‹ Histoire des marins français sous la RépubliqueChapitre 61 sur 71 · I .i HrdvQure, 36; cap. Dordelin · texte numérisé non relu

I .i HrdvQure, 36; cap. Dordelin

Ltî Vautour, cap. Kérimel.

A cette époque, lord Keith, qui bloquait étroitement Aleiandrie, avait sous ses ordres une escadre de 7 vaisseaux. £n outré, une fleUe de' 70 voiles comprenant de» vaisseaux de de 56, des flnigales et autres bètiments'de rang inférieur étaient à sa diepositien. Ce loid devait, d'après ses iDStruc*

tioQSi se rendre en CaramaQie, sur les côtes de TAsie Mineure, y rallier 6 vaisseaux lures et S transports, embarquer fiOOOjantfsaires destinés à condiattre nos soldats en Êgypte. D'autre part, sir John Borlase Wieirren commandait dans la

Méditerranée 5 vaisseaux et 3 frégates. Il s'adjoignit ultérieurement 2 autres vaisseaux de la station des côtes de Sicile, lorsqu'il donna la chasse aux nôtres.

Telles étaient, suivant James (4), les forces que nos marins devaient s'attendre à rencontrer, en traversant la Méditer^ mée, pour se rendre en Égypte.

le? jaimer 1804, Ganteaume prit une première fois le large, mais fut obligé de revenir au mouillage de Berlheaume. Le lendemain, ayant appareillé de nouveau à la faveur d une belle brise d» nord-est, il dut encore revenir arrêté par les croiseurs de lord Harvey,

Eain, le janvier, un coup de vent éloigna les Anglais, et DOS marine gagnèrent le large à la faveur des ombres de la mût. Le tempe était menaçant, la brise trèa^forte du nord, et, dès que les vaisseaux furent engagés dans les passes de rivoire, une vraie tempête se déchaîna. Ils cinglèrent en ligne, l'Indivisible en tête, et chaque capitaine força de voiles pour déjouer 1 ennemi.

Le Formidable eut ses huniers emportés. La Gonstilation et rindivisible démâtèrent de leurs grands méisdebiine, et tous lesbAUments se dispeiBèrent parce qu'on arvaiteeelié les feux. Aussi, quand le jour eut lui, Ganteaume n'aperçut près de lui qui' \d Ci éole.

Le mal n'était pas grand, parce que chaque capitaine, ayant, au plus vite, réparé ses avaries» joignit l'amiral au point de rendez-vous convenu , à la hauteur do cap Saint-Vincent.

Ia Bravoure, ayant rencontré une fr^te anglaiseï la (km^ earde^ IKH^lin accepta résolùment une lutte qtA lui présen» tait des chances de succès. Les volées de mitraille mirent

(1) James dil que lord Keitli comniandail 7 vaisseaux de guerre, 8 vaisseaux à armement réduit, et 8 IVégates.

ErentOQ dit 16 vaisseaux, ^ frégates, 121 Uuubports portant 15000 hommes.

d*abord quelque désordre sur le pont de sa frégate, mais les Anglais n'en manœuvrèrent pas moins pour s'éloigner. Nous eûmes 31 honmiestuésou blessés, et Dordelin fat luî-

même grièvement atteint à la main.

Ce fut la Concorde qui rendit compte a lord llarvcy du départ de nos vaisseaux, mais, se méprenant sur le vrai but de l'eipédition, il dépédia Gaider aux Antilles, avec une escadre de 7 vaisseaux.

Ganteaume captura la corvette rjncenàiary qu*U livra aui flammes. Malheureusement il voulut causer avec ses prisoDniei s cl ii en recueillit que des renseignements erronés.

On lui dit que iurd Keith devait ôtre, depuis deux hkh-, devant Alexandrie, avec 42 ou 1 4 vaisseaux et \ 40 transports, que sir John Warren, qui avait déjà 4 vaisseaux, devant les lies Baléares, en attendait 6 autres.

Notre oontre-amiraU après avoir passé le détroit, captnn encore le Cutter, le Sprightly et la frégate le Succès.

Il assura que ses nouveaux prisonniers con6rmèrent ce qu'on lui avait dit, et garda la conviction que lord Keith avait déjà eOectué le débarquement de ses troupes sur les plages de rÉ^pte.

Or les prisonoiere se trompèrent grossièrement ou débitèrent des mensonges, car lord Keith ne débarqua ses troupes

que dans les premiers jours de îiiai s.

No.s marins se trouvèrent au cap de Gâte le 10 février, tl en ce moment sir John Borlase Warren, qui croisait ordinairement de Mahon à Gibraltar, se tenait au mouillage dans k premier de ces ports.

L'occasion était donc belle. Tout avait marché à souhait Les amiraux anglais n*éta!ent-ils pas eux-mêmes induits ea erreur? 11 n'y avait plus qu à forcer de voiles, atteindre sans retard les plages de l'Égypte, et la belle colonie que nos boidats défendaient encore eût peut-être été sauvée?

Malheureusement, Ganteaume jugea qu'il n'avait qu'un désastre en perspective. 11 pensa qu'il courrait à sa perte, en cinglant vers Alexandrie, au devant de toutes les forces de lord Keith, sacrifierait les vaisseaux^ les équipages , les passagers 1

De plus, les cordages faisaient déftititt dîtpîl dan» son rapport. A bord de l'Indivisible, les élongis du i^i and mât avaient cédé; le beaupré du Desaix avait craqué. Le Jean-Bart et la GonsUtotion avaient également éprouvé des avaries sérièiises.

Notre amiral, après avoir pesé ses bonnes et mauvaises

chances, prit la funeste résolution de se diriger sur Toulon.

Chemin faisant, les vigies signalèrent à l'horizon les vaisseaux de sir John Borlase Warren, et Ton reconnut, dit Ganteaume, 4 vaisseaux et S frégates, mais ou ne put les atteindre, parce qu'ils étaient trop loin dans le vent. Il supposa qu'il y en avait d'autres à petite distance, et continua sa route vers le port.

Le 42 février, on roconnut le cap Sicié, et dans la soii Le les vigies signalèrent de nouveau l'escadre ennemie qui chassait toutes voiles dehors, et se composait, semble- t-il, de 9 vaisseaux et 8 frégates.

Enfin, le 19 février, nos marins jetèrent l'ancre à Toulon.

On a vivement critiqué notre amiral pour ne pas avoir continué sa route sur l'Égypte, et on a eu raison de dire qu'il lut trop prudent* Mieux eût valu, sans doute, qu'il débarquât 868 troupes, car la belle conquête de Bonaparte eût été sauvée peut-être, alors que nos 7 vaisseaux eussent été sacrifiés.

