U GUADELOUPE
Les consuls ayant décrété, le 49 avril 4804, que les colonies seraient administrées par un capitaine général, qui aurait la haute main sur toutes les branches du service, ua préfet, un grand juge, le capitaine Lacrosse fut investi de li dignité de capitaine général, L*Escallier nommé préfet, eC Coster grand juge. Ces fonctionnaires, partis de Lorientear
les frégates la Ck}rnélic et la Cocarcie-NaliQaaie, arrivèrent dans rUe le 29 mail 801.
A cette époque, les habitanto vivaient eo paix, les cultures étaient en bonne voie, les récoltes abondantes, le commerce actif. D'un autre côté, la garnison s'était renforcée depuis la perte de VWe Sainl-Marlin, parce que chaque citoyen désirait l.iiie partie de la milice.
On assure que Lacrosse et le général Bethencourt qui l'accompagnait reçurent d'abord un bon accueil, mais que le premier prouva vite qu'il n'était plus ce même homme qui vint, en 4793, prendre le commandement de Tlle et sembliJt, à cette époque, si dévoué aux principes de la révolution.
Tout allci l'icn jusqu'à la mort du général, parce qu il t tait aimé des habitauts, mais plus tard, Lacrosse s'étant intitulé commandant des troupes» les chefs de corps furent trèsfroissés d'être soumis à son cbaf 4'état-major, le jeune cbef de bataillon Soulier.
Lacrosse s'imagina de plus que les esprits étaient agités. Il crut qu'on voulait attenter à son aulurité, lit venir les mulâtres ù son liùtel de la Ba.->( -Terre, les menaça, les traita, disent les chroniques, comme des valets révoltés contre leur maitre, bannit de l'ile tous ceux qu'il soupçonna d'avoir conspiré contre lui et finalement ordonna à son cbef d*étatFmajor d'arrêter le général Magloîre Pélage I
Soulier, ayant mandé celui-d dans son cabinet, lui pré* senta, dit-ui), la [jointe do son epée en lui disant ;
— « Vous êtes mon prisuiniier. » —
Le générai para, dit-il, le coup, bondit dans la rue, en criant aux armes, puis, s'étant rendu au fort de la VictoirOy il insurrectioona les noirs et les mulâtres.
Tous les officiers blancs furent arrêtés» et le cri de rallia ment fut :
— « Us veulent nous assassiner. — Us sont pour Bona- < parte et Lacrosse. — ils ont aidé à détruire l égalité de « la iiépublique. >
PélagOi s'étant lait reconnaître par les hommes de couleurs comme leur commandant en cbef, désigna lui-même les offi* ciers qui devaient remplacer les blancs. Le fort fut approvi-
giooné, fortifié. On jura de se défaire de Lacrosse^et, comme les habitants semblaieoi ooDSternés, le malétre rebelle eut rhabileté de joindre tme profonde hypocrisie à 1» ooèae étrange dont il venait d'être le faatenr. 11 publia, en efibi, <pi'il ne prenait le commandement que ponr sauvegarder li vie et la proiiriété des habitants. Il ajouta qu il était dé\w au capitaine général, puis, luetlanl einbarîro j^ui touLea Itbarque^, il défendit de communiquer avec ia fiasse-Terre ou se trouvait LacroBâe.
Ce dernier» dès qu'il eut connaissamse de ces grades éfénements, invita Pélage à venir près de lui, mois le rusé mulâtre le fit inviter lui-même, par les notables de la Pointe-i- Pître, à se rendre dans cette dernière ville, et le capitaine général, dt)nnant dans ce piège grossier, fut saisi par les rebelles et emprisonné. On assure même que des forcenés ayant voulu i'aoospotner, il n'eut la vie sauve que grâce n dévouement de Pélage.
