol Longara tenait la mer avec 24 vaisseaux.

Trogoff, se tenant prêt à défendre rentrée de la rade , em» bossa les siens et ordonna de faire les préparatifs nécessaires. On pourrait croire que la vue des ennemis eût donné des

idées patriotiques au\ niciubics du comité général des sections, mais il n'en fut rien. Par une trahison, sans exemple dans les annales de notre pairie, larsenal de Touion devait étie livré.

Nous avions en rade et armés SO vaisseaux et 6 frégates; dans le port et désarmés, 9 vaisseaux, 2 frégates; en construction, i vaisseaux et 2 frégates.

Le comité de Marsciiie s'assembla le 15 août 4793 pour

traiter de la grave question des subsistances , et ce fut dans ^ cette ciroonatance que surgit l'idée funeste de demander à ^ l'ainÎTal anglais qu'il voulût bien laisser passer les convois* au nom de Thumanité. Avant de foire cette démarche impor* ]

tante, on voulut avoir Va\\s des Toulonnais, do sorte que des pourparlers s'établirent entre le citoyen Gauthier de Brécy ..^ et Le Bret d'Imbert, capitaine du vaisseau l'Apollon. :

Les chefs de la marine, sans participer à ces menées, furent circonvenus, compromis, obligés d*y prendre part. On leur ? parla de la nécessité de désarmer les vaisseaux et de traiter avec l'amiral Hood. Ils repoussèrent, dit-on, ce parti extrême i: et conjurerènL de ne prendre aucune mesure sans consulter la Convention nationale, à laquelle ils voulaient qu'on expo- <j sàt les malheurs dont on était menacé.

Nous avons vu que Truguet, commandant en chef de Tescadre, se trouvait à Paris, et nous devons noter que la seule ;i lettre qu'il écrivit à TrogolT, en ces circonstances graves» n avait d autre but que de lui faire remarquer qu'il n'avait » pas agi convenablement en arborant sou paviUon sur le vais- seau amiral le Coniinerce de-Marseille. ^

Cette lettre, lue au contre-amiral au sein du comité, Texas- y péra; il écrivit une dernière fois au ministre de la marine et se plaignit amèrement de ne recevoir que des reproches* »

Le août, le comité de Marseille envoya deux députés i Tamiral Hood, pour le prier de laisser passer les convois attendus, et, à liuid du vaisseau le Victo7'y, le citoyen Abeille ^ signa l'acte indigne de la cession de cette ville à nos ennc- ; mis.

Pau de jours après, le général Garteaux, ayant dispersé les , milices départementales, s'empara de Marseille, où il fit son i entrée le 25 août. La foule éperdue se porta dans la direction

de Toulon: la population entière fut, pendant quelques jours, sous l'empire d une folle terreur.

A Toulon, Le Bret d'Imbert, président du comité, répandit une adresse pour annoncer aux soldats , marins et ouvriers, que la ville serait livrée aux Anglais, au nom du successeur de Louis XVI, et cette pièce, en date du 24, porte la signature de treize personnes.

Trogoff œ ia signa pas, non plus que Puissant de Moli* mont. Ghassegros, qui ia sigoa^ mourut ullérieurement de dttgrÎQ (1).

A cette époque, le GODtre*amlral Saintrlulient dortî depuis

peu de prison du fort Lamalgue, commandait l'escadre, et avait arboré sou pu\ liiou sur le vaisseau le Gommerce-de*

liurdeaux.

les équipages, à la réception de l'adresse, protestèrent OQDtre les intentions des Toulonnais.

L'historieD Guérin assure que Saint^Julien, souyent retiré à la campagne dans une bastide, ne 8*occttpait que de plai*

sirset d" orgies ; les chroniqueurs contemporains n'en [lai lont pas, et sont d'accord pour dire qu'il s'opposa toujours uiixvolontés du comité. 11 cessa même de reconnaître rautorilé de TrogofT, parce que ce dernier ne venait plus en rade. Il est avéré qu*il menaça ceux qui lui oommuniquèrent l'adresse de les faire pendre aux vergues de son vaisseau s*ils osaient y remettre les pieds une seconde fois, qu'il jura de bombarder ta ville si on l'empêchaiL de se défendre contre les vaisseaux

Cependant, soit que ce contre-amiral l'ait toléré, soit qu'il n ait pu Tempécher, Le Brei d'imbert, mettant le comble à la trahison , communiqua, dans son canot, avec les ennemis.