Mais il n'est pas vrai qu'il serait arrivé, probablement, avant lord Keith, comme M. Thiers le laisse supposer. Ganteaume était près du cap de Gâte le 10 février, et les Anglais arrivèrent en vue d'Alexandrie le 28 de ce même mois. Très-probablement, nos marins eussent été devancés» leurs vaisseaux détruits ou capturés, en raison des forces supérieures que nos ennemis pouvaient mettre en ligne.

Lorsque Bonaparte apprit ce qui s'était passé, il n'écli^ta pas en récriminations contre Ganteaume qu'il aimait, qu il lui savait dévoué, mais donna Tordre de réparer les vaisseaux, afin que la mission pùt être accomplie sans retard.

11 désira que les soldats fussent débarqués sur les côtes de Barbarie, le plus près possible de l'Égypte, si l'on ne pouvait gagner Alexandrie.

Notre amiral repartit le 49 mars 4$Q1 ; puis, coBam U CionatUiiUon 3'échoiia 9Uf Je .cap Sicié, il 4iui revenir an mouillage.

Le lendemain, gr&op ^ TaçMvUé qpe ohaqui dèpIo;^a, Tappareiilage définitif eat lieu, et l'on ne vit point les ccmseors

anglais, parce que sir John Borlase Warrcn s'étaii- rendu devaDtNaples, attaquée, à cette époque, par Mural.

L'amiral anglai^i arrivé jxop tard pour déleodre cetUdiapitaloyse héta de revenir dev^jat JmJigUp ppia s'aperoevanl^ nos vaisseaux n*y étaient plus, il ee lançai jans retard, à leur poursuite, dans le^aud-est.

L'impéritie d'un capitaine obligea de nouveau Ganteaiune à rebrousser chemin. Uaus ia soirée du 26 mars, on venait de prendre les ris de chasse, 5 bord de tous nos vaisseaux, et cette opération terminée, chax|ue papitaine se disposait à former la ligne de bataille* £n ce mom^oti le.DivAoùt paniseaii en panne, au vent du Formidablei qoûid jon le vit toutèoM^ arriver vent arrière. Malgré ee que purent fiaire les marina da Formidable, ce dernier vaisseau fut abordé violemment par le travers. Le Dix-Aoùt ne lui passa à poupe qu après avoir abattu soo mât d'artimou, tout eu brisant son propre beaupré.

On n'était alors qu'à lieues à Test de la Saidaigne, et Ganteaume, mettant le cap sur Toulon, y arriva le 4 avril.

Lv 25 avril, après onze jours de travaux incessants, il reprit la mer, muni de noiivelleç instructions qui lui ordofr naient de presser la reddition de Tiie d'E^lbe.

Après avoir jeté quelques obus sur Porta-FerrajO| qoeJ^ général Wattrin a Wg^ait, H cingla vers le port de Brindisii dans r Adriatiquot où il devait se risnforcer de 3 frégates ^ le maréchal Soult avait capturées.

Cette traversée fut pénible. On ne lient pas la mer impunément aussi longtemps avec des milliers de passagers entassés dans les faux ponts. Les temps furent durs, la mer grosso, et le typhus occasionna des ravages. Nos pertes furent même si sensibleS) que, pour armer convenablement les aoties tUt

wots de 9fm emdre, Ganteaume renvoya à Toulon 3 vaisseaux cl 1 fi L gatc, dont il aonlia le commdeniont au contreamiral Liûois (h).

Puis, pour en finîr, débouquant de l'Adriatique, ii força de voiles vers l'Afrique, aûu de débarquer ses troupes passagères»

Un matin, vers la fin de mai 4801 , à la grande joie des soldats embarqués depuis si longtemps, on jeta rancre devant

une plage basse et rapide ; les chaloupes furent mises à la nici , on disposa tout pour exécuter les ordres précis de Bonaparte, quand tout à coup, ô malheur, ô bonheur peut-être, d'innombrables ennemis couvrirent la crête des dunes du rivage. En même temps, les matelots en vigie crurent apercevoir les bâtiments de l'escadre 4o lord Keitb« Ganteaume donna contre-ordre , réembarqua précipitamment ses cbaloupes, coupa ses câbles et regagna la haute mer.

Les Anglais capturèrent deux transports, tandis que la corvette rHélioppliseutla bonne fortune d'entrer dans le port d'Alexandrie.

En opérant leur retour çur Toulon, nos marins amarinèrent le vaisseau le Swiftsure^ de 74, capitaine UoUowell, ainsi qu'une corvette.

Les réparations du vaisseau furent faîtes avec une grande activité , puis la division attei^ail le port de Tovilon le 4" juillet 1801 (%).

Telle fut cette croisièrç six mois, pour laquelle on a si vivement critiqué Ganteaume. N'estpil pas juste, pourtant, de reconnaître qu'il lui feUot de la sagacité, de la persévérance, du talent, pour promener sa faible escadre, sans eur combre, depuis Brest jusqu à l Éi^ypte, pendant six mois.

Il captura 1 vaisseau, \ frégate, 2 corvettes, 4 cotre, et plût au ciel qu ou en eût fait autant chaque semestre, chaque année I

(1) Ces vaisseaux, le Formidable, l'Indomptable, ie Desaix, avaient 1200 tiommes moins dans leurs effectifs. (Veuce, 17 mai 1801).

(2) Les Anglais eureat 2 hommes lués, S blessés. (Jame's blory.)

Le capitaine de vaisseau Saolnier.

Ce capitaine, qui reçut aussi la mission de f>orier des renforts à l'année d'Égypte, partit de Rochefort avec une petite division :

UAfHcaino, 40; cap. Saulnter.

La Régénérée, 3$.

Le Lodi.

Le général Desfoumeaux, dont le nom a déjà été si souvent mentionné dans la chronique des Antilles, prit passage sur rAfrIcaine, et 4 500 soldats furent répartis sur les 3 bâtiments qui gagnèrent le large, le 13 février 1801, au soir.

Le lendemain, par suite d'un coup de vent, chaque capitaine dut faire route séparément pour se rendre à destination, et à grande peine l'Africaine écbappa-t-elle, dès le début, à 3 frégates qui lui donnèrent une bonne chasse.

Le 20 mars 1801, au delà du détroit, les vigies signalèrent 2 bâtiments, dont l'un fit des signaux que Ton ne put comprendre* C'était ia Phœbéf de 40 canons, capitaine Robert Barlow, qui se ra]^rocha si rapidement, que Saulnier, jugeant qu'un combat était inévitable, diminua de voiles pour l'attendre.

Le feu commença vers 7 heures 30 minutes du soir, les deux frégates courant au nord, les amures à bâbord, par une jolie brise d'ouest.