• Lacrosse partit sur un bétimeat dancns, puis fait prisos»
nier par les Anglais, il fut conduit à la Martinique, où on le traita d autant mieu.v que l'on connaissait la signature delà paix. On dit même que le gouverneur anglais écrivît à Pélagp dans un but de conciliation, et de son côté Lacrosse écrivit à Paris que les nègres voulaient rester maîtres ée la Guide loupe, comme ils l'étaient de Saint-Domingue, parce qa*ili considéraient Tlle comme leur appartenant par droit de mquête.
Decrés fut saisi d'indignation contre Pélage et les autrf? rebelles, qui, méconnaissant toute autorité légale, avaieni chassé leur gouverneur et ne voulaient même pas croire èli paix.
Arrivé au terme auquel s'arrête oette histoire des intriis français, nous raconterons, très-succinctement» les événemeato
qui suivirent.
Lacroîîbe, s étant rendu à ia Dominique, se mit en correspondance avec quelques habitants de la Guadeloupe, pui^:, peu de temps après» L'Ëscallier et Ck»ster, arrivés de Fiaoce, s'empressèrent de se mettre à sa disposition.
Le conseil provisoire de la Guadeloupe envoya vm eiii
• une dé]mtation pour 1«6 prier de venir prendre leurs fNM>tioDS ; mais, comme Us ne Toahireni pu se e^rer du capitaine général, ce fui l'ordonnateur Roustagnencq qui, par bienveillanco, consentit à remplir les foDCtioDs de préfet ûokmial, reinplacemeol de L'Escallier.
Sur ces entrefaites, Lacrosae, à l'aide des frégates la Pensée, la C!ocarde*Nationale, prit possession de Marie-Gelanlei d'où il oe eessa d'élablir des relations avec les personnes sur lesquelles il comptait pour être réintégré dans ses fonctions. Le conseil provisoire fit aussi des propositions au général Sériziat, qui avait remplacé Béthencourt.
Le général Richepanse partit de Brest avec une division de i vitsBeaiiXt 4 frégates^ 4 transports plaoés seus les ordres da contre-amiral Bouvet et sur lesquels furent répartis 3 500 hommes. Le général arriva le 4 mai 4802 et l'accueil glacial qu'il fit à la dépulalion du conseil provisoire donna lieu de penser qu'il arrivait comme en un pays ennemi dont la conquête était à faire.
Ainsîi malgré Tentiée solennelle que lui préparaient les habitants de la Pointe-è-Pltre, il ne prit pas moins des mesures de rigueur contre la garnison, qui trama de suite un complot, sur les instigations du chef de bataillon Delgrés, ancien aide de camp de Laerosse.
Cet officia* rallia les mécontents à la Basse-Terrei les hostilités reoommencèrenty ei, oonmieà lune époque antMeurei les colons se réliig;ièrent| soit sur les navires marohands, soit dans les îles voisines.
RicheputisOj a^^issant politiquement, se servit de Pélage pour combattre Delgrés, et ce dernier, acculé dans un poste après plusieurs combats, finit par se &ire sauter avec 300 hommes qui furent ensevelis tous les ruines ou passés «u fil de Fépée.
Ignace, autre chef de rebelles, fut égaleiueul niia eu déroute près de la Pointe-à-Pître.
Mais nc^ pertes étaient crueileS| car la guerre avait été longue et sanglante.
Le brave Richepanse, au talent, à l'activité duquel on devait le succès, succomba aux atteintes de la fièvre jaune* le
fléau destructeur de ces îles. Le commissaire Coster, le§^ néral Serîziat moururent également.
Quant à Lacrosse, il attendit, à bord d'un béUment uMnillé
devant Marie-Galante, que l'île fût pacifiée, puis, suivant one convention faite avec RichepaiiM', il jHit I»' i:ouvernementde rile, qu'il ne devait conserver qu'un seul mois, avant de le remettre définitivement au général:
Ck)mme ce dernier mourut justement à l'expiration de temps, le 3 septembre 4802, Lâcrosse se maintînt dansa position, non sans de vives discussions avec L'EscalUer et le colonel Gobert, qui lui disputèrent le droit de jgionvemerle pays.
