BREST
Le vice-amiral Morard de Galles reçut le commandement de l'escadre de Brest au commencement de 1793 , et I on verra que, cédant à la grave insurrection de ses marins, il fut obligé de quitter la baie de Quiberon pour revenir en rade.
Lorsque le parti de la montagne eut pris le dessus sur celui di;s girondins , le mouvement révolutionnaire eut un élan de terrorisme que les patriote» acceptèrent coumie ligne de con-
(1) Lea Anglais lancèrent sur Galvi plus da 3000 bombes et Ton aouffril, dans cette ville, d'une affreuse disette, car eUe Ait cernée par terre et par mer. La garnison réduite & 260 hommes capitula le
diUe. Beaiiea» Nantes, Brest deviorent des centres d'action en firetagne. Les représeatants envoyés en mission ne lai»sèrent aux administrations départementales qne la responsa->
biiitéde l'obéissance passive.
Dans le mois de septembre 1793, Tréhouart et Bréart arrivèrent à Brest, crédités û'uiw suinniede 300000 francs, des* ûoéeà secourir les purs palriotes, à leur gagner des acolytes. Us se présentèrent à la société populaire, qui se réanissait dms la salle du théâtre, pois, après des discoure emphatiques, dans le style du temps, énumérant longuement les mesures énergiquesdes montagnards triomphant à Paris pour anéantir le fédcialismc, cerlili;int (ju ilsap:issaicnt (laîu> le seul intérêt des patriotes, ils pronontèren lia dissoi ution de la société populaire, en donnant des ordres pour sa reconstitution im- Aédiate. Douze citoyens choisis se réuniraient pour former le Boyau de la nouvelle société, désigneraient eux-mêmes douze MUes membres, qui , réunis aux premiers, en nommeraient encore viuj^l quatre; ainsi recomposée, elh; ferait son règle- Bieoi, déterminerait son régime intérieur, lu lurme des admissions, 1 objet des travaux.
Les douze fondateurs de la nouvelle société furent présentés aux représentants par un certain Damour , médecin, exaembre du comité de surveillance révolutionnaire de la section du Fanthéon français de Paris. Sa lettre de présentation une pièce curieuse , que M. Duchatclier a reproduite (kns son histoire des provinLes sous la révolution.
La nouvelle société se constitua donc au gié des représentants, et nous verrons que les patriotes qui en étaient les Biemlbres méritèrent de la patrie (I }•
Voici le serment terrible qae chacun prétait : '
• Je jure exécration aux rois, à leurs supp<Sts, fidélité en-
• lière aux lois de la République une et indivisible. Je jure
• de préférer inille morts d l'infamie d'abandonner le poste
• que la pairie m a couûé. »
fl) Certificats des autorités judiciaires, (Commerciales, militaires, imut que ia soci<^t(^ populaire vtait compu:iéti d'tioaut^tes gens, il9 i>ur$ patriotes. (Messidor anllJ.)
Les feniiucs, les enfants, les vieillards asBÎSteieDt aux rèiir nions. Une accolade fraternelle du président devenait uoe sanction déliuiUve.
Dès lors, nul ne put se soustraire à la terreur qui était à rordre du jour. Ceux qui, dans les garnisons , sur les vaisseaux, dans les administrations, faisaient commerce de leurs places ou de leur crédit, furent expulsés et punis. L'ingénieur-constructcur Forfait lui-même, ancien membre de VMr semblée législative, ayant été attache au port de Brest, par onire de Jean-Bon Saint-André, parut devant la société.
€ Qui es -tu? » lui demanda le président.
Il montra ses ordres, croyant que la signature d'un représentant ferait lever les difficultés.
. Cela ne se peut, lui répondît^n; tu as été , il y a peu de « temps, attaché au ministère de Bertrand de Molleviile. • Vous avez essayé de remettre nos armées sous le comman- « dément des ci-devant nobles. Tu n auras jamais la direction
m de notre port. »
Les membres de cette société ne jouissaient, d'après les règlements, que d'une faible indemnité; ils restèrent pendant plusieurs mois en exercice, sans même rentrer dans les frai»
de leur p^enli^re installation (1).