Le 84 août 4793, un officier anglais, débarquant sur le quai après le coucher du soleil , fut conduit à la salle du comité, auquel il donna connaissance d'une déclaration préliminaire de l'amiral Hood.

L'hésitation fut extrême, les sentiments patriotiques se réveillèrent; chacun s'imagina les malheurs de l'avenir, les * ttUats républicains victorieux» Toulon à lèu et à sang, les habitants mis hors la loi.

La majorité désirait que la ville fût livrée aux Espagnols plutôt qu aux Anglais, et l'on délibé Fci 1 1 u V e c anxiété, quand lout à coup les rues voiâiueâ de ia salie des séances se remet) La dernière lettre de ChaàSùgros au ministre a i)Our objet d'excuser TroguîF lorsque ce (iernier reçut des reproches pour avoir arboré son paviiiuu bui le Cummui ue-du-Marseille.

pHrentd*UDe foule de fnyards altérés; on entendit bu loin, ou Ton crut entendre» des coups de fusU , et le cri d^efl^î si

CODDU:

• Voilà Carteaux! voila Carlonuxl »

qui avait déjà retenti sur les quais de Marseille.

Chacun fut dupe de ces alertes» qui étaient fausses^ et l'on signa aux cris de :

• Viveleroil »

'la déclaration que Tofficier anglais emporta.

En même temps Louis XVll tuL proclamé roi de France. Oîi décida (pie le pavillon blanc remplacerait le pavillon tricolore à l'arrivée des Anglais, que ces derniers prendraient possession des forts, et défendraient les Xoulonnais contre les armées républicaines.

€omme les sections ne furent convoquées que le lendemain, il n'est point douteux que les membres du comité oonsommèrenl seuls la trahison. Plusieurs d'entre eux accompagnant Toffu ier anglais se rendirent à bord du Victoryj pour donner communication des résolutions prises.

De leur c6té, les marins de nos vaisseaux avaient délibéré sur le parti qu'ils devaient suivre, et décidé qu'ils ne permettraient pas aux Toulonnais de livrer leur ville aux Anglais.

Les vaisseaux durent être embossés, et prêts A combattre* Sauil-Julieii, adoptant l'avis des écjuipages, ordonna dos dispositions qui re|)andirenl la terreur dans la ville. Malheureusement il ne prit pas toutes ses précautions, négligea de s'emparer du magasin des vivres, laissa les batteries de la rade dans le délabrement.

Le S7 août 1793, dès l'aube, les habitants de la ville, dans une attente fiévreuse, montèrent sur leurs toits, les sectionnaires prirent les armes; les troupes gardèrent les approches de la place.

Chacun craignant le bombardement dont nos marins avaient menacé la ville guetta le moment où paraîtraient les vaisseaux de l'Angleterre.

Enfin on les signalai Trogoff, inquiet sur les mouvements

des siens, se rendit, de sa personne, à bord de la Perle, mouillée dans la darse, et y ht arborer son pavillon.

Alors, dit Gauthier de Brécy, la résolution et la fermeté de cet amiral décidèrent du mouvement, et le plus grand oonifaie des capitaines prirent le parti de seconder les sections.

Le chroniqueur Henri est d'accord avec Gaulhier sur ce fait .uravc, et l'on ne comprend pas qu'on ait essayé de réhabiliter Trogoff, s il est vrai qu'il se trouvait à bord de la Perle. Cette firégate portait le pavillon de la République, celui de commandement, et le signal de ralliement général et absolu.

De son câté, Saint4ulien avait lait hisser le signal de ralliement sur le Commerce-de-Bordeaux mouillé en grande rade.

Après quelques uiuaienls d'hésitation, six vaisseaux, obéissant à Trogoff, passèrent en petite rade, quatre se rendirent à l'appel de Saint-Julien, c'étaient :

Le Commerce-de-Bordeaux, 74 canons. Satnt-Julieiw^c^^!^^ Le Commerce-de-Marseille, 118 canons. Pasquier. >k 1j} Dn pua y-Trou in, 74 canons. Coamao-Keijulien. (i\ uJv'"^ f3 Le Tonnant, SO canons. Anùeth. \^y^^.<^

Le Commodore jBlphinstone prit terrOi dans la nuit du 27 au 38 août > au fort Laœalgue avec K 700 Anglais que conduisaient deux membres du comité.