Ce fut une canonnade à bout portant, une épouvantable boucherie, dans laquelle nous avions un grand désavantage, par suite de l'infériorité de l'artillerie (1), de 1 eucombremenl de troupes.

Malgré tout ce qui fut tenté, les Anglais évitèrent toujours de se laisser aborder. Le feu fut terrible ; les boulets, traversant le faux pont de part en part, causèrent de cruels ravages

(1) La Phabé portait 26 canons do 18, 10 de 9, 8 carouades de 32. ' L*Aflicaine portait 29 eanons de 18, 18 de 8*

dans les raags des passagers. Cependant, à mesure que des hommes (omiMiient à leurs postes de combat» d'autres les remplaçaient.

Quatre aspirants furent tués dès le début; le^néral Desfoumeaux reçut une balle en pleine poitrine, mais ne voulut

pas descendre. Le sang ruisselait de tous côtés. Le ca pi lai ne lui-même, m'èvemcnt blessé, vers 9 heures 30 minutes, fut obligé de remettre le commaDdement au lieutenant La line.

Ce dernier trouva la frégate en travers, oe gouvernant plus* ballottée par lahoule. On le prévint qu'il y avait 4 pîedsd'eeu dans la cale, qu'un inoendie s'était déclaré dans le faux pont, que le tiers de l'équipage était hors de combat, et seulement alors, après la lutte la plus sanglante qu'il y ait eue entre deux frégates, il ordonna d'amener le pavillon.

Nous comptions, cbose navrante, 427 tués, 476 blessés. Us mâts et les vergues étaient en morceaux. On avait tiré plus de 6000 coups de canon, et lames assure que ses compatriotes n'eurent que 43 hommes tués ou blessés.

Desfourneaux, en témoignant de la valeur de Saulnier, lui roprocha d avoir toujours ordonné de tirer dans le gréenicnt, nm\^r^ les conseils de son second, le lieutenant Magendie, qui fut blessé dès le début.

^ Régénérée, qui portait 800 hommes, ayant déjoué les BiUNBuvres de Tennemi el traversé, sans encombres, Tannée navale de lord Keith, atteignit le port d'Alexandrie.

A la même époque, deux autres frégates, l'Égyptienne et la Jostice, pai tirent de Toulon et arrivèrent aussi ù Ixhi por t, résultat qui prouve que, pour envoyer des renforts, le meilleur moyen était de répartir les soldats sur des frégatc>s lx)nQes voilières, peu chargées, commandées par d'habiles <^pilaine8.

Villeneuve proposa le moyen le plus sùr» à notre avis, de débarquer des troupes en Égyple. 11 conseilla de choisir trois ^•eux vaisseaux, de 74, de les dégager en leur enlevant leur ^'atierie basse, une pai tic de leur lest, de mettre 4 000 hommes ^ bord de chacun d'eux, et de les sacrifier , en les faisant échouer, au besoin, sur les plages de l'Êgypte. Ces vais* ^ux, dit-il, marchant bien par la raison qu'ils auraient été

«Uégés, auraient défié ies cioiseurs anglais et seraieoi arrives âu bal.

EZPÉDRIOII VtSjrVTB. -m. CâTITUIATIOll.

Cependant, TÉgypte fut oooqniae par nos ennemis, et, comme les détails de oel événement ne sent pas du reeaait d'une hisloire mafitirae, nons ne ies dennerons pan id.

Netre armée, d'après M. Thfers, complaiteneeie dS 000 sel*

dats, dont les deux tiers capables des services les plus ac' tifs; les Grecs s'enrôlaient facilement. Les nèfjres eux-mêmes formaient d'excellentes recrues ; mais, malheureusement, le général Menou, qui avait pris le eonunandement après la mort de Kléber, n*eut pas les talents nécessaires pour des fonctions aussi importantes»

Les Anglais, débarquée le 8 mars 4ê04, ne purent être refoulés par les faibles détachements que le gf'-iK ral Friand, COnHiiandant militaire à Alexandrie^ dirigea cniitrc eux.

Plus tard, des renforts arrivèrent de l'intérieur du pays. Menea lui-même prit le commandements Piusleofs bntafllei sanglantes finrent livrées, la vletolre souvent disputée. Haîii enfin, malgré d'héroïques oflbrts, il ilillut signer nne^pitalation.

On n'apprendra pas, sans intérêt, que les soldats passager? des fréçrntes la Régénérée, rEgyptienne. la Justice arr iM leiit à temps pour faire le coup de fusil sur la plage d'Alexandrie.

Aussi M. Thiers a«t-il dit, dans son EùUÀre du oomsiiIbI, que rÉgypte eût été sauvée si le général Friand avait pn

mettre en ligne quelques bataillons de plus, ceux-là même de Tescadre de Ganteaume.

us âlUtS SB Là FBIKOB.

Les Anglais devant Copenhague.

Après la paix de Luné ville, la deuxième coalitloii se trouva disboule, à Texception de TAngleterre, qui resta seule en armes. Cette naUpi^ se mit même en lutte puveiie» au sujet de la grande question de la Ub^ié des mon» cootne la OKoUié de ]*£urope, ootanvoeol eontre les États roarîtimiBS du Nord, laRussiey la Suède, le Danemark. Les Anglais ne voulaient point admettre que les marchandises françaises fassent libi cs à bord des bâtiments neutres, ou que le pavillon pût couvrir la marchandiaei suivant une locution populaire. Ils déleudaient aux neutres de ooouneroer evec nou9| viaitaieni leurs bétîmeots et déclaraient toue no3 porta bloqués» sans qu'ils le fussent effectivement.

Nos ennemis savaient à quel point ces diverses prétentions étaient injustes, mais, d apr^ce principe de Machiavel que le salut de l'État doit j^i!0 le eupr^e loi^ ils nudntenaieiit leurs exigences.

• Si nous étions justes un seul jour, avait dit Pitt à ia tri*

« bune, nous n'aurions pa.^ un an à vivre. •

Ces diHHts dos neutre^ ont fHr, de. tout teiiips, ia grande querelle de ia iiTanpe aveo sa rivale qui, vaincue en 1780, Uusaa poser des prindpee conservateurs de la liberté nmritime, mais reprit ses prétentions eu 1793» alors que la Friipçe était assaillie par les souverains de l'Europe.

Le traité de 1780 devint lettre morte pendant les sanglantes guerres de la révolution, et les neutres se laissèrent visiter, insulter, piller par les uns et par les autres.

Mais, à la fin de 1 800, le$ États-Unis ayant donné le signal, les puissances 4u Nont, et à leur t^te Paul l*', ejppereur de Russie, voulurent renouveler le traité de 4780.