Les rcprcbentant s, après avoir épuré les clubs, créèrentdtt comités de surveillance, arrêtèrent ceux qu'on soupçonnait de fédéralisme, frappèrent tous ceux qui lireut résistance (2).
La levée des 300 000 hommes eut lieu sans grande difficulté dans les départements de la basse Bretagne; une seule résistance, peu sérieuse, fut organisée, dans- le canton de Saint-Pol-de-Léon, par les royalistes, mais des troupes qui ao coururent de Morlaix et de Brest, sous les ordres du général de Caudaux, dispersèrent facilement les paysans, assemblés sur la place de la ville un jour de marché. {Mimteur du SO mars 4793.)
(1) Duchatôlier, BitUnre de la révolution dam les prmnMtt de
l'Ouest.
(2) Une proclamation bretonne répandue dans les campagne? terminait par ces mots : « U liberté, l'égaUté ou la mortl » (2? ^ tembrc im)
Les populations du littoral, habitués an systènie de l'inscription maritime, se confomièrent aux ordres de la Convention; on dit morne que les hommes maries des environs de Brest s'offrirent pour servir les batteries de c6te, alia que les jeiroes gens de réquisition pussent marcher contre les enne^ mis de la République.
Pour organiser les demi-brigades , les grades se donnaient à l'élection, aux plus instruits, aux plus énergiques. Les autorités, désignant les officiers, les présentaient ensuite aux recrues^ qui, d'ordinaire, les recevaient à l'unanioiité. C'est ainsi que se composèrent ces armées d*hommes dévoués à la Gooyention ; et^ pour habiller, nourrir, équiper les soldats, on mit en réquisition toutes les ressources du pays.
Les armes de toute espèce durent être déposées daus kb magasins de 1 État.
Voici, au sujet de la levée, une anecdote dont nous garantissons rauthenticité. C'était dans les premiers jours de février 4793, peu de temp^ après que la Convention eut décrété
b levée en masse du peuple français. Le tirage se faisait dans unedescomiiiLiiiesdu littoral de la basse Bretagne (1), et les citoyens étaient rassemblés dans l'église, qui servait, pour cette circonstance, de maison communale. Les conseillers municipaux, gens de campagne pour la plupart, étaient assis dans l'enceinte du chœur autour d'une grande table que recouvrait un tapis vert, et chacun d'eux était ceint d'une ceinture tricolore, marque distînctive de leur qualité.
Les préambules de la cérémonie solennelle, que tout le monde connaît aujourd'hui en France, mais qui était alors une nouveauté, ne produisirent aucun incident, et les assistants, le chapeau ou le bonnet de laine à la main , gardèrent d'abord un profond silence. Le respect naturel que l'on porte aox représentants du pouvoir , mais plus encore la majesté du lieu commandaient cette attitude.
Pourtant, à mesure que les numéros sortirent de l'urne, que, fatalement ameués, ils firent counaiire ceux qui étaient des*
(1) Roscoff, département du Flaistdre.
tinés à partir pour défendre la patrie, des mummres 86 firent
entendre, de sourdes menaces troublèrent le silence, quelques mots bretons énerp:iquement pi é noncés indiquèrent la présence de m(^LOiitLMiLs, même de séditieux.
Le maire et son adjoint, tous deux étrangers au pays et ne comprenant pas le langage des paysansy demandèrent à leors collègues ce qui se passait dans la loole*
« Ils disent, répondit l'un des conseillers, qu au lien de
• pai lii pour la guerre ils Il'i aient mieux de vous casser la « tète. »
L'adjoint-maire s adressa à i'uu de ses collègues dont le ÛU était désigné par le sort.
« Seité,dit*il, tu es un bon républicain, un honnête hommé?