Le 28 août, nos ennemis, craignant encore un piège, croisèrent devant la rade , puis huit vaisseaux vinrent jeter l'ancre, en (^changeant des saluts avec la tene.

Saint-Julien n'eut pas le courage de faire une résistance désespérée avec sa division contre la ville et Tarmée ennemie. Il quitta son vaisseau, et s'enfuit à terre. Le capitaine tiassin quitta, de même, sa frégate, à bord de laquelle resta le lieutenant Habron, avec sept matelots. Les capitaines Cazotte et buuvet hésitèrent à prendre possession du commandement, et les marins, recevant de leurs officiers le conseil d'armer les batteries qui bordaient la rade, abandonnèrent leurs bords pour se rendre à terre. Trouvant les batteries de TOuest désarmées, ils coururent en désespérés à celles du côté opposé sons le fort Lamalgue, où ils eurent la consolation de tirer

ijuelques coups de canon sur les vaisseaux anglais. Mais ces efforts furent vains 1 Tous nus bâtiments sans ex-

ception , la ville, l'arsenal , toutes ses richesses devinrent la propriété de nos ennemis.

Saînt-JttUen alla se constituer prisonnier è bord du vaisseau^aminil espagnol.

A la nouvelle de ces événements, les jacobins poussèrent (les cris d indignation. Tioguff, Chassegros, Puissant de Moliruonl furent , par un décret de la Convention , déclarés traîtres infâmes, et mis hors la loi; les citoyens eurent ordre de leur courir sus; on décréta que les Anglais détenus sur le territoire de la fiépublique répondraient, sur leurs tètes, de la conduite que Tamiral Hood et les royalistes tiendraient à l'égard des représentants Bayle et Bauvais, de la femme et de l'enfanl du général Lapoype, de tous les patriotes incarcérés.

L'ami I al espagnol de Langara mouilla sur rade avec 47 vaisseaux; les Napolitains, les Piémontais, les Sardes y vinrent également avec des bâtiments de guerre chargés de soldats.

L'amiral Hood, dans une proclamation, protesta de la

loyauté de sa nation; il désigna un contre-amiral pour gouverner la ville, nomma le contre-amiral espacnol Gravina, commandant des troupes, et leur adjoignit deux membres du comité. Il ût airéter plusieurs officiers qu'il soupçonna du désir de tenter un coup de main et, par un moyen ingénieux, se débarrassa des nombreux prisonniers quil craignait de voir déserter en masse.

(1) Trogotf, sur sa demande, fit armer en flûte quatre vaisseauXf qui appareillèrent avec 6 000 hommes, à destination de l'Angleterre. On leur conseilla, dit-on , de se rendre dans ce pays; mais l'amour de la patrie les aveugla; ils rallièrent les ports de l'Océan « où plusieurs d'entre eux fUrent jugés et condamnés à mort par les tribunaux révolutionnaires.

L'Orion jeta Tancre à Rochefort, T Aquilon à Lorient, la corvette le Pluvier à lioideaux, le Patriote et l'Entrepruiiaui à Brest.

(t) Brenton dit aussi que Trogolf écrivit à ce sujet à ramiral anglais.

Cependant les généraux Carteaux et I.apoype, partis de Marseille le 29 août avec 4 5(M) hommes, ayant marché en ivant, rencontrèreDt, aux gorges d*011ioules, les milices dé* partementales qu'ils repoussèrent sans peine; le capitaine Elphinstone, ayant repris cette position , avec de&>fDarins anglais, les soldats de la République ne s'y portèrent d une ma- Qièrc définitive qne le 6 septembre.

Le 4*' octobre 1793. nos soldats, par un hardi coup de Goains, s'emparèrent des hauteurs de Faron; le lendeniain il leur fallut les évacuer à la suite d*une lutte sanglante» dans laquelle les Anglais et les Espagnols eurent 488 hommes tués ou blessés, dont Tamiral Gravina et lord Mulgrave. Le chef de bataillon Victor se distingua dans cette circonstance, et acquit les premiers titres à cette célébrité qu'il a conquise sur les champs de bauille delu République et de l'Empire.

