‹ Histoire des marins français sous la RépubliqueChapitre 60 sur 71 · I.a Fauvette · texte numérisé non relu

I.a Fauvette

La Sans-Par'^illp.

Le trausport la ViUe-de-Marseîlle.

Arrivé près de l'ile, il prenait ses dispositions pour entrer, de nuit, dans le port, quand le 47 février, au matin, il aper"

çut distinctement cinq vaisseaux anglais, qui n'étaient autres que ceux de Nelson.

Les vents soufflaient de l'ouest, et notre amiral, léchant la remorque de la YHIe-de-MarBeilIe, prit les amures è bâbord,

en signalant à ses capitaines de le suivre.

Les Anglais, qui se rapproLiiaieni i a{)idement, ne tardèrent pas à capturer le transport, vers 8 heures 30 minutes.

Dans l'après-midi| vers 4 heure 30 minutes. Ferrée, déooa* vrant dans le nord-ouest deux grands bâtiments qui cou* paient sa route, gouverna vent arrière à l*est.

Vers 2 heures 1 5 minutes, une frégate ayant paru également dans celte direction, sa position devint d autant plus critique qu'il ne pouvait venir au vent, parce que la if ire de Sicile restait par bâbord , et que des vaisseaux se trouvaient dans Fouest, dans l'ouest-nord-ouest, dans l'ouestsud-ouest.

Un sanglant combat était donc imminent et commença

effectivement vers 3 heures et de très-près contre une frégate.

Bientôt les vaisseaux de Nelson entourant le Génêreui lancèrent de terribles volées de mitraille qui balayèrent le pont et particulièrement le gaillard d'arrière.

Perrée reçut une blessure à son œil droit, mais n'en resta pas moins sur son banc de quart, ne cessant d'encoorager ses matelots.

Peu apr^s, il eut une cuisse emportée, et le noble amiral, avant de quitter son capitaine de pavillon qui le conduisit jusqu'à l'échelle, pensant aux braves qui continuaient à verser leur sang, lui adressa ces paroles, en lui remettant le commandement.

« Vous ne pouvez sauver le vaisseau. Ainsi , capitaine, « je vous recommande d'épargner le sang français. »

L'adjudant Poulain, quoique blessé, resta, jusqu'à la fin du combat, près de Aenaudin, qui amena le pavillon après uoe résistance honorable.

Perrée rendit le dernier soupir à 7 heuros 30 minutes du soir, et Ton raconte que ses dernières paroles fùrent pour son pays.

« Je suîâ content, dit-il, je meurs pour la France* » Ainsi finit» à la fleur de Tège, un des plus vaillantoi des plus habiles capitaines de la République. Il était compatriote

et ami d'enfance de Le Joille, né, comme lui, à Saint- Vaast.

Tous deux capitaines au long conrs, distingués par leurs services, fureul frappés morteliement sur le pont du Généreux.

James, peu flatteur en vérité, a dit que Perrée mourut en laissant la gloire la plus pure.

■ 11 as ail, dit-il, gu^iie 1 estime et le respecl des officiers « anglais les plus distingués qu'il eût rencontrés, comme • amis ou comme ennemis. »

Ses marins l'enterrèrent dans l'église du couvent des dominicains, à Syracuse.

Les trois corvettes atteignirent beureusement le port de Tuulun.

DtPART DE MALTE DU GOirTRE-AMIRAL DEGRÉS.

Le ef^néral Vaubois, afin de rcnvover de Malte tous ceux (jui ne pouvaient lui rendre des services et eonsoinmaienlses vivres, donna Tordre à Pecrés de gagner le large avec le vaisseau le Guillaume-TelL

Ce dernier partit le 30 février 4800, vers II heures du soir, peu de temps après le coucher de la lune et sous Fimpulsion d'une forte brise de sud.

A peine les amarres fureui-elles largues et les voiles étaliiies, que les soldats anglais, postés dans File, firent feu pour donner l'éveil» signal auquel la frégate la Pénélope se couvrit de voiles pour suivre. Elle commença même le feu vers minuit et demi, en se maintenant habilement par les hanches.

Decrés redoutait la poursuite d'autres adversaires et, dans le but de les dérouter, cingla d'abord au nord, puis à Test. Pendant la nuit, un boulet fit tomber le grand mât de perro* quet du Guillaume-Tell.

Le mars, dès l'aube, un vaisseau enDemi, le Lion^ de 74, viol se placer par le travers de bâi)ord, à portée de pistoleli et commença un feu très-vif.

Decrés donna Tordre de l*aborder« et le capitaine de payiUon Saulnîer, profitant d'un moment favorable, manœuvra ai bien, qtt*à la seconde tentative le bout-dehors de foc du Guillaume- Tell s'engagea dans les haubans d ai timon de l'anglais. Malheureusement, eu bout-dehors cassa, et les ennemis s'éloignèrent vent arrière.