• Tu entends ce que disent plusieurs des jeunes gei» qoi
« sont dans Téglise^Eh bien, quitte-nous pour un moment! « Monte dans la i liaiir du curé, dis-leur à tous que ton fils
• lui-mùine est tombe au sort, (lu'il partira demaiu puur faire « la guerre aux ennemis de la République , et que ceux qui
• ne feront pas comme lui seront considérés oommedealéclies et fusillés comme des chiensi »
Le paysan, vieillard respectable, se dirigea vers cette chaire
uu, pour parler au peuple, le prtHre seul, jusqu'à ce jour, avait eu qualité. Il portait à lu tnain 1 arme traditionnelle deâ Bretons, le penn-bass, arme dangereuse, comme un cassetôte de sauvage. U était ceint de la ceinture tricolore, et ses sabots firent résonner les dalles*
A son apparition, tous se tarent, et il débita d'un ton bief le discours que lui avait soufflé son collègue. Il ajouta que c'était sur liiest que les jeunes soldats dcvaieiil marcher, que là étaient les chefs appelés à l'hoimeur de les commander, que, sans nul doute, ils iraient combattre les Anglais; puis il termina, d une voix éloquente, en disant que ceux qui ne partiraient pas seraient considérés comme des lâches 9ifmklés comme des chiens 1
Le mot anglais {sacusoun) fut répété par tous, des cris d'as* sentiment se ûrent entendre et, dès ce uioiuont, les jeunes gens de cette commune furent gagnés à la cause de la révolution.
Le i octobre 4793, Jean-Bon Saint^André et Prieur de la
Marne, désîf^ni's pour Brest, arrivèrent dans cette ville avec (les instructions qui pourraient se résumer en ces mots éloquents :
Aiiez et sauvez Brest!
« A moD arrivée, » disait Jean-Bon Satnt^André à ses amis de Paris, < j^eos à lutter contre mille difficultés , pour ne pas
• laisser d» pérîr la flotte, combattre le fanatisme des cam- « pa?nes, au milieu de ce peuple qui parle une langue in-
• connue^ adore ses prêtres, ignore les lois de la République; c pour dominer le fédéralisme qui se montrait à Brest avec t audace et faisait languir tous les travaux. >
Lorsque Fermée navale de Morard de Galles revint de Qoiberon, les représentants consignèrent les équipages, consultèrent les matelots, recueil] ireuL des renseignements, prodiguèrent les revues et les parades.
« Chaque officier, > écrivait Jean-Boa Saint-André, « vante
• sa conduite; mais les matelots, plus simples, avouent fidè-
• ianent les erreurs commises; de sorte qu'il est difficile de
• démêler la vérité, dans ces rapports contradictoires. 11 nous > fiut désigner de nouveaux officiers , rétablir la discipline, « ravitailler les vaisseaux, encourager et contenir les ou- « vriers du port, faire pousser les travaux. »
il reodit compte que les matelots regrettaient leurs aumôniers, et mit à bord des vaisseaux et frégates un instituteur pour apprendre la lecture et l'écriture; les gabiers furent chaj^ d'apprendre le matelotage aux novices et aux réqnintionnaires. Il se rendait souvent à bord des bâtiments, traitait fraternellement les hommes, écoutait leurs réclaiiiaiions, ne prenait que les niesures les plus justes pour leur bien-être, leur discipline, leur dignité.
11 donna le commandement en chef de Tannée navale à Vil- Itret de Joyeuse, qu'il nomma contre-amiral , et promut au même grade Nielly, Bouvet, Vanstabel, Gomic; Il chargea de la direction des travaux de Tarsenal l'ingénieur Sané, qui déjà, disait-il, avait construit, à cette époque, plus de cinquante vaisseaux de ligne, entre autres la Montagne, de 420 canons, le plus fin voilier des armées navales de France et d'Aogle-
terre. Il ne voulut pas créer un tribunal révolutionnaire à cause de respioonage bas et vil qui se faisait autour de lui, et imroe gne, pour toutes instructions, ou lui avait dit :
m Allez et sauvez Brest! >
II expédia des troupes pour guerroyer contre les chouans; établit plusieurs croisières dans In Manche, dans l'Océan; se vanta, non sans raison, il faut le dire, d'avoir fait construire les phares de Penmarch et de Groix, dont les plans, souvent proposés, avaient toujours été rejetés.
C'est ainsi que Jean-Bon Saintr André rendait compte à ses amis de Paris des services qu'il avait rendus, dont quelquesuns étaient réels.