Le même jour, les Toulonnais remplacèrent le pavillon tricolore par le pavillon blanc, et les vaisseaux de la rade tirèrent des salves d*artillerie. Jame prétend que Pitt eut Fîdée de renouveler les traditions du moyen âge, en faisant proclamer le duc d'York roi de France, et qu'il rôva, dans le cas où ce projet ne réussirait pas, de fane de Toulon un second Gibraltar, après avoir préalablement éloigné les Espagnols. Nos ennemis songèrent surtout à détruire» au dernier moment, les vaisseaux et les établissements, après avoir traité de Févacuation.

Hood remplaça Gravina, blessé par le général anglais O lfara, malgré les vives réclamations du liculeaaiit j^éaéial espagnol, qui lai^ait valoir ses droits d'ancienneté. A ce sujet, de sérieuses discussions s'engagèrent, et l'alTaireprit une importance telle, qu'à bord du vaisseau ie Victory les Anglais se tinrent prêts à faire téte à deux vaisseaux espagnols placés par le travers. Hood disait avec raison que les Toulonnais s'étant livrés à l'Angleterre, il devait seul disposer du commandement suprême, ce dont il se montra jaloux.

A cette époque, la ville était occupée par 17000 hommes, dont 4 54â Français, 1584 Piémontais, 4âdi Napolitains» 6840 Espagnols et S 4 4 4 Anglais.

Les Totilonnaîs payèrent cher la venue de leurs notaveanx

Jiôtes, qui, se logeant à grands frais dans les principaux t tablissements, mirent 1rs lutoriti^s en demeure de leur procurer le luxe qu'ils appelaient du confortable.

Hood sapprima tous les traitements des fonctionnaires, et laissant la nourriture des équipages à la charge du comité général, le mit ainsi dans un cruel embarras.

On eut l'idée d'un emprunt d'un million de piastres, et l'acte eu fut dressé devant notaire, mais ni Irogoir, ni Chaussegros, ni Puissant de Molimont ne le sign^rcnt. Plus tard, Pitt proposa des stipulations nouvelles portant que Toulon ne serait rendue qu'à la paix et resterait la protégée de l'Angleterre. Hood insinua aussi que l'emprunt d'un million de piastres ne serait garanti par son gouvernement que moyennant une vente, consentie en bonne forme, de la ville, de l'arsenal, de tes richesses.

Aiiisi les pauvres Touionnais se voyaient joués, trompés, insultés par ceux auxquels ils s'étaient livrés.

Même, ayant décoré avec magnificence un vaisseau pour aller chercher à Gènes le comte de Provence, ils essuyèrent de l'amiral anglais un refus formel.

Mais revenons sur le terrain où la voix du canon de la République confondit les basses intrigues des uns et des autres.

Le 30 novembre 4793, vers trois heures du matin, le gé* néral O'Uara, se portant avec de grandes forces sur nos postes, attaqua le centre de Tannée de la République, tandis qu'une autre colonne se dirigea vers la batterie de la Goo-

vciiLiun, établie pai Bonaparte.

Nos soldats opposèrent une iieroïque résistance : surpris d abord, parce que Tattaquc eut lieu de nuit, ils se rallièrent à la voix de leurs chefs, et Dugommier, qui commandait depuis quelques jours, cita, comme ayant le plus contribué à électriser les hommes, le jeune officier d'artillerie que la Providence destinait à tenir le sceptre de la France, à devenir le plus grand capitaine des temps modernes et à remplir l6 monde de l'éclat de sa gloire. Les alliés, tailles en pièces, prirent la fuite, elle général O'Mara, blessé, resta notre pri*

5Pnnier. Ce dernier, apn'^s quehiucs conférences avec les represeataots Fréron et Barras, obtint qu ils pusseot entrer 6& ville pour s'eDteiuire avoc leurs collègues détenus au fort Lunalgue; malheureoseoient, les pourparlers n'aboutireot à iuotn résultai et le siège continua.

Le U décembre, nos batteries cunonnèrent les forts Malbousquet et Saint-Elme. Le suilciult iiiiiin. vers une heure du , matin, toutes nos troupes marchèrent en avant, suivant un pian habile conçu par Dugommier, et, victorieuses sur toute il ligne, emportèrent» malgré de vives résistances, les hauttm de Faron, du Petit-Gilbraltar, de TEguillette «t de Miguer.

Dès lors, les Anglais, jugeant que leur situation devenait critique, n solurent d'évacuer, contre Tavîs des Espagnols.

