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CHAPITRE IIL

■xnkDiTiom ravalbs, CRoisubuw des iscàoiiBs.

EIPËOITIOli DE CAGLIÀRI. (1792-1793.) Le contre-amiral Tniguet.

Le oontre-amiral Truguet , lorsqu'il fat nommé commandant en chef de l'escadre de Toulon , juia, (Jevanl l'Assemblée législative, de maiuLenir la Iibert<^, l'égalité; de verser, pour les défendre, la dernière gouUe de son sang; et i on raconte qu'il eut, à cette occasion , les honneurs de la séance.

Ayant reçu la nûssîon de foire reoonnaitre le pavillon français dans la Médilerranéei et de seconder les opérations des généraux Montesquiou, Anselme sur les côtes du comté de Nice, il appareilla, le 24 septembre 4792, de la ladc dcb lies dUyèrcs.

Son escadre, au départ de Toulon , ne se composait que de 5 vaisseaux, 2 frégates, 3 corvettes, mais elle fut ultérieurement renforcée d'une division de 4 vaisseaux qui arrivèrent <le Brest, sous les ordres de Latouche-Tréville, puis d'une outre division de même force, sous les ordres du chef de division Laaddiô, de 2 vaisbcaux de llucliefort et d'un autre de Wient.

Lorsque tous eurent rallié» elle fut composée de 16 vais- ^ui, 7 frégates, 6 corvettes.

Truguet débuta fort heureusement. A son arrivée devant Nice, il prit à son bord le consul de la République, parce que les hostilités étaient commencées, se dirigea sur Villefranche dont nos généraux s'étaient emparés, embarqua 900 hommes

de troupes qu'il rc^partit sur les vaisseaux, et fit roule pour le port d'Oiiéglia.

11 donna la mission à son capitaine de pavillon Duchayla de parlementer avec les habitants de cette dernière ville, et ceux-ci, réunis sur le môle, semblèrent d'abord , par des démonstrations amicales» vouloir bien accueillir nos marins, mais ils les reçurent à petite distance par une meurtrière fusillade, si bien dirigée, que deux enseignes de vaisseaux, Isnard et Pelletier, onze matelots turent tués ou grièvemeat blessés.

L'enseigne Isnard perdit la vie, et Ton assure que son p^^e, député de la Convention , apprenant cette triste nouvelle dans la salle des séances, eut la force de maîtriser sa douleur, en disant à ceux de ses amis qui l'entouraient et rengageaient

à rentrer chez lui :

— « Mon ûis est mort à son poste, je ne veux pas quitter le mien. » ^

Nos généraux tirèrent une vengeance éclatante de cet acte de perfidie, car la ville d*Onéglia fut bombardée, pillée par la soldatesque, consumée par les flammes.

Tiuguet prêta son coucours aux opérations de 1 ariiuc d Italie, et se rendit à Gènes, où il promit au doge 1 amitié de la France.

Bientôt des ordres de Paris lui ayant prescrit d'attaquer Gagliari en Sardaîgne» il sollicita du général Anselme Tembarquemonl d'une phalange de 1000 volontaires marseillais

qui faisaient partie de l'armée, et qui aurait renforcé son corpsde{lrl)arquement, composé de 1 500 hoiumes de troupes.

L'hiver approchait, le temps pressait; comme ces volontaires n'étaient pas immédiatement disponibles, il leur donna rendesK-vous à Ajaccio.

En même temps, se conformant aux ordres du ministre de la marine, il détacha Latouche-Trévîlle, avec une escadre de dix vaisseaux, pour demander réparation a la cour de ISaplcs,

qui se montrait hostile au gouvcrnemonL ti aurais depuis l'emprisonnement du roi. Notre ambassadeur, M. de Mackau, quoique ry\aiiste dévoué, n'avait pas voulu tenuiner sa carrière diplomatique en tolérant qu'on portât atteinte aux droits de DOS nationaux.

latouche-Tréville sfe présenta devant la baie de Na{)k s, les vaisseaux naviguant dans le plus bel ordre^ en ligne de batalUe, les hommes aux postes de conibat , les ni^'ches allumées. Ce fut eu vain qu un officier du port lui fit observer que six vaisseaux seulement pouvaient entrer dans la baie, afin que la présence de l'escadre n'eût pas la signification d'un acte d'hostilité; il n'en tint aucun compte, et embossa son escadre devant la ville.

UnediscipHne sévère fat maintenue ; un aide do camp descendit seul à terre et porta au roi la lettre de Truguet, qui demandait n paialion de l'insulte faite à la nation française, It* d(»saveu de procédés qu'un peuple fier, libre, indépendant oe pouvait tolérer ; la cour de Naples ayant répondu aussi fa- TwîibleineDt qu'on pouvait le désirer, celte mission délicate se trouvait accomplie sans que nos vaisseaux eussent tiré un ml coup de canon, et malgré les formidables préparatifs des Napolitains.

A la lin de décembre 4792, l'escadre appareilla pour rallier le pavillon de Truguet en rade d'Ajaccio, et, chemin faisant, les vaisseaux furent assaillis par une violente tempête qui» en les dispersant, leur causa des avaries sérieuses. Le Languedoc, que montait Latouche-Tréville, regagna le mouillage de Naples, coulant bas d'eau. A bord du Tricolore, le jeu du boulet dans une pièce ayant échauffé la poudre, In coup partît, la muraille fut traversée, et le vaisseau faillît sombrer, tant les roulis étaient violents.

Le capitaine du Léopard, se conformant à des instructions particulières, s*empara des lies Saint-Pierre, qui «devaient servir de points de rendez-vous.

Cependant Truguet s'était rendu directement à Ajaccio, où le séjuur prolongé de l'escadre fut préjudiciable à la discipline. Les marins, dans leurs descentes à terre, pillaient et ravageaient le pays comme s1l avait été peuplé d'en-

nemis; chaque jouTi des actes d*iiisubordiiiaiion éclataicDU Les dubistes de Toulon correspondant avec eux ne con*

Iribuèrent pas peu à les détourner de leurs devoirs.

L amiral, en raison des dehuidies comiiiis à terro, ne put obtenir du ^tMKTal Paoli les troupes qu'il (Hait venu demander comme renfort, et se résolvant pourtant à faire la campagne avec ses propres forces, il se rendit aux iies Saint- Pierre, point de ralliement des divers bâtiments, répandit des adresses dans les villages voisins et fit planter, avec boicnnité, un arbi o de la liberté.

A son arrivée devant Cagliari, le 23 janvier 479.'i, il voulut encore parlementer avec les habitants, mais ces derniers accueillirent le canot à coups de fusil, comme à Onéglia, de sorte qu'il fut impossible d'établir des oommunicaUoos.

Truguet bombarda la ville pendant un jour et une nuit, mais ne voulut pas commencer les opérations du siège avant l'arrivée des 4000 Marseillais que le général Anselme avait promis de diriger sur Ajaccio.

On attendit dix jours, et comu^e tout manquait à bord des vaisseaux, que les vivres étaient en petite quantité, que la campagne s'était prolongée beaucoup plus longtemps qu'on ne Tavait pensé, les marins et soldats endurèrent mille 80ul> frances.

Les froids étaient rigoureux, et ils avaient a peine les effets d'habillement qui leur (Hait^nt nécrssaircs.

Enfin le convoi qui portait le renfort impatiemment at* tendu parut au large, le â février; la joî» éclata sur tous les bâtiments, d'après le rapport de TrugueV; desdéputatîuDS se rendirent près de lui pour demander le débarquement, et, de concert avec le général de Casa-Bianca, il forma son plan d*attaque en promettant le pillai^'c à ses soldats.

L'escadre tormait trois divisions :

La première, sous les ordres de l amiral, composée de 3 vaisseaux, % frégates, 7 transports chargés de troupes, sa rendit dans la baie située à Test du morne Saint-Élie ;

La seconde, sous les ordres de Latouche-Tréville, devait luudioyer Icâ Lalieries du rivage et bombarder la ville haute;

Le ehef de division Landais reçut Tofdre de canonner la

tOQrde la pointe Saint-ÉIie, puis de débarquer 700 hommes destinés à faire diversion par une rontre-attaque;

Enfin un autre vaisseau prit poste devant le lazaret, dans le nord du morne, pour y jeter des bombes et dissiper les naaembleinents.

Laloache*TréviUe Ait chargé de la direction supérieure de l'atiacpie sur Ut rade de Gagliarî et dans la partie occidentale.

Le 14 février, dès le matin, le débarquement commença.

Truguet, sautant le premier sur le rivage, présida luimême à ropération» qui se fit avec un ordre parfait, sous la protection de trois frégates emboasées. Les soldats étaient Bonis de trois jours de vivres; 46 pièces de canon furent montées, chargées, présentées devant les bataillons, pleins d ardeur^ en moins de deux heures; puis, dans 1 après*midi, toutes les réserves débarqut'^rent.

4 5 février, les vaisseaux et bombardes ayant commencé le fisu, les troupes ae mirent en mandie au bruit d'une impo* santé oanonnade* Des chakmpes chargées de biscuit, de lard^ de vin les suivirent en cétoyant le rivage.