Le dernier en particulier, qui avait lait toutes les précédentes, refusa formellement de servir Lacrossc et paitii pour France, sous prétexte de mauvais état de sa santé.
Précédemment, Pélage et tous ses amis du oonëeil provisoire avaient été dirigés sur Psris, pour rendre compte à leur conduite. On les mit en liberté après une détention de ({uinze mois, et Magloire Pélage se lit tuer en Espagoc, àU bataille de Victoria.
M. Delacour dit que Delgrés prît la résolution de setiefendre jusqu'à la mort, parce que Richepanse Tefiraya par sa manière de faire, cacha l'étendue de ses pouvoirs, ne pniinii rien, laissa voir qu'il pouvait pardonner ou donner la mort, se présenta enfin comme un général qui veut faire la guerre.
L'un des premiers actes du générai avait été de rétablir Tesclavage, sans avoir pourtant prononcé ce mot, quand u décréta que le titre de citoyen français n'appartiendrait qu'aux blancs résidant dans la colonie.
Aussi les mulâtres furent-ils exaspérés, et Delgrés ks uyaiiL fanatisés, tous jurèrent de se défendre jusqu'à la mort
Lacrosse, après as oir gouverné la Guadeloupe j»endauidii mois, remit ses fonctions au général Ernoutl, qui arriva daaà nie le 8 mai 4803.
DIVISIONS LÉGÈRES. — CROISIÈRES. — COMBATS PARTICUUERS DANS U MER DES ANTILLES.
La Vengeance, cap. Fîtot.
Ce rnpitaine, en faisant routo pour France, rencontra, février 1800, un grand navire anglais qu'il voulut en vain perdre de vue, en gouvernant au sud-ouest bâbord amures. Obligé d'accepter la lutte, il arbora pavillon et flammes vers 9 heures du soir, puis il commença le feu contre son adversaire qui, grâce à sa marche sup^^rioure, et suivant la coutume, se mnintint habilement pai la iiauche.
Pourtant, nos boulets ayant endommagé son mât de misaine, l'Anglais cessa le combat, à deux reprises différentes, pour réparer ses avaries.
Vers 44 heures, les deux bâtiments se trouvaient bord à bord, à portée de pistolet ; puis, vers minuit, les Anglais s'éloignèrent une troi>ieme fois.
Apr^s le combat, le grand mat de notre frégate tomba sur 1 avant» entraîna le petit mât de hune et celui de perroquet de fougue, écrasa la chaloupe et engagea le pont. L'eau gagna d*une faron si inquiétante, qu'on put à peine franchir les pompes, circonstance grave où tous les passagers, sans e\ieplion, généraux, officiers, civils, se mirent à l'ouvrage.
Pitot assure qu'au moment où ils s'éloignèrent, les Anglais hissèrent un fanal pour indiquer qu'ils se rendaient, mais quMl ne put les amariner. Nous comptions 4 4 hommes tués et
40 blessés.
î.e ?0 iioui ISOO, ce inéniO'CapiiaiFie revenait de Curaçao en i iaïKc, quand il l encontra la frégate anglaise la Seine, 38, capitaine David-Miinc.
Malgré qull courût bâbord amures au sud-est, toutes voiles dehors, il fut rejoint après une chasse de 36 heures, et le feu commença vers minuit.
Nos ennemis, se mainU nant par la hanche, ranonnèrent vivement de Pheure à i heure 30 miuutes du matin, puis
6*éloi§nèreDt pour réparer lean «varies. Vers IVheiires SOmi* Datas, le pelit mât de faune de la Veogeanoe craqua, et tel Anglais revinrent prendre l'offensive pendant quelque temps.
Ils recomnienrèreiu une troisième canonnade vers 9 heures, en se niainlenaiiL toujours par la hanche de bàbuiil. \k \0 heures à 10 heures âO mioutes, le mât d'artimon, le grand mât de hune de la YengeaDoe tombèrent successivemeot; et, enfiu^ après une héroïque résistaDOSi notre brave capitaioe fui réduit à amener son pavillon*
Il y iivnii 9 pieds d'eau dans la cale; le mât de misaine oe tarda pas à tomber. Nous comptions 35 tués, 70 blessés, tandis que nos ennemis n'eurent, selon James, que \'à tues, 2S blessés*
Le lieutenant de vaisseau Lavaud eut la jambe ftactoréei la partie inférieure. Les enseignes Laclanche, Allègre, fanm blessés, ainsi que 6 officiers passagers.
