LIL£ D£ FRANGE ET DE LA RÉUNION
Le contre-amiral de Sercey D*avaitsous ses ordres, dansles mers de l'Iode, que la corvette la Brûle-Gueule, parce que tous les autres bâtiments qui formaient, au début de la campagnol, me belle divisioa avaient été expédiés en France ou étaient capturés.
Quoiqu'il eût rendu compte que la colonie, désorroaia sans soldats, sans bâtiments de guerre, se trouvait à la merci des Anglais qui entretenaient du giaiidi^b forces navaU ^ dans les mers (le l'Inde, aucune réponse aux longs rapports qu'il adressait au ministre ne lui parvenait de Paris.
On n'apprendra pas sans étonnement que la Brûle-Gueule même fut expédiée en France en 4709 , emportant encore les soldats matins et 46 conspirateurs dont l'asseinUée coloniale voulut se débarrasser.
Au moment d'entrer à Brest, cette corvette toucha sur une roche, dans le passage du Raz, et ce fut en vain que le capitaine jeta à la mercanonsi ancres, vivres et autres objets, car elle sombra, vers 41 heures du soir» sur une roche située à terre de celle qu'on appelle la Vieille. Un caboteur qui passait, par liusaid, recueillit 38 [H isnimes sur des objets flottants, mais 206 personnes .se noyèrent, et dan^ ie nombre se trouvait le capitaine Frélaud. A grande peine, le lieute-
nant de vaisseau Malojoreti qui étail secood, put-il se sauver.
Ge lait eai lieu le S janvier 4800.
Avant de terminer cette cluoniqnei raoontons la triste histoire de deux bâtiments qui furent expédiés dans les mers de
l'Inde, au commencement de 1804.
Le capiLaine Guieysse, qui comniandait la Chiiïonne, partit de Nantes le 21 avril 1801 , avec la mission de transporter des déportés aux lies SeycbelleSi et par une bonne chance il opéia, dans le cours de sa traversée, de riches captures.
Ayant rencontré, le 49 mai, la corvette portugaise TiftrondelUy de 9S obusîers de 94, il rengagea si chaudement, i petite portée, qu'il la démâta de ses mâts de hune et s'en rendit iimilre.
11 prit» à bord de cette corvette, tous les objets d'armement qui pouvaient lui servir, puis la renvoya, sur cartel d'échange, avec son équipage.
Le 45 juin, il captura laJKsI/ona, de 4 500 tonneaux, de
Tamarinage de laquelle il chargea le lieutenant de vaisseau
Geley. La mer était si grosse, la brise si fraîche de l'ouest, que cpt officier eut beaucoup de peine à monter à bord du bâtiment.
Le lendemain, par un fhnx coup de barre, la Belione aborda la Chiffonne sous le beaupré, brisa ce mât et fit tomber aussi le mât de misaine.
Malgré ces li^raves avaries, nos marins atteignirent File de France, ou l'arrivée de la Bellnne fit sensation, d'autant plus que la cargaison, qui avait la valeur de iacs de roupies, enrichit la colonie et le trésor.
Quant aux capteurs, en attendant la liquidation de leur prise, ils aoceptèrentdes lettres de change;
Guieysse, ayant jeté l'ancre à Mahé, après une traversée ds 89 jours, s'occupa très-activement de changer son mât de misaine et son booiipré.
11 était occupé de ce soin, quand, le 40 août 1801, la irégâte anglaise la SUtylie^ venant mouiller audacieusemeot I petite portée, dans le port mémo de-Hàhé, commença le fea.
La Chiffonne n*était défendue que par 490 hommes; tous
les coups portèrent en enfilade, parce que rembossure fût coupée par un boulet. 11 y eut bientôt 35 hommes tués, 50 blessés, i2 canons démontés, de telle sorte que Guieysse, réduit à la dernière extrémité, blessé lui-même, ne vit pas de meOleur parti à prondre que d'échouer sa frégate. U fit évacuer 868 marina et se oonstitua seul priaonnîer avec ses offi* ciers.
Le ( apitaino Bonamy, qui commandait la Flèche, de 48 canons de 8, parti de Nantes avec la môme mission que le précédent, pour les Ues Seyciielles, rencontra, le septembre 4904 1 la corvette anglaise le Victor, de 16 caronades de 32, avec laquelle il eut un engagement dont û se tira très» honorablement.
Ayant pu s'échapper, il alla b embosscr dans le port de Mahé. Mais, trois jours après, cette même corvette ennemie se tona dans la baie, à petite distance de La i^ièdiei et commença contre elle un combat acharné»
Bonamyi ne voyant aucune chance de sauver son bâtiment d*une destruction totale, coupa le cAble» échoua et fit sombra la Flèche av^ son pavillon haut, après l'évacuation de réquipage«
Ce fut le dernier combat, dans les mers de l'inde, pendant les guerres de la révolution.
Le contre-amiral de Sercey ne revint en France qu'en 4S02, après la paix d'Amiens, et Bonaparte, ayant jugé fort
sévèrement, dit-on, sa conduite pendant cette lon^^ue et lointaine campagne, ne se remit de cette impression que (|uand l'amiral lui eut raconté, avec les détails les plus minutieux» tout ce qui s'était passé.
De Sercey n*en conçut pas moins un grand chagrin, et se retira du service peu après son retour.
Ayant fixé sa résidence, en 1804, comme simple citoyen, à Tile de France, il défendit vaillamment cette colonie, quand les Anglais 1 attaquèrent en 4840» Après la capitulation du général l>ecan, il vendit ses propriétés et revint en France, où il mourut à un âge avancé*.
CORSAIRES
Noos avons vu que Suroonff quitta la Clarisse pour la Confiance, après toutes les courses heureuses qu'il avait faites dans la mer des Indes.