On a reproché très-amèrement à l'amiral de ne pas a\ oir donne assez de vivres à ses soldats, et pourtant on remar^ quera qu'ils en avaient encore pour deux journées. Le général Gasa-Biauca, en rendant compte qu'il attaquerait avant la nuit, se plaignit seulement du manque d*eau» et denmnda qu*on se mit en mesure de lui en fournir*

Tnigoet écrivit à Latoucbe-Trévîlle de débarquer les troupes destinées à la contre-attaque au moment où les premiers coups de fusil seraient tirés, afin que les Sardes ne pussent les écraser par leur supériorité.

Cependant les vaisseaux avaient ouvert leur feu, auquel nos ennemis ripostèrent avec beaucoup d'ardeur. A deux reprises différentes, leurs boulets rouges allumèrent des incendies à bord du Thémistocle; le capitaine Haumont fiit at^ teinl inuitellemenl, et rolficiei qui le remplaça dans son coniiiiandement quitta la ligne pour éteindre le feu et réparer ses avaries.

Dans la soirée, les Marseillids marchèrent enfin en avant

pour attaquer le morne Saint-Élie, dans l'est; on comptait beaucoup sur leur courage et leur entrain; mais» pour des causes qui sont restées inexpliquées, leur attaque se transforma presque immédiatement eo une fuite honteuse.

Leur troupe forma deux divisions, dont Tune escaladait la colline, tandis que la seconde se répandait dans les prairies sur la droite. Ainsi séparés, les soldats, se prenant pour en- Mciiiis, se tirèrent des coups de fusil dans I obscurittS et se repli <M-ent rapidement vers le rivage, eu cédant à une panique inconcevable.

Truguet, dans son rapport au ministre, parla de cette phalange roarseUlaise avec le dernier mépris.

Le 16 février, au matin, le vent du sud-est soufflait avec force, les chaloupes purent à peine (Hre accostées au rivage pour communiquer avec lo >()l(lats; ceux-ci, qui se plaignaient avec exaspération, depuis la veille, de manquer de vivres, ne demandaient en ce moment qu*à quitter au plus vite cette terre de Sardaigne, pour réembarquer sur les bâtiments. Les officiers, malgré les menaces et les exhortations» ne pouvaient se faire obéir. Truguet raconte même que les Suidais tirèrent sur les chaloupes qui étaient à quelque distance de la terre» alin de ne pas courir les chances d'un naufrage.

Le vent augmenta de plus en plus, la mer devint grosse, les bâtiments mouillés dans Test du morne Saint-Elie se trouvèrent dans une position critique.

- Mais il fallait, dit 1 amiral, se sacrifier pour cette armée coupable et malbeureusc. »

A bord des frégates embossées, les capitaines donnèrent l'ordre de couper les mâts pour ne pas aller à la côte; deux transports jetés sur les rochers furent pillés par les paysans, en présence de 1 000 Marseillais qui ne s'y opposèrent pas; presque tous les canots furent brisés ou sombrèrent pendant le débarquement des vivres.

Ce ne fut qu'après deux jours que la tempête s'étanl apaisée, Latouche*TréviHe ap[)areilla pour prêter secours à l'amiral. L'embarquement des Marseillais s'opéra aveoune

telle précipitation, tjuo les- seize pièces d'artillerie seraient restées sur le rivage, si les marins des vaisseaux ne les eus*

Traguet fit partir le Laagaedoc, TEiitreprenaiit, le Thémistocle* sur lesquels 1 700 hommes prirent passage, et se débarrassa du convoi par la même occasion. Il détacha l'Apollon, le Généreux, la Vestale, pour ravitailler les îles de Saint-Pierre et d'Antioche, puis se rendit lui-même en rade de Cagliari, où se trouvaient trois vaisseaux avariés et compromis.

Le Patriote et le Duguay-Trouin seuls furent renfloués ; ijoant au Léopard, il foUutle livrer aux flammes, après qu'on eut sauvé le matériel.

Enliii 1 a[iiiial rallia le port de Toulon lorsqu'il reçut l'importante nouvelle de la déclaration de la guerre.

Telle fut cette désastreuse campagne de Sardaigne. Nous reprochons aux Marseillais leur défection, mais Truguet ne oûmmit-il pas lui-même de grandes fautes? Loin d'avoir eu le talent de surprendre ses ennemis, il leur laissa le temps nécessaire pour organiser une vigoureuse résistance. Il eut le tort de jeter sur une plaj^e ennemie 4 000 hommes qui n étaient munis que de deux jours de vivres. Le soldat français ne pardonne pas de semblables fautes, et l'on connaît ce propos qu'on attribue à un général célèbre, et dont on appréciera la portée :

< DonneMioi du pain et de la poudre, et je ferai le tour du monde. »

TrugucL, d'après M. Gucrin, eut d autres torts encore ; il aurait dû faire connaitre à ses chefs de divisions que i attaque était manquee (ce qui n'était pas douteux le 46 février, au matin), parce que chaque capitaine, cessant dès lors une canonnade inutile, se serait occupé du salut de son vaisseau.

Il n'aurait pas dù lancer les troupes à l'assaut à la tombée

de la iiuit.

Certes, les Marseillais ne se conduisirent pas en hiTos, mais qui ne sait qu'en Crimée les vaillants soldats de la garde impériale se tirèrent les uns sur les autreSi dans une

— isa —

attaque de nuit, malgré mille précautions, mille recommandations des plus habiles généraux?

Lorsque le ministre Monge apprit le mauvais succès de l expéditiou, ii donna des ordres pour expédier plusieurs vaisseaux à Brest et à ftochefort. Truguet partit pour Paris, laissant le commandement en chef à Trogoff.

CROISIÈRE DANS LA MÉDITERRANÉE. (i7aS.)

Le contre-amiral Vence reçut Tordre de se rendre sur les côtes d'Afrique, pour protéger Tarrivée des convois atiendns

à Toulon el partit, à la fln du mois de mai 17i)3, avec une division qui se composait d'un vaisseau , trois frégates, deux corvettes.

Lorsqu'il eut jeté Tancre dans la baie de Tunis, après avoir heureusement rallié tous les bâtiments chargés d'approvîsionnementSi cet esprit d'insubordination dont nous avons déjà parlé se manifesta. L'amiral , quoique réputé bon patriote, ne trouva pas g:rà(:ede\ aiU ses capitaines qui le soupçonnèrent d'être de tuiuiivence avec les ennemis de la révolution ; comme ii avait reçu la fâcheuse nouvelle de la trahison des Toubnnais» il ne voulut point prendre la mer, parce qu'il craignait de compromettre le riche convoi et rimportante division qu'il commandait, en sorte que ses marins qui souffraient de grandes privations témoignèrent leur mécoaleiitement.

Les capitaines des frégates, nu lieu de dunnci l exenipledu dévouement I prirent même le coupable parti d appareiller afin de gagner un des ports de la Provence ou de la Corse, et ils partirent effectivement malgré les signaux répétés de Yence qui resta seul sur la fade, avec son vaisseau le Duquesne, la Fauvette, et deux chébecks.

Bientôt il fut bloqué par sept vaisseaux anglais ou espagnols, et dans cette position critique il refusa toujours tiès-euer-

fiquement les propositions qui lui furent faites d'arborer le piviIJoo blanc.

Le ministre de la marine chargea Plévi)l&»le-Pelley de se reodre i Tunis pour rechercher les causes du départ des fré*

ptes, et ce contre- amiral reçut des marins du Duqucsne des rapports si favorables surVence,que celui-ci fut déchargé de toutes les accusations que ses capitaines avaient formulées âoûtre lui , et que les représentants avaient appuyées.

Us oipitaioes des frégates rencontrèrent au large la frépie anglaise la fféméne, à laquelle ils donnèrent une bonne tee et qu'ils contraignirent à lâcher une prise qu'elle reaorquait. Ils eurent également l'honneur de la première

encontre avec un vaisseau anglais qui n'était autre que i%unemnon que commandait Nelson , depuis si fameux.

C est le 23 octobre ^93, non loin des c6tes deSardaigne, que les gabiers en vigie le signalèrent sous le vent, pendant ii mût, et il est très-vrai que notre illustre ennemi , le héros fa marins anglais, fut, dans cette circonstance, fort heureux ^commander un vaisseau de iiiarchc supérieure, car peu sVn fallut c[ue, cerné par les trois frégates, il ne fût réduit à iimriM I sijiî pavillon.

Nelson , qui , sous les ordres du commodore LinzéC) ren;plissait , en ce moment , une mission particulière, ayant pris KM frégates pour des MUments de commerce escortés d'une Mgvie napolitaine, manoeuvra d'abord pour s*en rapprocher, vers deux heures du matin la Melpomène, puis la canonua, parce qu'il ne reçut pas de réponse satisfaisante.

Le capitaine Gay (1), tout en rendant coup pour coup, prit chasse en forçant de voiles pour s'éloigner de ce redoutable adversaire qu'il avait reconnu pour un vaisseau anglais. Dès t'uobe, il aibora le pavillon dé la République en redoublant son feu , ety comme la frégate marchait bien , il pouvait par* te, en ralinguant ses voiles, tirer des volées entières de sa batterie du veut. Bient6t la brise de nord-ouest mollit, les

(t) C esl à lort que les historiens Jame, Guérin, Ghassériau, se co- ^i&at probablement les uns les autre», ûul raconté que le capitaine Ferrée commandait la Melpomène»

aulros capilaiûeô forcèrent de voiles, et ils se rapprochèrent du théâtre du combat, d'autant plus facilement qu'ils sentirent plus longtemps la brise. Nelson, comprenant que sa po* sition était critique, manœuvra, de son côté, pour s'éloigner,

et ne dut son salut qu'à la marche supérieure de VAgamemnon,

A bord de la Melpomène 5 hommes furent tués ou blesséf^.