Pour tenir tète aux Vendéens, il expédia un bataillon de ligne, 300 gardes nationaux, 2 pièces de canon. Chemin foisant, cette troupe se renforça des clubs de Quiniper et de Landemeau. Prieur de la Marne dirigeait ce mouvement pendant que Tréhouart faisait également partir 4 200 hommes de Lorient. Plus tard, d'autres troupes furent encore expédiées de Brest sur Difian.
Sur la deniande du représentant Bi eard et de la société populaire de Brest, le comité du salut public consentit à la création d un tribunal révolutionnaire dans cette ville. A cet effet, quatre compagnies de canonniers parisiens reçurent l'ordre de se rendre d'Avranches à Brest, pour mieux révolutionner cette ville bretonne; le représentant Laîgnelot, qui avait montré tant de zèle à Hochefort, s'y rendit également
Le 40 janvier 1794, le 1 aUtillon de Paris fit son entrée. nuit était obscure, le temps froid.
« Les rues, • dit Duchatelier, « furent éclairées par la € lueur de torches fumeuses, que portaient des étrangers à « longues moustaches, aux bonnets à poil élevés, à Tair fa- « rouche. — Laîgnelot les précédait, les canons suivaient, « mèches allumées, et les soldats se rangèrent sur le champ • de bataille en attendant leurs billets de logement. — »
Peu de temps après, le tribunal révolutionnaire fut créé; il s'éuhiit dans la chapelle de la marine; la guUlotine fut dressée, le même jour, sur la place au GhàteaUi entre la
porte d'entrée de la forteresse et la mâture; les juges siégeaient en bonnets rouges; les accusés se présentaient escortés de deux gendarmes qui avaient le sabre à la maio, et, saos Jongs débate, sans beaucoup de formes, sans pitié, su» pudeur, ou ooodainDait à la détention, à l'exil> à la mort des infortunés dont les seuls torts n'étaient que d'être enoemis de la révolution qui les ruinait (I).
Un commis de marine, jeune muscadin aux traits efféminés, aux longs cheveux bouclés, s elait oilerl \olontaileoieot pour couper la tète aux aristocrates» Les condamnés » rendaient à récbaiaud par la rue du Château, que boréuent les soldats de Paris, et» pof&dant la marche funèbre, 1» airs patriotiques alternaient avec des roulements de tambour.
Auisi marchèrent à la mort plusieurs ofûciers du vaisseau le Ferme et de la frégate la Calypso, que le chef d'escadre de Bivière avait livrés à Tennemi; plusieurs capitaines des vaisseaux de Tarmée de Moraid de Galles^ bien d'autres personnes de toutes conditions, et enfin les vingt-six administrateurs du département. Ces derniers, décrétés d'accusation par la Convention, ,u aient voulu, dit-on, soulever le pays lonfre Paris, et le tribunal de Brest les condamna sans pitié, {uoique leur culpabilité eiit été contestée. Us moururent le ^ mai 4794 (2).
Du SI pluviôse au 4 thermidor, le terrible aréc^age conduana 68 personnes à mort, 4 1 à la déportatbn, 403 à la dé* tention.
Jean-Bon Saint-André et ses collègues, ayant destitué i amiraux, 72 capitaines de vaisseau, 400 lieutenants de vaisseau* nommèrent d'autres officiers, par le moyen des concours ouverts dans tous les ports.
Pour consolider la discipline ou pour la rétablir, ils inven-
(1) L'accusateur public était un ox-jésuite, et non frère, ex-moiac, était inspecteur du j^ort.
(2) Dans lu cimalière de Brest se trouve un monument funéraire qoe le fils de Tune des victimes a fait élever pour honorer leur mémoire.
tèrent un code pénal sévère, contraire à la di^^nité des officiers et ( a pi laines, dont nous avons donné le sommaire dans le chapitre
Cependant un enthousiasme indicible s*empara de ceux qai s'étaient dévoués aux principes de la révolution. Rien ne fut négligé pour que les vaisseaux pussent sans retard présenter le travers à l'ennemi. Le oomfté de salut public ayant fait appel au patriotisme des sociétés populaires, celle de Brest souscrivit pour 120 000 francs. Toutes les denn i s de preniièie nécessité furent mises en réquisition. Chacun montra tant de zèle, les travaux étaient poussés avec une telle activité, que deux frégates mises en chantier purent être lancées après trois mois et conduites au large après un séjour de quatre jours sur rade.
