CHAPITRE PREMIER
LOIS, DÉCBKT3, ORDONNANGBS. — LtS MINISTRES.
Bourdon de Vuitry, pendant la courte durée de son ministère, du â9 juin au 27 novembre 1799, n'apporta aucun chan« gement essentiel à l'organisation générale, et Forfait (Pierre* Alezandre-Laurent), né à Rouen en I75S, lui succéda.
Ce dernier avait été nommé député de rassemblée légfslalivc pur les électeurs de son département. Il élail connu par des travaux remarquables comme ingénieur de la marine ; il avait rendu les services qu on devait attendre de ses connaissances variées et de son expérience.
Nous avons vu qu'il siégea dans la commission supérieure chargée de l'organisation et de Tarmement de la flottille. Plus tard, en qualité d'ordonnateur en chef, depuis Flessingue jusqu'à Saint -Malo, il rendit, dans ces fonctions qui ne s'accordaient guère avec sa position d ingénieur, des services si*
gnalés, notamment au Havre, quand les ennemis essayèrent
lie brùIfT cPttc ville.
Son élevai i< Il au ministère lui créa des jaloux. et soulev-a des méconteatcments.
Le 27 avril 4800, Bonaparte, premier oonsuli décréta que le littoral serait divisé en six arrondissements placés sous le commandement supérieur de préfets maritimes.
C'est de cette époque que dite cette belle organisation qui a centralisé l'autorité sur le littoral de chaque arrondissement. On peut sui)])Oser que Forfait ne prit qu'une pai i >ecuiidairc à 1 élaboration de tous ces décrets qui firent sortir toutes les branches du service du chaos où les avait plongées les lois révolutionnaires. L'organisation de Tan 1800 fîit dis* cutée au conseil d*État, et quand Bonaparte, Sieyes présidaient les travaux, les hommes les plus distingués de leur entourage devaient nécessairement subir l inHueuce de leur génie (1).
Le 15 août 1800, le corps des officiers de vaisseau fut reconstitué (2); les conditions à remplir pour Tavanoemeat
(1) Guérin.
{l) Oa décida qu'il y aurait ù l'aveuir : 8 amiraux, 16 contre-amiraux, tâO capitaines de vaisseau, tSO capi mines de flrégate, 400 Ueutentnts de vaisseau, 600 enseignes.
On forma, pour ainsi dire, un nouveau (^orps d*officiersde marine. On prit, dans l'ancien corps, les 7/8 des enseignes au cboix, puis
on compléta la liste par un concours;
On prit les 3/4 des Heutonnnts de vaisseau à l'ancienneté et l'autre quart au choix ; la moitié des capitaines de flrégate à l'ancienneté, U deuxième moitic uu choix;
3/4 des capitaines de vaisseau à l'ancienneté, l'autre quart au
choix ;
On (Ji'm réLa que mil no serait nommé ensoi^e de vaisseau qu'après quatre années de mer eu quoique qualité que ce fût, dont deux uns au moins sous vOile:», el eu satisfaisant aux exigences d uucoucuui? public.
Les tolérances devaient être Justifiées par des actions d*éclst
{DulMin deê M.)
soumises à de nouvelles règles ; puis on organisa le conseil des prises, le cooâeil des travauX| rinspecUoD» le comilé d'artillerie, le service de santé.
Foifuidonna des ordres pour activer et presser les travaux de toute sorte qae nécessitèrent l'armement des bateaux de la flottille et la créa lion déports de refuge sur le littoral nord de la France.
On assure qu'il dressa lui-même les plans et devis de chaque espèce de bateau , que certains amiraux se mon* trèrent, à cet égard, diamétralement opposés à ses vues; que Truguet, en particulier, se prononça contre l'expédition et le système d'attaque^ parce qu'il était convaincu que la flottille ne pourrait opérer sans être protégée par une escadre de vaisseaux do haut bord.
Malgré ces oppositions, les idées du ministre prévalurent, et plus taîd seulement, à la suite d'épreuves subies par les bateaux, le plan de la descente fut modifié suivant les idées de l'amiral que nous avons nommé ci-dessus.
A cette époque, les antagonistes de Forfait êleviîreril d autant plus leurs méchantes voix, qu'il était souvent al>seDl de Paris.
Aigri par leurs critiques injustes, froissé dans son amour* propre» il ne sut pas se mettre au-dessus de certains propos, et Bonaparte finit paf croire que, malgré les talents et les
qualités qui le distinguaient, les services éminents qu'il rendait, U a avait j)as la fermeté de caractère qu'il aimait à trouver chez ses houimes d'État,
Aussi accepta~t-ii la démission que Forfait lui offrit, de son propre mouvement, le surlendemain de la signature des préliminaires de la paix d*Amiens.
Ce fut ainsi que ce ministre se retira, suivant son biographe Lerot, et l'on peut dii c que, pour le malheur de la France, il fui r(Miq)lacé parle contre-amiral Decrés.
On dit même que la retraite de Forfait fut une véritable disgrâce ; mais c'est une erreur, car Bonaparte, qui l'aimait beaucoup, le nomma, peu de temps après, conseiller d'État et commandeur de la Légion d'bonneur.
Le contre-amiral Decrés fut nommé ministre de la marine
le l** octobre 4804 , et s'il est vrai qu'il ne dai sa nomination qu'aux récriminations, méchantes et injustes dans le fond,
qu'il dirigea contre son prédécesseur, il faut déplorer que cet honorable ingénieur ait éle sacrifié à celui qui, de l'aveu de tous les historieofi, fut un homme partial^ le moins propre à diriger le département de la marine.
« — DecréSi dît M. Jurien la Gravîère, avait du courage, € de rinstructîon, un certain fond de bonté ; mais il man- « quait d'enthousiasme ; il était sceptique et railleur, prenait « plaisir à narguer 1 ardeur des jeunes gens, au lieu de ra- « nimer leur confiance, craignait toujours que quelqu'un ae » Tint à grandir près de lui, fui courtisan fin et ingénieux ; « administrateur habile i mais pourtant le pire des mic nistres(l). »
Après la sisinature du traité d'Amiens, les équipages de tous les bàtimenU) de guerre furent rétablis sur le pied de paix.
Les armements en course furent prohibés; des seoonis accordés à ceux de nos marins et soldats qui revinrent daos leur patrie, après avoir souffert mille pdnes sur les poouws
anglais.
Les bâtiments enlevés aux Portugais furent restitués à leurs propriétaires.
(1) Souvenirs d un amiral (Jurien la Gravièrc).