Nos matelots contribuèrent à la défense de la Corse contre les Paolistes et les Anglais; lors de la capitulatioui les frégates furent coulées ou livrées aux flammes.

Quant au contre-amiral Vence, il revint à Toulon avec son vaisseau le Duquesne, peu de temps après le départ des Anglais, et y amena même deux bâtimeiUh inarchands qu'il avait capturés, dont 1 un contenait des lingots ou espèces xdodnayées, d'une valeur considérable.

CROISifiRBS DANS L'OCÉAN. (1793.) Le contre-amiral Morard de GaUea.

Cet amiral, nommé ((urniiaiidant en chef des forces navales de rOceaii après la dcLlaraliuii de la guerre, arbora son pavillon sur le Tourville le 43 février 4793.

On peut lire, dans ses rapports au ministre, qu'il manifesta plusieurs fois le désir de se désister de ses fonctionSi mais que sa démission ne lut jamais acceptée-

Les forces navales de Brest, après le départ des divisions de Latouche-Tréville el Landais pour Toulon, ne se oompdsaieul que de trois vaisseaux, cinq frégates, une corvette.

Le capitaine Duval reçut , à la fin de février, le cominandément d'une division formée des vaisseaux le Tourville, l'Achille et la Concorde.

Les actes d'insubordination étaient très*fréqttents, et les marins, dans l'effervescence de leurs opinions sur la liberté, l'égalité, la iraternité, méconnaissaient juui neilemçnt les no-

— las —

dons les plus simples de la discipline. A bord du Patrioto, que commandait Landais, ancien corsaire, compnenon do Bougain\iile dans ses voyages autour du monde, cl nonimc chef de dÎYÎsion , sur la Fecommandation des sociétés populaires, Us ne rentrèrent dans l'ordre que sur les instances de la muoîdpalité de Brest.

Les membres de cette municipalité et les commissaires de ta Convention se rendaient souvent à bord des bâtiments, asàstaîctil aux exercices, faisaient distribuer, en leur pr«^sencc, '*s effets d'babillenlentdont les marins avaient le plus prèsaot besoin , et leur lisaient des adresses patriotiques.

Le général Bertrand nous a transmis quelques détails sur b visite des représentants à bord des bâtiments qui étaient en rade.

Uurs canots battaient pavillons canes h l'avant et à l'arrière. Les patrons et canotiers étaient ceints d'une Iar*îe teinture rouge, de grandes cocardes ornaient leurs chapeaux. Gehii des représentants était, en outre, g9mi de plumes et de nbans, le tout aux couleurs nationales.

Il s*a^ssaît d'une visite à des colons de la Martinique qui avaient conquis leur liberté, en s'emparant, les armes à la ^in, du bàliiiicnt anglais à bord duquel ils étaient prisonniers. Le représentant leur promit des effets d'habillement dont ils avaient un besoin urgent, et avec cette promptitude ^répoqae, dit le général Bertrand, parut le jour même un canot chargé de ballots qu'on ouvrit sur le gaillard d'arrière.

Le commis chargé de la distribution était un homme de ^Ue taille, en carmagnole, le sabre traînant , le chapeau à

mauvaise tète, les cheveux jrras! Quant aux vêtements, ils provenaient, sans nul doute, de la défroque des réquisi- ^oaires bas bretons, ou du magasin du bagne* C'étaient de loognes vestes de ratine fort grossière, des culottes courtes i(te*larges, des bas de laine brune, des bonnets ronds de JDâme couleur.

Les colons vêtirent ce sinp^ulier costume et purent se croire, ^ille général . en complète mascarade! [France maritime,] U; générai Bertrand. (2' volume : Brest en 4796.)

le 8 mars 47dS, des ordres de Pftris ayant prescrit de

prendre la mer, les bâtiments disponibles vidèrent la rade» k l'exception de la Concorde, dont le capitaine fût chargé da ralliement des marins absents, avant de rejoindre Famiral

au mouillage de Gamaret. Tous les bâtiments appareillèrent le lendemain, et rien de nouveau ne se passa pendant les premiers jours, si ce n'est qu'on captura quelques marchands et qu'on visita des neutres.

Le 47 mars, les vents soufflaient du sud-sud-est avec une extrême violence, et Morard de Galles ordonna de capeyer bflbord amures. Peu de temps après, une véritable tempête s'étant déclarée, les vaisseaux et les frégates en eurent beaucoup à souiïrir. L'amiral, en se plaignant ami lement de sos marins, rendit compte qu'il n en put rien tirer, que les maîtres eux-mêmes se conduisaient mal , que seuls les soldats et canonnière firent preuve de bonne volonté.

Aussi la croisière eut-elle de tristes résultats : rAchille et le Tourville rentrèrent démâtés de leurs mâts de hune, h Pique se trouvait dans le même état ; à Lord de la Bellone, le mât d'artimon tomba, le mât de misaine et les deux mâts de hune craquèrent.

A bord du Tourville^ l'infortuné Duval périt victime de m activité et de la mauvaise volonté de ses hommes. Ayant donné Toidre, vers minuit, d'exécuter une manoeuvre, et personne ne se présentant pour la faire, il voulut agir luimême. L'écoute de la grande voile d'étai le frappa si violemment sur la poitrine, qu'il rendit le dernier soupir après quelques heures de souffrances.

Morard de Galles écrivit à Paris que Tardeur des marins n'était qu'en paroles, qu'il ne fallait s'attendre qu'à des revers pendant la longue guerre dont la République était menacée, et cette sinistre prophétie de Thonorable aanral ne s'est que trop réalisée, quoique pourtant , en maintes circonstances, nous prouverons que nos hommes donnèrent des preuves de vaillance.

L*aniiée navale an mouillage de Qniberon. (1793.)

Le capitaine Blavet, qui commandaU deux frégateSi la Pro-

serpjnr ot la Réunion, rcrnt l'ordre, le 25 mars n93, de statioDoer dans la baie de Quiberon, avec la mission de s'opposer aux mcavemeots des chouans qui s'opéraient dans les disUietfl voisins.

ViUarei de Joyeuse le remplaça ultérieurement dans ce ptMie important, puis, des ordres nouveaux ayant prescrit de diriger de grandes forces de ce côté, Morard de Galles prit la mer avec quatre vaisseaux et se maint int en croisière entre les îles de Groix et de Belle-Isle, afin de protéger le passage des convois qui venaient de Nantes à Brest , tout en empêchant les Anclais de venir en aide aux royalistes' de la

L'amiral se plaignit souvent de ses capitaines, peu au coûtant, disait-il, des évolutions de la lactique navale, et ne cessa de demander son remplacement, parce que ses talents D égalaient pas sa bonne volonté.

Lorsque les divisions de la Méditerranée eurent regagné les ports de TOcéan^ les forces totales, se composant de vingtdeux vaisseaux et de quatorze frégates, formèrent une armée navale.

Les frégates croisaient au large et capturaient souvent des bâtiments de commerce.

Morard de Galles conçut d'abord le p*rojet d'expédier Landais, avec une division de cinq vaisseaux, pour intercepter on grand convoi de bâtiments hollandais, mais les révoltes des marins l'empêchèrent de donner suite à cette idée. * II ne cessa d'écrire à Paris que les équipajies n a\ ai( nt aucune confiance en lui parce qu'il était noble , que sa ï^anlé ne lui permettait pas de rendre des services actifs, que même il s'avait pas les talents nécessaires pour commander une telle armée navale.

On reconnaîtra, d'après ces instances r^térées , que Jean- Bon Saint-André eut raiison de remplacer cet amiral, (juc ce dernier ne fut pas destitué, comme des historiens Tout écrit.

Après quelques semaines, les matelots, fatigués de tenir la mer sans combattre, souffrant de mille privations, n'ayant ni

Vodée.

vivrps fr^is, ni vêtements, ni souliers, ni argent, demandèrent à revenir à Brest.

A la nouvelle de la trahison des Toulonnaîs , ils s'imagioèrent qu'on avait éloigné les vaisseaux pour livrer aussi la ville maritime importante de la Bretagne aux ennemis de la révolution. Aussi ne mirent-ils plus de bornes à leur insubordination, et le mot d'ordre de tous fut :

• A Brest, à Brest 1 •

Les capitaines ne purent empêcher de hisser les hunicis pour provoquer un signal d'appareillage, etMorard de Galles, 8*étant rendu à bord de plusieurs vaisseaux, accompagne des contre-amiraux Landais et Kerguélen , fut accueilli par ces mêmes cris» que chacun poussait avec frénésie :

« A Brest, à Brest I >

Des députatioos se rendirent à son bord. Les aspirants Grève! et Baron prirent la parole au nom des équipages. Ayant convoqué à bord du Tourville, qui portait alors son

pavillon, tous les capitaines et quelques marins de chaque bâtiment, le vieil amiral, désirant les faire rentrer dans le devoir, leur adressa un discours paternel, mais énergique.