Les vaisseaux, frégates, avisos, corsaires qui battaient la niei prenaient beaucoup de biitiments, et la rade, couverte, à cette époque, d'une forêt de mâts, offrait aux spectateurs un coup d'œil magnifique, imposant.
Les jacobins de la capitîde maritime de la République pouvaient s'enorgueillir : on voyait une belle année navale de trente vaisseaux de ligne prêts à prendre la nier.
La Convention, pour entretenir les sentiments patriotiques, avait décrété qu'il y aurait, à bord des bâtiments, des bibliothèques accessibles à chaque matelot; mais les volumes étaient en petit nombre. < Les marins français, disaitFoa, « devaient lire :
« I* La déclaration des droits de Thomme, sans commeo-
• taires, parce qu'ils sont, de leur nature, libres, tiers, indé- « pondants;
• 2° L'histoire de la marine, où ils auraient vu quelles lois « absurdes avilissaient, sous le despotisme, les marins le « plus utiles par des distinctions ridicules , violant leurs
• droits les plus sacrés, les excluant des places gênant le < commerce maritime, donnant les forœs navales de la na-
■ tlon en propriété au.v familles nobles; ils auraient vu, de
■ même, que les plus illustres marins furent des sans-cu-
• lottes ; Huyter, Xromp, Jeau-Bart, Duguay-ïrouin, Du-
— lit —
• quesne, Cassard; enfin le bulletin tirs séances de la Coii- « vention formait le troisième et dernier ouvrage de cette
• bibliothèque (4). >
Chacun sait que le culte de la religion catholique fut aupprimë : les représentants Laignelot et Tréhouart firent enlever des églises les vases sacrés , pour être fondus au profit du trésor; la sociélé populaire de Brest ordonna de briser les croix et les statues des saints; on institua des fêtes symboliques, comme toutes celles du paganisme, et les représentants, du haut d'une montagne artificielle^ construite sur k place du Château, disaient des discours pompeux sur les principes que la révolution inaugurait^ disaient les actes de bravoure des généraux, officiers ou soldats; la cérémonie se terminait par des revues, des danses, des repas en commun, où chacun apportait son manger. Les plus belles filles de la ville, parées de fleurs, couvertes d'une gaze iégère,marchaient en tète du cortège; des groupes de vieillards et d'enluils occupaient les places d*honnettr.
Fêtes étranges, en vérité, où nos pères, après avoir renié notre sainte religion, crurent avoir fait revivre les beaux
jours de l à^e d ur, le teiups de l'égalité, de la frateriiiLé, tel pe les imaginations se le figuraient possible, en remontant au delà du moyen âge, plus loin encore que les époques si vantées de la Grèce antique.
La Convention avait décrété que, le âO mai 4794, nos vaisseaux arboreraient le pavillon tricolore, le ronge flottant dans l'air, le bleu à la hampe, tel quMl existe aujourd'hui.
La cérémonie s'en fit à Brest avec une pompe sans égale . Jean-Bon Saint-André , s étant rendu à bord de la Montagne (2), vaisseau-amiral, adressa la parole, en ces termes, aux capitaines, officiers, matelots et soldats qui se pressaient flor le gaillard d'arrière :
(1) Chose ainguliôre, le BnUelUi officiel est le seul ouvrage qui soit UN^inirs envoyé aux eapitahies.
(3) Gi-devuit les États-de-Bourgogne et postérieurement TOcéan. Ce magnifique vaiflaeau a été démoU à Brest en 1850.
« V6u8 le défeodreK» braves marinsf
« Cloué à la poupe de vos vaisseaux, vous ne souffrirez « pas qu'il soit amené, vous punirez de mort le lài-he qui • oserait en concevoir le dessein. Vous le recevez des mains « de la patrie, vous êtes responsables envers elle du dép6t « sacré qu'elle vous confie! Allez sur cet élémeot, alles-y « braver la foudre des tyrans!