Ce fut sur ces entrefaites que les Anglais enlevèrent une flotte daaoise qu'escurlait une frégate, et, comme on leur demanda réparation, ils répondirent que les neutres devaient

se soumettre à la visite du dernier des corsaires angUis, parce qae, diaait Pitty rimplacable enneiDÎ de la France, renoncer à ce droit de visitai c'était compioinettre les intérêts

les plus chers de l'État.

Dès lors, pour ji ter Tépouvante, nos eiuiemis ( oanirent sus à tous les bâtiments neutres, en capturèrent plus de quatre cents et s'emparèrent des colonies du Danemark et de la Suède.

Ils n'avaient pas moins de 495 vaisseaux, 250 frégates et

300 bâtiments inférieurs répandus sur toutes les mers du globe, et, s'ils avaient à lutter contre l'Eui ojie entière, il est juste de dire qu'ils ne négligèrent rien pour tenir tète à l'orage qui s'amoncelait de tous côtés.

Le plan adopté consistait à frapper d'abord le Danemark, afin de le tirer delà coalition ^ puis à combattre séparément, en pleine Baltique, les escadres russes et suédoises.

L'aniiral Parker, charge de cette expédition, reçut îe commandement d'une belle escadre, et on lui donna pour second le héros d'Aboukir, l'audacieux Nelson, doué d'un heureux instinct pour la guerre, raisonnant bien, dit Thlers, sur les choses de son métier, et le plus propre à conduire an feu la marins anglais.

C'était à cette époque que lord Keith débarquait une armeti sur les côtes de l' Egypte et que Ganteaume battait la mer pour tâcher d'y foire passer des renforts*

On était en mars 4801 , et Parker et Nelson dioiffirent biea leur moment pour attaquer les Danois, parce que les glaces niainlenaient prisonnières, dans leurs ports, les faibles escadres de la Russie et de la Suède.

Le détroit du Sund, qui sépare le Danemark de la Suède, n'a pas moins de S 300 toises, à sa moindre largeur» et aucun ouvrage de défense n'existait du c6té de la Suède, où se trouvent précisément les eaux les plus profondes ; le temps et les moyens avaient manqué pour en élever; même on ajoute que les Danois n'auraient pas vu d'un bon oeil les Suédois fortifier leurs côtes; aussi les Anglais, conduits par m Nelson, ne devaient-ils pas hésiter un seul jour à franchir ce détroit célèlNre.

Le 30 mars 4801, poussés par une belle briee de fM)rd-ouest, leurs vaisseaux, en ligne de bataille, donnèrciit dans la passe et la franchirent sans difficultés, en échangeant à graiide distance quelques projectiles avec le fort de Kronembourg. Pïurker, pour échapper complètement au feu dea Danois, c'eut même qu'à ranger la c^te de Suède, de aorte que aea capitaines prirent leurs postes, sans peine, au mouillage de Tile Huenn*

Les Danois avaiuiil fait de grands préparatifs de défense, pjrticulîèrenieiil dans la pabse royale qui côtoie Gup('[i)iague et avaient laissé à peu près libre la passe des Hollandais située de l'autre cété du banc de Middle-Grund et qui est le chemin de la Baltique.

Us pensèrent ayec raison à couvrir d'abord leur capitale, sachant bien que les Anglais ne passeraient pas outre, sans attaquer cette ville importante.

Au nord de la passe royale se trouvait le fort des Trois- Gouronnes, armé de 70 grosses pièces et liant ses feux avec ceux de la citadelle de la ville. Là, 4 vaisseaux de ligne et une frégate barraient le chenal du port.

Puis, en descendant vers le sud, on trouvait SO pontons chargés de canons et destinés à barrer la passe royale. Ces pontons se joignaient à des batteries en terre élevées sur l'autre rive de l'ilc d Amack.

C'était la partie faible de la ligne d*embofisage, et, dans le conseil de guerre qui fut tenu par ramîralParker,Nelson,qui avait fttît lui-mémeune reconnaissance minutieuse, offrit d'y A'ri^er une atiaque principale, après avoir contourné le banc de Middle-Grund, pour se trouver place dans le sud de la ligne d embossage.

Parker, ayant consenti à suivre ce plan, donna 42 vaisseaux à son lieutenant, au lieu de 10 que ce dernier lui avait seulement demandés.

Le l** avril au soir, Nelson, ayant tout disposé pour son attaque, descendit la passe du sud et vint jeter l aiici c au-dessous de Copenhague; puis, le lendemain, il remonta la passe royale à Taide d'un vent favorable, non sans laissser 3 vaisseaux échoués sur le M iddle-Gnind , et s'embossa, vers

10 heures du matini à très petite portée de la ligne dandse, reemnt et rendant m feu épouvantable.

En même temps un vaisseau anglais attaquait le fort des Troia^uPMiiies, tandis que Paitef se tenait en réserve «vee le reste des forces.

Telles furent les dispositions prises par les Anglais, auxquels las Danois suffenl opposer uue héroïque résistance.

« La mer Mm e« k mort. »

Tel fut lé cri de» ouvriers et marins de Ckypenhague, en aecourant en ftniie pour les travaux du génie ou la défense

des batteries.

Le vaisseau le Provesten. formant tète de ligne au sud, prèsde rile d'Amaak^rei son capitaine, M. de Lessen, n'amena pCMut so» pavilloBf malgré qu'il eût 5^ hommes tuée oo blessés. U se jeta à la nage ave» obub^ qui Mtaieni de sou vaillant équipage^ et échappa, nsn sans gloire, à une mort certaine, quand le feu prit à son vaisseau.

NeLsori eut beaucoup de peine à rompre cette partie de la ligne, tandis qu à 1 autre extrémité le capitaine kiou, chargé de l'attaque du fort des Tréîs-CcfumneSy épfouvaituiie résistanee désesi^ée»

Ce fut alors, dil-on, que Parles?, doutanideFiseue favoraUe du combat, hissa le pavillon de ralliement, et que Nelson, applitiiiant une îongue-viie sur son œil borguei s adressa en ces termes à ceux qui 1 entouraient*

- JevousjurOydiUl^qiiejenftmspasiesaigiiauzde « Parker. »

Peu aprèSf le vauseau danois le Danebrog sautait éim les

airs avec un tracas épouvantable ; plusieurs autres, désemparés, s'en allaient à la c4Î)te, et si la position des Danois était critique, ou doit dire que ^^elâoa o éiai^ pas trè»-rafisuié sur son escadre.