Il termina en ajoutant qu'il écrirait immédiatement au ministre de la marine pour demander l'autorisation d'appareiller.

Ayant écrit, en effet, comme il Tavait promis, il rendit compte, par le môme courrier, qu'il gagnerait le large à In première ocrasion parce que la saison des coups de vent de sud-ouest approchait et qu il n'était pas prudent de rester plus longtemps sur cette rade foraine de Quiberon, ouverte aux vents du large et d*une tenue peu sûre.

Le septembre 1793, notre armée navale partit pour Brest et se croisa avec une fré^^ate à bord de laquelle se trouvait le rcpréseiitaiit Tréhouait, qui était porteur d instructions. Un conseil de guerre se réunit à bord du vaisseau amiral et Ton décida qu'il fallait continuer la route, de sorte que Morard de Galles jeta l'ancre à Brest le â9 sep* tembre 4793.

Nous avons vu que les représentants, en rippronant que ies équipages s'étaient révoltés, se montrèrent très-sévères à Tégard de quel<pies capitaines et officiers; ils appliquèrent, pour la première fois, cette triste loi des suspects, votée depuis peu de jours, et en vertu de laquelle ils destituèrent et emprisonneront les officiers qui a avaient pas constamment manifesté leur attaciiement à la révolution. Ils omprisunnorcnt également les anciens émigrés , alors même qu ils étaient rentrés dans les délais déterminés. Les équipages furent consignés à bord de tous les bâtiments, et une enquête sévère Alt faite sur les causes de l'insurrection.

Quant à Morard de Galles, il conjura, pour la «[uanième fois, 11* ministre de lui donner un remplarant, et ce fut alors que VUlaret de Joyeuse, récemment promu au grade de oontreHuniral , fut investi des hautes fonctions de commandant en chef de Tarmée navale. Klles lui furent en quelque sorte imposées; car, dans une lettre en date du 5 no* vcmbre 1793, il manifesta lui-même le désir de quitter le service, en raison du mauvais état de sa âanté, et il renouvela cette demande à diverses reprises.

Le contre-amiral Vanstabel. (1793.)

Ce contre-amiral, qui commandait une division de Tannée

navale de l'Océan, arbora son pavillon sur le Tigre, et reçut l'ordre d'aller s fiablir en croisière à l'ouvert de la Manche. La division comprenait six vaisseaux, trois frégates, deux avisos*

Ayant gagné le large dans les derniers jours d'octobre 1793, il guettait le passage d*un important convoi qui venait de la Méditerranée, sous Tescorte d'une division que commandait

sir John .îervis, quand, au lever du soleil, le 18 novembre, les vigies de la Sémillante, qui chaésait en avant, signalèrent plusieurs voiles en vue.

Vanstabel ordonna de faire le branle-bas de combat, en formant une ligne de bataille sur son vaisseau le Tigt e, et s'a-

percevant qu'il avait devant lui l'armée navale anglaise , placée sous le commaodeineDt de l'amiral Uowe^ il prit chasse, toutes voiles dehors, pour s'élever dans le vent, en luttant contre une brise fraîche de sud-ouest.

La Sémillante, qui marchait médiocrement, fut rejointe et caiiuiinée par la Lntona. Notre amiral, ayant manœuvré pour lui porter secours, eut le bonheur de la déi^ager de cette position critique en vue de tous les vaisseaux ennemis.

Ce fut en vain que ceux^ poursuivirent les nôtres, on les perdit de vue dans la soirée. La mer était grosse» la brise trës-fraiche; deux vaisseaux de l'amiral Howe démâtèrent de leurs mâts de hune, et les nôtres portaient les perroquets haut avec deux ris aux huniers.

Le lendemain, par une chance inespérée, Vanstabcl , heureux comme il l'a été pendant toute sa carrière, tomba au milieu du convoi de air John Jervis , amarina dix-eept bâtiments de commerce richement chargés, et les conduisit à bon port à Brest (1).

Il ne sera pas sans intérêt de parler ici des mouvements des Anglais.

Le i 4 juillet 4793, l'amiral Uowe prit la mer avec une armée navale de quinze vaisseaux et plusieurs frégates, auxquels se joignirent, peu de jours après* deux autres vaisseatix qui arrivèrent de la Méditerranée. Nos ennemis croisèrent

devant Belle- Isle, reconnurent l'armée navale de Morard de Galles au mouillage do Quiberon, puis regagnèrent le mouillage de Turbay, le 40 août 4793.

Notre amiral aurait pu livrer bataille, mais les instructions de la Convention nationale étaient telles, qu'il ne devait point rechercher les occasions de combattre à moins d*étr6 sûr de vaincre.

Le 23 août, Hovvc appareilla de nouveau pour protéger le

(I) Au commencement de la guerro, sous la Terreur, le matériel n'était pas mauvais, les vaisseaux étaient bien gréés. Ce fut partictt-' lièrement sous le Directoire que les services lUreat en souffraitce, I* marine négligée.

départ ei 1 arrivée de plusieurs flottes oaarchaodes, puis revint à son mouillage de ToriMy ^ après une courte croisière de dôme jours.

Le S7 octobre, il détacha le commodore Paslev avec deux

vaisseaux et cinq frégates pour poursuivre cinq frégates françaises, qui avaient chnssé la Circf^^ puis il sortit lui-même avec toute son armée cavale. Ce fut dans cette circonstance qu'il rencontra la division du contre-amiral Yanstabel, lequel se dégagea si habilement de son redoutable ennemi, comme nous venons de le voir.

Vers le milieu de novembre, Howe revint encore au mouillage de Torlta\ j où il passa l liiver.

Notre armée navale passa également l hiver à Brest, oû Viilaret de Joyeuse ne négligea rien pour consolider la discîpline» rompre les marins à tous les exerctœs de manceuvre, de canon, de fusil , mettre à exécution les règlements sur le service intérieur et les approvisionner de tous les effets qui leur étaient nécessaires.

Le temps dont nous racontons l'histoire est tlejii loin de nous, et il est difficile aujourd'hui de représenter fidèlement ce qu'était un b&timent de guerre sous la République.

Nous avons consulté, à cet égard, plusieurs anciens marins; nous avons lu les chroniques contemporaines, où nous avons trouvé des renseignemenls précieux.

En ce qui concerne la tenue des équipages , il n'y avait point alors de magasins d'habillement, c'est-à-dire que Tadministration de la marine ne fournissait point les eitets aux hommes appelés à servir. Notons que, si une guerre sérieuse édatatt aiyourd'hui, il en serait à peu près de même ; que quarante ou cinquante mille hommes soient appelés à former les équipages de nos bâtiments désarmés, n'est-il pas vrai que Ips dépôts de nos ports, si considérables qu'il» soient, ne pourraient fournir les effets nécessaires? n'est ii pas vrai qu'il serait oiseux de s*en préoccuper trop , parce qu'on aurait des soucis d*une autre importance? On en viendrait donc à la méthode de nos pères, non point seulement en 1793, mais sous Lotiis XIV, LA)uis XV, LK)uis XVi.

Au reste, à ces époques fomeuses pour la marine de France, les équipages n'en valaient guère moins. A bord des

vaisseaux amiraux de Tou[ \ illc, de Duquesne, de Duguay- Trouin, à bord de )a Montagne, en 1793, se trouvaient incontestablement de fiers matelots, de braves artilleurs , pliés à une discipline rigoureuse, dignes de soutenir Thonneur du pavillon.

Des avances étaient payées aux hommes pendant l'armement; le capitaine faisait savoir que chacun eût à se pourvoir

d'effets. Il assignait toujours une tenue régulière, uiiiforme, particulière à son bâtiment. Parfois, la fantaisie s'en mêlait.

A bord de l'un » tous portaient une ceinture rouge ; à bord d'un autre, c'était une ceinture bleue, et ce détail était plus important que l'on se figure tout d'abord , parce qu'il en résultait que les hommes d'un même équipage se reconnaissaient partout et toujours. On n'était pas seulement un marin au service de l'Ktat; on était dételle escadre, de tel vaisseau, et on avait ce qu'on appelle l'esprit de corps, cet esprit qui faisait, dit Voltaire, qu'un poltron devenait brave en entrant au régiment de Navarre.

Aujourd'hui l'on ne distingue les hommes des divers bâtiments que par le ruban du chapeau, trop facile à dissimuler. Partout la même tenue, le même boulon, dans les tavernes et sur les quais. L*uniforme banal semble être pour tous uue garantie d'impunité.

Pour remédier à cet état de choses, ne pourrait-on pas avoir, pour chaque bâtiment,, des boutons particuliers portant la nom en toutes lettres?

Nous avons dit cumoienl faisaient les capitaines quand ils avaient le tiiaps et rar2;cnt nécessaires. Il n'en était pas toujours ainsi, et, pour se rendre un compte exact de ce qui se passait sous la révolution, alors que les caisses du trésor étaient vides et qu'il était impossible de payer des avances aux ma* rins , qu'on lise la page éloquente où Gameray raconte ses impression?, lorsqu'il monta pour la première fois à bord d'une frégate en rade de l'ile d'Aix.

C'était la Forte, capitaine Beaulieu, de l'escadre du

contre-amiral de Sercey , en partance pour les mers de Jlode.