Decrés les poursuivit, mais (Ut obligé de revenir ensoiie sur bâbord, pour prêter le travers à un deuxième vaiflsean. le Foudroyant y de 74, dont le capitaine passant à poope somma nos marins de se rendre.

On lui répondit à coups de canon et par le conflit de diverses manœuvres, suivant l'expression de l'amiral, leFowdroyant se trouva plus tard par tribord.

Gomme la Pénélope ne cessa de se maintenir par les hanches, les pertes occasionnées par cette lutte inégale fareot cruelles, comme on doit le penser. Le Guillaume^Tell fol démâté de sou grand mât et de son mât d'artimon, de 6 heures 30 minutes à 7 heures. Bientôt le Lion \ int se placer encore à bâbord, et, malgré la position critique dan? laquelle il se trouvait, Decrés n'en continua pas moins use défense bérotque.

. Avant de succomber, ne voyant pas d'autre parti à prettdfe^ et faisant venir en grand sur tribord, il manœuvra si bien,

que le Guillaume-Tell tomba en travers sur le beaupré di* Poudroyant. Même, nos cauonniers l'enlilaiit de Tavaut i l'arrière, le capitaine anglais s'éloigna en forçant de voiles.

Ce fut alors que Saulnier, blessé, remit le conunandemeai au lieutenant Donadieu. La lutte impossible que dob marins soutenaient ne pouvait durer longtemps encore ; notre vaisseai n'avait plus que son mât de misaine; le feu avait pris pla* sieurs fois dans les batteries; un ciiiioii avait éclaté, 49 autres étaient démontés ; la mâture ei le LTéement engageaient oeu\ des gaillards^ SOO hommes étaient tués ou blessés i laïuirâl lui*méme, renversé de son banc de quart par une eqiiosioo de gargottsses, était ensanglanté, couvert de oontuaionsi

Jugeant qu'il avait dignement soutenu l'honneur du pavillon, il se rendit, et la Pénélope ^ prenant le Guillanme-Tell à

la remorque, le conduisit au port de Syracuse.

Tous les officiers reçurent de l'avancement ; l'équipage un teinoignage guneral de satisfaction, Deci une montre marine et un sabre d'honneur.

les lieutenants Michel » Anselly, l'aspirant Vidal furent taés, les enseignes Paulin, Lagn'^gc, Taspirant Doamer, le capilâiiie Sauluier, le contre-amiral Decrés furent blessés.

Dans l'île de Malte, le général Vaubois résista pendant tout l eté de 'IBOO. 11 renvoya la Diane et la Justice, sous le commandement de Villeneuve, afin de se débarrasser encore de bouches inutiles. La Justice que montait le contre-amiral ' atteignît Toulon, mais la Diane fut capturée.

Kiilin Vaubois capitula le 3 septembre, après une défense digne de l'admiration de la postérité.

Depuis un mois, il ne restait plus un animal vivant. On avait mangé successivement les chevaux, les mulets, les ânes, les chiens* Les débris de la Boudeuse avaient servi à la cuisson des aliments. Le typhus occasionnait des ravages efFrayaiits dans les rangs de nos soldats.

Ainsi tomba cette île de Malte entre les mains des Anglais» cette ile qu'ils n'ont jamais voulu abandonner, qu'ils n'ont point conquise les armes à la main, mais qu'ils ont reçue de nos valeureux soldats défaillants de souffrances et de privations. Elle a été cause de la reprise des hostilités f C'est pour avoir voulu la garder que Napoléon s'est trouvé engagé dans une effroyable guerre, et les Anglais, restés les maîtres de la mer,y ont établi le boulevard de leur puissance dans la Méditerranée*

CROISIÈRES DAHS LA MÊDITBRRAIIÉE.

Le contre-amirâl Ganteaume.

Nous sommes arrÎTés à cette époque dont les dits mari

limes ont été traités par M. Tliici s dans son histoire du consulat cl de 1 i nipire. Mais, malgré rautorité reconnue de ce dernier, nous nous permettrons quelquefois d'émettre de» opioioos différentes ; nous ferons remarquer, surlout, qu'il a passé sous silence des épisodes assez importants de notre histoire maritime, alors qu'il raconte, avec des détails minutieux, des faits qui méritent à peine d*étre tirés de l'oubli.

Ainsi comment s cxpliquei qu il n a point seulement mentionné la mort du contre-amiral Perrée à bord du Généreux, la défense héroïque de Decrés sur le Guillaume-Tell, et autres faits d'armes honorables, tandis qu'il a décrit, loul au long, d'insignifiantes canonnades que quelques capitaines de chaloupes ont échangées, à grand bruit, le long du litto» ral de la Manche.

On répondra peul-êlre qu'il importe peu, dans une histoire nationale, que tr i nu tel épisode ait été laissé dans l oubli, que tel ou tel aulre ail été meiitiouné.