Il eut alors l'idée d^envoyer un parlementaire au et Vaudaoe de lui faire dire que, s'il ne donnait pas immédiate*

iiie rit Tordre de faire cesser le feu, il allait couler bas les vaisseaux qui avaient amené et dont il ne pouvait opérer l'amarinage.

Notallié» emne le tort céder à ces menaces, car Fha-

bileetrusé Anglais on profita pour relever ses nombreux vaisseaux échoues sur le Middlc-di und, et battre en retraite hors de la portée du canon. On dit que 4 âOO Anglais furent tués on blesséSi outre que six de leurs vaisseaux furent trèseodominagés.

Ainsi la lutte avait été sanglante, et Ton pouvait dire que rien n'était fait encore, quoique les Danois fussent trèspieoccupes de leur capitale exposée, plus que jamais, à un bombardementt et de leurs vaisseaux de lig^ne serrés dans le bassin du port et menacés d'un incendie.

Parker, afin de tirer parti de sa victoire, voulut exiger des Danois qu'ils sortissent de la confédétation des neutres, et Nelson, étant descendra terre, en conféra avec ie roi, muis ce dernier ne voulut jamais consentir à cette défection qu il eut considérée comme honteuse, et tout ce (|uûnos ennemis purent obtenir, ce fut un armistice de cent jours» non sans de vives discussions, et après une longue attente, pendant laquelle les braves Danois travaillèrent, sans relâche* à fortifier de plus en plus les ;il)onls de la passe Uoyale.

Sur ces entrefaites, le bruit s' étant répandu que Paul l*', le chef de la coalition, venait déire assassiné dans son palais, cette triste nouvelle, qui changeait la lice des choses , ne contribua pas peu à rompre la ecmfédératioo maritime.

Ptorker ratifia TarmisUoe que Nelson avait signé avec le piiiicu royal, et ce dernier en infoima immédiatement ses alliés, afin qu'ils eussent à rester dans leursports, au lieu de s'aveniiurer dans la Baltique.

Les AoglHS se hâtèrent de transiger honorablement avec la ftossie, la Suède, la Prusse. Us relâchèient les bâtiments neutres qu'Us avaient amarinés, et Nelsowy qui continua de croiser paisiblement dans la Oalliqiie, laissa les bâtiments de commerce circuler librement autour de lui , n'exigeant des souverains aiUés qu'une conditioUi celle de garder les vais* seaux de gperre dans les poit84»

ÀMBék la navigation reprit^lle Ému cours aocoutumé, et Bonaparte, qui avait eu l'art dénouer le coalition contre l'An» gleterre, la vit avec regret abandonnée pai ia luible^se des

confédérés^ qui s'excusèrent tous de leur conduite en se rejetant sur leurs voisins.

LE CONTRB-AMIRAL UHOIS.

CûxuLat d'Algésiraâ.

Le cabinet de Madrid, déstrantadieter Tsmitié de la France

par quelques sacrifices, dojina des ordres pour rarmemenlde 4 vaisseaux, dt'^s que Bonaparte en manifesta le désir. Ce devait être ie noyau d une escadre dont le commandement eUil réservé à don Juan de Moréno, et dont l'orgnoisation fut confiée au oonire^iniral Dumanoir, qui fui envoyé, à cet eifet} i Cadix.

linois reçat l'ordre de se rendre, dans ce même port, avec

une division de 3 vaisseaux et 4 frégate.

Le Formidable, 80 , cap. Tronrlp -, c. a. Linois. L'Indomptable, 80; cap. Moûcousu.

LeDesaix, 74; cap. Chrisly-Palliôres.

La Muiroa, 40 i cap. Martinencq.

Cet amiral, parti de Toulon le 43 juin 4ap4 , jeta rancreco rade des Iles d*HyèreS| embarqua 1 500 hommes de irovpe placés sous les ordres du général Desvaux, puis gagna ie

large pour piuleger un convoi de 40 voiles qui était atteoda de Marseille à Toulon.

Après avoir rempli cette mission, s étant dirigé sur le éeiroit, il captura» chemin faisant» 3 bâtiments. aoglaiSi doal 4 corvette de SM) canons» 11 apprit, par des pécheurs espagmb qu'il renconlra près du cap de Gâte, qu'une escadre an^aise avait paru devant Cadix, et sachant qu'il avait déjà derrière lui celle de sir John Borlase Warren, il prit la résolu Uun de se réfugier dans la baie d'Algésiras, où il arriva le 4 juillet 4304.

De leur côle, comme nos ennemis avaient résolu d'enipécher la réunion de nos vaisseaux sur la rade de Cadix à .ceux de TEspagne, le coûtre-amiral Saumarez avait mis à la voiie de Plymouth , le jour même où Liooia partait de Toulon.

Notre amiral jugea que sa position était critique. Pré-

vu> aiiL qu il ne tarderait pas à être aLUiqur, il ne négligea rien pour se rendre invincible, et les mesures prises furent si habiles pour soutenir uue lutte inégale, que la brillante vie* toire remportée par nos nuirins en fût certainement la conséquence.

La rade d'Algésiras est ouverte et peu profonde. Dans le sud-est de la ville , à 1 mille et demi de distance, se trouve le fort de Santa-Garcia ; puis, dans le nord- ouest, à moins d*un demi-mille, se trouve celui de Saint-Jacques, devant lequel est un Ilot sur lequel on mit en batterie quelques canons.

Linois, contrairement aux conseils du capitaine de port, mouilla ses vaisseaux par de petits fonds, parce qu'il se rappelait la manœuvre de Nelson à Ahoukir. 11 les plaça suivant une ligne d'embossage qui s'étendait de Tiiot vers le nord, près des fortifications délabrées du fort Saint-Jacques, et fit approvisionner ces forts de poudres et de boulets.

Pas un instant ne fut perdu. On travailla, pendant la nuit du 4 au 5 juillet, aux travaux du branle-bas. Le général Desvaux, tous les soldats passagers, contribuèrent de leur mieux aux préparatifs, et cbacuu était jaloux de soutenir dignement rhonneur du pavillon.

Du reste, on eut bien raison de mettre le temps à profit, car, dans la matinée du 6 juillet, les Espagnols annoncèrent que l'escadre a iii^laise arrivait toutes voiles dehors.

Les vaisseaux de sir James Saumarez parurent en vue, vers 8 heures du matin.

C'étaient :

Le Cpsar, 80; cap. Brenton; c. a. sir Jamei Saumartz. Le Pompée, 74; cap. Charlos Stirling.

Le Vénérable, 74; cap. d'KsterDe Uaiby.

LfO âpeacer, 14^ cap. Samuel HooU.

Le Super! , 74; Ctp. Goodwin KMtS (i). L'Aanibalf 74; cap. Salomon Ferris.