« lime serait impossible, dit* il, de décrire rétonnement « que j'éprouvai en mettant le pied sar le pont de la Forte.

• Le spectacle de la réalité qui se présenta à mes regards

« étaiL 61 luiii de l'idée que je m'étais faite d'uii iiaviie, (|ue je « restai un moment tout abasourdi et n'osant en croire le té- > molguage (lemes^eux. Au lieu de ces matelots si coquets, « de ces quartiers-maîtres, de ces officiers revêtus de brillants « uniformes que mon imagination rêvait depuis si longtemps < et sans cesse, je n'apercevais que des gens sales, débraîllés, « couverts de haillons, ressemblant bien plutôt à des pirates

• ou à des bandits qu'à des serviteurs de l'État. La propreté « du navire laissait également beaucoup à désirer. >

Voilà ce que dit un contemporain, et le tableau n'est pas trop sombre; et Ton aurait pu en dire autant des sans-culottes qui composaient les armées de la République, sous les ordres de Bonaparte et de Hoche. Ces illustres généraux l'ont publié dans leurs ordres du jour.

Autre cliose est d'organiser des équipages dans les loisirs d'une longue paix ; autre chose est de former inopinément de grandes escadres» à la veille d'une guerre sérieuse. Il est vrai de dire qu'à notre époque, par la raison que nos vaisseaux cuirassés coûtent des millions et des millions, il n'y aura jamais beaucoup de bâtiments à armer à la fois. Il devient alors d'autant plus lacile de donner à cbaque équipage de bâtiments de haut bord, vaisseau ou frégate à cuirasse, des tenues variées. Il serait bon pour tous les autres bâtiments que le nom fût inscrit en toutes lettres sur les boutons.

Le contfe-amiral Villaret de Joyeuse. ^ Le convoi d'Amérique. — Le ¥engevr-dii-Peuple. (1794.)

Des acquisitions importantes de blés, de farine, de denrées de toute espèce avaient été faites en Amérique par le comité

de salui public, et, comme une cruelle famine sévissait en

France, il ^tait de toute urgence de protéger ce convoi qui poruit les approvisionnements de 1 armée de TOuesl et des marins de nas escadres.

Depuis le 24 décembre 4793, Veostabel éuit parti deBresi avec le Tigre, le Jean*Bart, deux frégates, un brick, pour se rendre à Norfolk, en Virginie, où devait se trouver le capi* taine Euiei iau, commandant de l'Embuscade, chargé de réunir les bàtiaients du convoi. Un agent du comité de salut public, porteur d'une somme considérable en or, avait pris passage sur le vaisseau amiral, le plus fin voilier de l'armée.

Cette division fut escortée au large par Bertrand-Keranguen, qui commandait trois vaisseaux, deux frégates, et qui, en rentrant à Brest le 24 janvier 4794, ramena au port quatorze prises, dont l'une valait 80,000 piastres.

Vanstabei reprit la mer le 2 avril 4794, escortant cent dixsept navires, auxquels se joignirent , plus tard , ceux de nos colonies des Antilles, et leur arrivée sur rade de Brest était attendue avec grande impatience.

L'opinion pid>lique s*alarmait, on savait que nos ennemis convoitaient cette riche proie; ses espions innombrables, des ennemis iiivisibles de la République, répandus partout, avaient fait connaître à Paris et à Londres le jour du départ, la route, la destination. On savait que les armées navales de l'Angleterre et de l'Espagne devaient prendre la mer, pour se rendre à sa recherche, quand il arriverait aux atterrages de TEunipe, et Ton décida que nos vaisseaux appareilleraient pour assurer son arrivée.

Jean-Bon Saint-André s'embarqua lui-môme sur le vaisseau amiral la Montagne, et des ordres sévères du roniilé de salut public lui prescrivirent de tout sacrifier pour l arrivée à hoo port du convoi.

Préalablement, Nielly partit de Eochefort Te 6 mai 4794, avec une forte division :

Le Sans-Pareil, 88 canons, cap. Couraud; L'Unité,

L'Audacieux, 74 canons, cap. Philastre; La Galatée,

Le Patriote, 74 canons, cap. Lucsdou; Le Maire-Ouiton. Le Téméraire, 74 canons, cap. Horel; Le Trajan, 14 canons, cap. Dumontier;

]1 jwiiî ordie de joiiidie Vanslabel au puiûl de l endezvous convenu.

Lte fiochefort à Brest étaient arrivés successivement plusieurs vaisseaux, dont les capitaines se rangèrent sous les oidres du commandant en chef. C'étaient le Marat, le Jemmapes, le Vengeui^dn*Peuple , dont les équipages étaient au complet et qui étaient pourvus de quatre mois de vivres.

Vers ce uiriae temps, le capitaiiiu Linois partit en reconnaissante avec la frétrate l'Atalante, accompagnée d'un aviso,

il entrait dans ses instructions de prévenir Vanstabel que NieUy devait l'attendre au point de rendez-vous. Cet avis important ne fut point transmisi parce que cette frégate fiit prise, comme nous allons le raconter.

Chemin feisant, Linois captura trois navires; malheureu* sèment, 1 Ataliiuic lut dtiuàtée, par une rafale, de son petit mât de hunt , avarie qui ne put être réparée convenablement.

Le 3 mai 1794, vers midi, pendant que les officiers pre- Mient la hauteur méridienne, les vigies signalèrent de nom- Imses voiles, entre autres deux vaisseaux anglais, devant lesquels Linois prit chasse immédiatement, par une jolie lirise de N. N. £. Il fit lever les époutilles, mouiller les voiles et prendre toutes les mesures qui pouvaient accélérer la marche de sa frégate.

Maigre tout, le Swiftsure de 74 ayant gagne sensibleiiienl, les premiers coups de canon furent tirés vers six heures du soir.

Dans la nuit du 5 au 6 mai, son aviso la Levrette eut le bonheur d*échapper au deuxième vaisseau qui le poursuivait; mais Linois ne put dérouter son redoutable adversaire.

Le 6 liiai 1794, dès l'aube, ce dernier, poussé par une faible brise, il se trouvait à 2 milles; dans la soirée le feu commença, puis cessa après le coucher du soleil.

Nos marins, exaltés, chantaient la Marseillaise et demandèrent à Linois que le pavillon fût cloué ; il leur répondit que les sentiments d'honneur dont ils étaient tous animés le douaient mieux que tous les autres moyens.

Comme la brise mollissait parfois, ou aimait les avirons de galère sur lesquels se rangeaient les ofhcierS| mêlés aux

simples matelots ; dan» ces momenls , la frégate gagnait; au

contraire, quand la brise frirfchisaaîl, elle perdait.

Pourtant le pavillon avait été cloué, puis, d'après rWstoricn Guérin, les matelots, reconnaissant qa un combat sanglant et inégal était inévitable, demand^'rent quil fût amené après une résistance honorable. Linois les reçutavec indignation, menaçant de faire lusiller celui qui oserait en concevoir le dessein.

Il tenta de nouveau, pendant la nuit, mais en vam, de dérouter son adversaire.

Le 7 mai, vers 2 heures 30 minutes du matin, le feu recommença; la posiUon devint critique. Linois fut renversé sur le pont par les membres d'uu matelot qu'un boulet frappa près de lui. César Bourayne, son second, blessé, ne quitte pas son poste ; un boulet coupa la corne et ût tomber le pavillon. .

Comme l'Atalante coulait bas d'eau, que sou gréenaentétait haché, (iu»ïeSwiftsure avait une écrasante supériorité, notre capitaine, croyant avoir bien soutenu i honneur du pavillon de la République, fit cesser le feu (\).

Les canots de la f^te étaient si démolis, que le capitaine anglais dut faire prendre ses prisonniers.

Nous eûmes 12 tués, 32 blessés, et les Anglais, dit James, n'eurent qu'un blessé.

Revenons à l'armée navale de Villaret de Joyeuse.

Le 46 mai 4794, l'ordre de départ arriva de Paris dans la matinée. Les bâtiments mirent leurs pavillons en berne pour rappeler à leurs bords les nombreux officiers et matelots absents ; la Montagne tira le coup de canon de partance en hissant le pavillon de commandement ; les batteries de la rade répondArent, et, par une jolie brise de N. E., un beau temps, salués par mille acclamations, nos manns, qui

(1) Rapport de Linois(5 mai 1794). Ce capitaine ne dit riou, ém son rapport, de cette démarche de ses marins qui osl racontée y Vhistorien Guérin. li dit, au contraire, que ses chefs de pièce conduisirent bien, que quelques novices seuls se cachèrent sous beaupré*

répoodiient par des hourras, quittèrent la rade de Brest.

L'armée cavale se composait de 24 vaisseaux et 8 frégates.

\'iiiaieL de Joyeuse s'était déjà distingué dans les mers de l'Inde; il était, au dire de Jean-Bon Saint-André, arisiocratc maisbiave. Passionné pour la gloire, ambitieux , sans nul doute, il eut peut-être plus de bonne volonté que de talent et de génie; mais il semblait, à tout prendre , digne de mener an feu les marins de la République.