Leurs malades durent être embarqués sans retard, ceux de nos bâtiments qui étaient armés joints à leur flotte, les autres brûlés ou coulés, tous les établissements de l'arsenal détruits de fond en comble.

Des ordres prescrivirent aux commandants des postes avancés de se replier, et quelques-uns furent chargés de t^nir jusqu'au dernier moment, notamment à Missiessy et à Malbousquet. £nfin tes mesures les plus sages furent prises pour que l'évacuation se fit en bon ordre.

Lorsque les babitants apprirent ces faits, ils éprouvèrent mie folle terreur ; le mystère qui couvrait les opérations rendait la situation plus critique encore, car ils ne savaient s'ils devaient croire à un acte aussi infâme; les An<;lais, pensant ^ue, dans leur di'scspoir , ceux qu'ils abandnniiaienl à leur 'nal heureux sort pouvaient se soulever, ourdir une trame secrète et les exterminer tous, prirent mille précautions contre un projet de ce genre. Ainsi, le soir même de Tévacuation, ils pid»lièrent dans les rues, à la lueur des lanternes, les troupes ne partaient pas, que chacun pouvait dormir f^n paix.

C était au moment même où se publiaient ces nouvelles lausses pour rassurer les infortunés toulonnais, que le commodore Sidney«-Smitb^ arrivé depuis quelques jours, dispo* ttit tout pour Tacta perfide, car il s'était diargé de brdder

les ( LablissemoDts de Tarsenal, avec les vaisseaux qui s y trouvin'ent.

Quant aux habilaatfi, ils s embarquaient en foule pour fuir cette terre de France où désormais ils étaient hors la loi, et chacun emportait ses efféts les plus précieux, lorsque ces mêmes cris d*alarmes qui avaient terrifié les Marseillais et les membres du comité retentirent encore sur les quais et dans les rues :

* \ oilà Carteaux ! voilà Carteaux I »

Des vieillards, des femmes, des enfants se précipitèrent vers ie port en jetant des cria d'effroi ; les canots des Es« pagnols» des Napolitains, des Sardes, des Anglais sa remplirent des premiers qui se présentèrent ; on en vît qui, dans leur délire, se jetèrent à l'eau cl se noyèrent; de malheureux, enfants eu bas àgc se trouvèrent séparés de leurs parents qu ils ne revirent jamais.

< Pauvres Français, disait l'amiral espagnol Langara, nous « sommes venus ici pour vous faire assassiner. >

On a dit que 877 personnes s'embarquèrent sur les vaisseaux des alliés. Hood défendit d*abord de laisser monter les fugitifs à bord des siens; mais il réfléchit qu'en refusant rhospitalité dans cette ciiLunstance solennelle, véritable sauve-qui-peul, sous l'empire d'une terreur indicible, il, encourrait une trop grande responsabilité et revint sur sa décision première.

L'embarquement s opéra dans la nuit du 48 au 49 dé* cembre, alors que Sidney-Smith mettait le feu aux matières incendiaires cju il avait ajJimMres de longue main.

Les Anglais accomplirent leur œuvre de destruction à la vue des forçats rangés silencieusement et sur lesquels étaient braqués des canons chargés à mitraille; ils n'osèrent pas s'approcher du Thémistocle» à bord duquel se trouvaient détenus 800 jacobins du fameux club SaintpJean. Ces derniers, aidés par les forçats, travaillèrent de leur mieux à éteindre l'incendie.

Les Espagnols mirent seulement le ffeu à deuv poudrières. Les Anglais brûlèrent ou détruisirent 17 vai2»seaux, 7 frégâtes, â corvettes.

PJùt au ciel que leurs débris cnûaaimés eussent écrasé Sidoey-Sfoith el ses compagnons; maïs iis échappèrent sains et saillis el se vantèrent d'avoir fàii une expédition pélilleuse.

Mentionnons un détail touchant, consolant, dont le souvenir repose au milieu des horreurs de cette guerre civile qnî déchirait notre raalheureuso patrie :

La cathédrale de Toulon resta ouverte pendant toute la Doit; les vieillards, les femmes, les enfants s'y pressèrent en foule, le saint sacrement resta exposé.