L'Aiidaeious. 74; cap. Shaldam Pearl.

La Thames, 36.

Nos ennemis avaient donc des forces doubled des nôtrei. Ils comiaissaient parfailement la baie, se trouvaient à portée de leur meilleur arsenal, arrivaient nouvellenienl de Plymouth, et pourtanl aous fûmes vaiaqueurs. Un vaisseau anglais fut capturé ; an deuxième amena son pavillon ; les autres battirent en retraite du o6té de Gibraltar.

Pourquoi donc avons-nous subi le désastre d'Abouldr, oà les chances furent si belles en comparaison. Là aussi, iJ y avait d'habiles capitaines, de vaillants marins î

Les Anglais ont-ils dû leur triomfiiie au génie de Nels<in ou à l'imprévoyance des cbefS) ou à la fatalité. Toujours est-il que ceux qui combattirent à Algésiras ont donné un démenti à ceux qui ont osé dire que le désastre d'Âboukîr était certaiQ| en raison de la faiblesse des équipages, de leur mauvaifle organisation.

Les vents qui souttlaient du nord -ouest penuirent à nos en 11(11 lis de s'avancer les amures à bâbord, et, dès qu ils furent signalés, les marins et les soldats coururent avec enthousiasme à leurs postes de combat.

Vers 7 heures 50 minutes, au moment où le Pompée coatournait la pointe de TileCabrista, sous Timpulsion d'une jolie l)rise, les canonniers postés dans cette ile commencèrent le feu auquel la Muiron, puis les autres bâtiments, prirent part successivement.

Sir James Saumarez, après avoir prolongé notre ligne vers le nord, voulut imiter la manœuvre de Nelson à Abou* kir, c'est-à-dire passer entre la batterie Saint4acques et le Formidabîe, afin de doubler nos vaisseaux et les prendre ëntredeux feux; mais, vers 8 heures, le veiu faiblit. Le Vénérable^ pris en calme. s'arriHa par le travers de YAinia- < cious et du Pompée. Le Ccsar et les autres vaisseaux restèrent plus encore en arrière. Le Pompée mouilla si près du

(1) Ce vaisseau croisait h. l'entrée du Ouâdftkqatvirftt ne dmnApMB^ au coiiiJMitd' Algésiras. (James.)

vaisseau de linois phr tribord, qu'il se trouva en dedans dé sa bouée. Le Vénérable se trouvait sur l'avant de Tlndomplable, l Audacious piusloin.

Telles éuieot les poeitions respectives, quand une terrible caDonnade s'engagea entre ces trois vaisseaux et les nôtres.

Vers 9 heures 45 minutes^ la brise ayant rei)ri8 foveur, le Ceior omnanença le feu contre le Desaix ; VAnnibal cingla vers le nord, mais s'échoua si complètement sur un banc, que les chaloupes des autres vaisseaux ne purent ie remettre à flot.

Au milieu des lourbillons de fumée qui Tentouraieuty mal* gré lé bruit strident de la mitraille et des boulets, Unois,

plein de calme, pénétra les desseins de ses ennemis, et ayant compris qu'il voulaient doubler sa ligne poui mettre le Formidable eut I f deux feux, il prit une mesure importante qui non-seulement déjoua leurs projetSi mais lui assura la vio* toire.

Vers 9 heures 30 minutes» il signala de filer les câbles en

établissant des focs ou des voiles d'étai, de sorte que ses vaisseaux, abattant lentement bous rinipulbiun d'une brise faible, s échouèrent sans faire d'avaries. Pendant cette manœuvre, le Desaix reçut une. bordée en enfilade, mais le Formidable put battre VAmibal avec beaucoup d'avanlafB.

Tout à coup nos marins virent que plusieurs chaloupes se dirigeaient du côté de l'ile, dont les batteries avaient cessé de tirer. Le capitaine Mai tiiieacq pensa que les Anglais voulaient s y établir et, donnant des oidres en conséquencei fit armer immédiatement deux canots.

Ces derniers, devançant ceux des ennemist portèrent dans rUe 430 soldats, sous les ordres du capitaine Balanoourtt et quelques clii fs de pièces nmnies de poudres, projectiles, ref( uloirs. Aussi la bntt( rie ne tarda-t-elle pas à recununcncer ie feu, et les militaires placés sur leur véritable terrain aocueillirenti par des décharges meurtrièrasy les Anglais qui voulaient opérer leur débarquement

D'un autre c6té, le Pompée^ échoué dans les hauts-fonds voisins, battu par c elte batterie , par la Muiron et par l'Indomptable, ayant amei^e son pavillon , on peut dire que le

brave Moncousu (Hait vainqueur à cette partie de la ligne.

Malheureusement des chaloupes portèrent secours à ce vaisseau anglais et le renflouèrent. Le capitaine, peu soucieux de son honneur militaire» rehissa son pavillon et gpgna le large.

A la gauche, comme lesEspagnols abandonnèrent la batterie

Saint-Jacques, le gént^ral Desvaux s'y rendit de sa personne avec des ti tujjies du Dosaix.

Des chaloupes canonnières, qui sortirent d'Algésiras, se placèrent dans Tespace que le Formidable avait laissé libre et prirent part à ractîon*

Enfin l'Am^Mil, foudroyé par les vaisseaux de Linois, amena son pavillon, et, comme celui-là, du moins, était bien échoué, il resta en notre possession. Le capitaine, moins sou- ( ieux encore de son honneur militaire que son collègue du Pompée f s'étant embarqué dans sa yole, s'enfuit, abandonnant son équipage et ses blessés.

Puis, après sept heures d'un combat acharné, le contreamiral Saumarez donna le signal de la retraite.

Telle fut cette brillante victoire de trois vaisseaux français contre six vaisseaux anglais!

T>o capitaine Moncousu fut tué, le capitaine Lalonde blessé; ôOO hommes furent mis hors de oombati

Quant aux Anglais, ils comptèrent, suivant leurs historiens, <Î1 tués, 240 blessés, U disparus, ce qui donne uu total de 375.

Les pertes étaient ainsi réparties: le Cesar^ 42 tués ou blessés ; le Vénérable^ 33; le Pompée, 82; ÏAnnibal^ 443; lé Spencer j 33.

Ge qui prouve que cinq vaisseaux contribuèrent à la bataille ; que ce fut bien une bataille de trois vaisseaux contre cînql

On a vu de quelle importance fut le mouvement ordonné par Linois de couper les câbles aiin d échntior les vaisseaux, de les empêcher d'être cernés par des forces supérieures; combien fut opportune Tinitiative du capitaine Hartiaencq f ' Que seraitr-ii advenu du monde, si Nelson avait essuyé un échec semblable dans la baie d AhuukirI

Cette reflexion n'est pas hors de propos, et fait la gloire de Linois. Ce brave amiral, en rendant compte au ministre des résultats du combat, rappelait le désastre d'Âboukir comme une grande leçon qu*îl ne fout pas oublier.