Gela est vrai, et ï Histoire du consulat et de r empire n'en restera pas moins un monument impérissable de l'épopée révolutionnaire ; mais, ayant pris è tâche d'écrire une histoire particulière de nos marins, nous avons fait sortir de Tombre avec plaisir, parce que c'est avec justice, plusieurs noms passés sous silence jusqu à ce jour.

Bonaparte désirait vivement secourir son armée d'impie, envers laquelle il avait de grands devoirs à remplir, qu'il avait abandonnée pour revenir en France, et parce qu'il lui importait, dit Thiers, de prouver au monde qu'en la transpurtaiii en Ég} pte il avait tenté une entreprise sérieuse.

De tous les ports de l'Europe, même de ceux del Ali;ene, partirent des bâtiments qui portaient à nos soldats des munitions de guerre, des denrées de toute espèce ; mais ils étaient

génénlement mMe par les croiseurs, et bientôt lord Keîth

établtL, le long des cotes de l'É^^ypLe, un blocus si serré, qu'il put se vanter de ne pas en laisser échapper un seul.

Ou offrit de fortes primes aux armateurs qui réussiraient i transporter des vivres, des mimitions ou des renforts dans notre colonie.

On promit 45000 fr. à Féquipage du navire qui donnerait

seulemeiil des nouvelles de nos soldats, et en même temps Bonaparte prépara une grande expédition pour faire arriver UD secours important en hommes et en matériel.

L'époque semblait d'autant plus favorable qu'il était facile d'inspirer des craintes sérieuses à TAngleterre, soit en pré* parant une invasion, soit en attaquant les colonies d* Amérique, cl eu cUel les forces [lavales de l'Espagne cl de la Hollande pouvaient se joindre aux nôtres; nos armées rentraient sur le sol de la patrie et se trouvaient disponibles. Il y avait des camps en Hollande» dans la Flandre françaiseï près de Brest; dans la Gironde, en Provence» dans le golfe de Tarenteoù s*était rendu en toute hâte le contre*amiral Villesneuve pour prendre, sur les lieux, les dispositions nécessaires à un embarquement, si des vaisseaux se présentaient.

Dans le but de donner le change à ses ennemis, Bonaparte conçut plusieurs projets. Ainsi, une escadre de cinq vaisseaux français, cinq vaisseaux espagnols, cinq vaisseaux hollandais dut se tenir en partance pour le Brésil, afin d'empêcher les Anglais d attaquer cette riche colonie portugaise, ce qu'ils ne pouvaient manquer défaire, puisque nous convoitions Lisbonne.

Uarmée navale de Brest comprenant encore vingt vaisseaux français et espagnols devait rester là comme une menace incessante pour l'Irlande, et Ganteaume devait, dit-on , avec sept vaisseaux, se porter sur Saint-Domingue.

Enfin, deux autres divisions, l'une à Rochefort, sous les ordres de Bruix, l'autre au Ferrol, devaient se diriger soit sur la Martinique, soit sur la Trinité*

Tels étaient les plans que Bonaparte divulguait à plaisir dans les journaux de l'Europe, et sur lesquels il comptait pour cacher ses vrais desseins qui étaient de porter uu ren-

fort important en Ég7{>te. Le secret fut gutéé d'me fiçmi « abMiue, que le cebineteepagDal n'en eut même pas connaissance.

Ganteauiiic parlant de Brest dut se rendre directement à Alexandrie, et Bruix appareillant de Rochefurt dut rallier successivement les divisions espagnoles du Ferrol et de Cadix, se rendre dans le golfe de Tarente, y prendre des troupes préparées à Tavance et lea porter paiement en Égypte.

Malheureusement, cet ainirnl. le plus habile et le plus capable de nos hommes de mer, soutirait si cruellement d'une phthisie pulmonaire qni dpvnit le conduire au tombeau peo d'années après , qu'il fut obligé de résigner son eomman* dément*

Du reste, les Espagnols, soit ineptie, soit mauraise volonté, se prêtèrent desi riiauvaisoi;rr^ceaux désirs do Bonaparte, que les escadres du Ferrol et de Cadix: ne purent être organisées.

Qanteaume reçut donc l'ordre de remplir seul la mission importante dont nous avons parlé tout à llieure, et il choisit sept vaisseaux, les plus tins ToîI!erS| di^on, de ceux qui composaient l'armée navale de Brest.

Le •énéral Sérizîat prit ptissaL'p, avec 2785 honimes, sur ces bâtiments. La division comprenait :

L'IndivisiLle, SO) cap. Goardimf Cî. a. QëmtiOUmÊ, Le Formidable, SO; cap. Allary ; c. a. Haoîf.

L'Indomptable, 74 ; cap. Moncousu.

Le Desaix, 74 ; cap. Christy-Pallières.

La Constitution, 74; cap. Faure.

Le Jean-Bart, 74; cap. Ma^no, Le Dix-Aoùt, 74; cnp. Bergeret.

La Créole, 36; cap. Gourrégô.

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