Le général Gervon entra le premier en ville, à la téte d*une légion franche de Piémontais et de Savoisiens qui pillèrent et saccagèrent avec l'autorisation des représeiUunts. îls fusillèrent, séance tenante, 200 hommes d infanterie de marine qu'ils trouvèrent sur leur chemin et qui protestèrent en vain, avec leurs officiers, d'avoir travaillé à éteindre Tincendie de Tarsenal.

L'ancien major de la place Durand, vieillard de 80 ans, se

prébciiUiiil a la .suldatcsciue ca grande tenue, l;i poitrine rouverte de décorations, fut tué par ceux qu'il voulait empêcher de pénétrer dans sa maison.

On dit que le butin fut immense et qu'un arrêté prescrivit à tous les habitants de se réunir sur le champ de bataille, en y apportant leurs objets précieux. On les aurait, paralt-il, fusillés en masse, si l'approche de la nuit n'avait fait remettre l'exécution au lendemain.

Le represenlaiit Salicetti pria ses collègues Fréron el Kohespierre jeune de ne sévir que contre quelques coupables i Dugommier conaeilla de pardonner, parce qu'il supposait que les vrais coupables avaient suivi les ennemis de la République, mais on fot implacable.

Le 20 décembre ny3, sans attendre les ordres de la Convention, les représentants ordonnèrent d'exécuter leâ sentences de mort.

Les clubiâtes qui avaient été détenus pendant la réaction royaliste désignaient les malheureux que -les soldats rangeaient, à coupe de crosse de fiiail/ contre le mur qui ferme on des côtés du champ de bataille* A chaque commandement

de « feu ! • parlai l une décharge générale, et Ton assure que ron 86 permit des plaisanteries de bourreau :

« Que ceux qui ne sont pas morts, criaient les soldats, se • relèventl Ja République leur foit grftcef »

Beaucoup se relevaient, en effet, mais retombaient mortellemeiii frappés par une deuxième décharge plus rueurlrière que la première.

Pons dit que ces exécutions durèrent plusieurs jours sans discontinuer» et qu'on fusilla huit cents personnes.

La Convention nationale décréta que Toulon serait rasé, les établissements de Tarsenal seuls conservés, le nom infime de Toulon remplacé par celui de Port-Montagne.

Conformément à ces ordres, FiYtoh flt venir 1 200 maçons pour dt'jtiolir la ville; mais, à la réllexion, l'idée absurde de démolir les maisons ne lut pas mise à exécution.

Ce féroce représentant écrivait à ses amis de Paris que les têtes tombaient comme des ardoises, qu'il faisait deux cents exécutions par jour, que ses collègues de Marseille n'allaient pas si vite en besogne.

Trogoiï mourut peu de jours après le dr^partdcs Anglais (l) et emporta pour jamais dans la tombe le ?errel des faits qui sont restés à sa charge; des amis ont tour à tour essayé de le réhabiliter, mais leurs efforts sont restés d'autant plus infructueux, que pendant de longues années, sous le Directoire, sous l'Empire, sous la Restauration surtout, ceux qui auraient dû défendre sa mémoire ont iranlc le silence.

Nous devons, dans l'intérêt de hi vérité, constater ici que ce contre-amiral ne négli}];ea aucune occasion de faire connaître sa position difficile au comité du salut public; dès le S6 juin, il suppliait de lui désigner un remplaçant, pan» qu'il trouvait que le commandement dont il était investi était auHlessus de ses forces; le 41 juillet, il protestait de son dévouement à la République, se diddiii prél à distribuer à

(l) Ceux-ci se retirèrent aux îles ci Hyères, suivis do Trogoff qui commandait trois vaisseaux liauçais porianl pavillon blanc. Le leQ" demain du départ de nos ennemis, le vent bOuiQa de l'est avec force. (Brentoo.)

JnmkI des vaiseeainc les exemplaires de la constitution qu'on hu* avait annoncés, et ajoutant q[U*il donnerait, à cette oocanoo, une double ration de vin à ses marins; le S aoClt 1793, 3 rendit compte que toute sa correspondance était intei^

ceptée par le comité. Le lendemain, il écrivit qu il ne recenii aucune ref)onse à ses lettres, quoique toutes fussent pressantes et relatives au service^ que sa position était Aeose, qu'il ne l'avait pas recherchée, qu'il méritait des ^prds, qu'il valait mieux ne pas exister que d*étre dans sa position, etc., etc.