Ce souvenir fot'il désagréable au premier consul ou à Déférés? Nous ne pouvons le dire. Mais toujours est-il que Linois ne fut pas récompens(^ comme il aurait dû l'être. 11 ne fut pas promu au grade de vice-amiral, et reçut simplement un sabre d'honneur.

£st-ce un trait malheureux du caractère français? Estroe défiance , jalousie ou défont du sentiment intime du juste?

Nous avons vu des hommes vulgaires portés aux nues, comblés de faveurs, et d'autres, dont les mérites étaient réels, mét onnus, calomniés.

£st-cedonc à Thistoire seule, quand le temps a consacré son impartialité, de rendre justice à tous.

M"* veuve Undet-Lalonde reçut une pension de 600 fr.

Le capitaine de frégate Tmllet , second du Formidable, fat nommé capitaine de vaisseau. Les enfants du capitaine Moncousu reçurent des pensions. A bord de chacun des vaisseaux de la division, on distribua quatre gcenades d'honneur aux grenadiers, deux fusils aux soldats passagers, six haches d'à* bordage à des matelots, et les conseils de guerre se réunirent pour désigner ceux qui seraient jugés dignes de recevoir ces récompenses.

Le premier soin de Linois fut de renflouer ses vaisseaux échoués, puis, ayant débarqué ses ble sses, il se disposa de son mieux à soutenir une nouvelle lutte.

Quoique vainqueur, il avait des raisons sérieuses de ne pas se croire en sûreté, parce que sa position était encore trèscritique.

Il savait que ses adversaires trouveraient à Gibraltar les

ressources (lui lui faisaient complètement défaut, et qu'il serait atta(iu('' avant peu de jours. Aussi écrivit-il à Cadix pour demander des secours, et même insista-t-il pour que l'escadre espagnole prit la mer et vint se réunir à lui.

UNOIS £T DON JUAN û£ MOR£NO. ^ .

Incendie de deux vaisseaux espagnols. — Héroïsme

dn capitaine Tronde.

Don Juan de Moreno, le commandani en chef des forces espagnoles, ne se rendit aux prières de Linois, qui l'appelait on toute hâte dans la baie d'Algésiras, que sur les pressantes soUicîtaUooa de Domanoir.

Nous ne savons si l'on doitimpnler ce peu d'empressemot aux tergiversations du cabinet, ou à la mauvaise volonté des capitaines espa^nois. Toujours est-il que Linois cii fut trèsdésappointé, qu'il crut ne devoir à l'avenir compter que sur ses propres forces, et disposa tout pour soutenir ui^ nouvelle lutte.

£nfin il ent la aatisikction d'appréndre que don Juan de Moreno avait gagné le large, et, en effet, ce dernier , part! le

9 juillet, jeta Tancre, dans la soirée de ce mémo jour, en btie d Al[i( yiras, avec 6 vaisseaux et 3 frégates.

De son eùté, sir Jan^f s Saumarcz, brûlant du désir de réparer l échée qu'il avait reçu, fit pousser les travaux avec tant d'activité pour réparer les avaries de ses vaisseaux que dans une seule journée on changea, dit^on, le mât de misaine de l'un d'eux.

Le 42 juillet, Feseadre franco-espagnole gagna le large, et ce départ, chose curieuse, ressembla p ur ainsi dire à une fuite, comme si la présence de nos alliés eût paralysé le courage de uos marins.

On partit au moment du flot» par une jolie brise d'est» chaque capitaine coupant le grelin d'une ancre à jet qui fat abandonnée. Malbeoreoeemenl, le vent ayant molli beaoomip dans la soirée, les vaisseaux de rarrière-^^arde se trouvèreol fort en relard.

Sir James Saumarez, ayant appareillé lui-même dans I après-midi, avec 5 vaisseaux, â oorvettes^ signala de forcer de voiles pour chasser les nétres; son escadre, diminuée de 9 vaisseaux par la perte de VÀntnbal et les avaries du Fom-

pé€f s'était renforcée pai l ariivée du Superb^ qui croisait antérieurement n l'embouciiure du Guadahiuivir.

Don Juan de Moreoo, suivaot les règlements en vigueur dans la marine aqmgoole, arbora aon pavilloD à bord de la ffégate la Sabine et Unois, pour l'aooompagDer, quitta, noa aans regret, aon vaisseau le Formidable.

Les circonstances actuelles ne faisaient présager rien de bon pour la nuit.

Déjà Linois avait donné Tordre à Tlndienne de prendre à sa remorque l'Annibal pour le reconduire au mouillage d'Al* géairas. La nuit était venue et le calme s'était lait si bien que c'est à peine si les vaisseaux gouvernaient.

Voici dans quel ordre s'avançait l'escadre alliée :

D'abord la Sabine, portant les insignes du commande ment.

Le Fonnidable, le Desaix , l'indomptable, la Muiron, formant une première ligne de Iront; les 5 vaisseaux espagnols et le Saint-Antoine formant une deuxième ligne de front, et

prêts à se mettre, au besoin, en ligne de bataille, en venant en travei*s, soit d'un bord, soit de l'autre.

Quant aux vaisseaux' a[!g!ais, ils étaient couverts de voiles pour rapprocher la distance, et ils marchaient si bien que le vent ayant pris un peu faveur, vers 40 heures, le Superb put déjà eanonner le Real-Carlos et le San«>Hermanogild, deux beaux vaisseaux de 443 canons. On raconte qu'il passa entre ces deux bâtiments en faisant feu de ses deux boids, qu'il les doubla et dirigea sa course vers le Saint-Antoine.

Ce fut alors qu'advint une é[K)uvaiifcabie catastrophe, sans pareille dans les annales de la marine.

La nuit était noire, la confusion inévitable; les deux vaisseaux espagnols continuèrent une folle canonnade. Ils tombèrent l un sur l'autre, à la suite d'une rafale; le feu prit à iMjiddel'un d'eux; il se communiqua sans retard à l'autre, et tous deux, à demi consumés par les flammes, sautèrent dans les airs, avec un horrible fracas l

Les vaisseaux des trois nations manoeuvrèrent pour s'éloigner de ces brasiers flottants, et Ton dit que 2400 Espagnols

périrenty an grand bénéfioedea Anglais» qui sont même «ocittés d'avoir provoqué le mal en tirant à botdets nmgea. Le Sufferb réduîak le SaIntpAntoine , après Tavoir démàtél

Voyons maintenant ce qui se passait au centre.