Prieur de la Marne conduisit son collègue jusqu au Goulel, et l'on raconte qu avant de descendre dans son canot il dît aux matelots, qui se rangèrent à la coupée pour lui faire honneur :

« Mes amis, f le tour aux Anglais. »

« £a doutes-tu? > s'écrièrent les assistants, « ne sommesnous pas Français? »

• Vive la République! • ajouta Prieur* « Vivent la Flranceetla gloire nationale I » répondit>on.

Avant de les suivre sur la mer, parlons de nos ennemis ; on verra que les chances étaient belles pour eux. Le % mai 4794, Tamiral Howe, à la tête d'une armée navale

de 34 vaisseaux de ligne et de 15 bâtiments inférieurs, partit de Spithead pour escorter au large un convoi de MH \o\\cs à destination des Deux-Indes. Après deux jours de mer, il laissa le convoi suivre sa destination. Le contre-amiral Montagtt fut chargé de l'escorter jusqu'au cap Finistère avec 6 vaisseaux. Le contre-amiral Peters Reyniers dut l'accompagner jusqu'aux Indes orientales avec % vaisseaux, 5 frégates. L armée nas ale, réduite, après cette séparation, à 26 vaisseaux, 7 frégates, revint au mouillage de Sainte* Hélène, près de Plymouth (4).

Le 5 mai 4794, Howe s'approcha de l'ile d'Ouessant, s'assura que nos vaisseaux n'avaient pas quitté la rade de Brest, dont ils couvraient les eaux, et se dirigea vers les lieux que devait traverser le contre-amiral Vanstabel, à son retour d .tVmeiiqué.

(1) Ud 27* vaisseau, le Caron, servait d'hôpital.

Le 19 mai, étant de nouveau revenu devant le goulet de Brest, ses éclaireurs lui donnèrent la joyeuse nouvelle, dit James, que notre armée navale avait pris la mer.

Le 46 mai 4794, jour de son départ, Villaret de Joyeuse expédia deux frégates dans le sud pour éclairer sa marche. La mer était houleuae, les vents sonfflaieDt du N» N. 0., rarmée navale courut à Toaest.

Le 17 mai, une brume épaisse empêcha de découvrir l'horizon : on crut entendre des signaux de brume, le son des cloches, les roulements de tambour, et Ton apprit plus tard qu'on avait passé dans le voisinage de Tarmée navale de lord Howe.

Nos vaisseaux^ courant au N. 0., cincflaient sur trois colonnes, un peu distants les uns des autres. La Montagne fit

des signaux de ralliement que les frégates lepéleieuL daas toutes les directions.

Le 48 mai, la Tamise rencontra unbrig, dont le capitaine apprit à Jean-Bon Saint-André qu'il avait été amariné par le F^pillon, de Tescadre de Yanstabel, et que cet amiral l'avait expédié pour annoncer le jour de son départ de la Ghesft* peake. On apprit que les vents n'avaient pas été favorables, que la réunion de Yanstabci et de IsicUy n avait pas dû s'opérer.

Le représentant écrivit à son collègue Prieur de la Marne de retenir à Bertheaume l'escadro de Gancale (4 ), si elle n'arrivait à Brest qu'après le 5 prairial| parce que^ probablement à cette époque, l'armée navale aurait rallié le convoi.

Le 49 mai, on reconnut le Patriote, escortant dix bâtiments capturés par Nielly; les Anglais avaient déjà repris ce convoi, ainsi que la corvette le Mairc-Guiton qui l escortait; le Patriote, l'ayant une deuxième fois repris à nos ennemis» le dirigeait sur la France.

On apprit que 48 vaisseaux anglais tenaient la mer, que douze avaient fait route pour les Indes, que six poursuivaient i'cdcadre de Nielly, que les trente derniers attendaient

(t) L*eicadre de Gancale, sous les ordres de Doré, prit la mer et revint au mottUlage de Bertheaume.

Tarmée navale pour se diriger ensuite vers le fond du golfe deGtBoogne et tenter on débarquement entre Bordeaux et

Toates ces noavellea avaient une grande importance. Jean^- Bm SainUAndré dirigea le convoi sur Brest, Bons lu proteo-

lion de (Jlu\ corvettes, et donna l ordie au Patriote de prendre suii \yosle dans l'armée.

Il apprit, par des lettres trouvées à bord des prises, que fiowe avait escorté le grand convoi dont nous avons parlé, qu'il avait bon espoir de battre notre armée navale et de s'emparer de nos bâtiments chargés de blés.

Dans la soirée, plusieurs vaisseaux s'étant éloignés à perte de vue, trois frênaies manœuvrèrent pour les faire rallier.

Le 20 mai, on amarina un bâtiment angiais qu'on dirigea sur France.

Le i\ mai, on s'empara de six bâtiments d'un convoi hollandais de 50 voiles. Une frégate qui escortait ce convoi avait été déjà prise par l'escadre de Nielly f4).

Dins ta soirée, Vtllaret de Joyeuse, s'estimant au point de rendez-v ous, fit prendre la panne. Les vaisseaux se dissémiaèrent et se couvrirent de feux pendant la nuit.

On était par i7« 48' N. et 15« M' 0.

le 2â mai, deux frégates qui manquaient depuis quelques jours rallièrent avec une frégate bollandaise que la Proser** im avait capturée. Les renseignements reçus jusqu'à œ jour fàrent confirmés. La mer était grosse^ la brise fraîche, le Brutuâ démâta de son petit mât de hune.

Le 24 mai, une frégate et une corvette de Tescadre de Nieliy rallièrent également avec d'autres prises de ce contreamiral.

Villaret de Joyeuse gardant cette frégate à son service, en éonna deux antres pour escorter le convoi, avec celle que la Proserpine avait capturée Tavant-veille.

Jean-Bon Saint-Ândré, en écrivant à son collègue, vanta

(1) C'était le Castor de 32, capitaine Troubridge. Cette flrégate

àmi Uiuillior prît le commandement, fut reprise, ppii après, par la (régate le Carisfort de force très-supérieure. (LbuiUîer, 29 mai 17S4.)

renlhousiasmc des équipages, douiia le meilleur espoir sur le résultat de sa missioD, et recommanda de lui expédier des frégates. L'une de celles qui maoquaieat rallia dans la soirée.

Le 25 mai, la mer fat houleuse, le vent frais; une nouvelle frégate rejoignit.

Le 26 mai, le Scipion signala des avaries dans sa mâture. Le capitaine (lu Palrioie, deuiaiidant à retourner à Brest, à cause du grand nombre de ses malades, se ût intimer deux fois l'ordre de rester à son poste.

Le SIS mai 4794, la mer était dure, le vent frais du S. 0. ; rarmée navale courait sans ordre vent arrière, quand, vers 40 heures du matin ^ toutes les vigies signalèrent les vaisseaux de 1 amiral Uowe, dans le nord, courant sur deux colonnes, au plus près, lriix)rd amures. On dit que les marins et les soldats groupés sur les gaillards d'avant, et pleins d'ardeur, demandèrent à continuer la route pour livrer bataille. On compta 36 voiles (4 ).

Pour la première fois, 4epui8 le commencement de la guerre, nos marins se trouvaient en présence de ceux de l'ennemi.

Villaret de Joyeuse, si^^tialant de former la ligne bâbord amures, se rapprocha pour reconnaître la force de l'armée anglaise.

Les 'instructions du comité de salut public défendaient expressément de rechercher des batailles, et recommandaient

de n avoir d autre bul que de mener le convoi à bon port.

Notre amiral, ayant reconnu que les ennemis élaieni en force respectable, fit prendre les amures à tribord, vers une heure du soir, et courir au sud-est en forçant de voiles.

Hovre, manœuvrant de même, signala de chasser notre armée, avec ordre de commencer le feu, dès que les vaisseaux de son avant-garde seraient à même de le faire.

Le Russel tira le premier boulet vers 2 heures 30 minutes. Peu de temps après, le Révolutionnaire, sortant des raugs, se

(1) Nous avions 25 vaisseaux, les Anglais en avalent 26 et leur Taisseau-hépital.

mit en serre-file, et le feu se coDcentra sur lui. En ce mooeot, les vaisseaux anglais se trouvaient sous le veut, sur deux cotounes, les meilleurs voiliers s*élevant, en forçant de foileS) pour le harceler (4).

C'étaient le Busse Ij le Bellerophoiiy le Malborough^ le Thanderer,

Le combat s'engagea très-chaudement vers 5 heures 30 mi- Dutes du soir, lorsqu'ils se rapprochèrent, et notre vaisseau éprouva des avaries sérieuses dans son gréement. Les bâtiments ennemis se maintenaient généralement par ses hanches, afin d'éviter ses coups, car, chaque fois qu'ils se présentaient par son travers, ils en souffraient beaucoup. Un de nos boulets brisa lechouquedu Bellerophon qui signala ne plus pouvoir tenir son poste.

Vers 8 heures, le feu ayant pris au perroquet de fougue du Bévolutiosnaire gagna rapidement la hune* Le capitaine Yandaogen donnait des ordres pour couper le mât d*artimon, quand deux vaisseaux anglais, s'étant approchés à petite dislance sous le vent, rabattirent par leurs boulets; on coupa lôut ce qui pouvait le retenir le long du bord, pour que la flamme ne se communiquât pas au corps du vaisseau*

La ▼ergu0*dtt grand hunier fut brisée, la roue du gouvernail mise en pièces, de sorte qu'il fallut gouverner à Taide de la barre de combat placée dans le feux pont. En vain Vandangen voulut-il signaler à l'amiral sa position critique, en lui faisant savoir qu'il Hf^rivnit toujours vers I nrmée eonemiei les drisses des fanaux, ces derniers eux-uiémes, forent hachés, coupés.