Le 15 août, il rondit compte de tout ce qui se passait au îein du comitt^ et demanda qu'on lui permît de gagner le large avec son armée navale, de partir pour Brest ou les

Enfin, le 16 août, il écrivit une dernière fois et se plaignît mûrement de ne recevoir que des reproches, parce que Tniguet, le véritable commandant en chef, ne lui donna ^goe de vie que pour lui reprocher de s'être permis d'arborer son pavillon sur le Gommerce-de-Marseille.

Lorsque Jean-Bon Saint-André accusa Trogoff devant la

Convention nationale, et cchk lut en demandant qu'il fût flétri ujumie un traître, il pas^a ^uus silence ce qui, dans sa corr^pondance, pouvait servir à faire ressortir ses sentiments patriotiques.

Au reste, 11 e^t vrai que des lettres ne prouvent rien ; la

conduite de cet amiral est un secret. Les uns ont assuré qu'il était ma l.ide, d'autres qu'il fut eni|Mu.-oi)né; d'autres encore <iu il prêta son concours aux maciiinations du comité.

H est une seule chose certaine que nous rappelons avec plaisir, parce que nous voulons chercher dans sa conduite ce

<iui milite en sa faveur, après qu'il a été flétri par la Convention nationale : c'est qu'il n'apposa pas sa signature au bas de l'acte par lequel les membres du comité livrèrent la ville aux Anglais, non plus qu'au bas de celui par lequel on voulait contracter un emprunt d'un million de piastres, en ^ hypothéquant sur les vaisseaux et l'arsenal.

Tels furent les événements qui se passèrent à Touiou,

dofU les habitants furent victimes, il faut le dire, de nos discordes civiles.

Lorsqu'on réfléchit à ces dramatiques épisodes, on ne peut que plaindre les infortunés qui perdirent leur fortune, leur

bonheur, leur vie. Qu'on n'oublie pas qu'une disette affligeait la France, que les villes populeuses de Toulon et de Marseille ne vivaient que des bles de la Sicile, de l'Ali^erie, de ritalie; que les Anglais arrêtaient les convois, que la Convention donna des ordres pour intercepter les envois d'argent et de vivres, et Ton comprendra que la disette, la mine du commerce, la faim mirent les habitants dans la cruelle alternative de mourir ou de demander la protection de l'amiral Ilood pour l'entrée des bit s.

A Brest, les habitants eurent aussi un besoin pressant de vivres, pour approvisionner les vaisseaux, nourrir une armée de volontaires et de soldats républicains, se nourrir euxmêmes; mais on fit mieux dans cette ville essentiellement maritime, sur la rade de laquelle n'a jamais flotté le pavillon des Anglais victorieuT.

Aliiis qu'on attendait un inqH)rtant convoi de lilt'^. nul n'eût osé émettre l'idée d'implorer la pitié des ennemis; mais les vaisseaux furent armés en toute hâte, manœuvré» par de simples pécheurs ou des paysans. Us allèrent audevant des escadres ennemies, se maintinrent bord à bord, trois jours durant, se battirent avec acharnement, ne reculèrent jamais, disputèrent deux fois la victoire et ne subirent un revers glorieux qu'en sauvant ce convoi, qui, effectivement protégé à son passage, d'après les ordres de la Gonvention, passa inaperçu.

La faute de ces malheurs est tout d'abord à la charge de éeux qui, par leur oi^eil ou leurs fautes, ont provoqué l'orage de la révolution, aux puissances qui bloquèrent nos ports, h ceux qui vi ni m ent affamer leurs habitants, aux conventionnels qui, dans leur logique c<?oVsme pour Paris, Hennés, Brest et autres villes importantes dévouées au jacobinisme, sacrifièrent Toulon et Marseille dévouées aux royalistes.

ta faute en est aux autorités civiles et militairesi à Trogolf,

Puissant de Molimont, Ghassegros; lia auiai(»nt dû ne jamais se goumettre aux ordres du comité jiénéral des sections, ré. cnser sa coiii|>éieace, provoquer des instructioas, appareiller iTCC la belle escadre dont Us disposaieot, aller en Espagne, en Ilalîei en Amérique, partout où, rançonnant les ennemisi ib aoraieiit pu se procurer des approvisionnements.