Los amiraux, impuissants à prévenir cos uialiieurs, se tenaient à petite distance à bord de la Sabine et ne purent euxmêmes échapper aox Anglais qu'en faisant éteindre tous les feux à leur bord.

Le Formidable reçut les boulets de cinq vaisaeaux ennemis, dont plusieurs tirèrent à boulets rouges , suivant le térooi* ^mae de l'hon uable Troudo. Ce dernier , s apercevait que les Anglais avaient pris poin marque distinctive trois fansus au mât d'artimon, adopta les mêmes signes de rcconnaissaoce, cessa de rendre coi^ pour coupi et eut le bonheur de solaire abandonner.

Le lendemain, vers 4 heures du matin, le Formidadble filait

au plus près tribord amures, par une jolie brise d'eat, lorsque l'on aperçut, par l'arrière et dans ses eaux, le Vénérable et un autre vaisseau ennemi. Comme un combal terrible était imminent, ïroude fit descendre les hommes des gaillards pour compléter dans les batteries. Bient6(, le Véné* rable^ se plaçant sous le vent par la hanche de bAbord, ayant commencé le feu, Tune de nos premières volées le déinto 4a son mât de perroquet de fougue.

Troude laissa porter sur lui , les Anglais exécutèrent la même manœuvre et les deux vaisseaux se prolongèrent vergue à vergue, en se canonnant vivement. Pendant ce temps, le Cerar et le Superb se rapprochaient ; la frégate U Thames envoya aussi quelques volées en enfilade.

La position devenait de plus en plus critique ; mais notre capitaine n'était pas homme à se décourager. 11 ordonna de mettre trois boulets par pièce, et le feu du Formidable devint si terrible que le Vénérable ne tarda pas à être démâte de tousses mats! Plus tard, quand il s'éloigna, il fut encore mitraillé de l'arrière à l'avant, et si bien que le tiers de l 'éqoi' page fut mis hors de combat.

Le César prit aussi part à l'action , et si le Sup&rb ne (irt

point du canon, il n'en est pas moins vrai qu il était à portée, suivant le témoignage de Troude (1).

£ofiD les marins éa Formidable » iortant vainqueurs de tous ces engagements, restèrenl maîtres du champ de bataillé. Il était environ 7 heures du matin, Trtrade ât monter dans les batteries les derniers projectiles, réunit sur le gaillard d'arrière ses valeureux matelots, leur adressa une énergique allocution, de chaleureux remerciments , et obtint d'eu la promesse qu'ils se feraient couler bas avec le vaisaeau plutôt que de le livrer à l'ennemi.

Ce brave capitaine, quand il atteignit le port de Giidix, fat acclamé par les habitants, témoins de sa lutte héroïque.

Les autres vaisseaux et frégates arrivèrent aussi à bon port.

Quant au Vénérable^ entièrement démèté, échoué sur des roches situées au large de fian«Pedro, il lut abandonné par les Anglais, qui firent de vains efforts pour le renflouer.

Telle fut eitte traversée de nuit, pendant laquelle nos en*

Demis caplurirent le Saint-Antoine, mais perdirent un de leurs vaisseaux.

L'horrible catastrophe des deux trois- ponts espagnols se consumant, sautant dans les airs, ne fait, en aucune façon, hoinear à sir James Saumarez.

La gloire de Linois, celle de Troude , de nos marins en gé« néral reste entière et les luttes du Formidable devant Algésiras et Cadix sont des faits dignes de Tadmiration de la postérité.

.ïroude reçut une blessure à la téte; sa longue-vue, son porte- voix furent mis en morceaux; son corps contusionné; son habit, son chapeau déchirés par la mitraille ; et Ton ra* ooDte que» lorsque Decrés le présenta à Bonaparte, celuî-d, en le sériant dans ses bras, s'adressa en ces termes aux personnes qui lui laaient son entourage :

^(t) Le Sufdfb ou un troisiôme vaisseau. Les Anglais ont Dié formellemeht que nœ marins aient eu alTaire à trois vaisseaux. Troude assure pourtant qu'on troisième était à portée.

I Messieurs, je vous présente rUorace français, lebrave « capitaine Troude. > ~~

Dana le deuxième combat , tO hommes forent tués à bord du Formidable, et James dit qu'à bord du Vénérabie il y eut

48 tués, 87 blessés. *

D'un autre côté, dans une lettre adressée de Gibraltar, on assure que le tiers de l'équipage Cut mis hors de combat devant Cadix.

Quant à don Juan de Moreno, ne peut-on lui faire des reproches pour sa conduite pendant cette nuit Itineste du 49 aa

13 juillet.

Pourquoi donc n'adopta-t-il pas des signaux de reconnaissance, puisqu'un combat était imminent. Lorsque des vaisseaux se battent pendant une nuit obscure, il n'y a auctni inconvénient à ce qu*ils se reconnaissent. Le seul, peutrétre, qu'on puisse objecter, et certes 11 est insignifianti c'est qoa tous les vaisseaux adoptent le même signal de reoottnaissance. Dans ce cas, le combat cesse naturelIemeiA.

xMais, si les ennemis seulsont des signaux particuliers, tous les malheurs sont possibles; la défaite est certaine!

Cette leçon peut être bonne à l'occasion, si des arm(^cs navales se rencontrent encore de nuit et livrent des combats.

Pourquoi don Juan de Uoreno ne cboisit*il pas, pour franchir la peUte disUnce qui sépare Algésiras de Cadix, des circonstances plus favorables : un bon courant; une brise asaurée? Pourquoi ne pas avoir attaqué résolùment les vaisseaox anglais, au lieu d'avoir fait roule en ordre de retraite?

Dans quel but avoir quitté le vaisseau amiral, puisqu'il savait que la nuitserait obscure et qu'il lui serait impassible de communiquer ses ordres.

En résumé, les destins nous lurent peu favorables ; et l'oa peut s'en consoler en pensant que l'incendie du Retl-Carios et de San-Hermanogild est un fait en dehors de toute prévision.

Oublions les griefs qui peuvent être reprochés aux deut commandants en chef, et ne nous rappelons que de la gloii^ de nos marins.

Le contre-amiral Dumanoir ramena ultérieurement à Toulon les vaiaseaux le Formidable, Tindomptable, l'Annibal.

Quant au Deaaîi, parti de Cadix pour Saint-Doiniogae, lors de la grande expédition qui fut dirigée aur cette ile pen*

dam la paix d'Amiens, il se perdit sur unécueil, en arrivant près du port.

LB CONTRE -AMIRAL LATOUGIB-TRtVIUB

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