Xalbeureusement, la mer était si houleuse que la batterie basse ne pouvait fonctionner.

Vers 9 heures, la vergue de misaine tomba sur le pont avec tout son fardage. Comme il ne restait plus que la grande Toile, dont les riianœuvres étaient coupées, tous les homuies descendirent pour compléter l'armement des pièces de la seconde batterie*

(1) L'historien James pense que Vanstabel dut entendre la bruit du canon, parce qu il était è peu de distance.

Sur ces entrefaites, l'héroïque Vandangen reçai un coup

mortel cl le i oniiiiandemcnt passa au lieutenant Eenaudeau, qui lit cesser le feu à 41 heures 45 minutes.

Peu de temps après, le grand màt et le mât de misaine tombèrent sur le pont. Heureusement, les capitaines anglais, obéissant au signal de ralliement de leur amiral, qui continuait sa poursuite, quittèrent notre vaisseau pour reprendre leurs postes.

L'aspirant Cochina, obéissant à une généreuse indlKaalion, ne voulut pas, dit-on, consentir à amener le pavillon, maigre Tordre de Renaudeau ; mais un boulet ayant coupé la drisse, il tomba à la mer.

Le vaisseau anglais YÂudadùus^ fort avarié, comme le nôtre, après ce combat de nuit assez remarquid)le, resta près de lui. La brume, la pluie, la nuit favorisèrent sa retraite, de sorte que le c^^pitaine, réparant activement ses avaries, put s'éloigner du champ de bataille, il fut attaqué par deux corvettes françaises et une frégate, mais réussit à giigoer la rade de Plymoutb, où il jeta l'ancre le 3 juin 4794.

De même, le Révolutionnaire, remorqué par TAudadeux, de Tescadre de Nielly, se dirigea sur Rochefort, où il arriva heureusement.

Telle fut cette première rencontre, qui affaiblit d'un vaisseau chacune des deux armées navales. Celles-ci continuèrent à courir pendant toute la nuit dans le sud-est, les amures à tribord.

Le S9 mtii 1794, au matin, Villaret de Joyeuse fit le signal à son avant-garde, trop éloignée du corps de bataille^ de diminuer de voiles. De part et d'autre, suivant les historiens des deux nations, les capitaines maintinrent leurs feux allumés, quoique les vigies n'en aient rien su.

Au jour, notre armée navigaait encore tribord amures, lorsqu^on signala les Anglais sur le même bord, à 3 milles sous le vent. Les marins et soldats, pleins d'ardeur, demandèrent de nouveau qu'on laissât poi ter pour les engager bord à bord.

Villaret de Joyeuse ordonna de faire le branle-bas de combat, en signalant qu'il voulait tenir le vent sur l'ennemi.

Le braole-bas de combtt avait poar bat de prendre toutes les dispoeitioDs nécessaires ponr combattre. On dépendait les branles ou hamacs, on les transfilait rapidement, et, pour dégager les batteries, on les portait au.v basLiiigaijeâ, où ils servaient d'abri contre les halles.

Âujourd hui cette opération se fait chaque matin» tandis qu'à cette époque les hamacs restaient souvent pendus dans la batterie basse, surtout quand le tempe était pluvieux ou menaçant.

Par ailleurs, tout était bien disposé pour la guerre. Les

mousquetons et les haches d'armes, les piques et les poignards étaient rangés avpr symétrie entre les sabords: les bailles de combat, les boute*feux étaient instantanément mis à leurs postes; il était d'usage de répandre sur le pont des batteries une certaine quantité de sable destiné à boire le sang qui allait couler; même on mettait de Feau et du vin dans quelques bailles, afin que les combattants pussent se désaltérer; enfin on raconte que les chefs de pièce se ceignaient fortement la téte d'un mouchoir pour n'cHre point blessés par les éclats de bois que lançaient les projectiles de l'ennemi en traversant la muraille, puis, quand les dispositions dernières étaient faites, un roulement annonçait que l'on était prêt, et c'est alors, comme a dit le capitaine Luco, que la batterie est à son moment le plus solennel, moment auquel aboutissent les mille combinaisons de l'imposante machine flottante, c'est là qu'est le vaisseau !

Alors aussi descendait le commandant accompagné de ses officiers, et, à son allocution courte, énergique, le dernier des matelots répondait par les cris de :

« Vive la France I » < Vive le commandant I »

Ces cris, ajoute le capitaine Luco, Itii répondaient qu'il était compris et contenaient la sentence d'un duel à mort. {France maritime. La journée du matelot (Jai.), 4" volume; Intérieur d'une batterie (Luco), 2* volume.)

Vers 8 heures, notre amiral prit bâbord amures, en virant vent arrière par la contre-marche, manœuvre que les ennemis exécutèrent euxHuémes. Le vent était frais du sudouest, la mer grosse, et à 40 heures les vaisseaux des deux

nations s'étant beaucoup rapprochés, ceux de l'avant-garde commencèrent le feu, qui, peu après, s'allurna part int.

Howe, dont l'intention était de couper notre ligne de bataillei donna l'ordre à ses capitaines de prendre bâbord amures, en virant veot devant, mais il annula ce signal presque aussitôt , parce qu'il ju^ea qu'il n'avait pas assez gagné dans le vent.

A midi, il rohissa cv inènie signal, que tous ses bâtiments n'aperçurent pas, probablement à cause de la fumée. Le Céiar^ chef de file de la ligne anglaise, en répondant qu'il ne pouvait pas virer vent devant, laissa porter, pour prendre son poste au centre de Tannée ; la Queen, deuxième vaisseau, très-avarié par notre feu, ne put davantage exécuter les ordres donnés; les quatre suivants prirent les amures à tribord, suivant le désir de ramiral, mais n'atteignirent seulement que nos vaisseaux de queue le Tyraunicide et Hddomptabloi qui ripostaient à leurs ennemis avec un admirable entrain.

Cependant Howe, dont le signal flottait encore à une heure

au grand mât de son vaisseau, désirant mettre à exécution son plan, résolut de manœuvrer lui-même, en prenant triboiti amures, pour couper notre ligne.

La Queen-Char lotte j forçant de voiles, avec deux ris aux huniers, vira de bord, courut à l'est-sud-est, et s'avança sous le feu terrible des vaisseaux de la République, dont elle coupa la ligne, à poupe de TEole, le canonnant d'abord sous le vent, puis de l'autre bord, en venant au lof.

Le Bellerophon^ manœuvrant de même, doubla le Terrible.

Le Leviathan passa sur l'avant du Tyran nicide et de l'Indomptable, qui, cernés de tous côtés, continuaient à opposer une défense héroïque.

Les capitaines Le Mesle et Dordelin se firent remarquer par Tachamement avec lequel ils combattirent dans une position critique.

xNoire amiral, adoptant resoliiment le p^irti le plus habile, ne tarda pas à courir à leur secours. 11 signala à notre avantgarde de virer de bord vent arrière, et nos vaisseaux, ayant

ks anrarefl à tribord comme ceax de Tennemii défilèrent au

secours de Tarrière-garde.

Bientôt, les Anglais se trouvèrent massés en peloton dans le vent, tandis que nos marins, passaot sous le vent, les canonnaient de très-près, si bien qae pas un boulet n'était perdu. 11 est malheureux que Viilaret de Joyeuse n'ait pas œnservé plus longtemps cette position avantageuse.

Vers 5 heures 45 minutes, il signala de prendre bâbord amures, en virant ( ncore vent arrière, puis, marquant lui- 1 1 rne la manœuvre, il laissa arriver avec la Montagne, ce qui 6t cesser le feu, quand les autres capitaines l'eurent suivi.

Telle fut cette baUille du S9 mai 4794 (40 prairial an II), bataille ^orieuse, puisque, avec des forces inférieures, notre amiral réussit à dégager l'Indomptable et le Tyranniddc, en prenant une excellente position.

Les doux manœuvres des commandants en chef furent trouvées Ix lles des deux côtés de la Manche.

Voici quelles étaient les forces respectives des deux années navales :

Les Anglais avaient S5 vaisseaux et 4 vaisseau-hôpital ;

3 vaisseaux de 400, 4 de 98, 3 de 80, 46 de 74.

Nous avions 24 vaisseaux dont 1 encombré de malades;

4 vaisseau de 120, 2 de 4 40, 3 de 80, 48 de 74.

En ce (jui concerne les caronades, qu'on lise les renseignements curieux que nous avons placés à la fin du livre II.

Mentionnons que, du o6té des Anglais, il y avait 7 amiraux, des capitaines expérimentés, des canonniers exercés qui avaient le pied marin.

Chez nous, le contre-amiral commandant en chef était un lieutenant de vaisseau de la veille, l'autre un ancien souslit^uunant; les rapiiaiiies et<uent des officiers marchands, des sous-lieutenants, des maîtres; l'un d'eux était même un ancien matelot; les équipages se composaient de pécheurs, de réquisitionnaires, de volontaires qui voyaient la mer pour la première fois, quoiqu'il soit vrai qu'il y eut aussi de vaillants matelots, les meilleurs sans doute de ceux des villes maritimes du Nord et de 1 Ouest.