Tout valait mieux qu'une inaction sur la rade. Saint-Ju- 'it-n, qu'on a voulu stigmatiser, qu'on a Luiidatutié, peut-être, pour sauver la mémoire de Trogoff, eut do bonnes intentions, i après Thiers et d'après nous-méme. U manqua d'héroïsme, Mis il pouvait ne pas essayer arec quatre vaisseaux ce que Vautres jugèrent impossible avec vingt-deux.

Puissant de Molimont Taccusa plus tard; mais il avait trahi lui-iiièiue; il n'avait le droit d'accuser personnel...

A la suite d'une enquête qui fut ouverte, dans tous les ports de la République, sur les événements qui s'étaient passés à Toulon, Puissant de Molimont fut réhabilité en 1798, Ce fut loi qui raconta que SainUJulien allait s'enivrer dans ta maison de campagne à l'époque où se tramaient les plans perfides qui livrèrent la ville. Il est prouvé que l'adresse aux équipages, signée tout d'abbrd par Le Bret d'Imbert, ne le fut point par les chefs de l'escadre, de l'arsenal et de la eomptabilité, que ce dernier, qui était Puissant de Molimont, hA personnellement gardé à vue afin que personne ne pût troubler un acte souverain du peuple de Toulon.

Voici, d'après Jame, le bilan de nos pertes :

17 vaisseaux, 7 frégates, 3 corvettes furent brûlés;

3 vaisseaux, 5 frégates, 7 corvettes furent enlevés par les Anglais;

4 frégate, 2 corvettes furent enlevées par les Espagnols. Heureusement, le feu épargna les principaux établisse^

ments de Tamnal et les dépôts de bois du Mourillon.

Le Censeur, le Guerrier, le Souverain, la Victoire et le Sans-Culotte restèrent à peu près intacts; le Tonnant, 1 Heureux, le Gouuiierce-de-Bordeaux, le Mercure, le tionquérant ne furent que peu endommagés.

Les frégates la Sérieuse» la Courageuse, l'Iphigénie, la Mi-

nerve, la Justice et quelques petits navires nous restaient également.

Lorsque nos soldats Tainqneurs eurent i>ris possession de Toulon, le commissaire Pomme, ordonnateur à HàrseîUe, fut désigné potir remplir les fonctions d'agent maritime.

En même temps, le capitaine de vaisseau Castelnau fui noninu' conunandanl des armes.

Le premier réunit un conseil de patriotes, réorganisa les bureauxi fit renaître l'ordre dans les services» requit tous les ouvriers d'état dont on avait besoin et donna des instractions pour que les travaux pussent être repris immédiatement.

On retira du fond de la nier une grande quantité d'objets qui servirent encore à bord des liàtinit iiu en armement (1). Hien ne fut néglige {^our créer une nouvelle escadre.

Le contre-amiral MartiUi nomme commandant de la marine par le comité du salut publio, entra en fonctions le 20 avril 4794» et ringénieur-<onstructeur Le Roy fui chargé de la direction des travaux.

Martin refusa d'abord les hautes fonctions dont on l'investissait: mais on l'obligea d'accepter, et son patriotisme, son énergie, ses capacités trouvèrent une belle tâche dans la réorganisation des services de cet arsenal, que nos ennemis avaient essayé de ruiner de fond en comble. Il sut réveiller le zèle des employés et parvint, après des efforts de toute espèce, à créer une nouvelle escadre. Les vivres, si difficiles à se procurer, furent fournis par les caboteurs qui ai ri\ aient à bon port, pràce à la surveillance incessante de quelques croiseurs actilis, grâce à des signaux bien entendus établis sur le cap Sepet, et qui indiquaient aux capitaines les mo* ments fovorables pour prendre le large ou chercher un refuge dans le port.

Cet amiral arbora son pavillon sur le Sans-Culotte, dsns

la juuriice du 5 mars 1794, dès que ce vaisseau eut été ms

(1) On sauva 1 frûgate, li)7 bâtiments divers, 5 curemoUe^, li5(J0 Itoulots, 82 prolins, 47H canons, 11 picrriers, 17 obusiers, 3 mortitirsi, 89 aucre^, des chalands, des canots. (Gabarrier, 4 frimAlW

saDL)

eo rade ; le Toaaaûl, le liuiulcua y furent conduits peu de temps après.

On verra plus loin quel parti il sut tirer des forces navales placées sous 8oo commandement. Le 9 novembre 096, Dommé connnandant de la marine à Aoctiefori, il remil le eommaiMiemeiit de Tescadre à Biueya.

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