La Seîjie pm tait, en supplément d'aimemeni, 8 carouades de 38 et 2 canons de 9.
La Vengeance portait 48 pièces dont 4 caronades et 4 anons de 8.
La corvette le Berceau, cap. Sénés.
Cet officier, naviguant de conserve avec la goi^lette I Espérance, rencontra, le M octobre 480i, la frégale amer»caine 1$ Boston^ eapitaine Little, qui poursuivit d'abord la godletle, puis se dirigea vers le Berceau.
Sénés prit ehasae è Touest, vent arrière» jeta par-dessi^ le bord beaucoup d'objets pour s'alléger, mais fut rejoint «ilgré tout ce qu'il put faire.
Le capitaine américain lui ayant demandé d'où il veaaiti ii répondit :
< — De Gayenue. •
Gomme il lui demanda où il se rendait, il répooditeacoïc: • — En croisière. »
linfin il le somma d'amener son pavilhui, ce à quoiSéa» répondit fièrement qu i! ne i amènerait pas.
Il s'informa si la France était en gaerre avec les États- Unis; on lui assura qu'il en était ainsi, puis on renouvela les
sommations.
Bientôt, les Aiïiérirains se maintenant à bâbord, a petite portée, commencèrent le feu, auquel les nôtres répondirent| avec enthousiasme, aux cris de Vive la République.
il y eut, vers 6 henreSi un répit pendant lequel chaque capitaine s*occopa de réparer ses avaries, puis la canonnade recommença. Sénez tenta vainement d'aborder son adversaire ii plusieurs reprises.
A M heures du soir, le feu cessa ; puis, peu après, le Berceau démâta de ses deux mâts de hune.
Le lendemain, dès l'aube, nos marins coururent de nouveau à leurs postes de combat, et les Américains, placés cette fois sous le vent, recommencèrent le feu.
Vers 4 1 heures, notre pauvre corvette était démâtée de tous ses mâts, et ce ne fut pourtant que vers 2 heures que rhero'ujue Spîipz se rendit.
James fait un rapport très-élogieux de ce beau combat.
11 est surpris, dit-il, qu'aucun Français n'en ait mentionné les glorieux épisodes.
— Gomment, ajoute*t-il, une nation qui tient è honneur de posséder une puissante marine laisse-t-ellc dans l'oubli les noms des braves oftiders qui soutiennent si dignement Thon* neur du pavillon?
A bord du Boston, 49 hommes furent tués ou blessés, et cette Irégate ne tarda pas à démâter, ce qui prouve qu'elle avait beaucoup souffisii de noire feu. Elle avait en bâtierie 44 pièces dont 42 caronades de 32.
Sénez avait précédemment amariné une corvette portugaise et 4 bâtiments marchands, après un combat acharné contre deux corvettes, dont l'une s'éloigna.
Ce brave officier reçut des félicitations sur la belle défense opposée au Bostont quand il fut acquitté par le conseil de guerre qui le jugea.
CORSAIRES
Le Curieux, cap. Rondelet.
Ce capitaine, dont le bâtiment était armé de 8 canons de 9,
lutta vaillamment contre la corvette anglaise leBordelmfM 22 caronades de 32, et n'amena son pavillon qu après une héroïque résistance.
Rondelet perdit la vie ; 50 hommes furent mis hors de combat.
Le bâtiment sombra, et c'est à peine si les Anglais pureot sauver quelques survivants.
On (lit (juc le lieiUenaiil Archihald Montgomerry déplo\^; dans ccH«^ circonstance, la plus louablo nrtivité. Le Cuiieux avait clé armé par Yicloi iiugiios.