Il est certain qu'ils disputèrent la victoire aux vieux tacticiens de TAngleterre, et nous devons regretter que les instructions du comité de salut public aient ordonné de ne

point rechercher des occasions de se battre.

Lorsque deux armées navales sont en présence, en forces à peu près égales, c'est un avantage d'attaquer, au lieu de fuir ou d'attendre sous petite voilure, car cette manière de faire ne peut qu'intimider les équipages^ enhardir les ennemis.

James établit ainsi les pertes de ses compatriotes dans la

journée du mai 17'J4.

Le César^ 22 hninnies tués ou blessés ; la Qiiecn^ i9 ; le

les autres vaisseaux, S5.

Continuons à suivre nos marins.

Dans la soirée du 99 mai, lorsque Villaret de Joyeuse

oidonna de virer de bord pour prendre tribord amures, et porter secours à son arrière-garde, le Montagnard, chef de file, continuant sa bordée, perdit de vue les vaisseaux et ne reparut plus.

Peu de temps après, leTrenle-et-un-Mai, de 74, capitaine Ganteaume, qui faisait partie de la division de Gancale, rallia par hasard et prit son poste dans la ligne de bataille, de

sorte que l'armée se composait encore de 24 vaisseaux.

La frégate le Bnitus prit l'Indouiptable à la renuirque.

Le capitaine d un aviso, qui arriva de Brest, annonça que la division de Kielly n'était pas éloignée et reçut Tordre de dire à ce contre^miral de rallier. Peu après, les vigies aperçurent ses vaisseaux à Thorizon.

La nuit ftit obscure. On cingla bébord amures au nordouest, sous petite voilure, entraina[il ainsi dans une bonne direction l'armée ennemie, manœuvre par laquelle nos chefs laissaient la voie libre dans le sud, au convoi du contreamiral Vaostahel, qui devait avoir passé ou s'approchait de ces parages dont on s'éloignait.

Le 30 mai 4794, Nielly opéra sa jonction avec un renfort précieux de 3 vaisseaux, 2 frégates qui manquaient depuis longtemps, il avait capturé une corvette ennemie et rendit

compta <|a'H avait détaché rAodacieux^ de 74, pour escorter le Bévolulîonnaire jusqu'à Bochefort.

Dans une éclaircie, nos vif^ies aperçurent les Anglais du côte du snd-ouest, nii vent de l'arm<^e.

Le temps était brumeux. Malgré les nombreux signaux que les frégates répétèrent de leur mieux, llndomptable et la frégate le Brutus se séparèrent.

Par suite de l'arrivée de Nielly, de la séparation de l'In* domptable, notre armée navale se composait de 26 vaisseaux, dont l'iKi le Patriote était surchargé de malades.

Le reprt -entant apprit, du capitaine de la Gentille, que ce * dernier avait amariné trois bâtiments marchands, à bord desquels il avait recueilli ce renseignement précieux» que Vanstabel se trouvait, à la date du % mai 1794, par 38* de latitude et 5S* de longitude. En raison du temps écoulé depuis cette époque, on pouvait supposer que le convoi se trouvMït dans le voisinage de Tarmée, s'il n'était déjà passé.

Le 34 mai) dans la soirée, la brume s'étant dissipée, nos vigies aperçurent encore les ennemis dans le vent. Par ordre de Jean-Bon Saint-André, le contre-amiral Nielly mit son pavillon sur le Républicain; les capitaines reçurent des ordres sévères pour bien se maintenir à leurs postes; les frégates se portèrent au vent de la ligne, pour surveiller les Anglais et pouvoir prévenir, en temps o|)poMun, le commandant en chef de tout mouvement offensif de leur part.

Le 4*' juin 4794 (43 prairial an il), on aperçut dans le vent les vaisseaux ennemis qui s'avançaient grand largue sur les nôtres rangés en ligne» bébord amures, au plus près et sous petite voilure.

La mer était belle, le vent faible du sud-ouest. 11 était évident qu'une sanglante bataille allait s'engager.

Alors, disent les chroniques, un frémissement d enthousiasme se manifesta partout à bord des vaisseaux de la République, aux cris mille fois répétés de :

« Vive la nation ! »

Les marins et soldats, entendant le rappel des tambours, se portèrent aux canons pour (aire les derniers préparatifs. Ou

hissa les pavillons de la nation, de la Gonvenlion, les insignes de commandement. On dit qu'au sommet des mâts flottaient des pavillons bleus» avec ces mots inscrite en lettres d'or :

< La victoire ou la mort I >

L aniiial anglais prévint ses capitaines qu'il attaquerait le centre flo noUe ligne. Peu après, i! signala qu'il fallait la traverser pour engager le combat sous le vent, et chaque capitaine reçut l'ordre d'attaquer le vaisseau correspondant dans notre ligne ; à cet effet, plusieurs changèrent de poste, afin que des vaisseaux de même force fussent opposée les uns aux autres.

Après le d(^jcunor des marins anglais, Howe commença son mouvement ollensif, et notre avant-garde ouvrit le feu vers 9 heures 30 minutes, à petite portée.

Racontons d'abord sommairement le combat.

Dès que les vaisseaux de Howe, grand largue, bâbord amures, arrivèrent près des nôtres, en ligne de bataille sur le m(^me bord, un feu teii it)le s'cnL'agca de tous cAtés; ceux de lavant-garde et du centre, moins maltraités que ceux de l'arrière-garde, continuant à faire roule, s'écartèrent du champ de bataille et s'en trouvèrent éloignés à la fin du combat. Peu de yaisseaux anglais coupèrent notre ligne et engagèrent sous le vent comme Tamlral l'avait prescrit; quelquesuns tinrent le vent, à cause de leurs avaries.

Vers 10 heures 10 minutes l'engagement était général.

Villaret de Joyeuse, etUouie de six vaisseaux eimemis, laissa porter vent arrière avec la Montagne, suivi de son matelot et de plusieurs autres vaisseaux qui avaient souffert, et Ton peut dire que vers 14 heures 30 minutes l'action était à peu près terminée.

Onzi! vaisseaux anglais, douze vaisseau >c français, démâtés, restaient sur !e champ do bataille. Tous avaient encore leurs pavillons. Chaque capitaine manœuvrait de son mieux pour s'éloigner de Tennemi, réparer les avaries, mâter des espars, orienter des voiles, combattre au besoin.

Déplorons, avec tous ceux qui ont écrit cette histoire, que nos chefs n'aient pas eu un plan formé à l'avance, que Vil-

laret de Joyeuse n'ait pas pris sur lui, malgré les ordres cie Jeao-BoD Saint-Âodré, de faire rallier son avant-garde pour se porter au secours des nombreux vaisseaux qui gardèrent encore les ootileurs nationales bien après la fin du combat.

En tous cas, nous verrons que nos marins surent mourir avec gloire, sinon vaincre, que la responsabilité de la défaite doit rester tout entière à la cliarge des chefs, contre-amiral ou représentant.

D*après Fauteur de VicUnret et Conquêtes (4), Tamiral anglais aurait particulièrement attaqué le corps de bataille et Farrière-garde de notre armée, de façon que Tavant-garde, ayant eu peu d'ennemis à combattre, se. serait trouvée hors du feu do bonne heure, d autant que les vaisseaux anglais se reportèrent vers le centre. Au contraire, l'arrièreprde, débordée par six vaisseaux, eut beaucoup à souffrir (2).

Voici le nouvel ordre dans lequel nos capitaines combattirent le 43 prairial :

Le César. SO

^'i. Anfey. Le Belleropbon. ... 74

Le Leviathan 74

LeRttfleell 74

à. Graves. Le Royal-Soverelgn. 100

Le Malborough. ... 74

La Défonce 74

^.À,Caidweli. L'Impregnable. ... 98

Le TremeadotiS. ... 74

^ À Bawyer. Le Barfleur 98

Lliivincible 74

Le Culloden. , .... 74

LeGibrftltar 80

La Convention 74

Le Gasparin 74

L*America 74

Le Téméraire 74

Le Terrible 1 10 (7. il. ^oiitwf.

L'Impétueux 74

Le Muciua 74

L'Eole 74

Le Tourville 74

Le Trajan 74

Le Tyranuicide. ... 74

Ia Moutague.

120 C. A. Villarel de jQyeufs,

(1) Vt( iijtr< s t't Conqui'lts.

(2) Le Mucius, 1<! Jcraniapes, l'Acliillf», rimiH' luoux, le Juste, le Norlhuiiilierlaiid furent entièrement (iéuiàles -, i hule, le Scij>ion ne conservèrent que lu grand mût ; le Sans-Paroil, l'America, leur mât d'artimon; le Républicain, le Terrible, W ur mât de misaine; le Tyrannicide, le Trente-et-un-Mai ne perdirent qu'un m&t de hune. En- Tiroa 3000 hommes furent tués, noyés ou blessés.

V, A. Bowe, La Queen-Charlotte. iOO

Le Brunswick 74

Le Valiant 74

LOrinn 74

A* Gardner. La Queea 98

Le Bamilies 74

L'Alfred 74

Le Montagii 74

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