« Allez 1 ce signe vous assure la victoire. Il est le présage « de voire gloire et du triomphe de la République ! »
Notre armée navale pril la mer, à la iin du mois de mai, pour proléger l'arrivée d'un grand convoi de bâtiments chargés de blés et de denrées coloniales attendus des États-Unis ou de nos colonies.
La journée du 85 juillet 4794 (1) mit un terme, comme chacun sait, à la dictature de Robespierre. Jean-Bon Saint> André, absent de Paris, ne porta pas, comme ses amis, sa téte sur l'échafaud. On supprima les tribunaux révolutionnaires; les prisons furent ouvertes, et beaucoup d'excellents officiers jouirent, de nouveau, de leur liberté.
Nous raconterons également les sorties de l'armée navale pendant Thiver de 4794 à 4795 et dans le courant de cette dernière année.
ROGHEFORT, LORIENT, CHERBOURG.
Les représentants Niou, Treillard, Mazade furent chargés de rinspection des côtes, depuis Loriont jusiju a Bayonne, et veillèrent à la prompte exécutiou des ordres donnés, en fai-
(1) EUi> no fit aucun effet sur les «'•rpiipagcs, (Villarot de Joyeuse, 18 thermidor). Le tribunal révolulionaairû fonctioima jusqu'au 29 thermidor.
Mt pousser les travaux avec activités en requérant les marins qai arrivèrent en foule, malgré les réclamations des chambres de coniinerœ.
A Rochefort, 1p club des anii.^ tir la constitiitiou rédigea des adresses aux jacobins pour hâier la condamnation à mort, nos appel ni sursis» de l'infortuné Louis XVI.
On sait que les Vendéens se mirent ouvertement en révolte contre la Convention. Le conseil général de la commune de Rochefort, inquiet sur la nature des soulèvements qui avaient lieu dans les cantons voisitis, prit les mesures les plus énergiques pour assurer la tranquillité publique. Des troupes marchèrent en avant, tous les patriotes s'armèrent» et, comme on craignait de voir les royalistes prendre possession de la ville et de Tarsenal , les postes furent doublés! les ordres les plos sévères défendirent de livrer des armes de la marine, ml aux gardes nationaux de la ville, soit à eeux des environs. Puis, lorsqu'on connut la trahison des Toulonnais, les jacobins de la ville, en comnmnication journalière avec leurs amis de Paris, demandèrent la création d'un tribunal révolutîonnaîre, afin de mieux inspirer la terreur.
Les représentants Laignelot et Lesquinio furent les promoteurs de cette mesure dont les conséquences furent si fatales à tant d'officiers de marine. Presque tous ceux de l'Apollon, qui avait fait partie de Tescadre de Trogoff, portèrent leurs tètes sur Téchafaud.
Le vice-amiral de Grimouard, commandant des armes, ploâeujs officiers de son vaisseau le Borée, partagèrent leurs destinées.
Les représentants Guesnou et Topsent remplacèrent , en pluviôse 1794, leurs collègues Lesquinio et Laignelot, qui reçurent l'ordre de se rendre à Brest, afin d'y créer également un tribunal révolutionnaire» et dès lors les habitants de Rochefort jouirent de quelques jours de calme, car leurs nouveaux maîtres montrèrent de la modération.
A Fépoque où le comité de salut public décréta que les prêtres non assermentés seraient dirigés sur cette dernière ville, on y vit arriver de tous les points de la France ces victimes infortunées de la révolution , qu'on entassait alors
. in .
dans les prisons, qu*on internait sur des biliments, en rade de rile d*Aix. Les uns périrent de misères et de privations, d^autres furent déportés sur les plages insalubres de la
Guyane.
A ravenemcnt du Directoire, tous ceux qui se trou\ aient encore en partance furent remis en liberté , la société populaire se reconstituai chacun put enfin respirer en paix.
A Lorient et Cherbourg, il ne se passa rien de remarquable.