A la (iii d avril 1800, ayant encore pris la mer, il se rendit au détroit de la Sonde, ou il captura un navire américain, puis il quitta ces parages pour venir aux Seychelles^ parce qu'il crdgnaSt la renoontre d'une frégate des fitats-Uois, qui battait la mer aux envf rons du détroit.
De ces Iles, il regagna le golfe du Bengale, non sans avoir, à grande peine, échappé à la poursuite d'un vaisseau etd uiie frégate.
Le 7 octobre 1800, ses vigies annoncèrent dans l'est, par le bossoir de bâbord, un graud navire qui cinglait au nord. C'était le vaisseau de compagnie le ATeni, de 38 canoos, du portde 4 S06 tonneaux^ monté par 300 matelots ou soldats.
Les Anglais, prenant immédiatement bâbord amures, et se dirigeant sur laCoiifiaiu e, les deux bâtiments se rappix)Chèrent rapidement. Surcoulî gouvernait de manière à passerau veùt, à petite portée. Décidé, comme toujours, à lancer ses marins à l'abordage, il leur adressa une allocution énergique^etlêor promit une heure de pillage pour exciter leur ardeur.
Le £efil,courantbAbofd amures, ne passa pas bien loin avec le pavillon national que les Anglais assurèrent d'un coup de canon. On raconte rncine (juc les officiers invitèrciii les passagers à monter sur la dunette, pour leur montrer le spectacle de la prise d'un coraaire français. Après quelques manœuvreSi comme les deux bâtiments couraient à contre-bord, la Confiance au vent, les amures à bâbord, Surcouff commença le feu. 11 voulut ensuite laisser porter en grand, arrondir le Kent à poupe, virer de bord et venir se mettre sous le vent à lui, les amures à tribord. Les Anglais ayant pris les mêmes amures de bâbord, le Malouin ne put exécuter sa manœuvre. La canonnade continuait toujours. Peu après, les deux bâtiments cinglèrent bâbord amures, la Confiance au vent parla
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hanche de l'ennemi, position reconnue très-avantageuse, et que les capitaines habiles prenaient habituellementi quand la marche de ieur bâtiment le leur permettait.
Tout à coup, SarooufT, qui songeait toii^oors à un abordage, jugea que le moment favorable était venu. U mit la barre à bftbofd, pour arriver enbitement, ^ mît dans les eaux da Kent, puis, l'élongeant âous le vent^ Taborda de long en long.
f-es Anglais voulurent virer de bord, maïs ne purent réussir. Les nôtres masquèreot leur grand hunier, et le combat deviat d'autant plus acharné qu'on se battait à coups de canon, à coaps de fàaiU même à coups de 8d»re. Les volées do liml passaient au-dessus de la Confiance, beaneoap moins élevée sur l'eau, et nos œi saires jetèrent une grande quantit<3 de grenades, tout en faisant un feu nourri de mousqueterie.
Bientèti sur Tordre de Surcouif, le tambour battit la charge, et Drienz, second da Maloain, digne fluccessem' de son frère Nicolas, s'ilançant sur le gaillard d*avant des Anglais, s'y établit avec pïnsieQrs marins. L'anere du Kénit qui avait croche dans un des sabords, servit de ponl.
Puis notre capitaine ayant passé de sa personne à la tête d'une deuxième escouade de ses hommes d élite, une lutte flanglaate s'établit jusqu'à ee que la victoire eût couronné les efforts des ftançaîs.
On assure que notre héros, dont le caractère était élevé, dont la générosité égalait la vaillance, arrêta le pillage de ses matelots, donna des ordres sévères pour que chacun d eux respectât les passagères et défendit de Urncber à leurs bagages.
Les Anglais comptaient 44 tués, 44 blessés, et de notre côté nous n'eûmes que \ 5 hommes hors de combat.
Drieux prit le commandement du kenî, à bord dutjuel embarquèrent 60 hommes de ia Confiance, et Surcoulï se débarrassa da 8^ nombreux passagers, en les expédiant dans rinde sor unMCiment marchand qu'il eut le bonheur d'amariner pea de jonm après.
Ce glorieux lut d'armes eut un grand retentissement. L amirauté anglaise envoya ses meilleures frégates à la pour-
sttUe du maria breton, et Ton promit de fortes prinet w équipages «pii poniraieiit le faire prisonnier» La GoDfianoe, dès qu'elle eutsUeinl l'fle de Flranee, fat
armée commercialement et chargée de denrées coloniales, pour (.pôrer son retour en France.
Surcouff en conserva le commandement et dérouta tous les croiseurs ennemis avec son habileté ordinaire. Chemio faisant, il eut même la bonne fortune d*enlever le navire portugais VElbe^ de 48 caronades de et de 60 hommes d'équipage. Il le relâcha, quand le capitaine lui eut signé m traite de 4 0 000 piastres sur Liboume et lui eut livré sungiaiMi mât, en échange de celui de la Coniiance.
Au moment d'atterrir sur les côtes de France, ayant rencontré une frégate anglaise qui gagna sur lui d'une manière inquiétante, Surcouff n'hésita pas à onployer des moyens extrêmes pour se sauver. Il jets à la mer tous ses ctnons, eioepté un seul, les ancres, les chaînes» les drames, les canots. Les mâts furent décoincés.
Enfin, heureux comme il l'avait toujours été, notre héros | jeta l'ancre à Kochefort, le 43 avril 4804 I '
Il sera intéressant d'apprendre que Truguet, ministre de la marine, voulut nommer Surcouff enseigne auxiliaire dsas la marine de TÉtat, et il faut avouer que ce fut une nngo» Hère idée de cet amiral, dont nous avons jugé les actes avec assez de sévérité et qui se trompa âuuveat dans ses jugements.